L’arbre dans le processus alchimique

Le manuscrit de Ripley est un parchemin extraordinaire de 6 mètres de long, qui décrit comment fabriquer la mythique pierre philosophale. Ce manuscrit renferme de nombreux symboles mystiques. La signification précise des icônes alchimiques n’est pas tout à fait connue, et il ne fait aucun doute que certaines de ces imageries sont délibérément mystérieuses.

Une arche surmontée de flammes jaillit des branches d’un arbre à feuilles d’or. Sous les branches se distinguent un soleil avec des plumes dans sa bouche et une lune avec des plumes à côté. Ils flanquent une silhouette de lézard à tête humaine qui pend des branches de l’arbre et tend la main à un garçon assis dans une auréole au sommet d’une vigne qui serpente autour du tronc d’arbre. La vigne est tenue par un homme et une femme nus, qui se tiennent à côté de l’arbre dans un bassin à tourelle à six côtés, chaque tourelle portant un alchimiste tenant un flacon en verre.

Georges Ripley, rouleau manuscrit alchimique, Angleterre, 1624.

Aujourd’hui, 23 rouleaux manuscrits attribués à Georges Ripley sont connus au Royaume-Uni et aux États-Unis. Les illustrations de ces manuscrits sont similaires, avec des variations pour quelques exemplaires. Celui-ci est l’unique exemplaire privé connu, vendu par Christie’s pour 584,750 £ [1][2].

L’arbre inversé en Islam

Des illustrations inédites de l’arbre Thoubaa [1], représenté ici en arbre inversé.

Manuscrit turc T 464, folio 102r, 1798 – conservé à la Chester Beatty Library.


Manuscrit turc T 463, folio 98, 1798, conservé Chester Beatty Library.

Un grand merci aux équipes de la Chester Beatty Library pour leur enthousiasme et leur aide plus que précieuse.

Crédit Images: Chester Beatty. CC BY-NC 4.0

Le petit arbre cultuel de Manching

Deuxième découverte archéologique liée aux celtes et aux arbres présentée sur le blog [1]. Rassembler la documentation n’a pas été simple, et c’est grâce l’équipe de la bibliothèque universitaire de Toulouse que je peux (enfin) présenter cet arbre unique.
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Il m’est agréable de faire connaître l’extraordinaire découverte qui a été faite à Manching le 30 octobre 1984, au terme de six mois de fouille. […]

L’équipe du musée put alors démonter le bloc. Et ce sont les éléments suivants qui furent dégagés :

  • Un petit arbre comprenant un tronc et une branche rectilignes, l’un et l’autre couverts de feuilles, de bourgeons et de fruits fixés sur des tiges
  • Un ardillon de fer à tête bosselée dans laquelle est engagée une large rondelle plate bordée de quatre rivets à tête plate et disposés en carré ; plusieurs autres rivets.
  • Deux anneaux de bronze
  • Une attache en forme de pontet avec ses deux rivets de fixation, en bronze et à tête plate
  • Une grande et fine plaque de bois, très abîmée, recouverte d’une tôle d’or montrant les restes d’une ornementation au repoussé, vastes compositions circulaires entremêlées et comprenant elles-mêmes de nombreux cercles marqués d’une bosse centrale.

Le petit arbre reposait sur cette garniture d’or, exactement sous l’axe longitudinal de celle-ci ; tandis que les éléments de fer et de bronze se trouvaient groupes dans la partie supérieure de cette plaque. Si l’on met de côté ces dernières pièces qui se trouvaient associées (ardillon, rivets et attaches) et qui ont un rôle probablement fonctionnels, ce sont cette tôle d’or et le petit arbre qui apparaissent comme les éléments principaux de cette trouvaille.

Si la lecture de l’ornementation sur la tôle d’or nous a causé des difficultés dont certaines n’ont pu être tout à fait surmontées, notamment en ce qui concerne les grandes compositions à motifs circulaires déjà évoquées, cependant nos efforts ont permis une restitution que l’on peut maintenant décrire.

Il s’agit donc d’un petit arbre destiné aux activités cultuelles avec des feuilles, des fruits et des bourgeons disposés sur un tronc et un rameau. La hauteur conservée de cet arbre est de 70 cm et le diamètre du tronc comme du rameau de 15 mm. L’essence de  bois avec lequel ont été confectionné le tronc et le rameau n’a pu encore être déterminé. Ces deux éléments sont recouverts d’une feuille d’or. Celle-ci paraît être entièrement ornée de cercles à point médian. Lire la suite

Arbre du Paradis

Feuillet d’un manuscrit éthiopien réalisé pour la princesse Zir Ganela, petite fille du roi Amda Seyon Ier.

Des oiseaux perchés sur des arbres et des branches avec inscrit « Arbre du Paradis » (en Ge’ez) au-dessus du cadre architectural soutenu par des colonnes enfermant deux grands oiseaux avec des cous emboîtés accompagnés de l’inscrisption « Oiseaux qui habitent au milieu de la mer » (en Ge’ez) et deux plus petits oiseaux confrontés. Dans la marge gauche, deux oiseaux avec des cous entrelacés autour d’un bâton ou d’un tronc d’arbre. Dans la marge droite, oiseau avec le cou entrelacé autour d’un tronc d’arbre.

Éthiopie, 1400-1401, MS M.828 folio 5v, Zir Ganela Gospels conservé à la Morgan Library.

Chêne sacré, Palestine

« Le site de Laish, renommé plus tard Tel Dan, constitue l’ancienne limite septentrionale de la Terre Sainte. »

« À la source la plus occidentale du Jourdain, cet endroit est maintenant connu sous le nom de Tell el Kady (la colline des Juges), et il y a un chêne sacré auquel sont accrochés des offrandes votives, sur une tombe dédiée à Sheikh Merzûk. »

Charles Wilson, Picturesque Palestine : Sinai and Egypt, 1881, p. 343.

« Le makam est la place d’un saint. Il est de préférence sur une colline, mais peut être simplement une tombe d’un saint dans une enceinte grossière sous les cieux ouverts, ou la tombe peut être un petit bâtiment, généralement avec un dôme, appelé un kubbeh. Une telle tombe peut être dans une ville ou un village, ou même sur un terrain bas, comme le makam d’Abu Zenimeh, de la péninsule Sinaïtique, qui est une hutte frêle au bord de la mer Rouge. »

« Il ne fait aucun doute que les bosquets sacrés et les arbres sacrés ont essentiellement les mêmes caractères que ceux mentionnés dans l’Ancien Testament, et qu’ils existent à peu près au même endroit qu’avant, partout où les arbres peuvent pousser ; au moins un arbre pousse près d’un makam. Il existe un tel arbre à Tell el-Kadi sur la tombe d’un weli. »

« Le seul arbre que j’ai vu dans un trajet de neuf heures entre Beersheba et Gaza était un arbre sacré. Les arbres eux-mêmes, comme nous l’avons observé, sont parfois l’objet d’un culte. Bien que le nom de Baal ait péri en rapport avec ces lieux, leur culte est encore observé. »

Samuel Ives Curtis, Primitive Semitic Religion Today : a record of researches, discoveries and studies in Syria, Palestine and the Sinaitic Peninsula, 1902, p. 143.

L’arbre Jinmenju – 人面樹

En découvrant cet arbre légendaire du Japon, j’ai tout de suite été saisi par le lien de parenté stylistique évident avec l’arbre Waq Waq [1], ou avec l’arbre devin rencontré par Alexandre le Grand [2]. Un arbre du monde arabo-persan dont les légendes semblent avoir suivi les hommes sur la roue de la soie.

L’arbre Jinmenju (arbre à visage humain) a été décrit pour la première fois dans l’encyclopédie japonaise Wakan Sansai Zue compilée par Terajima Ryōan en 1712 (période Edo). Ce docteur d’Osaka décrit un arbre étrange qui pousse bien au-delà des îles japonaises, au sud de la Chine.

« Entre les vallées et les montagnes de ce pays, il y a un arbre dont les fleurs sont comme des têtes humaines. Elle ne disent rien et rient. Quand elles ont ri sans discontinuer, elles tombent. »

Ninmenju, Wakan Sansai Zue, 1715, volume 15 « barbares extérieurs », cadre 24/67.

Cette description a été reprise en 1781 par Toryama Sekien dans son bestiaire fantastique et surnaturel Konjaku Hyakki Shūi. L’auteur dit quasiment la même chose, mais omet le personnage qui regarde l’arbre, et n’indique pas le pays, ce qui est logique puisque Sekien veut mettre en avant l’arbre et non son contexte

Toryama Sekien, Konjaku Hyakki Shūi, Jinmenju, volume 1, 1781. Lire la suite