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Archive for the ‘Des contes’ Category

L’arbre alphabet

13 février 2018 3 commentaires

Une histoire de Leo Lionni, un livre épuisé et non ré-édité.

« L’arbre alphabet » – Trésor de fables, École des Loisirs, 1986 (lien libraire occasion).

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[6]album_leo-lionni_arbre-alphabet_scan[7]album_leo-lionni_arbre-alphabet_scan[8]album_leo-lionni_arbre-alphabet_scan[9]album_leo-lionni_arbre-alphabet_scanPlusieurs histoires de Leo Lionni ont été adaptées en film d’animation, voir ici.

Catégories :Des contes

Le trésor du baobab

19 janvier 2018 2 commentaires

Un jour de grande chaleur, un lièvre fit halte dans l’ombre d’un baobab, s’assit sur son train et contemplant au loin la brousse bruissante sous le vent brûlant, il se sentit infiniment bien.
« Baobab, pensa-t-il, comme ton ombre est fraîche et légère dans le brasier de midi ! »
Il leva le museau vers les branches puissantes. Les feuilles se mirent à frissonner d’aise, heureuses des pensées amicales qui montaient vers elles. Le lièvre rit, les voyant contentes. Il resta un moment béat, puis clignant de l’oeil et claquant de la langue, pris de malice joyeuse :
– Certes ton ombre est bonne, dit-il. Assurément meilleure que ton fruit. Je ne veux pas médire, mais celui qui me pend au-dessus de la tête m’a tout l’air d’une outre d’eau tiède.
Le baobab, dépité d’entendre ainsi douter de ses saveurs, après le compliment qui lui avait ouvert l’âme, se piqua au jeu. Il laissa tomber son fruit dans une touffe d’herbe. Le lièvre le flaira, le goûta, le trouva délicieux. Alors il le dévora, s’en pourlécha le museau, hocha la tête. Le grand arbre, impatient d’entendre son verdict, se retint de respirer.
– Ton fruit est bon, admit le lièvre.
Puis il sourit, repris par son allégresse taquine, et dit encore :
– Assurément, il est meilleur que ton coeur. Pardonne ma franchise : ce coeur qui bat en toi me paraît plus dur qu’une pierre.

Le baobab, entendant ces paroles, se sentit envahi par une émotion qu’il n’avait jamais connue. Offrir à ce petit être ses beautés les plus secrètes, Dieu du ciel, il le désirait, mais, tout à coup, quelle peur il avait de les dévoiler au grand jour ! Lentement, il entrouvrit son écorce. Alors apparurent des perles en colliers, des pagnes brodés, des sandales fines, des bijoux d’or. Toutes ces merveilles qui emplissaient le coeur du baobab se déversèrent à profusion devant le lièvre dont le museau frémit et les yeux s’éblouirent.
– Merci, merci, tu es le meilleur et le plus bel arbre du monde, dit-il, riant comme un enfant comblé et ramassant fiévreusement le magnifique trésor.

Fornax. © Beth Moon

Il s’en revint chez lui, l’échine lourde de tous ces biens. Sa femme l’accueillit avec une joie bondissante. Elle déchargea à la hâte de son beau fardeau, revêtit pagnes et sandales, orna son cou de bijoux et sortit dans la brousse, impatiente de s’y faire admirer de ses compagnes.

Elle rencontra une hyène. Cette charognarde, éblouie par les enviables richesses qui lui venaient devant, s’en fut aussitôt à la tanière du lièvre et lui demanda où il avait trouvé ces ornements superbes dont son épouse était vêtue. L’autre lui conta ce qu’il avait dit et fait, à l’ombre du baobab. La hyène y courut, les yeux allumés, avides des mêmes biens. Elle y joua le même jeu. Le baobab que la joie du lièvre avait grandement réjouie, à nouveau se plut à donner sa fraîcheur, puis la musique de son feuillage, puis la saveur de son fruit, enfin la beauté de son coeur.

Mais, quand l’écorce se fendit, la hyène se jeta sur les merveilles comme sur une proie, et fouillant des griffes et des crocs les profondeurs du grand arbre pour en arracher plus encore, elle se mit à gronder :
– Et, dans tes entrailles, qu’y a-t-il ? Je veux aussi dévorer tes entrailles ! Je veux tout de toi, jusqu’à tes racines ! Je veux tout, entends-tu ?
Le baobab, blessé, déchiré, pris d’effroi, aussitôt se referma sur ses trésors et la hyène insatisfaite et rageuse s’en retourna bredouille vers la forêt. Depuis ce jour, elle cherche désespérément d’illusoires jouissances dans les bêtes mortes qu’elle rencontre, sans jamais entendre la brise simple qui apaise l’esprit. Quant au baobab, il n’ouvre plus son coeur à personne. Il a peur. Il faut le comprendre : le mal qui lui fut fait est invisible, mais inguérissable.

En vérité, le coeur des hommes est semblable à celui de cet arbre prodigieux : empli de richesses et de bienfaits. Pourquoi s’ouvre-t-il si petitement quand il s’ouvre ? De quelle hyène se souvient-il ?
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Conte africain, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, pp. 42-44.
La photographie est de Beth Moon, issue d’une série présentée sur le blog en 2015 [1].

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L’arbre généreux

28 novembre 2011 13 commentaires

Il était une fois un arbre qui aimait un petit garçon.

Et le garçon venait le voir tous les jours.

Il cueillait ses feuilles et il s’en faisait des couronnes pour jouer au roi de la forêt.

Il grimpait à son tronc et se balançait à ses branches… et mangeait ses pommes.

Puis ils jouaient à va-te-cacher. Quand il était fatigué, il dormait dans son ombre.

Et le garçon aimait l’arbre.

Et l’arbre était heureux…

… énormément !

Mais le temps passa…

Et le garçon grandit…

Et l’arbre resta souvent seul.

Puis un jour le garçon vint voir l’arbre et l’arbre lui dit :

Approche- toi mon garçon , grimpe mon tronc et balance-toi à mes branches, et mange mes pommes et joue dans mon ombre et sois heureux !

– Je suis trop grand pour grimper aux arbres et pour jouer, dit le garçon .

Je veux acheter des trucs et m’amuser. Je veux de l’argent. Peux–tu me donner de l’argent ?

– Je regrette, mais je n’ai pas d’argent. Je n’ai que des feuilles et des pommes. Prends mes pommes mon garçon, et va les vendre en ville. Ainsi tu auras de l’argent et tu seras heureux.

Alors le garçon grimpa sans l’arbre, cueillit les pommes et les emporta.

Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir…

Et l’arbre devint triste.

Puis un jour le garçon revint ; l’arbre trembla de joie et dit :

Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc et balance-toi à mes branches et sois heureux.

J’ai trop à faire pour grimper aux arbres, dit le garçon. Je veux une maison qui me tienne chaud, dit-il. Je veux une femme et je veux des enfants, j’ai donc besoin d’une maison. Peux-tu me donner une maison ?

– Je n’ai pas de maison, dit l’arbre. C’est la forêt ma maison, mais tu peux couper mes branches et bâtir une maison, alors tu seras heureux.

Le garçon lui coupa donc ses branches et les emporta pour construire sa maison.

Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir.

Et quand il revint l’arbre fut tellement heureux qu’il put à peine parler.

Approche-toi mon garçon, murmura-t-il, viens jouer.

– Je suis trop vieux et trop triste pour jouer, dit le garçon. Je veux un bateau qui m’emmènera loin d’ici. Peux-tu me donner un bateau ?

– Coupe mon tronc et fais un bateau, dit l’arbre. Ensuite tu pourras t’en aller et être heureux.

Alors le garçon lui coupa le tronc et en fit un bateau pour s’en aller.

Et l’arbre fut heureux … mais pas tout à fait …

Et très longtemps après, le garçon revint encore.

Je regrette mon garçon, dit l’arbre, mais il ne me reste plus rien à te donner… Je n’ai plus de pommes.

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Le poirier magique

10 août 2011 8 commentaires

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C’était le plus bel étalage de fruits du marché. D’énormes pyramides de pommes, de poires, d’abricots, de coings, rutilaient et embaumaient au soleil. Les prix étaient à la hauteur de cette superbe denrée, pour le plus grand profit du gros commerçant qui officiait mielleusement derrière sa balance quelque peu trafiquée, comme le voulait la mode des marchands de ce temps-là. Un mendiant en haillons, coiffé d’un vieux bonnet de taoïste, tout élimé, s’arrêta devant ce spectacle appétissant. Il quémanda une poire.

Pas question ! répondit le commerçant, des mendigots de ton espèce, il en traîne par dizaines. Si je donne à l’un, les autres vont rappliquer comme un essaim de mouches et je n’aurai plus qu’à fermer boutique !

— Même un fruit abîmé, supplia le vagabond, je n’ai rien mangé depuis des jours. Le marchand sortit de derrière son comptoir et s’écria :

— Déguerpis avant que je perde patience ! Mais un garde débonnaire, en faction sur la place, s’interposa. Il acheta une poire et l’offrit au malheureux. Celui ci esquissa un large sourire et dit, en lui lui faisant signe de le suivre :

— Venez, pour vous remercier, je vais moi aussi vous offrir des poires. A vous et à tout votre régiment !

— Mais que racontes-tu, vieux fou ? Comment pourrais-tu en acheter ?

— Pas besoin de les payer. Je les cueillerai sur un arbre !

— Mais où est-il, ton arbre ?

— Là-dedans !

Le mendiant montra le fruit qu’il tenait à la main, mordit dedans et en retira un pépin.

— Le voilà, il ne reste plus qu’à le faire pousser. Allez me chercher une pelle et un peu d’eau chaude, et vous verrez, il portera des fruits avant le coucher du soleil !

Le garde héla quelques camarades qui passaient par là, fit répéter ses propos à cet idiot de village. Dans l’hilarité générale, on promit au mendiant de lui procurer ce qu’il réclamait. Un garde revint peu après avec une pelle, un autre avec une bouilloire, et toute une foule de badauds suivit le fou pour voir quelles sornettes il allait encore débiter !

Le vagabond s’arrêta au milieu de la place, creusa un trou, y planta le pépin et l’arrosa avec l’eau bouillante. Aussitôt, devant l’assemblée bouche bée, une-pousse sortit de terre et se mit à grandir à vue d’œil ! Un tronc se forma, se ramifia, les branches se couvrirent de feuilles et de fleurs. Celles-ci s’ouvrirent et des dizaines de poires poussèrent, gonflèrent, aussi radieuses et parfumées que celles de l’étalage de cet avare de marchand. Ce dernier s’était d’ailleurs mêlé à la foule, jouant des coudes lui aussi, dans l’espoir de profiter de la distribution générale que le mendiant avait entreprise après avoir cueilli les poires de son arbre. Il n’y a pas de petits profits ! D’ailleurs, notre commerçant regrettait de ne pas s’être mis bien d’emblée avec cet étrange vagabond qui avait plus d’un tour dans son sac de magicien, il aurait dû mieux considérer son bonnet de taoïste tout défraîchi ! Il pensa qu’il n’était d’ailleurs peut-être pas trop tard pour l’inviter à sa table et lui soutirer un secret si juteux.

Mais le mendiant, après avoir distribué tous les fruits, réclama une hache. On lui en porta une et on attendit, suspendu à ses gestes, ce qu’il allait en faire. Il coupa le poirier à la base, et, d’un pas tranquille, quitta la place, traînant l’arbre derrière lui. Il franchit la porte de l’Ouest et disparut sur la grand-route dans un nuage de poussière qui effaçait la trace de ses pas.

Le gros commerçant ne tenta pas de le rattraper. Il retourna les mains vides jusqu’à sa boutique, n’ayant rien eu de la distribution générale. Il trouva alors son commis en larmes qui lui expliqua que la pyramide de poires avait mystérieusement disparu de l’étalage. Voilà d’où venaient les fruits savoureux et substantiels que ce maudit taoïste avait si généreusement distribués !

Tout le reste était illusion. Et le grippe-sou en attrapa une jaunisse.
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Contes des sages taoistes, Pascal Fauliot (sous la direction d’Henri Gougaud).
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Le conte a été adapté en film d’animation, à voir sur le blog par ici.

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L’ombre du cerisier

2 juin 2011 10 commentaires

À la sortie d’une bourgade, sur la rive d’un lac qui baignait le pied d’une montagne sereine, était délicatement posée, dans son écrin de verdure, une grande et coquette maison. Elle était faite d’un soubassement de pierres de taille ocre rehaussé de cloisons de bois aux larges ouvertures finement ouvragées. Un agréable verger l’entourait, ceinturé d’un muret de briques blanchies à la chaux, coiffé de tuiles rosés vernissées. C’était la demeure d’un vieux commerçant rondouillard à qui son sens des affaires avait assuré une aisance plus que confortable.

II y avait dans le jardin, à la limite de la propriété, un cerisier d’âge respectable qui dispensait une ombre généreuse. L’été, fuyant l’étuve de sa maison, le richard aimait s’y reposer, éventé par la brise. Il appréciait particulièrement le moment où l’ombre enjambait le mur de sa propriété pour aller s’étirer sur la berge du lac. Là, il restait étendu de longues heures, bercé par le murmure des flots et le chant des roseaux, captivé par les reflets des montagnes dans le miroir du lac.

Voilà qu’un un jour de canicule, alors que le marchand franchissait son portail pour aller retrouver l’ombre de son cher cerisier, il eut la mauvaise surprise d’apercevoir quelqu’un allongé à sa place ! Ce ne pouvait être qu’un étranger car personne des environs n’aurait eu pareille audace. Son emplacement estival était connu et respecté de tous et nul n’aurait eu avantage à contrarier ce puissant notable.

Le vieux richard apostropha l’inconnu :

– Allez-vous-en ! C’est ma place !

– Votre place ? demanda l’étranger en relevant sa tête ou trônait un chignon grossièrement noué. Mais n’est-ce pas un lieu public ici ?

– Peut-être, reprit le commerçant, mais c’est l’ombre de mon cerisier ! Elle m’appartient.

L’homme, vêtu et bâti comme un aventurier, se redressa avec un sourire narquois et dit :

– Eh bien, dans ce cas, vendez-la-moi et je pourrai rester là !

Et il sortit sa bourse, en fit tinter le métal.

Cette musique si familière et si chère au riche marchand eut pour effet de le couper dans son élan et de le laisser songeur. Il n’aurait jamais pensé qu’il aurait pu faire commerce d’une ombre, une matière aussi inconsistante, impalpable, insaisissable ! Il trouva l’idée amusante.

Et il savait que l’une des règles d’or des affaires est qu’il n’y a jamais de petits profits. Aveuglé par sa cupidité, légendaire dans toute la contrée, il accepta donc le marché, non sans fixer tout d’abord le prix de l’ombre à dix taels d’argent. Une somme modeste mais conséquente pour un bien qui d’ordinaire ne se vend pas ! Il avait gagné sa journée. Le voyageur ne marchanda pas mais demanda que l’acte de vente soit mis par écrit en bonne et due forme, et en double exemplaire. Le vieux richard, tout content de l’aubaine, retourna dans sa demeure et revint aussitôt avec du papier, de l’encre et son sceau. L’affaire fut conclue et la vente de l’ombre payée comptant.

Sur cette rive du lac, il n y avait pas d’autre arbre et le marchand retourna dans son jardin où il se contenta de l’ombre d’un abricotier. Elle n’était pas aussi fraîche que celle du cerisier et elle ne ne franchissait pas le mur pour qu’il puisse contempler le paysage. Mais le grippe-sou s’y allongea avec le sourire de celui qui avait lait une bonne affaire.

Surtout que l’inconnu de passage serait sans doute reparti dans quelques jours. Il songea même qu’il pourrait peut-être revendre l’ombre à un autre imbécile ! Alors que les nuages commençaient à rosir comme les joues d’une vierge croisant un beau garçon, le riche marchand vit soudain l’aventurier franchir son portail. Il craignait que l’autre, sans doute dégrisé, ne vienne lui réclamer son argent. Heureusement qu’il y avait un contrat écrit ! L’aventurier lui lit un signe amical avant de s’asseoir sans façon dans le jardin. Il ouvrit alors son sac d’où il tira un pique-nique. Le maître des lieux, à grandes enjambées, déboula pour chasser ce sans-gêne de sa propriété.

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