Rendez-vous pareils à l’arbre

« Voyez l’arbre devant votre porte,
Il laisse les oiseaux se brancher ou s’envoler.
Quand ils viennent à lui, il ne les a pas appelés,
Quand ils prennent leur vol, il ne les retient pas.
Rendez-vous pareils à l’arbre ;
Vous n’irez pas contre la Voie. »

Lung-ya kiu-tun (835-923), disciple de Tung-shan, le fondateur de l’école Ts’ao-tung (Sôtô). Cité par Jacques Brosse dans son ouvrage « L’esprit du zen », chapitre III, Le tch’an et la poésie.

Moine Myoe - Enichibo Jonin - 13e siecle

Le moine Myōe pratiquant zazen (méditation assise) au cœur d’un pin vénérable nommé Nawadoko, situé non loin du temple de Kōzan-ji où le moine est venu se retirer pour les dernières années de sa vie.

Peinture sur rouleau 13e siècle – attribuée à son disciple, le moine Enichibō Jōnin. Trésor national japonais, conservée au Temple Kōzan-ji.

Le suprême présent

« Longtemps, les dons que recèle la terre demeurèrent ignorés, et les arbres et les forêts passaient pour le suprême présent qu’elle eût fait à l’homme. C’est l’arbre qui lui fournit ses premiers aliments, c’est son feuillage qui rendit la caverne plus moelleuse, c’est de son écorce qu’il se vêtit. »

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, Livre XII,1.

Carmina Burana - BSB Clm 4660 - folio 64v

Carmina Burana, manuscrit BSB Clm 4660, folio 64v (la forêt). Conservé à la MDZ (Münchener DigitalisierungsZentrum).
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L’arbre au dragon

Plusieurs archétypes se rejoignent ici : la mémoire de l’arbre de Jessé qui assure la continuité de la lignée des rois portugais ; l’arbre du jardin des Hespérides avec ses pommes dorées ; le dragon chtonien (de la terre) protégeant la promesse de fleurs et de fruits du Portugal.

Sur cette gravure, le dragon n’a pas d’ailes et ressemble à un énorme saurien. Le texte fait référence à deux personnages, Alcide et Lysius, comme ancêtres mythiques, respectivement d’Espagne et du Portugal.

Antonio de Sousa de Macedo - Lusitania Liberata BNE

In tempus, vigilo, simulans dormire; neque ullum
Iam timeo Alcidem, Lysius arma colens.

« Je veille, tout en faisant semblant de dormir pour un temps;
et je ne crains plus aucun Alcide, moi Lysius qui fourbis mes armes. »

En d’autres termes : comme Lysius, en armes, je ne crains plus aucun Alcide.

Lysius apparaît à plusieurs reprises dans les Lusíadas (I, 39; III, 21; VIII, 2) : il est le fils et/ou le compagnon de Bacchus qui, selon Camões, s’est installé au Portugal. Les érudits de la Renaissance ont associé ce nom à Lusitânia. Pline parle également d’un fils de Bacchus appelé Lysias ou Lysa.

Alcide est l’un des noms d’Hercule, descendant de Zeus et d’Alcmène. Les souverains espagnols se sont présentés comme les descendants d’Hercule : cet ancêtre mythique explique, par exemple, la série de toiles de Zurbarán sur les travaux d’Hercule dans le Salon de Reinos, créé par Velázquez en 1635.

Donc, par crainte d’Alcides, c’est-à-dire, de l’invasion espagnole, Lysius s’est identifié au dragon de la maison Bragance, veilleur sans sommeil, défendant l’arbre terrestre.

Couché au pied de l’arbre central, comme un anneau protecteur, le dragon ressemble vaguement à un ouroboros. L’arbre est en plein essor avec son feuillage et ses fruits. À droite, en arrière-plan, un autre arbre replié et sec s’élève : il suggère la lignée interrompue de Manuel ou la mort symbolique de la lignée Filipes en terres portugaises. La vraie greffe prospère sur le nouvel arbre. Le paysage des terres fertiles nous rappelle que le corps du roi est le corps de la terre. Dans l’univers traditionnel, la santé du roi est la santé de la terre et des produits de la terre. Un mauvais roi, ou un roi non légitime, cause la stérilité de la terre. En revanche, la continuité du sang royal permet de comprendre la phrase « Le roi est mort, vive le roi ».

L’opposition entre Alcides et Lísio présente dans le texte latin réapparaît dans l’opposition des arbres secs et vivants. (Voyez surtout l’importance de l’archétype de l’arbre sur cette image). Cet arbre a eu son sommet coupé, symbole des pertes subies et à subir pendant la guerre avec l’Espagne mais le tronc reste solide et vert.

Il s’agit d’un arbre cosmique et vivant, véritable axis du royaume du Portugal dont le dragon est le gardien.
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Antonio de Sousa de Macedo, Lusitania Liberata, livre III, 1645, page 542. Conservé à la Biblioteca National de Portugal.

Lilian Pestre De Almeida (Universidade Independente, Lisboa). A Lusitania Liberata ou A Restauração Portuguesa Em Imagens, Talia Dixit 6, 2011, pp. 85-119 (Revista Interdisciplinar de Retórica e Historiografía).

Je tiens à remercier Guillaume Flamerie de Lachapelle – Maître de conférences de langue et littérature latines à l’Université de Bordeaux – une aide plus que précieuse pour la traduction du latin.