L’arbre Peridexion

11 janvier 2018 5 commentaires

Partons sur la trace de Peridexion, un autre arbre légendaire médiéval [1]. Largement décrit et enluminé depuis le XIIIe siècle, cet arbre nommé également Zilanim poussait en Inde. Les interprétations divergent quand à sa signification.

Certains y ont vu une représentation du Saint-Esprit veillant sur les âmes persécutées par les démons. D’autres rapprochent cette symbolique d’anciennes croyances de l’Inde védique…

Bodleian Library, MS. Douce 88, Folio 22r

« Un bestiaire chrétien de l’Antiquité tardive, le Physiologus Latina, parle d’un arbre aux fruits délicieux, situé en Inde, abritant des colombes assiégées par un dragon. Les colombes se déplacent au gré des mouvements du soleil pour rester à l’ombre salutaire qui leur offre toujours un repère contre les attaques du dragon. Les mystiques chrétiens, bien au-delà du Moyen-Âge, utiliseront le même verbe pour parler de l’action des anges gardiens et d’autres esprits qui veillent au dessus de nous. »

(La lettre clandestine n°16, Collectif, Voltaire et les manuscrits philosophiques clandestins, 2008, pp. 90-91.)

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« Il y a un arbre qui a la feuille longue de deux coudées, semblable à une feuille d’autruche. Peridexion à le fruit agréable aux pigeons, l’ombre de l’arbre est contraire aux serpents, cela fait qu’ils s’en retirent. »

(Les histoires d’Antoine de Fumée, Chevalier, Seigneur de Blandé, 1574, p.171.)

« Sur le rapport entre le symbolisme des oiseaux et celui de l’arbre dans différentes traditions, voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III, où nous avons relevé à cet égard divers textes des Upanishads et la parabole évangélique du grain de sénevé ; on peut y ajouter, chez les Scandinaves, les deux corbeaux messagers d’Odin se reposant sur le frêne Ygdrasil, qui est une des formes de l’« Arbre du Monde ». Dans le symbolisme du moyen âge, on trouve également des oiseaux sur l’arbre Peridexion, au pied duquel est un dragon ; le nom de cet arbre est une corruption de Paradision, et il peut sembler assez étrange qu’il ait été ainsi déformé, comme si l’on avait cessé de le comprendre à un certain moment. »

(René Gueunon, Le symbolisme de la croix, 1931, p.62.)

« Le passage suivant de l’Ornithologie d’Aldrovandi : « Peridexion, inquiunt, arbor est in India, cujus fructus dulcis est, et gratus columbis, cujus gratia in hac arbore diversari solent. Hanc serpentes timent, adeo etiam ut umbram ejus fugiant. Nam si umbra arboris ad orientem vertatur, serpentes ad occidentem recedunt et e diverso. Itaque vi hujus arboris serpentes columbis nocere non possunt. Si qua autem forte aberraverit, serpentis flatu attracta, devoratur. Nam si gregatim degant, aut volitent, nec serpens nec ocypteros (id es sparverius), eas laedere potest vel audet. Hujus arboris folia aut cortex suffitu omne malum avertunt. » Il s’agit évidemment ici de l’arbre sacré hanté par les kapotâs, ou colombes, qui mangent les doux fruits du pippala védique. »

Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes ou légendes du règne végétal Tome II, p.147.

Catégories :Fables...

L’arbre sacré de Fatima

8 janvier 2018 1 commentaire

« It is to the Nilometer that the island of Roda owes its fame and there is a little else that the visitor will find north seeing beyond plantations, houses and the modest tomb of a sheykh, unless we mention a venerable Mandoorah-tree with spreading branches, called by the Arabs Hakeem-Kebeer the Great Physician to wich they make pilgrimages in order to be cured of fevers and other disorders. »

« The devoted kneel down at its roots, and it boughs are thickly hung with fragments of clothes of every descriptions, the voting-offering of the sick and thank-offering of the convalesent. « 

« A legend has ben preserved which says that this tree was planted by Fatima the daughter of the Prophet, but I could not trace its origin. »

Georg Moritz Ebers – Egypt Descriptive, Historial and Picturest, 1885, vol. 1, pp. 199-201.

« C’est au Nilomètre que l’île de Rodah doit sa renommée et il y a un peu plus que le visiteur trouvera au nord au-delà des plantations, des maisons et du modeste tombeau d’un sheykh, un vénérable arbre Mandoorah aux branches étalées , appelé par les Arabes Hakeem-Kebeer le Grand Médecin à qui ils font des pèlerinages pour être guéris de fièvres et d’autres désordres. »

« Les dévoués s’agenouillent à ses racines, et les branches sont abondamment piquées de fragments de vêtements de toutes sortes, d’offrandes des malades et de remerciement des convalescents. »

« Une légende qui a été conservée dit que cet arbre a été planté par Fatima, la fille du Prophète, mais je n’ai pu en retracer l’origine. »

Catégories :Culte des arbres

De l’éducation

7 janvier 2018 1 commentaire

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« Éduquer, ce n’est pas remplir un vase,

c’est allumer un feu. »

William Butler Yeats, poète irlandais engagé.

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Note : cette citation dénichée sur internet semble avoir été attribuée à tort à Yeats, la substance de ces mots se retrouve dans « De l’art d’écouter » de Plutarque :

« L’esprit n’est pas comme un vase qu’il ne faille que remplir. Semblable aux matières combustibles, il a plutôt besoin d’un aliment qui l’échauffe, qui donne, l’essor à ses facultés et l’enflamme pour la recherche de la vérité. »

« Que diriez-vous d’un homme qui, allant chercher du feu chez son voisin et trouvant le foyer bien garni, y resterait à se chauffer et ne penserait plus à retourner chez lui ? Voilà l’image d’un jeune homme qui, prenant les leçons d’un philosophe, loin de s’appliquer à faire passer dans son âme la chaleur qui sortirait de ses discours, et se bornant au plaisir de l’entendre, se tiendrait tranquillement assis auprès de lui. Il pourrait en remporter une apparence de savoir semblable à ce rouge vif dont le feu nous colore, mais la chaleur de la philosophie ne détruirait point la rouille attachée à son âme, ni sa lumière n’en dissiperait les ténèbres. A tous les préceptes que j’ai donnés sur cette matière, je n’ajouterai qu’un mot : c’est qu’en même temps qu’on s’instruit par les leçons des autres, il faut s’exercer à inventer soi-même et à composer. Par ce moyen, on remportera de son étude, non un savoir d’ostentation, comme les sophistes, ou des connaissances de pure spéculation, mais une science vraiment philosophique qui formera dans l’âme une habitude permanente; car l’application à bien écouter est le commencement d’une bonne vie. »

Catégories :Citations

Culte des arbres – Éthiopie

28 décembre 2017 12 commentaires

Culte des arbres Ethiopie

Le peintre a représenté une scène de culte aux esprits des arbres nommée adbar et pratiquée, ici, par des chrétiens orthodoxes. Une femme oint de beurre un arbre pendant qu’un homme verse à son pied le sang d’une chèvre sacrifiée pour l’occasion. Une grande tablette pour le café est disposée au pied de l’arbre, révélant la dimension sociale et domestique de ce culte aux esprits de protection puisque le café est au centre de nombreuses interactions. Tout autour, on s’affaire à préparer un banquet et à le déguster : viande, bière, café, galettes de blé, fèves bouillies (nefro) sont au menu.

Exposition « Étonnante Éthiopie ». La peinture éthiopienne de style traditionnel ou « bahelawi ».

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Jardin d’Église en Ethiopie centrale – Les arbres-tombes

Tandis que certains membres de la communauté ont opté pour la tombe en pierre d’autres ont choisi de perpétuer la coutume qui consiste à recueillir un jeune plant d’olivier ou de genévrier dans une forêt voisine pour le transplanter à l’endroit des corps ensevelis. Les pierres qui dessinent la forme elliptique des tombes protègent les jeunes plants. La pratique est à l’origine des grands genévriers et oliviers que l’on observe actuellement. On les appelle màqaber zaf, « arbre-tombe » ou hawelt, « statue » ou « stèle funéraire ». La plupart sont la mémoire de notables de la paroisse morts pendant les guerres qui opposèrent l’empereur Téwodros à Haylâ Mâlâqot, fils du roi Sahlâ Sellasé. D’autres plus anciens remonteraient à l’époque où l’église siégeait en contrebas.

Ces grands arbres protègent le bâtiment des vents violents. Investis de l’esprit de Saint Mikaél et de Dieu, ils représentent aussi une protection symbolique contre les esprits malveillants. Leur disposition est loin d’être le fruit du hasard. Les prêtres choisissent l’emplacement des tombes et dictent par cette action l’aménagement de l’ased. Il a ainsi été décidé que les prochaines sépultures seraient installées dans la partie sud du territoire, dénuée d’arbre.

Après les obsèques, à plusieurs reprises et pendant sept ans la famille vient se recueillir sur la tombe et implorer le salut du défunt. Les prêtres qui dirigent les prières et les amis sont invités à se rassembler dans l’un des petits abris en bois construits à cet effet. C’est l’occasion de manger et de boire ensemble et pour la famille de garder en mémoire l’emplacement de la tombe.

Durant ces premières années, les parents en deuil s’occupent de nettoyer l’espace qui leur a été attribué, mais rapidement l’activité revient à une autre personne. Il s’agit du « gardien de l’extérieur », yàweçç zàbànna, portant également le titre de dàbtàra. Ce dernier est en charge de l’entretien de la végétation de la deuxième enceinte de Vased. Le sol retourné lors des inhumations offre une bonne terre, il sera réparti aux pieds de plusieurs jeunes plants. Collecter les branches qui se cassent et couper les arbres morts fait aussi partie des attributions de ce dâbtàra. Le bois collecté alimente Pâtre du monastère situé à proximité, il sert aussi à l’éclairage et aux fumigations.

Au quotidien, les fidèles n’ont pas droit à de tels prélèvements. Après un rituel d’exorcisme, ceux qui pratiquaient des cultes aux esprits malveillants peuvent simplement venir suspendre aux branches des arbres-tombes leurs anciens objets fétiches. L’intervention directe sur la végétation de Yased exige en revanche une certaine élévation spirituelle. C’est dans un état de pureté atteint par le jeûne et la prière, au terme d’un pèlerinage par exemple, que les fidèles sont autorisés à recueillir certains végétaux. Les mousses ou les lichens qui poussent sur les vieux oliviers et genévriers, nommés les « vêtements de l’arbre », yàzaf lebs, sont très recherchés pour des fumigations réalisées dans le cadre de rites de guérison ou de purification.

C’est à certains membres du clergé que l’on doit l’essentiel des prélèvements réalisés dans la deuxième enceinte de Yased. Ils sont prêtres, moines et surtout dâbtàra. Outre les fonctions que ces derniers exercent au sein de l’église, beaucoup d’entre eux sont thérapeutes et pour quelques-uns, l’activité médicale représente la seule source de revenus14. Aidés des membres de leur ordre (le gardien de l’église et celui du jardin), ils font de Yased leur réserve de plantes magico-médicinales.

Les prêtres et les dâbtàra trouvent les plantes de leurs préparations magico-médicinales sur les monticules de terres recouvrant les morts. Les végétaux utiles à leur activité doivent provenir de lieux que le profane ignore. Le paroissien croit pour sa part à l’interdiction de consommer ce qui a poussé sur les corps décomposés. Les végétaux des dâbtàra se trouvent ainsi bien protégés.

Du point de vue du thérapeute, chacun des arbres, arbustes et herbacées présents dans cette deuxième enceinte offre un intérêt spécifique qui légitime leur conservation mais aussi la sélection des espèces qui fournissent les produits recherchés. Les plantes croissant sur les tombes ont été semées, plantées ou entretenues quand elles étaient issues de la flore spontanée. Considérant les arbres-tombes, ces derniers peuvent aussi faire l’objet de nombreuses utilisations. Ainsi des fruits du Podocarpus gracilior s’extrait une huile médicinale qui nous a été signalée comme la panacée des maux se rapportant aux oreilles (troubles auditifs, douleurs
diverses). L’olivier est l’arbre de l’onction : de son bois, s’extrait une huile sacrée dont seuls quelques moines spécialisés possèdent le secret de la préparation. Elle était jadis employée à la consécration des rois et des empereurs et s’utilise toujours dans l’ordination des religieux. Elle s’employait aussi beaucoup pour l’éclairage des églises lors des offices nocturnes. Enfin, le bois de l’arbre s’utilise en fumigation pour des rituels de purification ou comme offrande adressée aux esprits.

Chouvin Élisabeth. Jardin d’Église en Ethiopie centrale. Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 41ᵉ année, bulletin n°2,1999. pp. 110-112.

Catégories :Culte des arbres, Ethiopie

Histoires d’arbres

5 décembre 2017 7 commentaires

Symboles de sagesse, de longévité, d’hardiesse ou de sérénité, les arbres tiennent une place centrale dans la culture des hommes. A travers tous les continents, ils sont à la fois des repères dans le temps, des témoins de la vie collective, des sources de spiritualité ou simplement des rencontres esthétiques.

Arte - Histoires arbres

Une série de dix documentaires diffusés sur Arte jusqu’au début du mois de janvier 2018, à revoir sur le blog :

  • Histoires d’arbres : les vénérables

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