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La buxaie de Coudrée, Sciez (Haute-Savoie)

Après avoir présenté deux colosses emblématiques de Haute-Savoie [1][2], on s’était dit que ce serait chouette de découvrir le fameux bois de buis du domaine de Coudrée à Sciez… Seulement aucun krapo reporter ne s’y est encore rendu, mais comme vous le savez, dans la vie il n’y a pas de hasard… Fin mai, je vous avais invité à découvrir les diaporamas d’Alexandre [3] et grâce à lui je suis entré en contact avec Céline, une amie savoyarde qui avait écrit un article avec photos sur cette forêt. Et c’est avec un réel enthousiasme qu’elle m’a fait parvenir les clichés en grande taille, et autorisé à publier son texte.

« La buxaie de Coudrée daterait du X ou XI siècle. »

« Avant la revente de parcelles pour construire des habitations, la buxaie commençait aux abords du ports de Sciez (l’ancienne entrée du château est toujours présente vers le restaurant du port, on y voit d’ailleurs les grilles), et allait au moins jusqu’au château. »

« Le château appartenait à l’époque au comte de Savoie dont la famille était originaire d’Italie. Il avait souhaité aménager la buxaie selon les plans de sa ville natale, Turin, avec une place centrale (la place du bal des fées ou la place des fées) et huit avenues éclatées autours de cette place en étoile… (Ce point est aujourd’hui contesté par des historiens et/ou amoureux de cette buxaie, car il semble que la ville de Turin n’ai jamais eu cette configuration…) »

« Dans les années 1950-1960, avec la construction du domaine de Coudrée tel que nous le connaissons aujourd’hui, la buxaie a été fortement rétrécie pour permettre aux gens de s’installer dans ce beau domaine, et notamment près du lac. »

« Les plus vieux buis ont aujourd’hui à peu près 400 ans. C’est une plante à croissance très lente, qui peut vivre plusieurs siècles. Si certains ouvrages accordent aux buis un diamètre maximal de 15 cm, les buis plus gros sont rares à présent, mais il en existe encore quelques exemples, notamment dans la buxaie de Coudrée. Ici les plus vieux peuvent atteindre m’a-t-on dit 40 cm de diamètre et un dizaine de mètres de haut. Le buis est réputé pour être très fragile, et nombreux sont encore aujourd’hui les amoureux de cette buxaie, qui, lorsque la neige tombe en quantité abondante au bord du lac, viennent secouer la neige pesante tombée sur les branchages afin de ne pas les abîmer. »

« L’entretien courant des 8 allées et de sa place est effectué par les services municipaux. »

« La buxaie est aujourd’hui placée sous la protection du conservatoire du littoral, après avoir été gérée par une administration de Nancy, et la pisciculture de Thonon ! »

« La buxaie est dominée par de grands et vieux arbres (tilleuls, chênes, charmes, ifs) et présente donc un écosystème unique et un grand intérêt historique et paysager. La flore y est abondante, et on y trouve de très nombreuses espèces de champignons… »

« Sur la place des fées (ou place du bal des fées), était présente un table en pierre avec un année notée dessus (on m’a parlé de 1040). Cette table a été cassée en deux par un chêne tombé en 1935 lors d’une tempête. Les services municipaux de l’époque avaient décidé de reposer cette table sur un morceau du chêne tombé. »

« Mais le chêne mort ayant pourri, cette table s’est recassée en 3 morceaux cette fois-ci [4], mais toujours présents dur le site. Les amoureux de la buxaie ont mené de très longues négociations avec la mairie de Sciez pour remettre en état cette table originelle. L’accord municipal avait été donné assez rapidement, mais les modalité de restauration de la table ne convenait pas aux amoureux de la buxaie qui souhaitait qu’elle soit reconstruite en infiltrant des barres de fer au milieu de la pierre pour ne pas endommager le dessus et le dessous de la table. A priori, un accord a été trouvé très récemment, et cette rénovation devrait se faire sous peu. »

« Les anciens Coudréens nous ont compté la légende de sacrifices qui étaient faits sur cette table. D’autres, plus rares, nous ont dit que c’était sur cette table que se posaient les trophées de chasse. »

« Un mystère reste entier… l’année qui est gravée sur la table… L’année 1040 aurait du être à l’époque noté en chiffre romain, et non en chiffres arabes… A suivre donc. »
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Merci pour le reportage Céline, et merci également à Alexandre pour les photos supplémentaires. L’endroit semble vraiment merveilleux, et je comprends qu’il y ait des « amoureux de la Coudrée », qu’il doit être bon de déambuler dans ces allées, et d’errer jusqu’à la place des fées sous le couvert de ces buis antiques.

Sciez (Haute-Savoie, France), domaine de Coudrée. IGN 3428 ET Thonon – Evian – Le Léman, GPS 5135.050 / 298.960; CN 271 Chablais, 519.050 / 132.500. Alt. 375 m.

Reste plus qu’à trouver un reporter pour des portraits précis des plus gros buis de la buxaie…
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Un dossier sur la buxaie issu de la Revue Forestière, à consulter ici. (9 pages en .pdf)

« Chez eux (les Grecs), le Buis le plus apprécié provenait d’un pays lointain et mystérieux, la Paphlagonie, sur les rives du Pont-Euxin (la mer Noire). Peut-être le mont Cytore, près d’Amastris, couvert d’épaisses forêts de Buis géants, fut-il le centre de dispersion de l’espèce, et aussi d’un culte archaïque de l’arbre, dédié par les Hellènes à Hadès, dieu des Enfers, et surtout à l’Asiatique Cybèle, laquelle dans le panthéon grec incarnait la puissance sauvage de la végétation, jailie des profondeurs chtoniennes. Le Buis, dont le feuillage ne cesse de se renouveler, représentait non tant la mort que la perpétuelle reviviscence de la nature. »

(Jacques Brosse – Dictionnaire des arbres de France, p-38.)

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Mise à jour décembre 2010, François s’est rendu dans la buxaie.

« Une petite jungle en zone urbanisée : la buxaie de Sciez, en Haute-Savoie. »

« Lorsqu’on évoque le buis, on voit généralement les arbustes sévèrement taillés ornant les allées des jardins à la française et autres cimetières; ou, à l’état naturel, les buissons sauvages qui se complaisent dans les terrains calcaires maigres et chauds du Midi (Buis-les-Baronnies…). A Sciez, dans un climat certes doux mais plutôt humide, on a affaire à un cas particulier : un bois de buis résultant d’une plantation remontant à environ 400 ans, parsemé d’arbres de plus haute futaie (ifs, charme, chênes, tilleuls, marronniers…). »

«Les dimensions actuelles de ce petit massif (env. 250 m x 170 m) sont très inférieures à ses dimensions d’origine. Mais il en reste suffisamment pour plonger le visiteur dans un univers féerique, saisissant dès les premiers pas. Quittant les allées tirées au cordeau et qui se croisent sur une petite place centrale pavée et bordée de marronniers, on est absorbé par un fouillis moussu, accentué encore le jour de ma visite (début décembre 2010) par des brouillards vagabonds et les dégâts considérables aux arbres causés par les lourdes chutes d’une neige récente, entre-temps fondue. Et l’entrelacs des feuillages, joint à la mousse qui cache souvent les écorces, est tel qu’il faut ouvrir l’œil pour s’assurer que tel tronc correspond bien à tel genre. »

« Toujours est-il qu’en cherchant, je suis tombé sur deux buis dans la partie Ouest du parc (autour des coordonnées suisses 519.082 / 132.409) de dimensions exceptionnelles : l’un de 85 cm de pourtour à 130 cm du sol, 110 cm à la base ; l’autre de 92 cm à 130 cm du sol et 160 cm à la base ; tous deux d’une douzaine de mètres de hauteur. »

« Des géants, donc, compte tenu du genre concerné ! Il y en a probablement quelques autres de gabarit analogue dans le parc. Je n’ai pas inspecté chaque tronc ! »

Deux buis fantastiques ! Merci pour ce reportage au cœur de la buxaie François

Catégories :Buis
  1. Sisley
    1 septembre 2010 à 19:37

    Si ça continu comme ça, je vais aller y faire un petit tour avec mon mètre ruban !! (lol)

    C’est vraiment un chouette endroit cette buxaie, une belle densité de vieux spécimens et le tout compris dans un écosystème sans pareil, car à l’heure d’aujourd’hui on ne compte que très peu de lieux avec autant de buis si anciens.

    (fin de p.633 ) :
    http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/27441/RFF_1958_10_631.pdf;jsessionid=E7523023263F5AE418D0F67824DE79AC?sequence=1

    J’ai repéré l’année dernière une belle buxaie sur la Vallée de la Moselle et avec Francis on a été étonné de tomber sur une végétation si particulière.
    Voici qq photos :

    http://picasaweb.google.com/filipendula9550/BuxaieRettel#

    Les plus gros ont dans les 20 cm de diamètre, mais je n’ai pas encore tout le tour du propriétaire..

  2. Yanick
    1 septembre 2010 à 20:15

    Oups, y’a un truc qui ressemble beaucoup à ça à 5 km de la maison, j’avais découvert le lieu grâce à un vieux bouquin en voici l’extrait:

    « Les jardins de Puyraveau étaient alors entourés d’allées bordées de superbes buis, plusieurs fois séculaires,………pour les tailler le maître decéans faisait venir….. de Versailles …… des jardiniers qui……..avaient préservé la véritable tradition………Le Nôtre. »

  3. Hector
    1 septembre 2010 à 23:54

    La buxaie de Coudrée a été plus ou moins massacrée par les aménagements récents qui y ont été faits. Dans cet endroit soit disant exceptionnel on a construit une place pavée! Ce traitement ne convient pas du tout aux grands arbres alentours qui ont besoin d’eau et pas de « parapluie » bétonné qui gêne l’infiltration de la pluie. La buxaie que l’on devrait préserver a été livrée au public : on y trouve des quads, des sauvages qui sortent de ce petit bois avec des jeunes plants dans le sac, des canettes de bière, des emballages de mac do… Le lieu est parsemé de crottes de chiens.
    Voilà ce qu’est devenue en très peu de temps le très bel endroit décrit plus haut avec romantisme (et quelques à peu près). C’est un lieu à préserver d’urgence!

  4. Yanick
    4 octobre 2010 à 13:08

    En Irlande au château de Birr une haie de buis atteint la hauteur incroyable de 10m !!! Leur circonférence est de 40cm.
    Ces buis ont été plantés par la famille Parsons au début du XVIIe siècle.
    Certains ont été abattus pour fournir les hélices et autres pièces des avions de guerre pendant la Première Guerre mondiale .

  5. Sisley
    21 décembre 2010 à 16:09

    C’est cool François que tu ai pu compléter l’article, il est dit que le plus gros mesure 0,95 m de tour à 1 m du sol et d’autres disent qu’ils en existent avec 1,25 m de tour, mais il n’y a pas de hauteur de mesure.
    Tu as sans doute trouvé l’un des plus gros, j’ai espoir, qu’il en existe de plus gros dans ce bois ! De bien beaux buis, tes premiers de futaies !!

    – – – – – – –
    Et en voici un, croisé sur mon chemin, lors de la traversée des gorges de la Spelunca en Corse. (0,88 m à 1 m/ 0,63-0,70 plus haut/ > 8 m)

    http://picasaweb.google.com/filipendula9550/BuisGorgeDeLaSpeluncaCorse#slideshow/5553148136490971202
    http://picasaweb.google.com/filipendula9550/BuisGorgeDeLaSpeluncaCorse#slideshow/5553148116135405858
    Plan ( un des deux ronds jaunes)
    http://picasaweb.google.com/filipendula9550/BuisGorgeDeLaSpeluncaCorse#slideshow/5553149819782831330

    Si quelqu’un s’y arrête, quelques photos et mesures seront les bienvenues !

  1. 10 janvier 2011 à 14:49

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