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If millénaire, Yvignac-la-Tour (Côtes d’Armor)

Depuis la création du blog, quelques arbres emblématiques de la Bretagne se sont dévoilés, mais pour l’instant aucun reporter ne s’est manifesté pour cette vaste région si richement arborée, et pourtant il y aurait de quoi réaliser de superbes reportages [1]… Du coup, je mène l’enquête à distance avec les données collectées, et j’envoie des courriers aux mairies et/ou à des particuliers habitant non loin des arbres recherchés.

A Yvignac-la-Tour, petit village des Côtes d’Armor se tiendrait un des plus vieux taxus de Bretagne. Contactée, la mairie d’Yvignac m’a répondu par l’intermédiaire d’Yves Gérault qui m’a transmis des photos et un texte sur l’histoire de l’if, et m’a aussi mis en relation avec Daniel Coulombel qui a réalisé de nouvelles photos, et une mesure de circonférence.

Et vous le verrez à eux deux, il nous dressent un portrait passionnant de cet arbre creux, dont la vieille histoire se confond avec celle de la commune depuis quasiment un millénaire.

 

  • L’if du millénaire (texte de Daniel Coulombel)

« Selon certains historiens, if, en gaulois aurait pu être à l’origine du nom de notre commune : If = ivos … Eyvignac … Yvignac … Yvignac-la-Tour ? »

« Quoi qu’il en soit, nous avons notre if célèbre, près de l’église. Qui fut le premier : l’if ou l’église ? Fut-il planté sur le site d’une chapelle bâtie là au VIIème siècle, ou lors de la transformation de la chapelle en église paroissiale au XIème siècle ? Nous n’affirmerons pas quel est l’âge de notre if ; on dit qu’il est millénaire, c’est plus simple… »

« Mesurée à 1 mètre du sol, sa circonférence est bien de 8,50 mètres. »

« En 1 000 ans, il en a vu et entendu des « histoires de clocher », des gaies, des tristes aussi… et depuis qu’il est vieux, creux, éventré, il est souvent devenu terrain de jeux des enfants, refuge d’amoureux, utilisé pour satisfaire des besoins pressants… mais on l’aime bien, c’est le nôtre, c’est notre if ! Symboliserait-il l’éternité ? Nous ne savons, mais vu son grand âge, il valait mieux penser à son devenir. »

« Aussi, la municipalité décida t-elle d’envisager la succession pour que l’aïeul prenne le temps de transmettre ses « histoires » à son « héritier ». L’héritage de l’histoire, c’est très lourd à porter et cela se prépare. »

« C’est donc un petit if de 1,50 mètre qui fut planté officiellement par Yolande Dubois, maire le 30 décembre 2000, juste avant la cérémonie des vœux, et ceci, dans le jardin public, face à la Place des Terre Neuvas, à proximité de la Tour ; 24 heures avant le changement de millénaire ! Que de symboles ! »

« Souhaitons à cet arbre de devenir millénaire lui aussi, de voir, entendre et transmettre pour l’éternité toutes les « histoires » d’Yvignac la Tour à ceux qui sauront les écouter. »

  • Un recteur enterré sous l’if de Yvignac-la-Tour (texte d’Yves Gérault)

En ce début de l’an 1791, le seigneur d’Yvignac ; Jean Baptiste René Guéhenneuc de Boishue réside encore dans son château d’Yvignac et la paroisse est dirigée par le Recteur Guillaume Gauvain assisté de Jean Nogues son curé.

Le 24 janvier le château d’Yvignac est attaqué et envahi par des hommes armés et la famille de Boishue quitte définitivement Yvignac pour ne plus y revenir le lendemain matin. Le château est par la suite mis en vente comme bien national.

Guillaume Auguste Étienne Gauvain (Gauvin) est né à Cancale le 8 juin 1742 fils de Louis Claude et de Louise Bouvet. Il est ordonné prêtre le 20 septembre 1766. Suite au décès du recteur de Yvignac Gilles Perrée le 8 août 1780, il obtient au concours la cure d’Yvignac dont il prend possession le 25 octobre.

Il est un recteur assez rigide sur les principes ; la lecture de certains actes de mariage le montre très attentif aux règles canoniques. Tout naturellement il refuse d’adhérer à la constitution civile du clergé, tout comme son curé Jean Nogues et leurs ennuis commencent alors vraiment.

Pensant que cette période troublée ne serait que passagère et que le roi reprendrait le pouvoir et que tout reviendrait comme avant Guillaume Gauvain et Jean Nogues émigrent à l’étranger (Jersey en ce qui concerne G. Gauvain, l’Angleterre probablement pour J. Nogues)

Voyant que rien ne se passe comme il l’avait prévu, Guillaume Gauvain revient dans sa paroisse à la fin de l’année 1791.

Mais entre temps tout a changé : un nouveau curé (Joseph Saudrais) ainsi qu’un nouveau vicaire (J. R. Ferté) ont été nommés dès le 12 juin, et ses biens confisqués.

Il décide cependant de rester clandestinement sur la commune et de tenter de saper l’autorité des nouveaux occupants de la cure qui, du reste, ne sont pas très bien vu de la population ; ils ont été parachuté dans cette commune qu’il ne connaissent pas du tout, et pas grand monde ne les aide à en faire sa connaissance.

Il réside chez Marie Bourrelet, supérieure des Tertiaires du P. Eudes au village de Lannouée. Il se tue à la tâche de tenter de convaincre ses anciens ouailles de ne pas aller fréquenter « le diable ». Les paroissiens sont partagés entre les traditionalistes qui considèrent l’envoyé de leur évêque comme son représentant et fréquentent l’église comme avant et ceux qui écoutent l’ancien recteur et qui vont même jusqu’à déposer les cadavres de leurs enfants morts nés à la porte de l’église sans aller à leur enterrement.

Bien entendu le curé Saudrais se plaint de cette situation auprès de l’autorité, mais aucune recherche n’aboutit.

Le recteur Gauvain meurt d’épuisement le 26 avril 1794. Son cadavre, pour éviter des poursuites judiciaires et les pénalités redoutables auxquelles s’exposent ceux qui recèlent un prêtre réfractaire, est transporté de nuit par Pierre Bonfils sur la route de Dinan au bout de l’avenue de Lannouée dans les landes de Lambrun. Pour lui donner l’aspect d’un voyageur surpris par la mort sur son chemin, son corps est appuyé contre un talus et un bâton lui est mis dans la main.

La découverte du corps a lieu le lendemain matin et donne lieu à une descente de justice et à la rédaction d’un curieux procès verbal figurant in extenso dans les actes de décès de la commune (celui-ci peut être consulté dans la salle virtuelle en ligne des Archives départementales des Côtes d’Armor).

Celui-ci se termine ainsi :

« Après quoi nous avons laissé le dit cadavre en la possession de Mathurin Boullier, officier municipal, joint avec Hervé Le Bail, garde champêtre de la dite paroisse qui s’en est chargé pour le faire inhumer suivant l’usage. »

Mais en fait, rien ne se passa ainsi, comme le rapporte le registre paroissial dont la page concernant l’évènement est actuellement déchirée et que ne rapporte que la tradition orale que relate l’abbé Auguste Lemasson. (voir référence en fin d’article)

« à la vue du cadavre de celui qu’ils cherchaient depuis longtemps, gisant inanimé, les révolutionnaires d’Yvignac poussèrent un cri de joie féroce : les plus braves enfoncèrent leurs baïonnettes dans ses restes, tandis qu’un autre déchargeait sur le mort un fusil à bout portant. »

On enterra Guillaume Gauvain sous le grand if au nord de l’église et toujours selon la même source, les sans culottes du bourg vinrent le soir exécuter une ronde sur sa tombe.

Aucune recherche n’a, depuis ce temps été faite pour vérifier le bien fondé de cette mise en terre à cet endroit mais toute la population d’Yvignac est convaincue que le corps y est bien présent.

Yves Gérault
(Co-auteur d’un ouvrage sur la Commune de Yvignac-la-Tour en cours de rédaction)

Merci beaucoup à Yves qui, malgré sa convalescence, a pris le temps de réunir et de me transmettre les données qu’il possédait sur l’if et le recteur enterré à ses pieds (en avant-première car leur ouvrage n’a pas encore été édité). Merci également à Daniel pour l’historique qu’il a dressé, et pour le temps qu’il m’a accordé en acceptant de s’y rendre pour prendre des clichés, puis d’y retourner afin de mesurer ce vieux tronc.

Un vieil if certainement âgé d’au moins 8 ou 9 siècles si ce n’est plus… Un vieux tronc creusé par les ans qui peut accueillir de nombreuses personnes en son sein, et un port encore assez harmonieux pour cet ancêtre qui pourrait avoir été planté au XIIè siècle.

L’histoire du curé réfractaire m’a passionné, et même si aucune preuve ne permet d’affirmer qu’il fût enterrée au pied de l’arbre, comment ne pas croire la tradition orale ? Enfin, quelle bonne idée d’avoir planté un jeune if la veille du nouveau millénaire pour prendre la relève de l’ancien, souhaitons que ce soit le plus tard possible, et que l’aîné puisse « transmettre ses histoires » pendant de nombreux siècles…
____

Pour plus d’informations sur la commune, rendez-vous sur le site internet de la communauté de commune du Guesclin, à portée de clic par ici.

Catégories :Ifs antiques
  1. 16 novembre 2010 à 18:29

    Je trouve vraiment très bonne cette idée de planter un successeur à ce vénérable ! Assurer la relève est assurément important. Et de toute façon, planter un arbre est toujours une bonne idée…

  2. 16 novembre 2010 à 20:39

    Bonsoir Yavanna,

    idem, je trouve chouette qu’ils aient décidé d’installer un jeune arbre pour reprendre le flambeau, et ainsi l’aïeul peut « transmettre ses histoires »..

  3. Sisley
    16 novembre 2010 à 20:40

    Super !!!

    Un article complet pour un if magistral !
    L’histoire du curé est très intrigante, de plus tout cet historique lié à la commune brosse bien le tableau d’une des innombrables histoire qu’a vécu cet arbre.

    C’est bien qu’il ai maintenant un digne successeur, mais connaissant l’if, on sait tous qu’il a plus d’une corde à son arc en ce qui concerne la longévité et les stratégies d’adaptation, donc cela ne m’étonnerait pas que son jeune frère deviennent déjà âgé et cela en même temps que le patriarche siègant encore à ses côtés.

    Longue vie à l’if !

    • 16 novembre 2010 à 20:55

      Salut Sisley,

      je suis trop content d’avoir réuni tous ces témoignages, un article complet pour un if multi-séculaire qui s’approche tranquillement des 1000 ans, peut-être même a-t-il déjà dépassé cet âge canonique..? Comme toi, j’imagine (voire j’espère) que l’aïeul a encore de nombreux siècles devant lui pour transmettre tout son « savoir » au jeune fraichement planté il y a maintenant 10 ans…

  4. 16 novembre 2010 à 20:40

    997è article…. on se dirige tranquillement vers les 1000….
    ce sera une succession d’arbres millénaires ou qui s’en approchent…

    • Yanick
      16 novembre 2010 à 22:58

      J’en aurai un de 1000cm de circonférence. Ça t’intéresse ?

  5. 16 novembre 2010 à 21:21

    Yééééééééé !!!

    juste envie de crier, je suis si content de tout ce travail accompli,
    bientôt les 1000 articles, je n’aurais jamais espéré écrire et être tant lu !!

    Santé à tous, Yer a Mad ! (ici l’heure de l’apéro…)

    • François Lannes
      17 novembre 2010 à 21:06

      Salut Christophe !

      Et oui, tu peux crier ta joie, t’as bien raison !
      C’est un ENORME résultat qui est atteint là.

      Et j’en suis (nous en sommes, très probablement tous) très heureux : pour nous-mêmes déjà, qui profitons pleinement de toute cette information sur les arbres vénérables ; mais aussi et surtout heureux pour toi, qui te trouves au point focal de ce réseau de passions, réseau qui devient (j’espère que tu le ressens assez) une vaste et douce toile d’amitiés !

      La force de ton énergie dans ce blog a la fabuleuse faculté de créer comme un double système circulatoire en nous. Comme si, en plus du sang qui coule dans nos veines, coulait également de la sève, dans un circuit additionnel, en parallèle. Et, on peut oser te l’écrire puisque parfois cela te manque de ne pas le lire suffisamment, ce circuit additionnel que j’évoque, c’est presque une vie en double. Et qui te devrait tant…

      Alors pour le 1000ème article, je serai là, ne te fait pas de soucis !
      Nous serons là, tous ! !

  6. 16 novembre 2010 à 21:49

    Étrange que ce soit des arbres bretons qui s’incrustent pour les 1000…

    Mes racines… la Bretagne ma patrie de cœur…

  7. 16 novembre 2010 à 22:10

    La course aux mille articles…

    donc reste deux articles et LE n°1000…

    ce sera pour vendredi soir – apéro « arboricole » pour fêter ça !

    • Yanick
      17 novembre 2010 à 08:37

      Tu accélères un peu et on fête ça jeudi soir avec le Beaujolais nouveau !!!!

      • 17 novembre 2010 à 14:40

        Pas d’article aujourd’hui (publié 2 hier) et puis j’ai mon frangin à la maison, alors je prends un peu de temps libre, loin de l’ordi…

        • Yanick
          17 novembre 2010 à 15:30

          T’as raison, profite en, la vie est belle, et t’inquiète pas j’ai bien d’autres raisons de goûter le beaujolais nouveau.

  8. Sisley
    17 novembre 2010 à 11:22

    Le N°= 1000 sera dans la lignée de ses semblables !

    En 34 mois, 1000 articles, ça donne presque un tirage par jour !
    Une affaire qui tourne avec un rédacteur en chef très inspiré.

  9. 17 novembre 2010 à 17:37

    Hé oui, 1000 articles, c’est quasiment un par jour !
    On se débrouille vraiment pas mal, une belle équipe arboriculturelle !!

    J’aimerai savoir si je ne fais pas trop de hors-sujets, quelles sont les catégories les plus appréciées (après les arbres coup-de-cœur), et puis maintenant que le blog est bien rempli, est-ce facile de s’y retrouver ?

  10. Yanick
    17 novembre 2010 à 20:22

    T’inquiète pas, l’important n’est pas de s’y retrouver.
    Moi quand je me retrouve dans une forêt comme celle-ci, ce qui me plait, c’est d’y errer au hasard sans trop savoir où je suis. C’est à ce moment là que je fais les plus belles découverte.
    Tu te rends compte, 1000 articles heureusement qu’il y a des jours comme aujourd’hui sans nouvelle publication.
    Ça m’oblige à fouiller et découvrir encore et encore des rubriques inconnues et au combien passionnantes.

    • 18 novembre 2010 à 11:17

      Yanick,

      j’ai un gros souci avec le mail que tu m’as envoyé « tes copines » – il s’est multiplié, et j’en reçois des dizaines qui me font planter mon ordi ?

      • Yanick
        18 novembre 2010 à 12:28

        Je ne sais que faire mon ami !!!

        • 18 novembre 2010 à 12:34

          Ça finira par s’arrêter !

          • Yanick
            18 novembre 2010 à 17:39

            De retour à la maison. »Tes copines » étaient toujours dans ma boite d’envoi. J’ai tout supprimé, tu devrais être tranquille maintenant !!!
            Désolé.

            • 18 novembre 2010 à 17:47

              Cool ! Ça rendait ma boite mail complètement instable, et quasi inutilisable.

      • Yanick
        18 novembre 2010 à 12:40

        J’ai coupé ma connexion hier soir à 22h30.
        En as-tu reçu après ?

  11. 18 novembre 2010 à 08:13

    Ton blog est pour moi un peu comme les contes de mille et une nuits, je m’émerveille à chaque visite, si, si !
    Difficile de dire quelle catégorie je préfère (mise à part les Gogant (Lol)).
    J’aime la (bio-) diversité des informations et je te félicite pour la qualité des recherches et des articles !

  12. 18 novembre 2010 à 12:55

    Ça alors comme les contes des mille et une nuit !? 🙂

  13. 18 novembre 2010 à 13:11

    chaque arbre a son histoire •●♥Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ♥●•

  14. 18 novembre 2010 à 17:47

    Des individus à part entière…

  15. Denis
    5 octobre 2012 à 17:14

    Bonjour,

    Merci pour ce sympathique site.

    Je me souviens que dans les années 70 (j’habitais Yvignac-tout-court dans les côtes-du-nord) le tronc creux était beaucoup plus difficile d’accès. Alors enfant d’une dizaine d’années j’y étais entré et m’étais fait une belle frayeur car je n’arrivais plus à en ressortir. Finalement je n’y suis pas resté coincé très longtemps.

    Le temps et les tronçonneuses (pour le soin) ont fait leur œuvre ; maintenant c’est un moulin.

    Cordialement.

  16. rocher
    30 août 2016 à 14:07

    bonjour,

    je vous écris pour matéo qui est malade il a un cancer, je voudrais qu’il guérisse. pourriez vous mettre ce mot sur l’if près de l’église.
    toi if centenaire guérit matéo.
    amen

    aurore rocher

  1. 20 novembre 2010 à 20:16
  2. 9 mai 2011 à 17:55

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