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L’arbre aux phallus

Le phallus était un motif d’art commun en Europe occidentale à la fin du Moyen-Âge et au début de la Renaissance. La signification concrète de l’arbre aux phallus reste floue, mais il apparaît à plusieurs reprises sur des manuscrits enluminés, en sculpture et en peinture.

Certains y ont vu une illustration de pratiques de sorcellerie. La lecture du Malleus maleficarum nous renseigne sur certaines sorcières qui conservaient des pénis désincarnés comme animaux de compagnie dans des nids et les nourrissaient d’avoine.

« Et ce, alors, faut-il penser de ces sorcières qui de cette manière parfois recueillent des organes mâles en grand nombre, pas moins de vingt ou trente membres ensemble, et les mettent dans un nid d’oiseau, ou les enferment dans une boîte, où ils se déplacent comme des membres vivants, et mangent de l’avoine et du maïs, comme il a été vu par beaucoup […] C’est à dire que tout cela se fait par le travail du diable et de l’illusion, car les sens de ceux qui les voient se trompent dans la façon dont nous l’avons dit. Un homme raconte que, quand il avait perdu son membre, il s’approcha d’une sorcière appelée pour lui demander de la lui rendre. Elle a dit à l’homme affligé de grimper à un arbre donné, et qu’il pourrait prendre celui qui lui plaisait hors du nid dans lequel il y avait plusieurs membres. Et quand il a essayé de prendre un gros, la sorcière a dit: Vous ne devez pas prendre celui-là, ajoutant parce qu’il appartient à un prêtre de la paroisse. »

En regardant attentivement les marges du Roman de la Rose conservé à la Bnf, on decouvre une sorcière menaçant un pénis avec son bâton [1], et on voit clairement à deux reprises des nonnes récolter des pénis sur un arbre [2][3]. Il s’agit ici d’un humour grivois, d’une parodie religieuse.

Ces représentations ne sont pas marginales, d’autres arbres à phallus ont été retrouvés.

En allemagne, un coffret en bois datant du 15ème siècle est décoré avec la représentation d’une dame élégante cueillant les fruits du phallus. Était-ce un arbre de la fertilité, des représentations du péché ou même de sorcellerie ? En fait il est très probable que ce ne soient que des plaisanteries visuelles coquines, faisant peut-être référence aux problèmes d’impuissance. D’après les sources du musée Nordlingen en Allemagne, l’arbre phallique faisait partie d’une procession de carnaval en 1510.

En 1999, en Toscane dans la ville de Massa Marittima, lors de travaux de restauration d’une source communale médiévale nommée Fontaine d’abondance, les ouvriers ont découvert une curieuse peinture murale cachée derrière une couche de chaux. Il représente un arbre lourdement chargé de phallus, sous lesquel huit ou neuf femmes se tiennent dans diverses poses. L’expert pense que la fresque date de 1265, la même année inscrite sur la fontaine elle-même.

Fertility fresco (Massa Marittima) WikipediaDetail Fertility fresco Massa Marittima Wikipedia

Selon George Ferzoco, directeur du Centre d’études toscanes de l’Université de Leicester, la réaction initiale des habitants à la découverte de l’arbre était mitigée.

« Ils l’ont considéré comme dégradant ou érotique. Ceux qui le voyaient comme érotique le considéraient comme un symbole reflétant la réalité de l’eau et du lieu. L’eau donne la vie ; les phallus donnent la vie : n’est-ce pas une façon unique et intéressante de décrire les propriétés vitales de l’eau ? Le camp du porno, si nous pouvons l’appeler ainsi, le considérait comme étant délibérément obscène et ne souhaitait pas que l’on attire l’attention sur lui. »

Plus d’une décennie plus tard, cette ambivalence a totalement disparu et les habitants sont furieusement attachés à leur arbre de la fertilité. En 2008, un programme de restauration a été entrepris pour nettoyer complètement la peinture murale qui avait souffert non seulement de son blanchiment mais aussi des dégâts d’eau et des concrétions [4].

George Ferzoco suppose que la fresque de Massa Marittima, avec ses phallus surdimensionnés, certains érigés, complets avec des testicules, était une propagande de Guelph mettant en garde face à une prise de pouvoir par les Gibelins (ils apporteraient avec eux la perversion sexuelle et la sorcellerie). [5]
_____

Johan J. Mattelaer a publié un article de référence en 2010 « The Phallus Tree : A Medieval and Renaissance Phenomenon » dans la revue scientifique The Journal of Sexual Medicine. (uniquement disponible à l’achat, au prix prohibitif de 35$)

Catégories :Symboles
  1. 23 janvier 2018 à 10:35

    Fresque de Castel Moos – Appiano
    http://www.fillide.it/component/content/article?id=201

  2. 23 janvier 2018 à 12:54

    Un bon article sur le sujet :
    http://sexes.blogs.liberation.fr/2011/11/10/strange-fruits-larbre-a-phallus/

    […] Sur la seconde image, deux autres nonnes entassent dans les plis de leur robe grise les phallus qu’elles détachent des branches… Curieusement, les glands rouges et gonflés des pénis émergent de leur vêtement comme si les femmes étaient elles-mêmes dotées d’énormes pénis. Il ne semblerait pas à l’époque que de telles images relèvent du sacrilège. «Vers le milieu du Moyen-Age, les pèlerins avaient coutume de se signaler en portant agrafés sur leurs vêtements des badges de pèlerins. Or ces badges n’étaient pas toujours simplement des symboles religieux, souligne Johan Mattelaer. Certains avaient la forme de vulves ailées, d’autres celles d’arbres à phallus. On en trouve une grande quantité dans les collections d’Hendrik Jan E. van Beuningen à Cothen (Pays Bas). On trouve aussi des badges représentant des couples en train de faire l’amour sous un arbre à phallus.» […]

  3. 23 janvier 2018 à 15:08

    Pages intégrales du manuscrit du Roman de la Rose :



  4. yanick
    24 janvier 2018 à 18:43

    Salut Tof,
    L’époque romane était beaucoup moins prude et puritaine que l’on ne pourrait le penser. Difficile néanmoins de trouver une signification très étayée de ces arbres aux phallus comme cela est le cas pour les obscenaes s’affichant sans vergognes sur les églises romanes de ma région.
    http://www.panoramio.com/user/4470462

    Si tu en trouves d’ailleurs vers chez toi fais moi signe, je suis toujours à la recherche de ceux que j’appelle mes petits branleurs et mes petits trous du cul. 😉

  5. 27 janvier 2018 à 14:12

    Coucou Yanick,

    Très jolie ta « collection » sur églises. .
    Presque fini de vider les tiroirs, j’attends encore quelques documents de la part de mon petit frère qui a accès aux bibliothèques qdu CNRS et grandes écoles. Mais bon, pas évident de bloguer sur une tablette…

    Plein de bises à vous trois

  6. 15 février 2019 à 08:58

    Pilgrimage badge (15th century), excavated in Ieper in West Flanders, showing a couple making love under a phallus tree with a second woman looking on. On the right branch of the tree, one can see a phallus penetrating a vulva (collection Van Wanzeele—catalogue Van Beuningen n°1724).

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