Sapins de Douglas, forêt de Ribeauvillé (Haut-Rhin)

Continuons la découverte du Haut-Rhin avec Philippe [1] ; ce coup-ci partons dans la forêt domaniale de Ribeauvillé qui renferme un petit trésor : un groupe de 7 sapins Douglas immenses, les arbres les plus élevés du Haut-Rhin – toutes espèces confondues – et certainement parmi les plus hauts de France. (clic pour agrandir)

Ces Douglas impressionnent par leur hauteur de 60 mètres, une circonférence de 3,35 mètres pour ces arbres âgés seulement de 120 ans. Ce sont des sujets classés d’intérêt national dans l’inventaire national de l’ONF.

Merci Philippe, un vrai plaisir de pouvoir enfin admirer ces arbres légendaires, dont on vante la hauteur dans les livres… 60 mètres de haut, c’est vertigineux et tellement beau…

Pour s’y rendre : de Ribeauvillé  (16 km au nord de Colmar) emprunter la D416 en direction d’Aubure, au dessus du parking de l’ancienne scierie Haas, à 200 m en amont de la route. (faudra marcher un peu…)

Mise à jour 27/05/2009 : Sisley s’est rendu au pied de ces géants…

“J’ai enfin eu l’occasion d’aller les admirer de plus près. Un peu plus que 13 en fait, si on compte 2 ou 3 un peu moins volumineux. Le plus gros à bien 3,40 m de tour, mais pour les hauteurs, c’est assez galère, on remarque bien qu’ils dépassent de loin la majorité déjà vu, mais comme c’est sur une pente avec maintenant des érables en feuilles, la sensation n’est pas pareille. Quoi qu’il en soit, j’ai quelques clichés qui parlent d’eux même et ça permet d’avoir quelques points de vue différents.” (clic les photos)


____

Un phénomène exceptionnel se produit sur les souches de Sapin Douglas (pseudotsuga menzieii), Francis Hallé décrit les “souches enveloppées” [2] c’est fantastique :

“Un phénomène étrange… exceptionnel… la souche d’un arbre abattu, au lieu de mourir, se recouvre parfois d’une couche de tissus vivants, sans produire aucun rejet, c’est-à-dire qu’elle cicatrise spontanément comme le fait le moignon d’une branche élaguée.
Au début, j’avoue ne pas y avoir cru. Dépourvue de rejets, cette souche me paraissait condamné à n’être qu’une souche et il me paraissait impossible qu’elle se maintienne en vie sans qu’aucune finalité biologique le justifie. Mon scepticisme se trouvait conforté par un argument énergétique : il fallait beaucoup d’énergie pour maintenir cette souche en vie et encore davantage pour assurer la croissance du tissu de cicatrisation, mais l’absence de feuilles privait cette souche d’énergie renouvelable.
Bien sûr, des racines sont capables d’absorber de petites molécules contenant de l’énergie ; bien sûr une souche contient des quantités parfois énormes de réserves glucidiques riches en énergie ; mais pour mobiliser ces réserves et en libérer l’énergie, il fallait une finalité biologique. A quoi pouvait servir que la souche reste vivante, dès l’instant que le tronc était acheminé vers la scierie ?
Bref, je n’y croyais pas. La suite a montré que les arbres avaient plus d’un tour dans leur sac, dont certains complètement inattendus : “les souches enveloppés” existent réellement.”

“Le Sapin Douglas, appartient à la famille des Pinaceae, comme les Pins et les Sapins, les Cèdres, les Épicéas et les Mélèzes. Ce superbe résineux, originaire des rainforests de l’ouest américain, de la Californie au Canada, est l’un des plus grands arbres du monde : l’un deux abattu en 1895, mesurait 133 mètres, c’est-à-dire presque deux fois la hauteur de Notre-Dame de Paris. Le sapin Douglas est abondamment cultivé en Europe pour son écologie très souple, sa croissance rapide et son excellent bois.”
“Des souches enveloppées ont été repérées à la Paillargue, près de Rocamadour. Il semble – mais ceci reste à vérifier – qu’à proximité de chacune des souches enveloppées, on trouve un vigoureux Douglas échappé à la coupe. J’émets l’hypothèse que des soudures racinaires à gros débit unissent l’arbre sur pied à la souche de l’arbre abattu, que l’énergie nécessaire à l’enveloppement provient de l’arbre indemne et que ce dernier récupère à son profit le système racinaire de son voisin abattu.”

“Des arguments existent en faveur de cette argumentation. Le Sapin Douglas est un arbre pionnier et il est donc vraisemblable qu’il puisse souder ses racines à celles de ses voisins  ; d’autres “souches enveloppées” ont été signalées dans la même famille, chez des Épicéas et, par ailleurs, cette famille est connue pour ses soudures racinaires.”
“S’agit-il d’un phénomène propre aux Gymnospermes, que les Angiospermes ne connaîtraient pas ? Du Gabon me parviennent d’intéressantes observations sur l’Okoumé. Cet arbre, dont nous connaissons déjà le caractère pionnier et la propension aux soudures de racines, présenterait lui aussi des “souches enveloppées” à proximité d’arbres vivants.”

Plaidoyer pour l’arbre – Francis Hallé, page 67, voir l’article ici.

Mise à jour avril 2010, Sisley & Francis sont repassés voir les géants :

Regardez bien la seconde photo, Francis est au pied d’un Doulas de 60 mètres !

30 réflexions sur “Sapins de Douglas, forêt de Ribeauvillé (Haut-Rhin)

  1. .
    Est-ce que c’est des arbres de chez nous, ou plutôt des arbres que l’on a planté, mais qui viennent d’une autre contrée ? L’Amérique par hasard, non ?

    bonjour à toi, c’est toujours un plaisir de te visiter,
    merci à tous et à toi pour ce beau partage.

  2. Bonjour Booguie,

    ce sont des arbres qui proviennent du nouveau monde, localisés de la Californie au Canada où ils frôlent les 80 mètres de haut ! Mais c’est une variété de sapin qui peut atteindre le demi-millénaire, ceux-ci sont tout jeunes et on peut espérer qu’ils deviennent de vrais géants avec les siècles…

  3. coucou Krapoar…
    hey c’est presque chez moi ca ^^…
    Faut dire qu’il y a vraiment des choses magnifiques dans la nature

    bonne guérison, véro

  4. Sisley

    J’ai failli m’y rendre en juin dernier, mais par manque de données, je suis passé à 500 m sans y parvenir.
    Mais ça viendra et je compte bien y faire de sacré clichés. Ce sont les plus haut de France avec les épicéas communs et sapins blancs.

    Seigneurs du Piémont,
    ils se regroupent pour faire face aux vents et à la rigueur de l’endroit !
    http://patrick.cuvillier.fr/v/Arbres-remarquables-de-France/album13/album64/Douglas_G_ants_3_For_t_de_Ribeauvill_Haut_Rhin.jpg.html

    Dans leurs pays ils atteignent les 80 m mais des fois bien plus et flirtent avec les 100 m. La preuve, voyage dans les plus hautes cimes :
    http://www.humboldt.edu/~sillett/douglasfir.html

    En Europe les géants restent les épicéas des Carpates, Bohème, Transylvanie avec des individus de 65-69 mètres.

  5. Salut Sisley,

    tu les as raté, alors qu’ils font 60 mètres de haut ?!
    Non, je rigole et je sais combien la recherche en forêt est parfois difficile…
    Merci pour le lien vers les photos de Patrick Cuvillier, au fait as-tu lu l’extrait de Francis Hallé et la description des « souches enveloppées » ?

  6. Sisley

     » souches enveloppées  » c’est vrai que ça parait fou, mais il me semble aussi avoir vu le même phénomène chez l’épicéa commun.

    J’aurai peut-être des photos des Douglas de la Rolle dans le bas Haut-Rhin.

  7. gilougarou

    Sympa comme phénomène ! On aura donc tout vu !
    Tout ? Non, je parie que l’avenir nous réserve encore bien des surprises.

  8. Salut gilougarou,

    « ce dernier récupère à son profit le système racinaire de son voisin abattu »
    je suis époustouflé, les arbres ont bien plus d’un tour dans leur sac…!

  9. Aimé Le Lann

    Timide Théorie…

    Le sapin Douglas qui a grimpé à 60 mètres, 80 mètres ou plus doit faire des racines en quantité importante…Peut-être que grâce à la force de ses racines, une fois coupé pour la scierie, la souche restée en place se défend en se protégeant de l’oxygène par un manteau hermétique… ce qui lui permet de rester en vie plus longtemps que nous ! ? (c’est une logique, la mienne) pas plus sûr que… ça d’ailleurs ! (souche enveloppée)
    Hallucinant ? oui ! mais aussi intelligent ! si ma timide théorie tient la route… un sous-vide…? Sans doute d’un rêveur de haut vol…

    Aimé Le Lann
    Ne cherchez pas docteur ! C’est le vertige…si haut l’arbre !

  10. Philippe

    il me semble que le maintien de la vie dans les « souches-sarcophages » se fait par anastomose, c’est à dire que l’arbre est en connexion racinaire avec un autre individu de ma même essence. Après la coupe, le système racinaire travaille, non plus pour lui mais pour le voisin. Futé ! Pour les espèces concernées, c’est vrai ce que dit Sisley, ça marche aussi chez l’épicea.

  11. Sisley

    Dernière nouvelle :

    Il se pourrait que le Douglas numéro ainsi que d’autres aient des tailles supérieures à l’heure actuelle. Car les dernières mesures datent de 2000-01 et des études ont montrées que l’accroissement moyen annuel en hauteur est situé entre 30 et 50 cm, soit 33.5 cm sur 13 ans.
    Ce qui nous amène à reconsidérer le cas de plusieurs individus qui n’ont pas perdu un bout de cime.
    Pour être plutôt neutre disons, que le plus grand peut avoir atteint 63,15 m !

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  18. poutoux

    Bonjour,
    Merci à vous pour votre article et vos belles photos !
    Elles nous on donné envie d’aller rendre visite à ses somptueux PSEUDOTSUGA MENZIENZII. ( il y a deux jours!…) Ils sont toujours là, bien ancrés, et pour longtemps…
    Nous les avons cherché un bon moment, en montant à travers bois, comme nous avions cru comprendre… En fait, ils sont là, et nous attendent tout près de la route !
    Merci encore pour cette découverte
    Gilles Poutoux.
    PS, quelques photos dans ma galerie Flickr. Ainsi que quelques indications ( les miennes…) pour peut être, les trouver plus facilement.

    https://www.flickr.com/photos/jessica_12/

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  22. AFFRE

    Dans notre plantation de Douglas de 1975 dans le Nord-Sarthe, et qui a fait l’objet d’éclaircies, nous avons d’assez nombreuses souches qui ont fait de gros bourrelets de cicatrisation, parfois totale.
    La dernière éclaircie avant coupe rase date d’il y a 15 jours.
    J’envisage à titre expérimental, d’essayer :
    – de greffer des tiges de régénération naturelle sur des souches fraîchement coupées, au niveau du liber,
    – et de pratiquer des greffes de brins de Douglas, par perçage, sur des souches cicatrisées.
    Avez-vous eu vent de tels essais ou pratiques ?
    Je n’ai rien trouvé à ce sujet sur la toile.
    Sinon, qu’en pensez vous, et quels conseils pourriez-me donner?
    Amitiés sylvicoles
    Robert

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