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Archive for the ‘Des contes’ Category

L’arbre généreux

28 novembre 2011 12 commentaires

Il était une fois un arbre qui aimait un petit garçon.

Et le garçon venait le voir tous les jours.

Il cueillait ses feuilles et il s’en faisait des couronnes pour jouer au roi de la forêt.

Il grimpait à son tronc et se balançait à ses branches… et mangeait ses pommes.

Puis ils jouaient à va-te-cacher. Quand il était fatigué, il dormait dans son ombre.

Et le garçon aimait l’arbre.

Et l’arbre était heureux…

… énormément !

Mais le temps passa…

Et le garçon grandit…

Et l’arbre resta souvent seul.

Puis un jour le garçon vint voir l’arbre et l’arbre lui dit :

Approche- toi mon garçon , grimpe mon tronc et balance-toi à mes branches, et mange mes pommes et joue dans mon ombre et sois heureux !

– Je suis trop grand pour grimper aux arbres et pour jouer, dit le garçon .

Je veux acheter des trucs et m’amuser. Je veux de l’argent. Peux–tu me donner de l’argent ?

– Je regrette, mais je n’ai pas d’argent. Je n’ai que des feuilles et des pommes. Prends mes pommes mon garçon, et va les vendre en ville. Ainsi tu auras de l’argent et tu seras heureux.

Alors le garçon grimpa sans l’arbre, cueillit les pommes et les emporta.

Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir…

Et l’arbre devint triste.

Puis un jour le garçon revint ; l’arbre trembla de joie et dit :

Approche-toi, mon garçon, grimpe à mon tronc et balance-toi à mes branches et sois heureux.

J’ai trop à faire pour grimper aux arbres, dit le garçon. Je veux une maison qui me tienne chaud, dit-il. Je veux une femme et je veux des enfants, j’ai donc besoin d’une maison. Peux-tu me donner une maison ?

– Je n’ai pas de maison, dit l’arbre. C’est la forêt ma maison, mais tu peux couper mes branches et bâtir une maison, alors tu seras heureux.

Le garçon lui coupa donc ses branches et les emporta pour construire sa maison.

Et l’arbre fut heureux.

Mais le garçon resta longtemps sans revenir.

Et quand il revint l’arbre fut tellement heureux qu’il put à peine parler.

Approche-toi mon garçon, murmura-t-il, viens jouer.

– Je suis trop vieux et trop triste pour jouer, dit le garçon. Je veux un bateau qui m’emmènera loin d’ici. Peux-tu me donner un bateau ?

– Coupe mon tronc et fais un bateau, dit l’arbre. Ensuite tu pourras t’en aller et être heureux.

Alors le garçon lui coupa le tronc et en fit un bateau pour s’en aller.

Et l’arbre fut heureux … mais pas tout à fait …

Et très longtemps après, le garçon revint encore.

Je regrette mon garçon, dit l’arbre, mais il ne me reste plus rien à te donner… Je n’ai plus de pommes.

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Catégories :Des contes

Le poirier magique

10 août 2011 8 commentaires

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C’était le plus bel étalage de fruits du marché. D’énormes pyramides de pommes, de poires, d’abricots, de coings, rutilaient et embaumaient au soleil. Les prix étaient à la hauteur de cette superbe denrée, pour le plus grand profit du gros commerçant qui officiait mielleusement derrière sa balance quelque peu trafiquée, comme le voulait la mode des marchands de ce temps-là. Un mendiant en haillons, coiffé d’un vieux bonnet de taoïste, tout élimé, s’arrêta devant ce spectacle appétissant. Il quémanda une poire.

Pas question ! répondit le commerçant, des mendigots de ton espèce, il en traîne par dizaines. Si je donne à l’un, les autres vont rappliquer comme un essaim de mouches et je n’aurai plus qu’à fermer boutique !

— Même un fruit abîmé, supplia le vagabond, je n’ai rien mangé depuis des jours. Le marchand sortit de derrière son comptoir et s’écria :

— Déguerpis avant que je perde patience ! Mais un garde débonnaire, en faction sur la place, s’interposa. Il acheta une poire et l’offrit au malheureux. Celui ci esquissa un large sourire et dit, en lui lui faisant signe de le suivre :

— Venez, pour vous remercier, je vais moi aussi vous offrir des poires. A vous et à tout votre régiment !

— Mais que racontes-tu, vieux fou ? Comment pourrais-tu en acheter ?

— Pas besoin de les payer. Je les cueillerai sur un arbre !

— Mais où est-il, ton arbre ?

— Là-dedans !

Le mendiant montra le fruit qu’il tenait à la main, mordit dedans et en retira un pépin.

— Le voilà, il ne reste plus qu’à le faire pousser. Allez me chercher une pelle et un peu d’eau chaude, et vous verrez, il portera des fruits avant le coucher du soleil !

Le garde héla quelques camarades qui passaient par là, fit répéter ses propos à cet idiot de village. Dans l’hilarité générale, on promit au mendiant de lui procurer ce qu’il réclamait. Un garde revint peu après avec une pelle, un autre avec une bouilloire, et toute une foule de badauds suivit le fou pour voir quelles sornettes il allait encore débiter !

Le vagabond s’arrêta au milieu de la place, creusa un trou, y planta le pépin et l’arrosa avec l’eau bouillante. Aussitôt, devant l’assemblée bouche bée, une-pousse sortit de terre et se mit à grandir à vue d’œil ! Un tronc se forma, se ramifia, les branches se couvrirent de feuilles et de fleurs. Celles-ci s’ouvrirent et des dizaines de poires poussèrent, gonflèrent, aussi radieuses et parfumées que celles de l’étalage de cet avare de marchand. Ce dernier s’était d’ailleurs mêlé à la foule, jouant des coudes lui aussi, dans l’espoir de profiter de la distribution générale que le mendiant avait entreprise après avoir cueilli les poires de son arbre. Il n’y a pas de petits profits ! D’ailleurs, notre commerçant regrettait de ne pas s’être mis bien d’emblée avec cet étrange vagabond qui avait plus d’un tour dans son sac de magicien, il aurait dû mieux considérer son bonnet de taoïste tout défraîchi ! Il pensa qu’il n’était d’ailleurs peut-être pas trop tard pour l’inviter à sa table et lui soutirer un secret si juteux.

Mais le mendiant, après avoir distribué tous les fruits, réclama une hache. On lui en porta une et on attendit, suspendu à ses gestes, ce qu’il allait en faire. Il coupa le poirier à la base, et, d’un pas tranquille, quitta la place, traînant l’arbre derrière lui. Il franchit la porte de l’Ouest et disparut sur la grand-route dans un nuage de poussière qui effaçait la trace de ses pas.

Le gros commerçant ne tenta pas de le rattraper. Il retourna les mains vides jusqu’à sa boutique, n’ayant rien eu de la distribution générale. Il trouva alors son commis en larmes qui lui expliqua que la pyramide de poires avait mystérieusement disparu de l’étalage. Voilà d’où venaient les fruits savoureux et substantiels que ce maudit taoïste avait si généreusement distribués !

Tout le reste était illusion. Et le grippe-sou en attrapa une jaunisse.
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Contes des sages taoistes, Pascal Fauliot (sous la direction d’Henri Gougaud).
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Le conte a été adapté en film d’animation, à voir sur le blog par ici.

Catégories :Des contes

L’ombre du cerisier

2 juin 2011 10 commentaires

À la sortie d’une bourgade, sur la rive d’un lac qui baignait le pied d’une montagne sereine, était délicatement posée, dans son écrin de verdure, une grande et coquette maison. Elle était faite d’un soubassement de pierres de taille ocre rehaussé de cloisons de bois aux larges ouvertures finement ouvragées. Un agréable verger l’entourait, ceinturé d’un muret de briques blanchies à la chaux, coiffé de tuiles rosés vernissées. C’était la demeure d’un vieux commerçant rondouillard à qui son sens des affaires avait assuré une aisance plus que confortable.

II y avait dans le jardin, à la limite de la propriété, un cerisier d’âge respectable qui dispensait une ombre généreuse. L’été, fuyant l’étuve de sa maison, le richard aimait s’y reposer, éventé par la brise. Il appréciait particulièrement le moment où l’ombre enjambait le mur de sa propriété pour aller s’étirer sur la berge du lac. Là, il restait étendu de longues heures, bercé par le murmure des flots et le chant des roseaux, captivé par les reflets des montagnes dans le miroir du lac.

Voilà qu’un un jour de canicule, alors que le marchand franchissait son portail pour aller retrouver l’ombre de son cher cerisier, il eut la mauvaise surprise d’apercevoir quelqu’un allongé à sa place ! Ce ne pouvait être qu’un étranger car personne des environs n’aurait eu pareille audace. Son emplacement estival était connu et respecté de tous et nul n’aurait eu avantage à contrarier ce puissant notable.

Le vieux richard apostropha l’inconnu :

– Allez-vous-en ! C’est ma place !

– Votre place ? demanda l’étranger en relevant sa tête ou trônait un chignon grossièrement noué. Mais n’est-ce pas un lieu public ici ?

– Peut-être, reprit le commerçant, mais c’est l’ombre de mon cerisier ! Elle m’appartient.

L’homme, vêtu et bâti comme un aventurier, se redressa avec un sourire narquois et dit :

– Eh bien, dans ce cas, vendez-la-moi et je pourrai rester là !

Et il sortit sa bourse, en fit tinter le métal.

Cette musique si familière et si chère au riche marchand eut pour effet de le couper dans son élan et de le laisser songeur. Il n’aurait jamais pensé qu’il aurait pu faire commerce d’une ombre, une matière aussi inconsistante, impalpable, insaisissable ! Il trouva l’idée amusante.

Et il savait que l’une des règles d’or des affaires est qu’il n’y a jamais de petits profits. Aveuglé par sa cupidité, légendaire dans toute la contrée, il accepta donc le marché, non sans fixer tout d’abord le prix de l’ombre à dix taels d’argent. Une somme modeste mais conséquente pour un bien qui d’ordinaire ne se vend pas ! Il avait gagné sa journée. Le voyageur ne marchanda pas mais demanda que l’acte de vente soit mis par écrit en bonne et due forme, et en double exemplaire. Le vieux richard, tout content de l’aubaine, retourna dans sa demeure et revint aussitôt avec du papier, de l’encre et son sceau. L’affaire fut conclue et la vente de l’ombre payée comptant.

Sur cette rive du lac, il n y avait pas d’autre arbre et le marchand retourna dans son jardin où il se contenta de l’ombre d’un abricotier. Elle n’était pas aussi fraîche que celle du cerisier et elle ne ne franchissait pas le mur pour qu’il puisse contempler le paysage. Mais le grippe-sou s’y allongea avec le sourire de celui qui avait lait une bonne affaire.

Surtout que l’inconnu de passage serait sans doute reparti dans quelques jours. Il songea même qu’il pourrait peut-être revendre l’ombre à un autre imbécile ! Alors que les nuages commençaient à rosir comme les joues d’une vierge croisant un beau garçon, le riche marchand vit soudain l’aventurier franchir son portail. Il craignait que l’autre, sans doute dégrisé, ne vienne lui réclamer son argent. Heureusement qu’il y avait un contrat écrit ! L’aventurier lui lit un signe amical avant de s’asseoir sans façon dans le jardin. Il ouvrit alors son sac d’où il tira un pique-nique. Le maître des lieux, à grandes enjambées, déboula pour chasser ce sans-gêne de sa propriété.

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Catégories :Des contes

La petite vieille de la forêt

26 mai 2011 4 commentaires

Il était une fois une pauvre servante qui voyageait avec ses maîtres, et comme ils traversaient une grande forêt, leur voiture fut attaquée par des bandits qui surgirent des fourrés et qui tuèrent tout ce qui se présentait. Il n’y eut pas un survivant, hormis la jeune servante qui s’était jetée de la voiture dans sa peur, et qui s’était cachée derrière un arbre. Lorsque les bandits se furent éloignés avec leur butin, timidement elle approcha, et ne put que constater le malheur sans remède. « Pauvre de moi, gémit-elle, que vais-je devenir ? Jamais je ne serai capable de sortir de cette immense forêt où ne demeure âme qui vive, et je vais y mourir de faim ! » En larmes, elle se mit à errer à la recherche de quelque chemin, mais ne put en trouver aucun. De plus en plus malheureuse, quand le soir arriva, elle se laissa tomber au pied d’un arbre, se recommanda à la grâce de Dieu et décida de ne plus bouger de là, quoi qu’il pût arriver. Il n’y avait pas bien longtemps qu’elle y était, et l’obscurité n’était pas encore venue quand elle vit arriver une blanche colombe qui volait vers elle, tenant une petite clef d’or dans son bec. La colombe lui posa la petite clef dans la main et lui dit :

– Tu vois ce grand arbre là-bas ? il y a dans son tronc une petite serrure ; si tu l’ouvres avec cette petite clef, tu trouveras de la nourriture en suffisance pour ne plus souffrir de la faim.

Elle alla jusqu’à l’arbre, ouvrit sa serrure et trouva à l’intérieur du lait dans une petite jatte et du pain blanc pour tremper dans le lait ; ainsi put-elle manger son content. Sa faim passée, elle songea. « Voici l’heure où les poules rentrent se coucher, et je me sens si fatiguée, si fatiguée… Comme je voudrais pouvoir me mettre dans mon lit ! » Elle vit alors la colombe blanche revenir vers elle, tenant une autre petite clef d’or dans son bec.

– Ouvre l’arbre que tu vois là-bas, dit la colombe en lui donnant la petite clef d’or. Tu y trouveras un lit.

Elle ouvrit l’arbre et y trouva un beau lit bien doux ; elle demanda dans sa prière au bon Dieu de la garder pendant la nuit, se coucha et s’endormit aussitôt. Au matin, la colombe revint pour la troisième fois lui apporter une petite clef.

Si tu ouvres cet arbre là-bas, tu y trouveras des robes, dit la colombe. Et quand elle l’eut ouvert, elle trouva dedans des robes brodées d’or et de pierres précieuses, des vêtements d’une telle magnificence que même les princesses n’en possèdent pas d’aussi beaux. Alors elle vécut là pendant un temps, et la colombe revenait tous les jours et s’occupait de tout ce dont elle pouvait avoir besoin, ne lui laissant aucun souci ; et c’était une existence calme, silencieuse et bonne. Puis un jour, la colombe vint et lui demanda :

– Voudrais-tu me rendre un service ?- De tout coeur ! répondit la jeune fille.

– Je vais te conduire à une petite maison, dit alors la colombe ; tu entreras et il y aura là, devant la cheminée, une vieille fernrne qui te dira bonjour ; mais tu ne dois à aucun prix lui répondre un seul mot. Pas un mot, quoi qu’elle dise ou fasse ; et tu iras sur ta droite où tu verras une porte, que tu ouvriras pour entrer dans une petite chambre, où il y a un tas de bagues de toutes sortes sur une table : une énorme quantité de bagues parmi lesquelles tu en verras de très précieuses, de merveilleux bijoux montés de pierres fines, de brillants extraordinaires, de pierres les plus rares et les plus éclatantes ; mais tu les laisseras de côté et tu en chercheras une toute simple, un anneau ordinaire qui doit se trouver dans le tas. Alors tu me l’apporteras, en faisant aussi vite qu’il te sera possible.

La jeune fille arriva devant la petite maison, poussa la porte et entra ; il y avait une vieille femme assise, qui ouvrit de grands yeux en la voyant et qui lui dit : « Bonjour, mon enfant ! » Sans lui répondre, la jeune fille alla droit à la petite porte. « Où vas-tu ? » lui cria la vieille femme en essayant de la retenir par le pan de sa robe. « Tu es chez moi ici ! C’est ma maison, et nul n’y doit entrer sans mon consentement. Tu m’entends ? »

Toujours sans souffler mot, la jeune fille se dégagea d’un coup de reins et pénétra dans la petite chambre. Mon Dieu ! quelle fantastique quantité de bagues s’entassait donc sur l’unique table, jetant mille feux, étalant mille splendeurs sous ses yeux ! Mais elle les dédaigna et se mit à fouiller pour chercher l’anneau tout simple, tournant et retournant tout le tas sans le trouver. Elle le cherchait toujours quand elle vit, du coin de l’œil, la vieille femme se glisser vers la porte en tenant dans ses mains une cage d’oiseau qu’elle voulait emporter dehors. D’un bond, elle fut sur elle et lui enleva des mains cette cage, dans laquelle elle vit qu’il y avait un oiseau ; et cet oiseau avait la bague dans son bec ! Elle s’empara de l’anneau qu’elle emporta, tout heureuse, en courant hors de la maison, s’attendant à voir la colombe arriver pour le recevoir. Mais la colombe n’était pas là et ne vint point.

Alors elle se laissa tomber au pied d’un arbre, un peu déçue, mais décidée en tout cas à l’attendre ; et alors il lui sembla que l’arbre se penchait sur elle et la serrait tendrement dans ses branches. L’étreinte se fit insistante et elle se rendit compte, soudain, que c’étaient bien deux bras qui la serraient ; elle tourna un peu la tête et s’aperçut que l’arbre n’était plus un arbre, mais un bel homme qui l’enlaçait avec amour et l’embrassait de tout son coeur avant de lui dire avec émotion :

– Tu m’as délivré du pouvoir de la vieille, qui est une méchante sorcière. C’est elle qui m’avait changé en arbre, et pendant quelques heures, chaque jour, j’étais une colombe blanche ; mais tant qu’elle gardait l’anneau en sa possession, je ne pouvais pas reprendre ma forme humaine.

Le sort avait également frappé les serviteurs et les chevaux du jeune seigneur, qui furent délivrés en même temps que lui, après avoir été, tout comme lui, changés en arbre à ses côtés. Ils reprirent leur voyage avec la jeune fille et chevauchèrent jusque dans leur royaume, car le jeune seigneur était le fils d’un roi. Alors, ils se marièrent et ils vécurent heureux.
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« La petite vieille de la forêt » conte des frères Jacob et Wilhelm Grimm (1812).

« The Old Woman In The Woods » une illustration d’Adam Oehlers.

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L’ami pommier

5 mai 2011 9 commentaires

Au sortir de la ville, dans une vieille maison timidement cachée au fond d’un beau jardin, vivait jadis un homme qui avait de bons yeux rieurs derrière ses petites lunettes rondes, et un air doux comme un mouton sous sa toison de boucles brunes.

Il s’appelait François. Chaque matin, en se levant, François contemplait son arbre : un magnifique pommier qui poussait sous ses fenêtres. Rien qu’à le voir, si grand, si beau, il était heureux. Et chaque soir, en rentrant du travail, il passait des heures à regarder les oiseaux qui nichaient dans son feuillage.

Car on ne s’ennuie pas à regarder les arbres : certains sont même de véritables magiciens. Au printemps, ils disparaissent sous un grand manteau de fleurs où butinent les abeilles. Au plus chaud de l’été, ils offrent leur ombre fraîche à tous ceux qui, le visage en feu, fuient le soleil brûlant.

Puis, quand vient l’automne, ils lancent à la volée des gerbes de feuilles jaunes, rouges ou rousses qu’un vent fougueux éparpille au loin sur les trottoirs et les pavés… jusqu’ à ce que l’hiver habille les champs d’un manteau de neige.

François aimait son arbre depuis toujours. Quand il était petit, il grimpait souvent dans ses branches et y restait caché lorsque sa maman l’appelait pour le dîner. Et maintenait qu’il avait grandi, le seul fait de l’admirer lui procurait toujours autant de joie. Il ne lui fallait rien de plus pour être heureux. Parfois, quelqu’un s’arrêtait derrière la clôture — le plus souvent un homme, ou une femme avec un enfant — et il les entendait dire : « Regarde, le bel arbre ! » Mais la plupart des gens, trop pressés, passaient sans le voir.

Les années passèrent.

François avait vieilli. De profonds sillons creusaient à présent son visage, et ses cheveux d’abord grisonnants, puis blancs, avaient fini par se clairsemer, emportés par le temps comme les feuilles par le vent. Seule sa barbe avait poussé, telle une longue écharpe de laine blanche. François était cependant toujours aussi heureux et ne se lassait pas d’observer son arbre et les oiseaux.

S’il lui arrivait de surprendre des enfants en train de lui chiper des pommes, il riait de bon cœur en disant :

« Les fruits volés sont toujours les meilleurs, pas vrai ? »

Sur quoi les coupables, gênés, s’enfuyaient à toutes jambes.

Mais un jour, un terrible malheur arriva. L’automne était de retour et un vent furieux faisait claquer les volets et voltiger les feuilles. Au-dessus des collines voisines, les nuages noirs semblaient si menaçants que chacun s’était empressé de rentrer chez soi. François ferma lui aussi sa fenêtre au premier éclair, mais il resta dans la pénombre à observer l’orage.

Bientôt, d’énormes gouttes vinrent s’écraser contre la vitre, et l’averse s’abattit avec une telle force sur la petite ville qu’on eût dit qu’une main furieuse déversait sur elle un gigantesque tonneau. Déchiré d’éclairs, le ciel d’encre résonnait de coups de tonnerre, de plus en plus proches, de plus en plus violents.

Et soudain, le cœur de François cessa de battre : dans un vacarme assourdissant, la foudre venait de tomber sur son pommier ! Sous ses yeux, le tronc se fendit dans un long craquement.

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