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Archive for the ‘Poèmes & citations’ Category

Il est le chemin de l’échange entre les étoiles et nous

20 août 2018 3 commentaires

Car ce poète, un soir auprès du feu dans le désert, racontait simplement son arbre. Et mes hommes l’écoutaient dont beaucoup n’avaient jamais vu qu’herbe à chameau et palmiers nains et ronces.

« Tu ne sais pas, leur disait-il, ce qu’est un arbre. J’en ai vu un qui avait poussé par hasard dans une maison abandonnée, un abri sans fenêtres, et qui était parti à la recherche de la lumière. Comme l’homme doit baigner dans l’air, comme la carpe doit baigner dans l’eau, l’arbre doit baigner dans la clarté. Car planté dans la terre par ses racines, planté dans les astres par ses branchages, il est le chemin de l’échange entre les étoiles et nous. Cet arbre, né aveugle, avait donc déroulé dans la nuit sa puissante musculature et tâtonné d’un mur à l’autre et titubé et le drame s’était imprimé dans ses torsades. Puis, ayant brisé une lucarne dans la direction du soleil, il avait jailli droit comme un fût de colonne, et j’assistais, avec le recul de l’historien, aux mouvements de sa victoire.

Plum Blossoms and Moon Hokusai

« Contrastant magnifiquement avec les nœuds ramassés pour l’effort de son torse dans son cercueil, il s’épanouissait dans le calme, étalant tout grand comme une table son feuillage où le soleil était servi, allaité par le ciel lui-même, nourri superbement par les dieux.

« Et je le voyais chaque jour dans l’aube se réveiller de son faîte à sa base. Car il était chargé d’oiseaux. Et dès l’aube commençait de vivre et de chanter, puis, le soleil une fois surgi, il lâchait ses provisions dans le ciel comme un vieux berger débonnaire, mon arbre maison, mon arbre château qui restait vide jusqu’au soir… »

Ainsi racontait-il et nous savions qu’il faut longtemps regarder l’arbre pour qu’il naisse de même en nous. Et chacun jalousait celui-là qui portait dans le cœur cette masse de feuillage et d’oiseaux.

« Quand, me demandaient-ils, quand finira la guerre ? Nous voudrions aussi comprendre quelque chose. Il est temps pour nous de devenir…

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Antoine de Saint-Exupéry, Citadelle, chapitre X (oeuvre postume publiée en 1948).

Katsushika Hokusai, Fleurs de prunier et lune, 1803, Album Mont Fuji au printemps (Haru no Fuji). Conservé au Museum of Fine Arts, Boston.

Catégories :Des mots en prose

Parole de Pygmée

31 mai 2018 1 commentaire

« Tout est dans la nature et toute la nature est en moi. On est ensemble ! »

Ce magnifique objet à été réalisé avec de l’écorce d’arbre, plus précisément la substance fibreuse contenue sous la couche superficielle la plus dure du tronc (liber). Ces fibres d’écorce sont battues jusqu’à les rendre fines et souples. Si ce sont les femmes Pygmées des forêts de l’Ituriqui déterminent l’arbre dont sera prise l’écorce, ce sont les hommes qui vont la battre et la préparer à l’aide de maillets. Le produit fini est appelé murumba, pongo ou lengbe. (Cameroun, Yaoundé 1970-1980)

Catégories :Citations

L’albero

23 janvier 2018 3 commentaires

« L’albero è l’esplosione lentissima di un seme. »

« L’arbre est la très lente explosion d’une graine »  Bruno Munari, artiste & designer italien.

« Když se rodí strom » (naissance d’un arbre) une photographie de Miloš Vendera.

Catégories :Citations

De l’éducation

7 janvier 2018 1 commentaire

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« Éduquer, ce n’est pas remplir un vase,

c’est allumer un feu. »

William Butler Yeats, poète irlandais engagé.

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Note : cette citation dénichée sur internet semble avoir été attribuée à tort à Yeats, la substance de ces mots se retrouve dans « De l’art d’écouter » de Plutarque :

« L’esprit n’est pas comme un vase qu’il ne faille que remplir. Semblable aux matières combustibles, il a plutôt besoin d’un aliment qui l’échauffe, qui donne, l’essor à ses facultés et l’enflamme pour la recherche de la vérité. »

« Que diriez-vous d’un homme qui, allant chercher du feu chez son voisin et trouvant le foyer bien garni, y resterait à se chauffer et ne penserait plus à retourner chez lui ? Voilà l’image d’un jeune homme qui, prenant les leçons d’un philosophe, loin de s’appliquer à faire passer dans son âme la chaleur qui sortirait de ses discours, et se bornant au plaisir de l’entendre, se tiendrait tranquillement assis auprès de lui. Il pourrait en remporter une apparence de savoir semblable à ce rouge vif dont le feu nous colore, mais la chaleur de la philosophie ne détruirait point la rouille attachée à son âme, ni sa lumière n’en dissiperait les ténèbres. A tous les préceptes que j’ai donnés sur cette matière, je n’ajouterai qu’un mot : c’est qu’en même temps qu’on s’instruit par les leçons des autres, il faut s’exercer à inventer soi-même et à composer. Par ce moyen, on remportera de son étude, non un savoir d’ostentation, comme les sophistes, ou des connaissances de pure spéculation, mais une science vraiment philosophique qui formera dans l’âme une habitude permanente; car l’application à bien écouter est le commencement d’une bonne vie. »

Catégories :Citations

Le vieux arbre et le jardinier

13 janvier 2012 160 commentaires

Un jardinier, dans son jardin,
avoit un vieux arbre stérile ;
c’étoit un grand poirier qui jadis fut fertile :
mais il avoit vieilli, tel est notre destin.

Le jardinier ingrat veut l’abattre un matin ;
le voilà qui prend sa cognée.
Au premier coup l’arbre lui dit :
respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
que je t’ai donné chaque année.

La mort va me saisir, je n’ai plus qu’ un instant,
n’assassine pas un mourant
qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine,
répond le jardinier ; mais j’ai besoin de bois.

Alors, gazouillant à la fois,
de rossignols une centaine
s’écrie : épargne-le, nous n’avons plus que lui :
lorsque ta femme vient s’asseoir sous son ombrage,
nous la réjouissons par notre doux ramage ;
elle est seule souvent, nous charmons son ennui.

Le jardinier les chasse et rit de leur requête ;
il frappe un second coup. D’abeilles un essaim
sort aussitôt du tronc, en lui disant : arrête,
écoute-nous, homme inhumain :
si tu nous laisses cet asyle,
chaque jour nous te donnerons
un miel délicieux dont tu peux à la ville
porter et vendre les rayons :
cela te touche-t-il ? J’ en pleure de tendresse,
répond l’avare jardinier :
eh ! Que ne dois-je pas à ce pauvre poirier
qui m’a nourri dans sa jeunesse ?

Ma femme quelquefois vient ouir ces oiseaux ;
c’en est assez pour moi : qu’ils chantent en repos.
Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance,
je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton.

Cela dit, il s’en va, sûr de sa récompense,
et laisse vivre le vieux tronc.

Comptez sur la reconnoissance
quand l’intérêt vous en répond.
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Une fable de Jean-Pierre Claris de Florian – Illustration de J.J. Grandville.

Catégories :De la poèsie