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Archive for the ‘Symboles & Mythes’ Category

Du royaume de Trimochaim et de l’arbre du soleil, aussi appelé l’arbre sec

13 juin 2009 2 commentaires

Les freres Polo devant l'arbre sec - BNF manuscrit 2810

« Ayant laissé derrière soi la ville de Cobinam, on rencontre un autre désert très aride et qui, à huit journées de longueur, n’a ni arbres ni fruits ; le peu d’eau qu’il y a est très amère, en sorte que les juments même n’en peuvent pas boire. Il faut que les voyageurs en portent d’autre avec eux, s’ils ne veulent pas périr de soif. Après avoir passé ce désert on entre dans le royaume de Trimochaim, où il y a beaucoup de villes et de châteaux. Ce royaume est borné au septentrion par la Perse. Il croit dans la plaine de ce royaume un grand arbre appelé l’arbre du soleil, et par les Latins l’arbre sec. Il est fort gros, ses feuilles sont blanches d’un côté et vertes de l’autre ; il porte des fruits faits en manière de châtaigne, mais vides et de couleur de buis. Cette campagne s’étend plusieurs milles sans que l’on y trouve un seul arbre. Les gens du pays disent qu’Alexandre le Grand combattit Darius en cette plaine. Toute la terre habitée du royaume de Timochaim est fertile et abondante en plusieurs choses, le climat en est bon, l’air y est tempéré, les hommes y sont beaux, et les femmes encore plus belles ; mais ils sont tous mahométans. »

Source : Marco Polo, Deux voyages en Asie au XIIIe siècle, texte édité par M. Pauthier, Paris, Delagrave, 1888. Lire le texte en ligne, par ici.
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« Cet arbre solitaire était localisé quelque part dans une plaine au nord de la Perse. La légende raconte qu’il marquait l’exacte position de la grande bataille entre Darius et Alexandre, sans préciser s’il s’agit de la bataille d’Issos ou de Gaugameles. Il symbolisait ainsi la limite entre Orient et Occident. Cependant, cela est peu probable, car Darius avait été assassiné avant qu’Alexandre n’atteigne ces régions. » (source Wikipédia)

On peut apercevoir un arbre sec sur le champ de bataille de la mosaïque d’Alexandre.
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Catégories :Fables...

L’oracle de Dodone

2 juin 2009 8 commentaires

Head of Zeus left, in oak wreath.
Plus ou moins consciemment, les hommes voient dans tel ou tel évènement inattendu un signe capable d’orienter leur conduite ; ils ont souvent chargé des exégètes d’interpréter certains phénomènes – foudre, éclipse, crues de rivière, naissance anormale, rêve… Autrefois, les hommes savaient les arbres vivants, munis d’une âme et certains d’entre eux, considérés comme sacrés, délivraient des messages oraculaires.

Sur la croupe du mont Tamaros, en Epire, Dodone, “la venteuse”, est le plus ancien et le plus célèbre oracle dédié à Zeus et à la Déesse-Mère, révérée sous le nom de Dioné. C’est le plus vieil oracle grec, d’après Hérodote, remontant peut-être au IIe millénaire av. J.-C., et l’un des plus célèbres avec ceux de Delphes et d’Ammon :

« Les prêtresses des Dodonéens rapportent qu’il s’envola de Thèbes en Égypte deux colombes noires ; que l’une alla en Libye, et l’autre chez eux ; que celle-ci , s’étant perchée sur un chêne, articula d’une voix humaine que les destins voulaient qu’on établît en cet endroit un oracle de Zeus ; que les Dodonéens, regardant cela comme un ordre des dieux, l’exécutèrent ensuite. Ils racontent aussi que la colombe qui s’envola en Libye commanda aux Libyens d’établir l’oracle d’Ammon, qui est aussi un oracle de Jupiter. Voilà ce que me dirent les prêtresses des Dodonéens, dont la plus âgée s’appelait Preuménia ; celle d’après, Timarété ; et la plus jeune, Nicandra. Leur récit était confirmé par le témoignage du reste des Dodonéens, ministres du temple » (Hérodote, Histoire, II, 52)

Y pousse un bois de chênes, et Zeus y répond aux mortels :

« Je néglige la masse globale des faits
et j’en viens jusqu’au terme de tes errements
quand tu vins sur la terre molosse
et près du dos abrupte de Dodone
où se trouvent l’oracle et le siège de Zeus thesprotique,
et, prodige incroyable, les chênes parlants
par lesquels clairement, sans énigme,
tu fus, toi, saluée en épouse future de Zeus, glorieuse,
n’en es tu pas encor caressée ? »
(Eschyle – Prométhée, v.832)

ou par l’un d’entre eux :

«  Celui-ci me dit qu’Ulysse s’en était allé à Dodone pour écouter, dans la haute chevelure du chêne divin, les conseils de Zeus sur la manière de revenir au gras pays d’Ithaque, dont il était depuis longtemps, déjà éloigné. »
(Homère – L’Odyssée XIV, v.327)

Le bruit du vent dans les feuilles, amplifié par celui des vases d’airain qu’on plaçait parfois au sommet des arbres, est la grande voix de Zeus, interprêtée par deux prêtresses :

« Tel était, selon lui, le sort établi par les dieux qui marquerait la fin des labeurs d’Héraklès : le chêne antique de Dodone l’avait-il un jour proclamé, disait-il par la voix de ses deux prêtresses. » (Sophocle – Trachiniennes, v.172)

et par tout un peuple de devins, les Selles :

«  Seigneur Zeus, dieu de Dodone, dieu des Pélasges, dieu au lointain logis, qui règne sur Dodone où sévit de mauvais temps – et les Selles habitent à l’entour, tes interprètes, qui, les pieds non lavés, couchent sur le sol ! »
(Homère – l’Iliade, XVI – v.234)

«  Mais j’entends te révéler aussi les oracles nouveaux qui concordent avec elle, qui reprennent ses mots de jadis, et que, dans le bois saint des Selles montagnards qui couchent sur le sol, je me suis fait écrire sous la dictée du chêne aux mille voix. » (Sophocle – Trachiniennes, v.1166)

Proximité animale et même végétale à la terre, enracinement des pieds comme des chênes ? Ces derniers traits, caractéristiques d’autres cultes et pratiques mantiques (les guérisons oniriques d’Esculape par exemple) trouvent peut-être ici leur origine.

Inscription oraculaire sur feuille de plomb Dodone - fouilles de C. Carapanos 1878

A Dodone, les Selles, exégètes légendaires, semblent avoir pratiqué l’incubation [1] au bénéfice du consultant. A l’époque historique, pour laquelle on a des questions gravées sur du plomb, les réponses semblent avoir résulté des vibrations du bronze, du murmure des arbres sacrés et d’une source, ainsi que les sorts tirés d’un chaudron rituel.

Source : Marie Delcourt & Barbara Cassin, Encyclopédie Universalis.

Note : Si aujourd’hui on retient que Dodone était l’oracle de Zeus, nous avons tendance à oublier le fait que l’oracle était aussi dédié à Dioné, qui était considérée à la fois comme une puissance agraire et comme une déesse du Chêne, l’arbre tutélaire de ce bois sacré.
Ce site apparaitrait donc comme un ancien lieu sacré, à l’origine voué au culte de la Déesse Mère sur lequel les grecs auraient imposé leurs dieux pères… comme ils l’ont fait pour les autres mythes de l’Europe pré-hellénique.
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L’oracle de Zeus et de Dioné, Dodone fut l’un des oracles les plus renommés du monde hellénique. Les ruines de Dodone furent reconnues par Carapanos qui en entreprit la fouille en 1873. Les recherches furent reprises entre les deux guerres et se poursuivent maintenant depuis 1952.Plan du site de Dodone © K. Kapaioannou dans l'Art Grec - collection l'art et les grandes civilisations

L’existence ancienne de Dodone, plusieurs fois citée dans les textes homériques, a été confirmée par la découverte d’objets dont certains remontent à la préhistoire. On a mis au jour, un petit édifice en forme d’ellipse de l’époque submycéenne ou protogéométrique. La période archaïque a laissé de nombreux témoignages mais aucun vestiges de construction ; il semble que les cérémonies de culte se déroulaient dans un bois sacré situé à l’emplacement de la basilique (2).
Plusieurs fois remanié aux siècles suivants, il garda cependant son orientation et son plan d’origine. A partir du IVè siècle avant JC., le sanctuaire s’enrichit de nouvelles constructions. En 400 av. J.C., on entoura d’une cour le naïskos de la maison sacrée.

Au cours des années suivantes, la ville, située au nord du sanctuaire, fut enclose de murs défensifs flanqués de tours au nord et à l’ouest ; la porte principale avec ses deux tours se trouvait à l’est ; on pouvait aussi accéder par la porte sud au sanctuaire lui aussi enfermé dans une enceinte. Vers 300 av. J.C., la cour de la maison sacrée fut bordée de portiques sur trois côtés. Au sud-est de cet édifice, plusieurs temples furent bâtis. En même temps, on aménagea le théâtre sur le flanc de la colline, à l’ouest du téménos : la cavea, aujourd’hui restaurée.

En 219 av. J.C., Dodone dut entièrement détruite par les Etoliens. Philippe V et les Epirotes firent reconstruire le théâtre qui fut alors doté d’un proskênion en pierre décoré de demi-colonnes ioniques, de nouvelles constructions complétèrent l’ensemble.

En 168 av. J.C., Dodone fut incendiée par les Romains.

Légende illustration (Dodone cers 200 av. J.C.) 1. Bouleuterion – 2. Maison sacrée, bois –
3. Temples – 4. temple ou trésor (?) – 5. Propylées – 6. Fragments de mur non identifié.

Source : K. Kapaiaonnou dans L’Art Grec
(collection : l’art et les grandes civilisations, Editions d’art – Lucien Mazenod)
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Paul Blier a écrit un poème intitulé “Dodone”, voir ici.

Catégories :Grèce antique

Le culte des arbres – Les esprits des arbres 2/2

1 juin 2009 4 commentaires

« Il est nécessaire cependant d’examiner avec quelques détails les notions sur lesquelles reposent le culte des arbres et des plantes. Pour le sauvage, le monde en général est animé ; arbres et plantes ne font pas exception à la règle. L’homme croit qu’ils ont des âmes comme la sienne, et il les traite en conséquence. »

« On dit » écrit Porphyre, végétarien de l’antiquité, « que les hommes primitifs menaient une vie malheureuse, car leur superstition, loin de s’arrêter aux animaux, s’étendait aussi aux plantes. En effet, pourquoi la mise à mort d’un boeuf ou d’un mouton serait-elle un plus grand mal que la coupe d’un sapin ou d’un chêne, puisqu’il y a aussi une âme implantée dans les arbres ? »

« De même les Hidatsas de l’Amérique du Nord croient que tout objet naturel a son esprit, ou, plus exactement, son ombre. Quelque considération est due à ces ombres, mais pas une considération égale pour tous. L’ombre du peuplier, par exemple, ce grand arbre de la vallée du Missouri, passe pour posséder une intelligence qui, lorsqu’on sait la circonvenir convenablement, peut aider les Indiens dans certaines entreprises, tandis que les ombres des arbustes et des herbes sont de peu d’importance. Quand le Missouri, gonflé par une crue de printemps, emporte une partie de ses rives, et entraîne quelque grand arbre dans son courant, on dit que l’esprit de l’arbre pleure, tant que ses racines restent encore fixées à la terre, et jusqu’à ce que son tronc tombe avec bruit dans le fleuve.
Les indiens croyaient qu’il était mal d’abattre ces géants, et lorsqu’ils avaient besoin de grosses bûches, ils n’employaient que des arbres qui étaient tombés d’eux-mêmes. Les Iroquois croyaient que chaque espèce d’arbre, d’arbuste, de plante et d’herbe avait son esprit, et ils avaient l’habitude de leur adresser des remerciements. »

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« Les Dayaks pensent que les arbres ont une âme ; ils n’osent pas les abattre quand ils sont vieux. Parfois quand un vieil arbre a été renversé, ils le redressent, le barbouillent de sang et l’ornent de drapeaux pour apaiser l’âme de l’arbre. Les moines Siamois, croyant qu’il y a des âmes partout, et qu’en détruisant quoi que ce soit, on dépossède forcément une âme, ne cassent jamais la branche pas plus qu’ils ne casseraient le bras d’une personne innocente. Ces moines évidemment sont bouddhistes. Mais l’animisme bouddhiste n’est pas une théorie philosophique. C’est tout simplement un dogme sauvage ordinaire intégré à une religion historique. Supposer que les théories d’animisme et de transmigration répandues chez les peuplades civilisées de l’Asie sont dérivées du bouddhisme, c’est renverser l’ordre des faits. C’est le bouddhisme ici qui a emprunté à la Sauvagerie, et non l’inverse. »

« Les arbres qui passent pour être habités par les esprits sont nombreux dans le Nigéria Occidental, dit-on. Ainsi, dans la tribu des Indems, sur la rivière Cross, chaque village possède un gros arbre dans lequel ont passé après la mort, les âmes des habitants. Aussi, est-il défendu d’abattre de tels arbres et leur offre-t-on des sacrifices lorsque quelqu’un est malade. D’autres indigènes des bords de la rivière Cross disent que le gros arbre est leur vie et que quiconque en casse une branche tombe malade ou meurt, à moins qu’il ne paie une amende au chef. » Lire la suite…

Catégories :Culte des arbres

Noms d’arbres dans l’Auraicept

28 avril 2009 7 commentaires

L’Auraicept na n-Éces « le manuel des lettrés » est un livre du VIIè siècle, remanié maintes fois pendant les siècles qui suivirent avant d’être recopié au XIIè siècle. Ce livre a été écrit 600 ans avant « De vulgari eloquentia » de Dante Alighieri, et 200 ans avant l’oeuvre du moine bulgare Chernorizets Hrabar. George Calder a établi une traduction en 1917, en utilisant différentes sources : le Livre de Ballymote, le Livre Jaune de Lecan, le manuscrit Egerton, les textes du Trefhocul.

L’Auraicept affirme que Fenius Farsaidh a découvert quatre alphabets : l’hébreu, le grec et le latin, et enfin l’Ogham – et que l’Ogham est le plus perfectionné, car il a été découvert en dernier. Le texte est à l’origine de la tradition qui veut que l’écriture Oghamique a été nommée d’après les arbres [1], le texte répartit les arbres en quatre catégories.
Ce tableau vous explique comment on peut reconstituer les Oghams tels que les anciens les connaissaient, dans l’orthographe qu’ils utilisaient et avec le sens qu’ils lui donnaient. En lisant ce tableau, vous verrez que les anciens n’avaient pas une seule opinion sur les lettres oghamiques. (clic les tableaux)

Les arbres chefs de clan :

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Les arbres paysans :

tableaudesnomsdarbredanslauraicept1232644623849.jpeg Lire la suite…

Catégories :Celtes

Le culte des arbres – Les esprits des arbres 1/2

7 avril 2009 7 commentaires

Dans l’ouvrage délirant de James Frazer « Le rameau d’Or » – une magistrale étude sur la mythologie parue en 1911-1915 – un chapitre entier est consacré au culte des arbres, et un siècle plus tard c’est toujours aussi intéressant, et riche de détails. Mais comme le bouquin fait plusieurs milliers de pages, et qu’à ce titre il en décourage plus d’un… Je recopierai quelques extraits plus qu’intéressants, mais en plusieurs fois, c’est long !

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« A l’aube de l’histoire, l’Europe était couverte d’immenses forêts primitives, au milieu desquelles les rares défrichements devaient ressembler à des îlots dans un océan de verdure. Jusqu’au premier siècle avant notre ère, la forêt s’étendait, à l’Est, depuis le Rhin, sur une distance énorme et inconnue : les Germains que questionna César avaient voyagé pendant deux mois dans cette forêt sans en atteindre la imite. Quatre siècles plus tard, elle fut visitée par l’empereur Julien, et la solitude, les ténèbres, le silence de ces lieux paraissaient avoir produit une immense impression sur sa nature sensible. Il déclara qu’il ne connaissait rien de pareil dans l’empire romain. »

« En Angleterre, même, les régions boisées du Kent, du Surrey et du Sussex sont des débris de la grande forêt d’Anderida, qui revêtait autrefois toute la partie sud-est de l’Ile ; à l’ouest, elle semble s’être étendue assez loin pour rejoindre une autre forêt qui s’étendait du Hampshire au Devonshire. Sous le règne de Henri II, les citoyens de Londres chassaient encore le taureau sauvage et le sanglier dans les bois de Hampstead. Et, même sous les Plantagenêts, les forêts royales étaient au nombre de soixante-huit. On disait, dans la forêt d’Arden que, jusqu’à l’époque moderne, un écureuil pouvait sauter d’arbre en arbre sur presque toute la longueur du comté de Warwick. »

« D’anciens villages sur pilotis que des fouilles ont mis au jour dans la vallée du Pô montrent que, bien avant la grandeur et probablement la fondation, de Rome, le nord de l’Italie était couvert de bois épais d’ormes, de châtaigniers et surtout de chênes. L’histoire confirme ici l’archéologie ; car on trouve dans les écrivains classiques maintes allusions à ces forêts d’Italie, maintenant disparues. Jusqu’au quatrième siècle avant notre ère, Rome était séparée de l’Etrurie centrale par la redoutable forêt ciminienne, que Tite-Live compare aux bois de Germanie. Aucun commerçants, si nous en croyons l’historien romain, n’avait jamais pénétré dans ses solitudes infranchissables ; et lorsqu’un général romain, après avoir envoyé deux éclaireurs explorer ses recoins, fit pénétrer son armée dans la forêt, et, ayant gagné une chaine de montagnes boisées, vit les riches plaines d’Etrurie s’étendre à ses pieds, on considère le fait comme un audacieux exploit. En grèce de beaux bois de pins, de chênes et d’autres arbres recouvrent encore les pentes des hautes montagnes d’Arcadie, et ornent de leur verdure la gorge profonde où se précipite le Ladon pour rejoindre le fleuve sacré, l’Alphée, et jusqu’à ces dernières années ces forêts se miraient encore dans le bleu profond du lac solitaire de Phénée. Mais, ce ne sont que des débris des forêts qui occupaient dans l’Antiquité de vastes étendues, et qui, à une époque plus reculée, recouvrait peut-être la péninsule hellénique d’une mer à l’autre. » Lire la suite…

Catégories :Culte des arbres