Ermite dans la forêt

« Dans ma jeunesse, j’avais l’esprit du Tao
Finalement, je me suis retiré du monde.
Dans le chaos des montagnes, [au milieu] des grands arbres,
De la mousse verte, des parfums et de la lumière. » (Zhang, Daqian 張大千)

Les vers qui accompagnent cette peinture évoquent une relation personnelle et directe à la nature. Ils sont pourtant empruntés au poète et critique Sikong Tu 司空圖 (837-908) qui vécut à l’époque des Tang.

Marie-Thérèse Bobot, Musée Cernuschi : collection des peintures et calligraphies chinoises contemporaines.

Le chêne de Romuva

Romuva était un prétendu lieu de culte païen (un temple ou une zone sacrée) dans la partie occidentale de la Sambie, une des régions de la Prusse païenne.

Il existe des doutes considérables sur l’existence d’un tel lieu. Le temple n’est mentionné qu’une seule fois, par Peter von Dusburg en 1326. Selon son récit, Kriwe-Kriwajto, le grand prêtre ou «pape païen», vivait à Romuva et régnait sur la religion de tous les Baltes. Il décrit le Kriwe comme un prêtre puissant tenu en haute estime par les Prussiens, les Lituaniens et les Baltes de Livonie. Il gardait la flamme sacrée et pouvait se pencher sur le destin des fidèles décédés. Il recevait un tiers de tout butin pris par les guerriers païens.

Ce premier récit a été amélioré par Simon Grunau au 16ème siècle. Il a décrit un feu sacré éternel, un chêne éternellement vert avec des idoles représentant une «trinité» païenne : Patrimpas (dieu du printemps), Perkūnas (dieu du tonnerre) et Patulas (dieu de la mort et des enfers). L’endroit était gardé par des prêtres et des vestales. Les images sont apparues sur la base de cette description et sont devenues très populaires auprès des historiens romantiques.

Si le Kriwe était une personne aussi influente, il aurait été mentionné dans certains comptes rendus politiques de la région. L’emplacement supposé n’a jamais été trouvé ni par les chevaliers teutoniques, qui contrôlaient l’ensemble de la Nadruvia, ni par des archéologues modernes. Certains détails dans les descriptions présentent des similitudes avec d’autres sources. Par exemple, le Traité de Christburg interdit aux Prussiens convertis d’avoir des Tulissones vel Ligaschones lors des funérailles pour voir dans le voyage de l’âme du défunt. Un autre document des chevaliers teutoniques parle de la blûtekirl qui a recueilli un tiers du butin des guerriers samogitiens comme offrande aux dieux.
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Christoph Hartknoch. « Alt- und Neues Preussen Oder Preussischer Historien Zwey Theile In derer erstem von deß Landes vorjähriger Gelegenheit und Nahmen, wie auch der Völcker, so darinnen vor dem Teutschen Orden gewohnet, Uhrankunfft, Lebens-Beschaffenheit, Sprache, Religion … und andere Sitten und Gewohnheiten: In dem andern aber von deß Teutschen Ordens Ursprung, desselben, wie auch der nachfolgenden Herrschafft vornehmsten Thaten und Kriegen, Erbauung der Städte, der itzigen Innwohner Uhrsprung, Religion … gehandelt wird. Auß vielen alten so wol als neuen, einheimischen als außwertigen Scribenten, Privilegien und andern Documenten … Mit sonderbahrem Fleiß zusammen getragen. »
Franckfurt ; Leipzig ; Königsberg 1684. Manuscrit conservé à la MDZ (Münchener DigitalisierungsZentrum).

L’arbre des langues

Alors qu’une visualisation globale peut rendre toutes les langues du monde disparates, cet arbre généalogique linguistique montre comment elles ont grandi à partir d’une racine commune. Il explique également comment les langues peuvent évoluer et se diversifier au fil du temps.

Cet arbre linguistique comprend de nombreuses langues qui peuvent être considérées en danger aujourd’hui, comme le catalan ou le gallois. Cependant, avec la mondialisation, quelques tendances linguistiques apparaissent.

  • La renaissance des langues

Certaines enclaves de langues marginalisées sont préservées par fierté pour les histoires traditionnelles et culturelles qui y sont attachées.

Alors que le catalan était autrefois interdit [1], sa renaissance est un marqueur clé de l’identité à Barcelone. Plus de 150 universités enseignent le catalan dans le monde. Dans le cas du gallois, un projet universitaire [2] gigantesque prévoit de s’assurer qu’il ne s’éteindra pas. Les chercheurs compilent dix millions de mots gallois pour préserver le passé, le présent et l’avenir de la langue.

  • Prévisions linguistiques

À ce stade, l’anglais est la lingua franca – adoptée comme langue commune parmi les locuteurs de langues maternelles différentes. Cependant, ce statut pourrait bientôt devenir plus flou à mesure que les tendances démographiques se poursuivent.

La montée en puissance de la Chine est une évidence à considérer. Alors que la Chine continue d’accroître sa puissance et son influence économique, ses langues vont également proliférer.

Dans le même temps, 26 pays africains devraient doubler leur taille actuelle [3], dont beaucoup parlent le français comme première langue. Une étude [4] de la banque d’investissement Natixis suggère que la croissance de l’Afrique pourrait bien mettre le français au premier plan – ce qui en fera la langue la plus parlée d’ici 2050.
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Les données sont issues d’un article d’Iman Ghosh « All the World Languages in One Visualization » publié le 5 juillet 2019 sur le site Visual Capitalist.

L’illustration a été réalisée par Minna Sundberg, faites donc un tour sur son site et régalez-vous avec ce comic post apocalyptique « Stand Still. Stay Silent », de belles illustrations pour un récit futuriste contenant des éléments de mythologie nordique. Commencé en 2013 avec une nouvelle page mise en ligne chaque lundi, mardi, jeudi et vendredi.

L’arbre à alphabet

Cette illustration extraite d’un manuel scolaire destiné à l’instruction de jeunes moniales du couvent des Pénitentes de Fribourg, est une invitation pour ces jeunes élèves du XVe siècle à découvrir l’apprentissage de l’alphabet.

La métaphore du savoir prend volontiers au Moyen Âge la forme d’un arbre. Le premier savoir intellectuel à acquérir étant l’alphabet, l’image de l’arbre à alphabet est-elle naturellement venue à l’idée des pédagogues médiévaux, surtout quand ils sont aussi prédicateurs, comme c’est le cas de Geiler von Kaysersberg : car prêcher, c’est planter un arbre, disent ses confrères.

Au pied de cet arbre, où les lettres sont accrochées aux branches comme des pommes, les élèves étudient avec leur maître. Ce dernier montre du doigt la lettre a, donnant le sens de lecture (dans celui des aiguilles d’une montre), le d, comme dominus (maître en latin), touche son chapeau, désignant sa profession ; la lettre maîtresse est le m, initiale de la Vierge Marie, les trois dernières lettres, x, y, z, n’ont pas droit à une branche pour elles toutes seules, mais chacune a un surgeon : les lettres dites « grecques » ne sont pas classées sur le même plan que les autres. C’est pourquoi elles apparaissent à part, à la fin de l’alphabet seulement.

Opuscule de Geiler von Kaysersberg. Gravure, Ulm, J. Zainer, 1490 (1ère édition 1489). BnF, Imprimés, C46159 © Bibliothèque nationale de France.

Le Noyer de Benevento

Le Noyer de Bénévento était un très vieux noyer – dit toujours vert – consacré au dieu germanique Odin, autour duquel une communauté de Lombards s’est réunie à partir du VIe siècle, dans les territoires habités par les Samnites. La célébration des rites païens et religieux, qui prévoyait la suspension d’une peau de chèvre ou de serpent sur l’arbre, a donné lieu à diverses légendes qui se sont perpétuées au cours des siècles, concernant les cérémonies et les rituels magiques pratiqués par les sorcières à l’occasion du sabbat.

Il Noce di Benevento, Giuseppe Pietro Bagetti, (1764-1831), collection privée.

« Dans l’Antiquité préhellénique, le Noyer semble avoir été consacré à une divinité mystérieuse de la Mort, nommée Kar ou Ker dont hérita chez les Grecs Coré, « la jeune fille », enlevée par Hadès et devenue déesse des Enfers sous le nom de Perséphone (Proserpine en latin). Ce nom est lui-même préhellénique et désignait une ancienne divinité de la Mort, identifiée par la suite avec la fille de Déméter. Toujours est-il que le Noyer était voué aux divinités infernales et l’est depuis lors resté. C’est en tant qu’arbre maudit qu’il figure dans les folklores, surtout en Italie, où les sorcières se rassemblaient la nuit du Sabbat sous les Noyers.
Celui de Benevent fut bien connu pendant des siècles comme le lieu de rendez-vous des magiciennes de la région, qui se baignaient dans la rivière proche, appelée justement Sabato. Ce noyer qui disparut au XVIIe siècle passait pour très vieux, puisqu’au VIIe siècle, sous le règne de Constant II, l’évêque Barbatus, patron de la ville qui était retombée dans des pratiques païennes, l’avait fait arracher jusqu’au racines, exorcisant le diable alors apparu. Nous avons là un nouvel épisode de la lutte du clergé contre le culte des arbres. Mais ce noyer devait être particulièrement résistant, car, sans doute après la mort de l’évêque « barbu » un autre noyer apparut à la même place « tout aussi élevé, tout aussi vert » et reprirent les réunions démoniaques. »

Jacques Brosse, Dictionnaire des arbres de France, Mythes et légendes, p.127. Lire la suite

Laurus Metaphysica

Spectaculaire représentation allégorique de la métaphysique aristotélicienne, gravée par Léonard Gaultier (1561-1635), d’après un dessin du frère Mineur Martin Meurisse, utilisé par les étudiants de philosophie de la Sorbonne.

Une composition complexe représentant un arbre allégorique avec des racines qui sortent d’une rivière qui se transforment en plusieurs chemins pris par les croyants pour atteindre la connaissance.

Laurus metaphysica, Martin Meurisse. Gravé par Léonard Gautier (1616). Éditeur : Cum privilegio Regis. I Messager excudit. Conservé à la BnF.