Frères des arbres

29 janvier 2018 3 commentaires

Un film documentaire réalisé par Marc Dozier et Luc Marescot.
Producteurs : ARTE France, Lato Sensu Productions 2016.

Frères des arbres

Originaire des Hautes-Terres en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mundiya Kepanga, chef de la tribu des Hulis, vit dans l’une des dernières forêts primaires de la planète. Elle abrite des espèces de plantes, d’arbres, d’insectes et d’oiseaux qui n’existent nulle part ailleurs. Sous l’effet de la déforestation, cet écosystème unique au monde est aujourd’hui menacé de disparition.

« Lorsque tous les arbres auront disparu, les frères des arbres disparaîtront avec eux »

​Afin d’alerter le monde entier sur cette situation préoccupante, Mundiya partage, avec ses mots, son histoire et celle de sa forêt. Loin des statistiques et des rapports alarmistes, il parle, avec simplicité, de la nature, que ce soit lors de grandes réunions internationales, ou bien lors de rencontres avec des locaux. À travers ses questions, faussement ingénues, ce fervent défenseur de l’environnement – et fin observateur du monde occidental – pointe du doigt nos contradictions, et son regard s’inscrit comme un pont entre deux mondes. Un rôle de passeur qui l’a amené à offrir sa coiffe la plus précieuse au Musée de l’Homme. Avec cette donation, il adresse un message à l’humanité : sa forêt est un patrimoine universel qu’il faut sauvegarder.

Freres des arbres 2

Diffusé sur Arte en mars 2017, le documentaire est disponible ici en VOD. Lire la suite…

Catégories :Films & reportages

L’albero

23 janvier 2018 3 commentaires

« L’albero è l’esplosione lentissima di un seme. »

« L’arbre est la très lente explosion d’une graine »  Bruno Munari, artiste & designer italien.

« Když se rodí strom » (naissance d’un arbre) une photographie de Miloš Vendera.

Catégories :Citations

L’arbre aux phallus

23 janvier 2018 4 commentaires

Le phallus était un motif d’art commun en Europe occidentale à la fin du Moyen-Âge et au début de la Renaissance. La signification concrète de l’arbre aux phallus reste floue, mais il apparaît à plusieurs reprises sur des manuscrits enluminés, en sculpture et en peinture.

Certains y ont vu une illustration de pratiques de sorcellerie. La lecture du Malleus maleficarum nous renseigne sur certaines sorcières qui conservaient des pénis désincarnés comme animaux de compagnie dans des nids et les nourrissaient d’avoine.

« Et ce, alors, faut-il penser de ces sorcières qui de cette manière parfois recueillent des organes mâles en grand nombre, pas moins de vingt ou trente membres ensemble, et les mettent dans un nid d’oiseau, ou les enferment dans une boîte, où ils se déplacent comme des membres vivants, et mangent de l’avoine et du maïs, comme il a été vu par beaucoup […] C’est à dire que tout cela se fait par le travail du diable et de l’illusion, car les sens de ceux qui les voient se trompent dans la façon dont nous l’avons dit. Un homme raconte que, quand il avait perdu son membre, il s’approcha d’une sorcière appelée pour lui demander de la lui rendre. Elle a dit à l’homme affligé de grimper à un arbre donné, et qu’il pourrait prendre celui qui lui plaisait hors du nid dans lequel il y avait plusieurs membres. Et quand il a essayé de prendre un gros, la sorcière a dit: Vous ne devez pas prendre celui-là, ajoutant parce qu’il appartient à un prêtre de la paroisse. »

En regardant attentivement les marges du Roman de la Rose conservé à la Bnf, on decouvre une sorcière menaçant un pénis avec son bâton [1], et on voit clairement à deux reprises des nonnes récolter des pénis sur un arbre [2][3]. Il s’agit ici d’un humour grivois, d’une parodie religieuse.

Ces représentations ne sont pas marginales, d’autres arbres à phallus ont été retrouvés.

En allemagne, un coffret en bois datant du 15ème siècle est décoré avec la représentation d’une dame élégante cueillant les fruits du phallus. Était-ce un arbre de la fertilité, des représentations du péché ou même de sorcellerie ? En fait il est très probable que ce ne soient que des plaisanteries visuelles coquines, faisant peut-être référence aux problèmes d’impuissance. D’après les sources du musée Nordlingen en Allemagne, l’arbre phallique faisait partie d’une procession de carnaval en 1510.

En 1999, en Toscane dans la ville de Massa Marittima, lors de travaux de restauration d’une source communale médiévale nommée Fontaine d’abondance, les ouvriers ont découvert une curieuse peinture murale cachée derrière une couche de chaux. Il représente un arbre lourdement chargé de phallus, sous lesquel huit ou neuf femmes se tiennent dans diverses poses. L’expert pense que la fresque date de 1265, la même année inscrite sur la fontaine elle-même.

Fertility fresco (Massa Marittima) WikipediaDetail Fertility fresco Massa Marittima Wikipedia

Selon George Ferzoco, directeur du Centre d’études toscanes de l’Université de Leicester, la réaction initiale des habitants à la découverte de l’arbre était mitigée.

« Ils l’ont considéré comme dégradant ou érotique. Ceux qui le voyaient comme érotique le considéraient comme un symbole reflétant la réalité de l’eau et du lieu. L’eau donne la vie ; les phallus donnent la vie : n’est-ce pas une façon unique et intéressante de décrire les propriétés vitales de l’eau ? Le camp du porno, si nous pouvons l’appeler ainsi, le considérait comme étant délibérément obscène et ne souhaitait pas que l’on attire l’attention sur lui. »

Plus d’une décennie plus tard, cette ambivalence a totalement disparu et les habitants sont furieusement attachés à leur arbre de la fertilité. En 2008, un programme de restauration a été entrepris pour nettoyer complètement la peinture murale qui avait souffert non seulement de son blanchiment mais aussi des dégâts d’eau et des concrétions [4].

George Ferzoco suppose que la fresque de Massa Marittima, avec ses phallus surdimensionnés, certains érigés, complets avec des testicules, était une propagande de Guelph mettant en garde face à une prise de pouvoir par les Gibelins (ils apporteraient avec eux la perversion sexuelle et la sorcellerie). [5]
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Johan J. Mattelaer a publié un article de référence en 2010 « The Phallus Tree : A Medieval and Renaissance Phenomenon » dans la revue scientifique The Journal of Sexual Medicine. (uniquement disponible à l’achat, au prix prohibitif de 35$)

Catégories :Symboles

Arbres légendaires, des botanistes aux voyageurs

22 janvier 2018 4 commentaires

S’il est parfois évident de retrouver la trace d’arbres fabuleux, certains sont parfois évoqués avec juste un entrefilet dans les livres. Dénicher les ouvrages originaux n’a parfois pas été évident.

  • Arbor tristis

Arbor tristi DuranteUn arbre référencé par Castor Durante dans son Herbario Nuovo publié en 1585. L’illustration présente un arbre sous la lune et le soleil, dont le tronc semble être façonné dans un corps humain.

L’Arbor tristis a été décrit en couleur dans la version allemande du texte, le Hortus sanitatis.

On croyait que l’arbre de la tristesse qui fleurit la nuit est un arbre originaire d’Amérique du Sud, dont le tronc a pris la forme d’un corps de femme. Une ancienne fable amérindienne raconte que la jeune et belle fille du puissant chef guerrier Parizataco, est tombée amoureuse du soleil. Mais quand le soleil l’a méprisé en rejetant son amour, elle s’est retirée de toute compagnie humaine dans la forêt. Son chagrin a finit par la tuer.
Quand son corps a été retrouvé par son peuple, il a été ramené à son village natal, mis sur un bûcher funéraire, et incinéré selon la coutume de sa tribu. Des cendres de son corps jaillit l’arbre du chagrin, dont la magnifique fleur ne s’ouvre jamais le jour en présence du soleil.
Ses fleurs déployent leurs pétales la nuit sous la lumière fraîche de la lune et des étoiles, et remplit l’air de la nuit avec un doux parfum. et quand le soleil s’est levé le matin, la fleur de cet arbre s’est fermée. ses feuilles se flétrissaient et l’arbre semblait mort et stérile, seulement pour rajeunir et se dérouler à nouveau sous les rayons de la lune. À chaque fois qu’une main humaine touchait l’arbre en fleurs, la fleur de cette plante sensible se refermait et leur doux parfum disparaissait.

  • Les pommes de Sodome

En route pour le moyen-orient, à  la recherche d’une autre plante devenue légendaire : les pommes de Sodome. Une plante poussant sur le site des anciennes villes de Sodome et Gomorrhe détruites par la colère divine.

« Et Iahvé  fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu provenant de Iahvé,  des cieux. Il anéantit ces villes, ainsi que tous ces habitants des villes,  et les germes du sol. » (Genèse, XIX, 24)

Une plante déjà décrite par Solin dans son De mirabilibus mundi XXXVI (Des merveilles du monde). Cette description est reprise par Flavius Joseph dans la Guerre des Juifs  (livre IV-4).

image_crop_333x220« Dans son voisinage est la région de Sodome, territoire jadis prospère grâce à ses productions et à la richesse de ses villes, maintenant tout entier desséché par le feu.
On dit, en effet, que l’impiété des habitants attira sur eux la foudre qui l’embrasa; il subsiste encore des traces du feu divin, et l’on peut voir les vestiges presque effacés de cinq villes. On y trouve aussi des fruits remplis d’une cendre renaissante, revêtus d’une couleur semblable à celle des fruits comestibles, et qui, dès qu’on y porte la main pour les cueillir, se dissolvent en vapeur et en cendre. Telles sont les légendes relatives à la région de Sodome, confirmées par le témoignage des yeux. »

Bien qu’ayant une réalité  botanique, le pommier de Sodome a enflammé l’imagination jusqu’à devenir un arbre gigantesque dans certaines descriptions de « voyageurs ».

The voiage and travaile of Sir John Maundeville

Apple of Sodom, The voiage and travaile of Sir John Maundeville, ré-édition éd. 1725, p. 101.

  • L’arbre qui pleure du royaume du prêtre Jean

Tout l’Occident fait circuler, de bonne foi, la Lettre du Prêtre Jean, et nul ne met en doute l’identité de son auteur. On la traduit, on la recopie. Les encyclopédies en font grand cas. On retrouve en 1339 le fleuve de Paradis et les soixante-douze rois sur la mappemonde du Majorquin Angelino Dulvert. La Lettre circulera pendant deux bons siècles. Elle est le véhicule d’un rêve exotique. Il est, en une contrée lointaine, un monde chrétien qui pourrait protéger l’Occident des invasions musulmanes.

Arbre qui pleure - pretre Jean_crop_366x454« Item, en notre terre, est l’arbre de vie, duquel sourd le chrême. Et cet arbre est tout sec et un serpent le garde et veille toute l’année, le jour et la nuit, excepté la nuit de la Saint Jean où il dort jour et nuit. Alors nous allons à l’arbre pour avoir du chrême et, sur toute l’année, il n’en sort que trois livres qui viennent goutte après goutte. Quand nous sommes auprès de ce chrême, nous le prenons, puis nous nous en retournons tout bellement, de peur que le serpent ne s’éveille. Cet arbre est près du Paradis terrestre, à une journée. Et quand ledit serpent est éveillé, il se courrouce et crie si fort qu’on l’entend à une journée de là. Il est deux fois plus grand qu’un cheval et il a neuf têtes et deux ailes. Il nous court après, çà et là, et quand nous avons passé la mer, il s’en retourne. Alors nous portons le chrême au patriarche de Saint Thomas, qui le consacre, et c’est de lui que nous sommes tous baptisés, nous, Chrétiens. Ce qu’il en reste, nous l’envoyons au patriarche de Jérusalem, et celui-ci l’envoie au Pape de Rome, lequel le consacre et le multiplie au moyen de l’huile d’olive, puis l’envoie dans toute la chrétienté d’au-delà la mer. »

L’illustration est issue du Science and literature in the middle ages and at the period of the renaissance, 1878, p. 153. (Fac similé d’une gravure du XVI siècle).

Catégories :Fables...

Le trésor du baobab

19 janvier 2018 2 commentaires

Un jour de grande chaleur, un lièvre fit halte dans l’ombre d’un baobab, s’assit sur son train et contemplant au loin la brousse bruissante sous le vent brûlant, il se sentit infiniment bien.
« Baobab, pensa-t-il, comme ton ombre est fraîche et légère dans le brasier de midi ! »
Il leva le museau vers les branches puissantes. Les feuilles se mirent à frissonner d’aise, heureuses des pensées amicales qui montaient vers elles. Le lièvre rit, les voyant contentes. Il resta un moment béat, puis clignant de l’oeil et claquant de la langue, pris de malice joyeuse :
– Certes ton ombre est bonne, dit-il. Assurément meilleure que ton fruit. Je ne veux pas médire, mais celui qui me pend au-dessus de la tête m’a tout l’air d’une outre d’eau tiède.
Le baobab, dépité d’entendre ainsi douter de ses saveurs, après le compliment qui lui avait ouvert l’âme, se piqua au jeu. Il laissa tomber son fruit dans une touffe d’herbe. Le lièvre le flaira, le goûta, le trouva délicieux. Alors il le dévora, s’en pourlécha le museau, hocha la tête. Le grand arbre, impatient d’entendre son verdict, se retint de respirer.
– Ton fruit est bon, admit le lièvre.
Puis il sourit, repris par son allégresse taquine, et dit encore :
– Assurément, il est meilleur que ton coeur. Pardonne ma franchise : ce coeur qui bat en toi me paraît plus dur qu’une pierre.

Le baobab, entendant ces paroles, se sentit envahi par une émotion qu’il n’avait jamais connue. Offrir à ce petit être ses beautés les plus secrètes, Dieu du ciel, il le désirait, mais, tout à coup, quelle peur il avait de les dévoiler au grand jour ! Lentement, il entrouvrit son écorce. Alors apparurent des perles en colliers, des pagnes brodés, des sandales fines, des bijoux d’or. Toutes ces merveilles qui emplissaient le coeur du baobab se déversèrent à profusion devant le lièvre dont le museau frémit et les yeux s’éblouirent.
– Merci, merci, tu es le meilleur et le plus bel arbre du monde, dit-il, riant comme un enfant comblé et ramassant fiévreusement le magnifique trésor.

Fornax. © Beth Moon

Il s’en revint chez lui, l’échine lourde de tous ces biens. Sa femme l’accueillit avec une joie bondissante. Elle déchargea à la hâte de son beau fardeau, revêtit pagnes et sandales, orna son cou de bijoux et sortit dans la brousse, impatiente de s’y faire admirer de ses compagnes.

Elle rencontra une hyène. Cette charognarde, éblouie par les enviables richesses qui lui venaient devant, s’en fut aussitôt à la tanière du lièvre et lui demanda où il avait trouvé ces ornements superbes dont son épouse était vêtue. L’autre lui conta ce qu’il avait dit et fait, à l’ombre du baobab. La hyène y courut, les yeux allumés, avides des mêmes biens. Elle y joua le même jeu. Le baobab que la joie du lièvre avait grandement réjouie, à nouveau se plut à donner sa fraîcheur, puis la musique de son feuillage, puis la saveur de son fruit, enfin la beauté de son coeur.

Mais, quand l’écorce se fendit, la hyène se jeta sur les merveilles comme sur une proie, et fouillant des griffes et des crocs les profondeurs du grand arbre pour en arracher plus encore, elle se mit à gronder :
– Et, dans tes entrailles, qu’y a-t-il ? Je veux aussi dévorer tes entrailles ! Je veux tout de toi, jusqu’à tes racines ! Je veux tout, entends-tu ?
Le baobab, blessé, déchiré, pris d’effroi, aussitôt se referma sur ses trésors et la hyène insatisfaite et rageuse s’en retourna bredouille vers la forêt. Depuis ce jour, elle cherche désespérément d’illusoires jouissances dans les bêtes mortes qu’elle rencontre, sans jamais entendre la brise simple qui apaise l’esprit. Quant au baobab, il n’ouvre plus son coeur à personne. Il a peur. Il faut le comprendre : le mal qui lui fut fait est invisible, mais inguérissable.

En vérité, le coeur des hommes est semblable à celui de cet arbre prodigieux : empli de richesses et de bienfaits. Pourquoi s’ouvre-t-il si petitement quand il s’ouvre ? De quelle hyène se souvient-il ?
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Conte africain, Henri Gougaud, L’arbre aux trésors, pp. 42-44.
La photographie est de Beth Moon, issue d’une série présentée sur le blog en 2015 [1].

Catégories :Des contes