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Le chêne de Donar – Donareiche

Le chêne de Donar (Donareiche) était un arbre légendaire, un chêne sacré de la tribu des Chattes, et un site païen important pour les peuples germaniques. Bien que de nombreux chênes aient été nommés Donareiche, le plus significatif d’entre eux est sans conteste le chêne abattu par Saint-Boniface au huitième siècle.

L’arbre se situait près du village de Geismar (aujourd’hui Fritzlar) dans le nord de la Hesse, et a été le point principal de la vénération de la divinité germanique connue parmi les tribus germanique occidentales des Chattes et par la plupart des autres tribus germaniques comme « Donar » (haut-allemand : Donner = tonnerre), en vieil anglais Thunor, et pour les Germains du Nord comme Thor. Il a été délibérément abattu en 723 et symbolise le début de la christianisation des tribus païennes du nord de l’Allemagne.

En 723, le missionnaire Saint-Boniface, apôtre des Allemands, arriva dans la région pour convertir les tribus germaniques du Nord au christianisme. Il venait d’être en contact avec Charles Martel, qui avait confirmé l’engagement des Francs à la mission en Thuringe et en Hesse. Avec le soutien militaire de l’empire des Francs, Boniface a abattu le chêne sacré pour affirmer la supériorité du Dieu des chrétiens sur Donar et les peuples attachés à la religion germanique archaïque. Dans l’hagiographie de Boniface, Willibald, rapporte que le grand chêne a été abattu par un grand coup de vent, comme par miracle, alors que le saint n’avait asséné qu’un seul coup de hache. Comme Donar (Thor) n’a pas répondu en lançant un éclair, les populations locales assemblées ont alors accepté d’être baptisées.

Le bois de ce chêne a été utilisé pour construire une chapelle dédiée à Saint Pierre à Fritzlar.

Dans l’iconographie dédiée à Boniface, l’abattage du chêne est l’un des symboles les plus importants pour le saint, et de nombreuses cartes de prière l’illustrent avec une hache, parfois avec son pied sur la souche d’arbre ; la scène telle qu’elle a été représenté, dans toute sa pathétique a été un modèle pour les tableaux historiques du XIXe siècle.

« La scène qui représente Boniface abattant le chêne consacré à Donar est sans doute l’une des plus théâtrales : au premier plan, le saint s’apprête à asséner un coup violent ; derrière lui, un prêtre païen fait de grands gestes pour tenter de l’en empêcher, craignant la colère de Donar, de même que les personnes en arrière-plan qui fuient, saisies d’effroi. Sur une pierre gît un bélier que le prêtre avait sans doute l’intention de sacrifier. Pour l’occasion festive, le chêne a été décoré de guirlandes. Bien entendu, point de colère de la part de Donar, à la grande surprise des Frisons, car il est aussi le dieu de la foudre. C’est par de telles actions spectaculaires que Boniface ouvre les populations au christianisme ; après cette époque, les divinités germaniques et les lieux de culte entrent dans l’histoire… »
(Uwe A. Oster – Les dieux impuissants des Germains)
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« La vénération pour les bois sacrés paraît avoir tenu la première place dans la religion des anciens Germains, et, selon Grimm, le principal de leurs arbres sacrés était le chêne. Il paraît avoir été spécialement consacré au dieu du tonnerre, Donar ou Thunar, l’équivalent du Norrois Thor ; un chêne sacré, près de Geismar, en Hesse, que Boniface abattit au VIIIè siècle, avait chez les païens le nom de chêne de Jupiter (robur Jovis), ce qui serait en vieil Allemand Donares eih, « le chêne de Donar ». Le mot anglais pour jeudi, Thursday, le jour de Thunar, qui n’est qu’une traduction du latin aies Jovis, montre que le dieu teutonique du tonnerre, Donar, Thunar, Thor, était identifié avec le dieu du tonnerre italien, Jupiter. Ainsi, chez les anciens Teutons, comme chez les Grecs et les Latins, le dieu du chêne était aussi le dieu du tonnerre. On le regardait, en outre, comme la grande puissance de la fertilité, qui envoyait la pluie et faisait porter des récoltes à la terre ; car Adam de Brème nous dit que « Thor règne dans l’air ; c’est lui qui règle le tonnerre et l’éclair, le vent et la pluie, le beau temps et les récoltes. » Sous ces rapports, donc, le dieu teutonique du tonnerre ressemblait à ses contreparties du midi, Zeus et Jupiter. »
(James Frazer, Le rameau d’or – le dieu aryen du chêne et du tonnerre)

Catégories :Germains
  1. 4 novembre 2010 à 19:26
  2. Sisley
    4 novembre 2010 à 21:32

    Je n’ose imaginer le nombre d’arbres divinités qu’il y aurait aujourd’hui si le christianisme n’avait pas autant mis la main à la pâte pour gouverner le monde !
    Heureusement que pour l’if ils l’ont très vite associé aux lieux saints, sans quoi nous ne pourrions les contempler aujourd’hui encore.

  3. 4 novembre 2010 à 23:24

    D’après de vieilles chroniques, ce chêne était vieux d’avant Jésus, une antiquité vénérée par les Germains (d’après les données que j’ai collectées – mais à vérifier – un chêne de 15m de haut et de 14 mètres de tour)

    Tu imagines si on avait conservé tous ces géants lors des défrichements de la France ? Que d’arbres antiques nous pourrions observer, et que de mythes nous pourrions revivre à travers leurs légendes…

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