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L’arbre, des racines à la cime – Jacques Brosse

14 septembre 2010 13 commentaires

Tout au bout de cette évolution qui, au cours de centaines de millions d’années, a multiplié les innovations, se dresse, solitaire dans sa majesté, l’arbre, l’arbre véritable, porteur de fleurs et de fruits, l’arbre dont on ne peut comparer la situation de pointe qu’à celle de l’homme, ultime — tout au moins à titre provisoire — réalisation de tout le courant évolutif; à moins que cette vue conçue par l’homme lui-même ne soit récusable pour cause d’anthropomorphisme. C’est donc la vie de l’arbre qui, légitimement, doit illustrer le fonctionnement du végétal parvenu à son apogée.

Si ses débuts sont semblables à ceux de toutes les autres plantes, sa vie très longue, sa rectitude, sa haute taille et son volume sont dus aux structures additionnelles, supplémentaires, qu’il possède en propre. Ces tissus sont qualifiés de secondaires, car ils naissent de zones de croissance, les cambiums, qui produisent autour de la petite plante verte originelle des cercles concentriques se superposant chaque année. Grâce à eux, l’arbre constitue un organisme complet, se suffisant à lui-même et clos, comme le corps humain, mais capable, lui, de croître en hauteur et en épaisseur durant toute son existence. D’ailleurs, le squelette n’est point ici central, mais périphérique ; quant à la rigidité de l’arbre, elle est assurée par des tissus morts, durcis, sclérifiés et en quelque sorte momifiés. Ils forment ce que l’on appelle, bien à tort, le cœur de l’arbre. C’est là ce qui explique qu’un tronc puisse s’ouvrir, se creuser, se vider, sans que cela entraîne la mort de l’arbre, la circulation, donc la vie, se trouvant localisée à la périphérie, immédiatement sous l’écorce.

Pour s’en rendre compte, il suffit d’en arracher un lambeau, mettant ainsi au jour la mince pellicule, verdâtre et poisseuse de sève, qui est le liber. C’est là que les tubes criblés se chargent de la conduction de la sève élaborée venant des feuilles et portant aux racines les produits vitaux nés de la photosynthèse. Si donc on porte atteinte à cette couche vivante, ce n’est point tant le feuillage qui pâtira que les racines, lesquelles, privées des glucides nutritifs, perdront la faculté de croître et donc d’exploiter le sol.

La sève brute passe, elle, par les vaisseaux qui traversent les couches les plus extérieures du bois formant le jeune bois, de couleur claire, presque blanche, d’où le nom d’aubier qu’on lui donne, tandis que l’on réserve le nom de duramen au vieux bois, ou bois de cœur, d’où la vie s’est retirée et auquel les tanins et les résines qui s’y sont alors accumulés donnent au contraire une teinte plus foncée. La sève brute n’est autre que l’eau chargée de sels minéraux, puisée dans les profondeurs du sol par les poils absorbants qui entourent l’extrémité des radicelles, et attirée vers le haut par le vide que crée la transpiration des feuilles.

La circulation est donc protégée par l’écorce, laquelle comprend, du dehors vers le dedans : l’épiderme, défendu par une pellicule de cutine ; puis le liège, formé de cellules mortes et imperméables, mais interrompu par de petites déchirures, les lenticelles, qui permettent à la tige de respirer ; enfin le phelloderme, lequel est, lui, un tissu vivant issu directement du cambium externe, car l’écorce possède sa propre zone de croissance. Cette assise génératrice se déplace vers l’intérieur, au fur et à mesure du développement circulaire du tronc, tandis que s’épaissit l’écorce.

Par ailleurs, l’ensemble des tissus qui constituent cette dernière est soumis à une forte poussée venue du dedans, d’où les craquelures, les fentes plus ou moins profondes qu’elle présente en vieillissant. C’est là un effet de la croissance du cylindre central, composé successivement de liber et de bois, tous deux engendrés par un second cambium, interne, et encore plus actif puisque de lui proviennent presque tous les tissus de l’arbre. La tige ligneuse est donc faite de deux cylindres emboîtés l’un dans l’autre, nés chacun d’une assise génératrice qui produit sans cesse de nouvelles cellules.

L’arbre cependant n’est point vraiment clos, puisqu’il vit d’échanges avec le monde extérieur. Non seulement il y prend sa nourriture, mais il doit y rejeter ses surplus. L’arbre respire, mais aussi il transpire. Telle est la double fonction, non seulement des lenticelles du tronc, mais plus encore des stomates, orifices microscopiques placés à la face inférieure des feuilles. Si la transpiration est relativement faible chez les conifères (gymnospermes) — lesquels, ainsi que nous l’avons vu, sont équipés pour vivre en climat et en terrain secs — elle est au contraire fort abondante chez les feuillus, ou arbres à feuilles caduques qui sont des angiospermes. Un chêne dégage pendant la bonne saison plus de 100 tonnes d’eau, ce qui représente 225 fois son propre poids, un érable de taille égale diffuse dans le même temps l’équivalent de 455 fois son poids, un hectare de futaie de hêtres renvoie chaque jour dans l’atmosphère entre 3500 et 5 000 tonnes de vapeur d’eau, d’où les brumes qui s’élèvent des bois, les nuages qui les couvrent. Si donc les feuillus ont besoin de davantage d’eau que les résineux, ils accroissent considérablement l’humidité atmosphérique, exerçant de ce fait sur le climat une influence régulatrice profonde. Aussi les coupes excessives de massifs de feuillus entraînent-elles automatiquement des perturbations climatiques de très longue durée, toujours défavorables.

Avec l’ascension du soleil vers le zénith et le réchauffement printanier, l’arbre peu à peu sort de son long sommeil. Partout s’ouvrent les bourgeons, dont l’hiver avait comprimé, resserré sur elles-mêmes les écailles feutrées, partout en sortent les feuilles qui se déplissent et tout aussitôt absorbent avidement la lumière du nouveau soleil, tandis que dans les tréfonds bouillonne la sève et que les radicelles pompent dans la terre attiédie et ameublie par les averses l’eau nourricière. Bientôt, dans un somptueux déploiement orgiaque, l’arbre fleurira, pris lui aussi, le sage, du désir vertigineux de se reproduire. Il se couvrira de riches couleurs, répandra au loin les parfums du pollen et du nectar, qui attireront par milliers les insectes butineurs chargés de porter ailleurs sa poudreuse semence.

Mais cette apothéose de l’arbre épanoui est brève. Que viennent les fortes chaleurs, les longues sécheresses de l’été et déjà les feuilles montreront les premiers symptômes d’épuisement. Leur couleur verte, d’abord translucide, puis éclatante, s’opacifie, se ternit, tourne au grisâtre. Avec les nuits froides de l’automne, les échanges internes se ralentissent et les sucres, s’accumulant dans les limbes, feront s’y développer un pigment rouge, tandis que la chlorophylle en se décomposant jaunira. Les belles couleurs des feuilles d’automne sont, comme celles qui parent les ailes des papillons, le résultats d’une intoxication. Cette flambée qui ensoleille les bois, qui les empourpre, annonce la chute des feuilles qui, ayant cessé de fonctionner, sont maintenant inutiles. Mais avant qu’elles tombent s’est formée, là où le pétiole rattache la feuille au rameau, une mince cloison de liège étanche ; au-dessus de la blessure déjà cicatrisée, apparaît déjà le bourgeon qui, au printemps suivant, s’ouvrira.

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Les bonnes pratiques d’élagage

28 février 2010 6 commentaires

Une campagne menée par la Société Française d’Arboriculture :

Respectons les arbres – les bonnes pratiques d’élagage. Le but est de sensibiliser les particuliers, les communes  et les entreprises sur les impacts d’une taille sévère sur les arbres ; vive la taille douce !

Une petite bande dessinée qui vaut bien un long discours… (clic les planches)
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Si vous avez besoin d’élaguer vos arbres, faites appel à un arboriste professionnel.

Téléchargez la plaquette de la SFA pour de bonnes pratiques d’élagages, ici.

Ils nous mettent en garde contre les idées reçues, ils reviennent sur les dommages des tailles sévères, mais aussi sur l’importance du choix des essences et du lieu de plantation.

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Quelques mesures de référence

10 janvier 2010 5 commentaires

La définition même d’un arbre remarquable c’est d’être hors du commun et pour cela il existe divers critères et paramètres à prendre en compte [1]. Tout d’abord, on doit savoir que même si on donne des dimensions de base, c’est essentiellement pour guider les recenseurs. Ensuite dans bon nombre de cas, les facteurs de l’endroit où il pousse (sol, climat,…) feront un élément de plus à ajouter pour l’estimation. Il est judicieux de redire ce qui fait ce type d’arbre :  d’abord le contexte dimensionnel et morphologique : circonférence, taille, forme [2].

Puis celui du biotope dans lequel il vit et son degré de rareté : des espèces sont plastiques, il est fréquent qu’on à plus tendance à contempler un genévrier, un pin ou un cormier bien portant en jardin plutôt qu’un chétif ou moindre en garrigue ou en montagne, mais dans bien des situations, ils auront des âges similaires et du coup, si l’on rajoute à l’espèce une forme atypique et le fait qu’elle est rare ou menacée, alors le classement en remarquable peut s’établir. Certaines espèces seront d’office classées, car elles n’évoluent que dans une zone bien précise (endémisme,..) et le fait qu’un pied mature ait atteint une certaine dimension et/ou âge, le rend très important. Si l’on sait reconnaître des variétés anciennes, sous-espèces, en fruitiers ou autres hybrides naturels, il est intéressant de prendre des

En France nous possédons une large palette de diversité, alors essayons de mieux la connaître. Vient ensuite la partie historique et légende : un individu passant pour être assez banal, peut se voir sous un autre regard, si l’on s’intéresse à son passé. En effet, les arbres de libération, de Sully, ou d’autres possédants des légendes s’y rattachant (arbres des sorcières, arbres à loques, arbres ayant un rapport avec d’anciennes coutumes maintenant oubliées, … ). Il se pourra aussi que des spécimens acquièrent au fil des âges plusieurs critères voire quasiment tous et en ces circonstances, ils deviennent un réel patrimoine national.

Bonne route à vous. Que ce soit dans les forêts, vergers, alpages, littoraux, parcs et jardins, sachez que l’arbre n’a pas de frontière ! (un article de Sisley)

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Les arbres les plus hauts…

16 mai 2009 8 commentaires

Après avoir présenté les Sapins Douglas de la forêt de Ribeauvillé, les plus hauts arbres de France avec des cimes qui culminent à 60 mètres de hauteur,  les chênes de Bercé qui frôlent les 50 mètres, ou sur ce Grand Mélèze de 40 mètres de haut. Arrivez-vous à vous faire une idée précise de la hauteur de ces arbres ?

Cela dépasse notre petite échelle humaine… Sur ce dessin, vous pourrez vous rendre compte du gigantisme de certains, en comparant quelques arbres avec Notre-Dame de Paris (69 m de haut). Nos Douglas correspondent – à quelques mètres près – à l’Épicéa sur la droite de l’image… A leur pied, nous sommes grands comme des fourmis ! (clic pour agrandir)

Un dessin de Frederic Martin publié dans le livre de Judith Monnier Berhidai [1],
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Les arbres les plus hauts de France seraient les “sapins jumeaux” de Vancouver de l’arboretum de la Foux (Gard) avec des cimes culminant à 64 mètres de hauteur.

Abies grandis - Arboretum de la Foux“Je te fais passer une photo de deux arbres assez connus situés dans l’arboretum domanial de la Foux dans le massif de l’Aigoual, entre Meyrueis et Camprieu. Il s’agit de sapins de Vancouver (/Abies grandis/) dont la dernière mesure remonte à 1999 : le plus grand faisait 59m et avait été planté en  1906. Du fait de la forte pente et de l’écran formé par les autres arbres, il n’est plus possible maintenant de voir à la fois la base et la cime des arbres. La mesure avec des instruments à visée optique est donc impossible. Mais comme ils ont été régulièrement mesurés depuis leur plantation, on remarque que leur croissance est très régulière depuis les 30 dernières années, à un rythme de plus de 30cm par an. Cela donnerait donc plus de 62m aujourd’hui, ce qui les classe aux tout premiers rangs des plus grands résineux d’Europe. (A ma connaissance les Eucalyptus regnans plantés au Portugal atteignent les 75m et détiennent le record absolu pour l’Europe, feuillus et résineux confondus).

A remarquer ; la distance de moins d’1m50 séparant le bord interne de ces deux sapins, qui du coup se livrent depuis plus d’un siècle à une lutte féroce pour la lumière (et au niveau des racines !), ce qui explique l’élagage naturel et l’absence de branches jusqu’à plus de 30m, ainsi que la faible décroissance des troncs. On a vraiment  l’impression de se trouver tout petits au pied de colonnes dans une immense cathédrale. Ce même arboretum possède des sapins de Grèce et de Nordmann et des Douglas parmi les plus beaux de France. A visiter absolument dans le Gard si on passe par là.” (Yves Maccagno)

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Comment estimer l’âge d’un arbre ?

20 septembre 2008 48 commentaires

« Quand un arbre atteint une hauteur maximum et une expansion maximum, il stoppe sa croissance et, après un certain temps, commence à décroître lorsqu’il arrive à l’état sénile. Ni la hauteur, ni l’expansion ne peuvent servir à l’estimation de l’âge, excepté pour les jeunes arbres. Mais la circonférence du tronc de chaque arbre augmente relativement chaque année. L’âge d’un arbre est donc fonction de sa seule circonférence. Elle est mesurée à 1,50 m à partir du plus haut point de la base de l’arbre. »

« On pourrait croire que de nombreux calculs et graphiques sont nécessaire pour exprimer les changements de circonférence en fonction de l’âge, de l’espèce et de la vigueur d’un individu à un autre. Ceci est vrai. Cependant, les espèces d’arbres les plus variées se conforment très largement à la plus simple des règles possibles. La croissance moyenne de la circonférence, à 1,50 m de haut, de la plupart des arbres munis d’une couronne complète, est de 2,5 cm par an. Un arbre de 2,44 m de circonférence est habituellement âgé de 100 ans. S’il pousse dans un bois il aura 200 ans. S’il est dans une avenue ou légèrement entouré il aura 150 ans. Ceci est vérifié sur des centaines de spécimens de chaque espèce de grands arbres, conifères ou feuillus. »

« Une telle règle a besoin d’être affinée. Durant la première période de croissance, l’augmentation annuelle de la circonférence dépasse 2,5 cm. Succède ensuite une période où la croissance est à peu près de 2,5 cm et enfin une longue période de croissance plus faible. Durant toute sa vie, un arbre a donc un accroissement de circonférence voisin de 2,5 cm. Évidemment, il existe des exceptions, comme les arbres très jeunes ou très vieux ou encore les espèces qui, normalement, poussent plus vite ou plus lentement que la règle générale. »

« De jeunes chênes dans de bonnes conditions s’accroissent de 4 à 5 cm par an durant leur 60 à 80 premières années. A partir de ce moment et jusqu’à ce qu’ils atteignent entre 6 et 6,60 m de circonférence, ils maintiennent une croissance standard de 2,5 cm. »

« L’if a un mode de croissance unique. Beaucoup poussent à la vitesse standard de 2,5 cm par an durant cent les premières années, mais leur croissance est rapidement réduite de moitié pour tomber ensuite, sur une période de 500 ans, jusqu’à 2,5 cm tous les 5 à 15 ans. La couronne est alors pleine de vigueur et en augmentation constante. Il est donc particulièrement difficile d’estimer l’âge d’un grand if d’une manière précise.
« Pour aider à une estimation grossière : 2,5 m = 100 à 150 ans // 4,8 m = 300 à 400 ans
6 m = 500 à 600 ans // 9 m = 850 à 1000 ans »

« Croissance normale de 5 à 7,5 cm par an (parfois même 15 cm par an) chez le sequoia géant, le redwood de Californie, le sapin blanc du Colorado, le cèdre du Liban, le cyprès de Californie, le sapin de Sitka, le sapin de Douglas, le tsuga de Californie, le Populus nigra “italica” et autre hybrides : les ptérocaryers, les hêtres australs, les chênes rouges, de Hongrie, chevelus et à feuilles de Châtaigniers, le tulipier, le platane à feuilles d’érable et la plupart des eucalyptus. »
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Alan Mitchell « Tous les arbres de nos forêts » page 23.

Un très bon guide de dendrologie, avec toutes les espèces d’arbres d’Europe représentées, il y a plusieurs planches en couleurs et de nombreux dessins en N&B. Un très bon outil pour étudier les arbres.

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« La croissance en épaisseur des arbres est utile pour les datations multiséculaires. On peut savoir ainsi de combien de centimètres la circonférence d’un tronc va croître par an. Si un chêne gagne de 2,5 à 3 centimètres par an, un individu de 3 mètres de circonférence aura environ 100 ans. La méthode serait d’une logique admirable si elle ne présentait quelque erreur évidente : un chêne de 1000 ans n’a pas 30 mètres de circonférence ! »

« Les difficultés d’estimation tiennent à la vitesse de croissance qui n’est constante que pendant une durée limitée de la vie. Par ailleurs, elle est éminemment tributaire des conditions de l’environnement : lumière, richesse du sol, humidité du climat. On constate ainsi que, en futaie plus ou moins dense, le tronc d’un chêne s’élève en hauteur au détriment de sa croissance en épaisseur, mais qu’il en va tout autrement pour le chêne isolé dans une prairie ou au carrefour des routes. »

« Un catalogue des chênes dont on connaît avec une certaine précision l’âge montre que ceux qui vivent de 300 ans à plus de 500 ans (chêne rouvre ou chêne pédonculé) ont un accroissement moyen de 1,2 à 1,3 centimètre par an lorsque l’arbre est en futaie et de 1,5 centimètre lorsqu’il est isolé. Plus l’arbre est jeune, plus la croissance est rapide et, bien entendu, plus les accroissements annuels moyens sont élevés… On peut ainsi évaluer approximativement l’âge des très vieux arbres. Mais la difficulté est évidente lorsque la circonférence n’a plus de sens tant les troncs sont déformés ou scindés par l’âge, comme ceux des très vieux châtaigniers, tout creux, ou des chênes en ruine du Nord du Danemark. »

Robert Bourdu, Arbres souverains, p-195.

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