L’arbre de Peredur

31 janvier 2015 3 commentaires

Un extrait du conte de Peredur où apparaît un arbre double symbolisant l’Autre Monde.

Peredur rencontra une femme assise sur un monticule – la plus belle femme qu’il eût jamais vue :
« Je sais quel est ton but. Tu veux te battre avec le monstre, et il va te tuer, non pas grâce à sa force, mais par ses ruses. Il a une caverne, un pilier de pierre en défend la porte, et il observe tous ceux qui rentrent sans qu’on puisse le voir. Caché dans l’ombre du pilier, il tue chacun avec une pierre de lance empoisonnée. Si tu fais serment de m’aimer plus que toute autre femme, je te donnerai une pierre avec laquelle tu le verras quand tu rentreras, et lui, il ne te verra pas.
– Je t’en fais le serment, par ma foi, dit Peredur. Depuis que je t’ai vue, je suis amoureux de toi. En quel endroit pourrai-je te chercher ?
– Lorsque tu viendras me chercher, va du côté de l’Inde. »

La jeune fille disparut après avoir remis la pierre à Peredur.

arbre-de-peredurIl poursuivit son chemin vers la vallée d’une rivière : les bords de la vallée étaient boisés, et il y avait des prairies de chaque côté de la rivière. D’un côté de la rivière, il vit un troupeau de moutons blancs, et de l’autre, un troupeau de moutons noirs. Lorsque l’un des moutons blanc bêlait, l’un des moutons noirs passait de l’autre côté et devenait blanc ; lorsqu’un mouton noir bêlait, un mouton blanc passait de l’autre côté et devenait noir.
Il vit au bord de la rivière un grand arbre, dont une moitié brûlait depuis la racine jusqu’à la cime, et dont l’autre moitié avait un feuillage verdoyant.

Un peu plus haut, il vit un jeune homme assis sur un monticule, et deux lévriers, avec poitrine blanche et dos tacheté, tenus en laisse, reposant près de lui. Il était convaincu qu’il n’avait jamais vu un jeune homme aussi majestueux. Dans le bois, en face il entendit des chiens de chasse qui levaient des cerfs. Il salua le jeune homme, qui lui rendit son salut. Peredur voyait trois chemins partir du monticule, deux grands et un petit. Il demanda où conduisaient ces trois chemins.

« L’une de ces routes conduit à ma cour, et je te conseille de choisir, soit d’aller directement à la cour, auprès de ma femme, soit d’attendre ici avec moi. Tu verras les chiens jaunes forcer les cerfs fatigués à sortir du bois dans la plaine et tu verras les meilleurs lévriers que tu aies jamais vus, et les plus vaillants chasseurs de cerfs – tu les verras tuer les cerfs au bord de l’eau près de nous. Lorsqu’il sera l’heure d’aller manger, mon valet m’amènera mon cheval et tu seras le bienvenu ce soir chez moi.
– Dieu te le rende ; mais je ne resterai pas ici, je continuerai mon chemin.
– Le deuxième chemin conduit à la prochaine ville ; là tu pourras trouver de la nourriture et de la boisson à acheter. Le chemin qui est plus petit que les autres mène à la caverne du monstre.
– Avec ta permission, jeune homme, je me rendrai de ce côté. »

Peredur partit dans la direction de la caverne ; il prit la pierre dans la main gauche et sa lance dans la main droite. En entrant, il aperçut le monstre, le transperça de sa lance et lui coupa la tête.

Pierre-Yves Lambert, Les Quatre Branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, Édition L’aube des Peuples, Gallimard, pp-266-267.
____

L’arbre symbolisant l’Autre Monde est fréquent dans les récits celtiques. On le retrouve dans un autre contre des Mabinogi lorsque Gwydion découvre Leu métamorphosé en aigle.

Outre les moutons et l’arbre double, le passage dans l’Autre Monde est ici annoncé par la traque du cerf. Avant de pousser plus loin notre propos, il convient de dissiper une interprétation ambiguë de cet Autre Monde. Il ne s’agit pas ici d’un mondes morts stricto sensu mais d’un espace parallèle un monde « surnaturel » peuplé de dieux, fées, lutins, esprits et héros immortels, un monde dont la réalité est aussi perceptible que l’espace apparent. Cet Autre Monde est « naturellement » inclassable, surréaliste, illogique et infini. Il échappe aux représentations d’une raison quantifiante et d’une religion dualiste mais il demeure accessible aux hommes tout comme ce monde tangible pourrait être fréquenté par le peuple d’à côté. Les deux espaces communiquent entre eux puisqu’ils participent de la même nature animée. Le passage dans l’Autre Monde  ne peut être appréhendé comme un acte isolé et rêvé mais comme une action complémentaire et déterminée. Tout passage dans l’Autre Monde induit d’ailleurs une qualification assurant un retour pour une remise en ordre. Ce passage au-delà des apparences est généralement initié par une messagère lors d’un itinéraire faussement aléatoire.

Bernard Rio, L’arbre philosophal, Collection Antaios – L’Âge d’Homme, pp.226-227.
Lire la suite…

Catégories:Celtes

« Parodies et caricatures sont les plus pénétrantes des critiques »

10 janvier 2015 4 commentaires

Notre vengeance? Continuer à faire notre métier - Gerard Mathieu

Un dessin de Gérard Mathieu publié le 8 janvier 2015 sur le site alterecoplus.

La citation en titre est d’Aldous Huxley, tirée de son roman Contrepoint (Point Counter Point).

Catégories:Illustrations

Deux courts pour Noël

22 décembre 2014 7 commentaires

Forest

Un court métrage d’animation réalisé par Takeshi Tsunehashi en 2013 (3’35 »).

Entièrement créé par Takeshi Tsunehashi, réalisateur et producteur de son studio basé à Tokyo Designers Appartement. Ce court invite le spectateur dans un monde naturel et éthéré ; l’histoire des animaux qui s’y trouvent donne une vue unique de leur environnement en décrivant les changements subtils de la forêt lors des changements de saison.

Une histoire pour exprimer la beauté de la nature par le silence.
____

Premier automne

Un film réalisé par Aude Danset et Carlos de Carvalho en 2013 (10’31 »).

Une petite fille – Apolline – rencontre un petit garçon – Abel. Chacun apprend au contact de l’autre à vivre avec l’idée que la vie à une fin. Les personnages de « Premier Automne » ont curieusement un air de famille avec les protagonistes décrits à travers le mythe grec de Perséphone – à l’origine du cycle des saisons.

« Aude Danset et Carlos de Carvalho proposent ici une adaptation en miroir de cette allégorie du cycle de la vie. La dualité est incarnée par les deux personnages Abel (Hiver) et Apolline (Eté) vivant chacun dans le monde qui est le leur. Ignorant tous les deux jusqu’à l’existence de l’autre, ils cheminent vers la frontière séparant leurs deux mondes. La rencontre de leurs deux univers va avoir lieu au pied d’un arbre scindé en deux : une partie est en vie et l’autre est morte. »

« L’approche résolument symbolique permet de préserver l’atmosphère propre aux mythes et légendes tout en proposant dans le même temps une relecture moderne de celui-ci. À la différence du mythe grec qui met en avant la confrontation entre Perséphone, Déméter et Hadès, les rapports entre les personnages et l’univers qu’ils déploient avec eux s’inspirent du concept oriental du Yin et Yang : l’accent est mis ici sur la complémentarité des deux états incarné par l’Été et l’Hiver plutôt que sur ce qui pourrait les opposer. »

« On retrouve donc une symétrie dans les personnages et les univers mais aussi dans la construction narrative du film. Apolline et Abel passent chacun à leur tour par des émotions et des actions semblables, faisant ainsi coïncider le fond et la forme, contribuant ainsi l’harmonie qui se dégage du film. Réconciliés chacun avec eux-mêmes à la fin du film, ils jouent à se poursuivre autour de l’arbre, faisant ainsi pousser ou tomber les feuilles à leur passage. »

« Ce film parle avec justesse de la vie et de la mort sans qu’un seul mot soit prononcé. La magnifique musique composée par Fréderic Boulard sublime les images et confère au film à la fois une force et une douceur tout à fait saisissante. Et c’est avec beaucoup de minutie et d’ingéniosité que les deux réalisateurs créent une histoire qui s’adresse à tous sans jamais céder à la facilité. »

(Critique de Julien Beaunay parue sur Format Court le 17 juillet 2013)

Catégories:Images de synthèse

La vie nocturne des arbres

20 décembre 2014 2 commentaires

Un ouvrage de Bhajju Shyam, Durga Bai et Ram Singh Urveti – édité par Tara Books en 2006.
Publié chez Actes Sud en 2013, épuisé et disponible d’occasion au prix prohibitif de 67€ !

Ce somptueux livre d’art nous propose de découvrir trois des plus grands artistes vivants issus de la tradition Gond à travers leur vision des arbres. Pour cette tribu du centre de l’Inde, l’arbre est au cœur de la vie. Le jour, il apporte aux hommes l’ombre, l’abri et la nourriture. Mais la nuit, une fois ses visiteurs repartis, les esprits des arbres se dévoilent. Ce sont ces esprits lumineux qui envoûtent les pages de La Vie nocturne des arbres.

Tara Books - Night life of trees.

La création des arbres

.

Quand Shankar Bhagwan, le créateur, a fait le premier homme, il n’y avait ni arbre ni feuille sur Terre.
L’homme dit : « Maître, que vais-je manger ? Comment vais-je vivre ? »
Le créateur s’arracha trois poils, et en fit trois grands arbres.
Puis l’homme dit : « Mais, Maître, ces arbres n’ont pas de fruits. Trois ne feront pas plus que trois, et les trois finiront bien par mourir un jour. »
Puis Shankar Bhagwan a pris la cendre qui recouvrait ses poils, et en saupoudra les arbres. Ils se mirent à fleurir et à donner des fruits.
Ainsi, bien avant que nous sachions semer du grain, les arbres nous ont nourris de leurs fruits.

.

.

Maison du Créateur - Tara Books.

La maison du Créateur

.

Le Peepal est la Maison du Créateur, vénéré par les Hindous comme par le peuple de la forêt. Ils viennent de loin pour dire des prières en versant de l’eau sur son tronc.

Le Peepal est si parfait que lorsqu’il se découpe sur le ciel, il semble avoir la même forme que chacune de ses propres feuilles. Le détail est à l’image de l’ensemble.

.

.

.

.

.

.

Entièrement fabriqué à la main, le livre – au tirage limité et dont chaque exemplaire est numéroté – reproduit des œuvres originales en sérigraphie sur papier noir. Chaque tableau s’accompagne d’un texte qui emmènera  les lecteurs – petits et grands – dans le riche univers imaginaire des Gond où l’homme et la nature vivent en harmonie.

Wandering

19 décembre 2014 Laisser un commentaire

Projet de fin de deuxième année à l’ICAN en Animation Numérique durant l’année 2013-2014.

Hoon Kwon : Scénario, Modélisation, Textures, Animation, Compositing.
Noémie Six : Scénario, Modélisation, Textures, Animation, Montage, Mixage.

Remerciements : Raphaël Kuntz, Jérôme Larnou, Gilles Juan, Amel El Kamel, Émilie Sandoval, Isabelle Rifaux.

Un enfant se réveille seul et perdu dans une forêt merveilleuse. Guidé par des petites lumières, il va parcourir cette forêt afin de trouver la sortie et prendre conscience de sa situation.

Le film se déroule dans une forêt merveilleuse pendant une période inconnue, mais il y a quelques indices dissimulés au fur et à mesure de l’histoire. L’ambiance du film joue sur le calme, le mystère mais aussi sur l’aspect fantastique de cette forêt où on ne sait pas ce qui est naturel et ce qui ne l’est pas.

Pour le style graphique, nous avons opté pour une type de tracé de type abstrait à l’aquarelle et de volumes à l’apparence plane. Nous sommes partis dans des compositions abstraites et pastel pour mettre en avant le calme et la contemplation du décor.
Les textures sont faites manuellement, à l’encre aquarelle et à la peinture acrylique. Ensuite, elles sont retouchées sur Photoshop. Les formes des arbres et de la végétation en amorce sont dessinées à la tablette graphique et sont fusionnées avec la texture peinte. Le travail se fait sur des plans où on applique les formes et textures. Par ailleurs, les rochers et les plantes (sauf celle de l’amorce) sont modélisés en 3D.

Plus d’infos disponibles sur le site internet du Studio ICAN, c’est ici.

(note : wandering : errance, vagabondage)

Catégories:Images de synthèse