Virée à Saint-Benoît et à Saint-André d’Hébertot (Calvados)

Alors que je m’étais mis en vacances du blog pendant quelques semaines, la boite mail se remplissait jour après jour avec de nouveaux reportages. Damien n’a pas chômé, et vous le découvrirez dans les jours à venir, nous aurons grâce à lui la preuve que la Normandie abrite surement la plus grande concentration du territoire en ifs séculaires. Suivons-le aujourd’hui dans le Calvados à la rencontre de deux vieilles connaissances.

« Il s’agit de deux chênes champêtres implantés au bord de l’autoroute de Normandie, dans une vaste prairie à Douet Ridel, sur la commune de Saint-André d’Hébertot. Cela faisait des années que je passais à côté en les ayant repérés par leur taille imposante, ils me faisaient à chaque fois tourner la tête sur le côté ! »

« Et un beau jour (enfin un mauvais car il pleuvait) je me suis décidé de tirer l’affaire au clair, est-ce que ces arbres seraient aussi impressionnants de près que depuis la route ? »

« Les deux arbres trônent dans leur pâturage, je prends photo sur photo en slalomant entre les gouttes et je m’approche du plus gros des deux. De près, je constate qu’il  abrite une cavité, sans doute la cicatrice d’une branche disparue il y a de cela fort longtemps. Ce chêne possède des racines très fortes, qui font penser à une main géante plongeant ses doigts dans la terre… [1][2

« En me rendant compte de la taille de ce chêne, je reste dessous quelques minutes à le contempler, puis je m’attelle à le mesurer. Les mètres défilent, 2, 3, 4, 5… et au final 5m80 à 1m30, puis je m’amuse à mesurer le géant à sa base en raison de ses puissantes racines : plus de 12m en tout ! »

« Des excroissances remarquables se situent sur le tronc : l’une est assez imposante pour s’asseoir dessus, une autre semble éclater l’écorce en la repoussant vers l’extérieur [3]. »

« Quelques branches mortes parsèment le houppier, mais il semble en bonne santé avec ses charpentières toujours présentes et son intégrité semble elle aussi préservée. Il a toutes les chances d’avoir encore de nombreuses années devant lui. »

« Le deuxième chêne [4] mesure 5m63 à 1m30 du sol, et plus de 10m à la base. »
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« Et voici l’if du cimetière de Saint-Benoît-d’Hébertot, juste à deux kilomètres des chênes. »

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If & trio de tilleuls, Sainte-Croix-sur-Buchy (Seine-Maritime)

Retournons faire une petite virée en Normandie avec Damien, car en quelques semaines il s’est pris au « jeu » en retrouvant des arbres décrits par Henri Gadeau de Kerville [1][2], mais aussi des arbres déjà décrits sur le blog pour lesquels il nous a fait des mises à jour [3][4].

Aujourd’hui c’est en suivant les pistes dévoilées sur le blog de Sébastien [5] qu’il s’est rendu à Sainte-Croix-sur-Buchy pour nous ramener les photos de l’if séculaire de l’église.

 

« Situé au bord du talus du cimetière et au bord la route, on le remarque immédiatement grâce à sa grande taille et son élégance. Les plus hautes branches sont harnachées par de discrets fils métalliques, afin de prévenir toute chute accidentelle sur la chaussée. »

« Le tronc affiche une circonférence de 5,08m à 1m30.»

« Il s’agit d’un sujet mâle en pleine forme, comme l’atteste la couleur orangée du sol autour de lui due aux semences déposées [6]. »
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Dans la campagne, au Sud du village Damien a fait sa première véritable découverte.

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« La Belle Épine » aubépine séculaire, Bouquetot (Eure)

Bon nombre d’arbres séculaires n’ont pas encore été présentés sur le blog, mais petit à petit le réseau des reporters s’étend et couvre de plus en plus de territoires. Suivons encore une fois Damien en Normandie [1] à la rencontre d’un phénomène : l’aubépine de Bouquetot, un arbre séculaire dont la renommée a largement dépassé les frontières de l’Eure.

Peu de données concernant cette aubépine si ce n’est quelques lignes de-ci de-là dans les livres, je m’appuierai donc sur les données fournies par Henri Gadeau de Kerville en 1891, ainsi que sur la fiche d’inventaire du patrimoine culturel de Bouquetot réalisée par Yann Leborgne [2]. Enfin, sachant l’aubépine protégée par une enceinte Damien n’avait pas pris de quoi la mesurer, mais des courriers ont été envoyés à différentes associations locales…

L’aubépine de Bouquetot, autrement appelée « La Belle Epine », est une aubépine blanche commune, régulièrement taillée en bol depuis le milieu du XIXème siècle, dont l’âge fut estimé il y a environ 120 ans par le naturaliste Henri Gadeau de Kerville qui lui attribuait plus de 500 ans. La « Belle-Épine » aurait donc aujourd’hui entre 600 et 700 ans, ce qui coïncide avec la date de plantation « vers 1360 » que lui attribue la tradition.

Selon la même tradition, la plantation de cette aubépine au début du règne du Charles V aurait procédé d’une célébration du rattachement de la Normandie à la France. Quoiqu’il en soit de la véracité historique de ce récit, il faut surtout retenir qu’il institue la Belle Epine comme un arbre de mémoire dont la naissance en tant qu’acte politique exprime des appartenances territoriales : elle resitue la localité de Bouquetot dans l’ensemble Normand, et cet ensemble Normand au sein de la France. La présence de cette aubépine est donc censée agir auprès des Hommes comme un rappel de territorialités.

Une telle interprétation de la légende de plantation de cet arbre est parfaitement compatible avec l’information livrée par Henri Gadeau de Kerville selon laquelle la pratique était autrefois répandue dans la campagne Normande de faire pousser des pieds d’aubépines pour délimiter des parcelles rurales. Usant de leur longévité, les propriétaires en plantaient aux angles de leur terrain afin de borner l’espace et s’assurer ainsi la pérennité d’une appartenance. Un tel rapport à l’aubépine pourrait expliquer pourquoi celle de Bouquetot est encore présentée de nos jours comme un « symbole de virginité » ; il y aurait peut-être derrière ce symbolisme une signification d’inviolabilité du territoire.

Mesures de mai 1891 : 2,21m de circonférence à 1m, hauteur totale de 3,78m.

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Le cimetière de Joué, Valanjou (Maine-et-Loire)

« Frappons le fer tant qu’il est chaud, chronique du jour en forme de discours funèbre. »

« Avis à tous les maires de France, il y a là quelques arbres à liquider. »

« En hommage au séquoia du cimetière de Martigné-Briand [1], j’aimerais vous présenter deux de ses frères qui poussent à moins de 15 kilomètres de là. Leur implantation n’est pas sans rappeler ceux du cimetière de Saumur [2]… Tiens donc encore un cimetière… »

« On a voulu nous faire croire que la présence de celui de Martigné était une erreur, alors étudions de près, l’architecture paysagère que l’on peut observer à Valanjou. »

« On y trouve dès l’entrée les deux fringants séquoias géants qui mesurent 5m10 et 5m20 (pour le plus haut) à 1m30 du sol. Vous noterez la similitude morphologique extraordinaire entre tous ces séquoias que je viens de citer (un pur hasard, bien sûr, pas du tout l’engouement qu’à suscité cette espèce au 19e siècle, ben voyons…). »

« Ils encadrent le portail d’entrée et démarrent toute une allée centrale bordée de cyprès dont le plus gros présente une circonférence de 1m90. Cette allée se termine par deux ifs. Il s’agit donc là d’un ensemble homogène encadré aux extrémités par deux essences différentes : la plus imposante, voire royale au départ et la plus discrète à l’arrivée… Un autre hasard sans doute. »

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L’if du cimetière de Gouy (Seine-Maritime)

Il y quelque temps, un habitant de Seine-Maritime passionné par les arbres remarquables s’est manifesté : « Je désirais savoir comment vous proposer de nouveaux arbres à publier, car j’en connais quelques uns qui méritent certainement d’avoir leur place ici ! »

Du coup, je l’ai envoyé sur la trace de l’if de Gouy, un arbre qui hante les listes des vieux arbres  normands depuis longtemps, et pour lequel je n’avais aucune information récente.

« Mesures de l’if : 13 mètres de hauteur pour 5,30 m de circonférence. »

Un if creux multi-séculaire situé devant le porche de l’église et veillant sereinement sur les tombes du cimetière. Des notes prises sur place le 06 juin 1930 le décrivent ainsi :
« […] l’If du cimetière de Gouy, du sexe mâle, est encore bien vigoureux. […] Le tronc, complètement creux, est privé d’une partie de sa périphérie. Il mesure à un mètre du sol, une circonférence de 5m50[…]. La hauteur totale de l’arbre est de 12m50 environ ». [1]

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If de l’église Notre-Dame, Plourin-lès-Morlaix (Finistère)

Au cours des semaines précédentes, j’ai envoyé de nombreux courriers pour retrouver quelques ifs séculaires disséminés en Bretagne. Mais il y a parfois de belles surprises qui arrivent dans ma boite mail… car des photos non attendues sont arrivées…

C’est devant l’église Notre-Dame de Plourin-lès-Morlaix que se dresse ce vieil if au tronc creux.

« Alors que je faisais des recherches sur son âge exact, je suis tombée sur votre site. »

« On ne le voit pas mais il m’a semblé apercevoir un filin en acier qui doit participer à la tenue de l’arbre, qui est vraiment très creux mais qui s’étend très largement. »

Pas de données dendrologiques, mis à part celles contenues dans l’ouvrage d’Olivier Hamery [1] qui annonce 7,40 m de circonférence ; et les données fournies par la MCE qui inventorie les arbres de Bretagne [2] : 15 m de hauteur et 6,70 m de circonférence…

Petite « bataille » de chiffres qui illustre parfaitement la nécessité de préciser à quelle hauteur a été faite la mesure. Si un bon samaritain passe dans le coin, ce serait chouette d’obtenir une mesure récente à 1,30m de haut, cela permettrait d’estimer son âge avec plus de précision, mais aussi aux générations futures de pouvoir comparer leurs données aux nôtres.

« L’actuelle église Notre-Dame a remplacé au XVIIe siècle un édifice de style gothique dont il ne reste rien. La présence d’un très bel if creux de 7,40m de circonférence, probablement âgé de sept, voire huit siècles, nous renvoie à la période romane. » (Olivier Hamery – Arbres remarquables de Bretagne)

Merci pour les photos de cet if séculaire Adeline, à bientôt pour des aventures picardes ?

La mairie m’a transmis deux cartes postales anciennes où l’if apparait :

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If de l’Archiprêtré de Mazière-sur-Béronne (Deux-Sèvres)

Et si on remontait en Deux-Sèvres avec Yanick ?

« Depuis plus de six ans que je chasse les arbres, cette passion m’a apporter la joie de rencontres mémorables. Celle que je vous présente aujourd’hui l’est à double titre. Tout d’abord parce que l’arbre rencontré est exceptionnel pour le département, et puis surtout pour l’accueil que nous ont réservé ses heureux propriétaires. »

« L’ancien archiprêtré de Mazière-sur-Béronne est un lieu chargé d’histoire [1]. Il faut remonter au IVe siècle pour en retrouver les fondations. Clovis y aurait enterré ses francs mort au combat. Un des vicaires de l’archiprêtré, Norbert Pressac de la Chagnaye, planta le premier arbre de la liberté de France le 10 mai 1790. Sur ce lieu on retrouve les traces d’une villa gallo-romaine, un puits sacré, une église romane, un temple Druidique, un aqueduc de 275m, 7 sources, des jardin créés en 1780 et, l’objet de ma visite, un if millénaire. »

« Nous fument accueillis par la propriétaire, la charmante Mme Wieme, qui nous conduit au pied de cet arbre, qui en fait est accompagné par un  if plus petit. Il forment ensemble un couple (mâle et femelle) qui parait inséparable. N’ayant jamais vu d’if aussi gros de ma vie, je fus émerveillé par la lumière que dégage la couleur rose saumon de son tronc. Celui-ci fait une circonférence de 5,78m à une hauteur de 40 cm (plus creux du tronc) et 15m de haut. »

« Un jardinier de Versailles a estimé cet arbre à un millier d’années. Mme Wieme me demanda mon avis et voyant l’attachement qu’elle porte à cet arbre je fus un peu gêné de lui avouer que je trouvais cela surestimé. »

« Ayant pris sur place la photo d’une branche coupée de 1,17m de circonférence, j’y ai compté environ 110 cernes. Je peux donc aujourd’hui lui accorder environ 550 ans. »

« Puis le colonel Wieme revenant d’une petite promenade nous a rejoint au jardin. Si sa femme experte du contre pied est très charmante, ce personnage haut en couleur ne m’a pas laissé indifférent. Il faut dire qu’il cache bien ses 89 ans. Nous avons eu droit à une histoire du site, des aventures de ce grand baroudeur [2][3], et de l’arbre généalogique de lui et sa femme. Tout ceci en défilant devant les portraits d’époques des aïeux. Nous avons alors vu une grande partie de l’histoire de France défiler sous nos yeux. »

« Heureusement avant que ce grand bavard (qu’il me pardonne) ne nous accapare, j’avais pris le temps de mesurer le deuxième if pour 3,10m à 1,30m puis un troisième pour 2,92m à 1,30m [4] et un superbe saule tortueux de 23 ans et 3m de circonférence. »

« Finalement cet après-midi d’été est passé à une vitesse folle et je n’ai pas eu le temps de tout visiter. Je ne manquerai donc pas d’y revenir le plus rapidement possible, d’autant que je pense que le Colonel ne nous a pas tout dit. »

« L’Archiprêtré de Mazière-sur-Béronne est à 5 kilomètres au sud de Melle. Les propriétaires actuels sont les héritiers du dernier Seigneur Archiprêtre résidant à Mazières-sur-Béronne de 1767 à 1801. Ils y ont déjà accueilli gratuitement plus de 43.000 visiteurs. Je tiens à remercier chaleureusement Mr et Mme Wieme pour leur accueil ainsi que Philippe Rabillat co-auteur du livre DVD « Arbres en Deux-Sèvres » [5] pour m’avoir lancé sur la piste de cet If. »

Ah, je savais bien que le département des Deux-Sèvres, si richement arboré, abritait forcément un if séculaire ! Merci pour ce reportage Yanick, car il s’agit là d’un très beau spécimen de taxus, avec un tronc massif soutenant un houppier encore assez élégant pour cinq siècles d’existence. Ces ifs mâle & femelle forment un couple remarquable, deux arbres qui ont surement de nombreux siècles devant eux. L’autre if que tu as trouvé dans la propriété n’est pas en reste non plus avec une circonférence approchant les 3 mètres. Et pour finir, le saule tortueux que tu nous présentes est vraiment superbe ; et avec une datation précise qui plus est ! (ce qui nous aidera grandement pour les autres explorations)