Des photos sur feuilles d’arbre

Binh Danh est devenu un artiste d’importance nationale aux États-Unis avec un travail qui explore son héritage vietnamien et la mémoire collective de la guerre. Sa technique incorpore son invention du procédé d’impression à la chlorophylle, dans lequel des images photographiques apparaissent incrustées dans les feuilles par l’action de la photosynthèse.

Dans la série « Immortalité, les vestiges de la guerre du Vietnam et des États-Unis », il a enregistré les images de la guerre sur des plantes tropicales. Cette idée d’expérimenter la photosynthèse lui est venue après avoir observé comment l’herbe changeait de couleur sous un tuyau laissé sur la pelouse.

« Dans mon travail, la photosynthèse est utilisée pour enregistrer des images sur des feuilles en utilisant uniquement de la chlorophylle et de la lumière : source de vie des plantes et, par conséquent, de la Terre. Les feuilles sont ensuite coulées dans de la résine, comme des échantillons biologiques pour des études scientifiques. »

« Ce processus traite de l’idée de transmigration élémentaire : la décomposition et la composition de la matière en d’autres formes. Les images de guerre font partie des feuilles et vivent à l’intérieur et à l’extérieur d’elles. Les feuilles expriment le continuum de la guerre. Ils contiennent les résidus de la guerre du Vietnam: bombes, sang, sueur, larmes et métaux. Les morts ont été incorporés dans le paysage du Vietnam pendant les cycles de naissance, de vie et de mort; par le recyclage et la transformation des matériaux, et la création de nouveaux matériaux. Comme la matière n’est ni créée ni détruite, mais seulement transformée, les vestiges de la guerre du Vietnam et des États-Unis vivent à jamais dans le paysage vietnamien. »
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Hiro Chiba, une artiste japonaise s’est à son tour emparée de cette technique « secrète » d’impression solaire sur feuilles d’arbres.

« Et le résultat est vraiment étonnant, avec une dimension symbolique d’actualité par son caractère écologique mais également cette réappropriation du temps long. On croirait à s’y méprendre à de l’impression monochrome par projection d’encre. Mais non, ces images sont 100% naturelles, sans traitement chimique ou ajout de pigments, excepté pour la patine de préservation. »

« Quand on questionne Hiro, on réalise pourtant que l’aspect technique n’est qu’une des dimensions de son travail. Il y a bien plus à découvrir selon elle. Tout d’abord, les irrégularités naturelles des feuilles modifient légèrement l’image, un peu à la manière dont les souvenirs se fixent dans notre mémoire. « J’ai peur d’oublier, car la mémoire forme ce que je suis. Ces œuvres sont comme une projection de ma mémoire. Une porte ouverte vers un souvenir précis » nous dit-elle. Toutes les images imprimées ont donc été prises par l’artiste à un moment de sa vie où elle a décidé que cet instant précis deviendrait un souvenir impérissable. »

« Mais cette démarche n’est pas juste personnelle. Hiro estime que ces « portes d’entrée » vers les souvenirs peuvent être empruntées également par d’autres. Il suffit de regarder attentivement et se laisser porter par son imaginaire. L’impression sur feuille n’étant pas toujours parfaitement claire, chacun peut combler les manques par sa propre imagination et former une nouvelle image parfaite dans notre cerveau. Par cette création de l’esprit, Hiro invite le curieux a lui même explorer ses souvenirs. Elle estime d’ailleurs qu’un grand mal de notre temps, c’est que l’humanité a perdu le sens du temps long. Aujourd’hui, on produit des milliards de photographies chaque jour, publiées en temps réel sur les réseaux sociaux, sans vraiment toujours donner du sens à ces clichés. Recherche de popularité, modes éphémères, course au « like » et culte de la personnalité nous éloignent du « sens » des évènements qui composent notre courte vie. Par l’éloge de la lenteur, la symbiose avec la nature et sa créativité, Hiro semble vouloir redonner du sens aux instants capturés dans le temps, au moins pour ses propres souvenirs. » […]

L’intégralité de l’article avec interview de Hiro Chiba est à retrouver sur le site Japanization : « Une japonaise imprime ses photos sur des feuilles d’arbre grâce au soleil ». (Merci D.K.)
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Cette technique d’impression grâce au soleil rappelle les anthotypes.

Buret i Ørjedalen

Dans la vallée d’Ørjedalen en Norvège, trône majestueusement une cabane Sami solitaire. Il s’agit du plus ancien bâtiment de Hattfjelldal et le bois de construction a été daté de 1770 (l’année 1502 a bien été retrouvée gravée dans le bois mais cela ne concorde pas avec les autres dates).

La cabane est construite de manière traditionnelle sur quatre piliers et avec la porte orientée vers l’est et le lever du soleil.
La cabane a été restaurée deux fois. D’abord en 1930 par le Musée ethnographique, puis en 1990 sous les auspices de Sijti Jarnge.

La photographie est de Elin Kristina Jåma.

Les arbres de la baleine

Les célèbres aventures de Sindbad le marin ont un destin singulier. Elles ne figurent pas dans le corpus d’origine du recueil, mais sont introduites au XVIIIe siècle par le premier traducteur des Nuits, Antoine Galland. Ce récit particulièrement célèbre a pourtant bien été retranscrit en arabe entre le IXe et le XIIe siècle. À bien des égards, il évoque les péripéties de L’Odyssée d’Homère. Sindbad est un marchand qui sillonne les mers pour mener à bien ses affaires. Ce faisant, il rencontre comme Ulysse de nombreux obstacles, notamment un cyclope qui menace sa vie. Au cours de son premier voyage, Sindbad croise le chemin d’une baleine que les marins prennent pour une île.

« Courez vite ! Car l’île sur laquelle vous vous trouvez n’est point une île ! C’est une baleine gigantesque ! Elle a élu domicile au milieu de cette mer, depuis les temps de l’antiquité ; et les arbres ont poussé sur son dos, grâce au sable marin ! Vous l’avez réveillée de son sommeil ! ».

Traduction littérale et complète du texte arabe par le docteur J.-C. Mardrus. Illustration de Léon Carré, décoration et ornements de Racim Mohammed, Paris : impr. G. Kadar, édition d’art H. Piazza, 1926-1932.
Mille et Une Nuits, tome 5, in-folio. BnF, Réserve de livres rares, Rés. m. Y2. 214 (5) © Bibliothèque nationale de France

Les arbres surréalistes du Codex Seraphinianus

À la fin des années 70, Luigi Serafini – un artiste italien – rédige le Codex seraphinianus. Il s’agit d’une sorte d’encyclopédie d’un monde totalement imaginaire composée de onze chapitres traitant de la nature, d’humanoïdes, de minéraux, de mathématiques, d’architecture et d’écriture.

Dans la section botanique, certaines planches traitent d’arbres fabuleux.

Ces dessins surréalistes semblent décrire un monde fantastique en parallèle avec le nôtre. Le texte est écrit dans une langue imaginaire, avec une écriture inconnue inventée par l’auteur lui-même, et qui est sans doute indéchiffrable.

Je reste totalement fasciné par le monde délirant de Luigi Serafini.

L’ouvrage n’est pas évident à trouver d’occasion et souvent à un prix prohibitif. Toutefois, j’ai pu dénicher un scan complet sur le net, à voir ici (pdf 371 pages).

Forêt des druides

Norma est un opéra en deux actes de Vincenzo Bellini.

L’action se déroule en Gaule transalpine occupée par les Romains, vers l’an 50 avant J.-C. La druidesse Norma a eu deux enfants de son amant Pollione, proconsul romain en Gaule. Mais ce dernier l’a déjà oubliée et ne songe désormais qu’à la jeune novice Adalgisa, qu’il rêve d’emmener à Rome. Venue demander conseil à Norma, Adagilsa dévoile à la prêtresse le nom de son amant : effroi d’Adalgisa qui découvre, horrifiée, le mensonge de Pollione, et stupeur de Norma, qui ne contient plus sa rage : pourra-t-elle vivre ? devra t-elle tuer ou épargner les fils de Pollione ? En renonçant à Pollione, Adalgisa croit pouvoir panser le mal, mais rien n’y fera ; après avoir accusé et menacé de mort le père de ses enfants, Norma se sacrifiera elle-même en montant au bûcher, suivie d’un Pollione conscient de ses actes et subitement atteint par la grâce. (Résumé tiré du site Opéra Online – tout l’univers de l’art lyrique).

Théâtre Royal Italien. Forêt des druides dans l’Opéra de Norma par Mr. Ferri : [estampe] / Lithographie de Thierry Frères (1835). Conservée à la bibliothèque-musée de l’Opéra Garnier, rattachée au département musique de la Bibliothèque nationale de France.

Bellini, Norma, acte I « Casta diva », interprêté par Maria Callas, Orchestra del Teatro alla Scala di Milano & Coro del Teatro alla Scala di Milano, 1954.

La Forêt sacrée des Druides. Au milieu, le chêne d’Irminsul au pied duquel on voit la pierre des druides servant d’autel. Au loin, des collines boisées. Il fait nuit ; des feux lointains transparaissent à travers la forêt. (Indications scéniques originales de Felice Romani – l’auteur du livret).

« Casta Diva, che inargenti… »

« Chaste Déesse, qui argente
Ces arbres antiques et sacrés,
Vers nous tourne ton beau visage,
Sans nuages et sans voile,
(Le chœur répète les mêmes paroles)
Tempère, de ces cœurs ardents,
Tempère encore le zèle audacieux,
Répands sur la terre, cette paix,
Que tu fais régner dans le ciel. »