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Un arbre visionnaire : l’arbre aux chaussures

13 janvier 2018 2 commentaires

Les représentations du Paradis proposées par les récits visionnaires sont toujours copiées sur l’image du jardin d’Eden, avec pour conséquence la présence de l’arbre de la science du bien et du mal [1] et d’une quantité d’autres arbres fruitiers, symbole de la Nature parfaite du Paradis.

Godescalc, habitant du village de Horchen, près de Neumünster (Schleswig-Holstein) a eu sa vision du 20 au 24 décembre 1189. Ce voyage dans l’au-delà à été accompli par un laïc (d’où son intérêt). En effet, les clercs ont peu à peu confisqué leurs visions à leur profit, sans doute pour mieux en contrôler le contenu. Le but de semblables récits est de susciter la peur salutaire qui pousse les pêcheurs à s’amender, et à affirmer la supériorité de la vraie foi. En ce sens,  les visions forment le noyau dur de la mythologie chrétienne.

« Godescalc tomba malade sept jours durant. Le huitième, il fut soustrait à la lumière de ce monde et regagna son corps cinq jours plus tard. Ce qu’il vit dans l’autre vie pendant ces cinq jours, nous tentons de le résumer comme il nous l’a narré. […] Il parla ainsi. »

« Dès que mon âme se fût détachée de mon corps, deux hommes arrivèrent vêtus d’habits blanc comme neige et aux gestes et au maintien décents. Je crois que c’était des anges. Ils m’encadrèrent et se mirent en route avec moi. » […]

Henri de Ferrières, « Le Livre du roi Modus et de

« Lorsque nous eûmes parcourus deux milles environs, nous parvînmes enfin à un arbre que l’on appelle tilleul. Il était très large et très beau, mais de hauteur moyenne ; sur la cime se tenait un ange dont on aurait dit qu’il flottait dans l’air. Toutes les branches de l’arbre étaient couvertes d’un nombre infini de chaussures. L’ange qui planait dans l’air se laissa glisser au sol avec une admirable légèreté  et distribua celles-ci aux arrivants selon leur mérite. » […] Quatorze personnes de la troupe qui nous suivait rendirent les mains pour recevoir, en vertu de leurs mérites, les chaussures que l’ange planant dans les airs leur présenta aimablement. Tandis que ces personnes les mettaient à leurs pieds, j’interrogeais l’ange pour savoir par quels merites et dans quel but elles avaient reçues ces chaussures. L’un des anges me fournit la solution de l’énigme et me dit : En vérité, ils ont mérité cette grâce par leurs oeuvres charitables. Ils ont aidé les pauvres et les nécessiteux en leur offrant des vêtements et des chaussures. Tu sauras bientôt pourquoi elles sont nécessaires. Regarde ! Là s’ouvre un champ. Regarde donc plus loin ! Seuls ceux qui en portent pourront le traverser. »

Claude Lecouteux, Mondes parallèles, L’univers des croyances au Moyen-Âge, pp. 65-70.

Godeschalcus und Visio Godeschalcus, éd. trad. All. Par E. Assange, Neumünster, 1979.

« L’ arbre aux souliers est placé dans un espace intermédiaire, n’appartenant ni à l’Enfer ni au Paradis. Sa connotation reste, en tout cas, tout à fait positive : les souliers sont en quelque sorte les fruits de l’arbre destinés aux justes. » (Mattia Cavagna, « Les arbres dans la tradition visionnaire : deux exemples particuliers », Questes, 4 | 2003, 11-12.)


Illustration : malgré des efforts répétés, il m’a été impossible de retrouver une illustration de l’arbre aux chaussures. J’ai donc recherché une illustration sylvestre du Moyen-Âge.

Henri de Ferrières, « Le Livre du roi Modus et de la royne Racio ». Date d’édition : 1401-1402.

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L’arbre Peridexion

11 janvier 2018 4 commentaires

Partons sur la trace de Peridexion, un autre arbre légendaire médiéval [1]. Largement décrit et enluminé depuis le XIIIe siècle, cet arbre nommé également Zilanim poussait en Inde. Les interprétations divergent quand à sa signification.

Certains y ont vu une représentation du Saint-Esprit veillant sur les âmes persécutées par les démons. D’autres rapprochent cette symbolique d’anciennes croyances de l’Inde védique…

Bodleian Library, MS. Douce 88, Folio 22r

« Un bestiaire chrétien de l’Antiquité tardive, le Physiologus Latina, parle d’un arbre aux fruits délicieux, situé en Inde, abritant des colombes assiégées par un dragon. Les colombes se déplacent au gré des mouvements du soleil pour rester à l’ombre salutaire qui leur offre toujours un repère contre les attaques du dragon. Les mystiques chrétiens, bien au-delà du Moyen-Âge, utiliseront le même verbe pour parler de l’action des anges gardiens et d’autres esprits qui veillent au dessus de nous. »

(La lettre clandestine n°16, Collectif, Voltaire et les manuscrits philosophiques clandestins, 2008, pp. 90-91.)

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« Il y a un arbre qui a la feuille longue de deux coudées, semblable à une feuille d’autruche. Peridexion à le fruit agréable aux pigeons, l’ombre de l’arbre est contraire aux serpents, cela fait qu’ils s’en retirent. »

(Les histoires d’Antoine de Fumée, Chevalier, Seigneur de Blandé, 1574, p.171.)

« Sur le rapport entre le symbolisme des oiseaux et celui de l’arbre dans différentes traditions, voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III, où nous avons relevé à cet égard divers textes des Upanishads et la parabole évangélique du grain de sénevé ; on peut y ajouter, chez les Scandinaves, les deux corbeaux messagers d’Odin se reposant sur le frêne Ygdrasil, qui est une des formes de l’« Arbre du Monde ». Dans le symbolisme du moyen âge, on trouve également des oiseaux sur l’arbre Peridexion, au pied duquel est un dragon ; le nom de cet arbre est une corruption de Paradision, et il peut sembler assez étrange qu’il ait été ainsi déformé, comme si l’on avait cessé de le comprendre à un certain moment. »

(René Gueunon, Le symbolisme de la croix, 1931, p.62.)

« Le passage suivant de l’Ornithologie d’Aldrovandi : « Peridexion, inquiunt, arbor est in India, cujus fructus dulcis est, et gratus columbis, cujus gratia in hac arbore diversari solent. Hanc serpentes timent, adeo etiam ut umbram ejus fugiant. Nam si umbra arboris ad orientem vertatur, serpentes ad occidentem recedunt et e diverso. Itaque vi hujus arboris serpentes columbis nocere non possunt. Si qua autem forte aberraverit, serpentis flatu attracta, devoratur. Nam si gregatim degant, aut volitent, nec serpens nec ocypteros (id es sparverius), eas laedere potest vel audet. Hujus arboris folia aut cortex suffitu omne malum avertunt. » Il s’agit évidemment ici de l’arbre sacré hanté par les kapotâs, ou colombes, qui mangent les doux fruits du pippala védique. »

Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes ou légendes du règne végétal Tome II, p.147.

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Une curiosité de l’enfer musulman : l’arbre Zaqqoum

3 avril 2014 3 commentaires

En découvrant la riche iconographie du Mi’râdj nâmeh [1], la ressemblance entre le Zaqqoum [2] , l’arbre infernal des musulmans, avec deux arbres fabuleux présentés sur le blog : l’arbre Waq Waq [3] et l’arbre du Soleil et de la Lune [4], était évidente. Mais comment aborder ce thème sans s’en tenir au simple lien de parenté stylistique ?

Laissez-vous conter ces trois arbres par Anna Caiozzo (Maître de conférences, Université de Paris), son étude vous mènera des enfers au paradis, sur la trace d’anciennes légendes et de cosmologies primitives, de simples voyageurs jusqu’à Alexandre le Grand ; une plongée à la découverte de ce type d’arbres dans l’imaginaire du monde musulman proche-oriental.

Le Zaqqoum, arbre de l’enfer

En atteignant les tréfonds de l’enfer, Muhammad, porté par al-Burâq et précédé de l’ange Gabriel, arrive devant le Zaqqoum, un arbre à trois grosses branches dotés de très longues épines, où se dressent en guise de fruits des têtes d’animaux sauvages ou fabuleux dont certains sont reconnaissables : dragon, ours, serpent, lion, éléphant, panthère, dromadaire, renard. Un démon à peau bleue et aux yeux rouges, la tête auréolée d’une flamme, à demi vêtu d’un pagne orange, portant un collier, des anneaux aux oreilles et aux poignets, en est le gardien. Au pied de l’arbre se dresse un brasier dans lequel des bourreaux coupent la langue d’hommes agenouillés, des docteurs de la loi dont les crimes furent de tromper le peuple en buvant du vin et en commettant de nombreux péchés.

L’arbre Zaqqoum est donc une créature hybride, un végétal zoomorphe, une sorte de curiosité ou de merveille s’offrant au voyageur de l’au-delà, qui peut s’interroger sur la fonction exacte de son aspect tératomorphe : est-il prodige ou présage, fantaisie de l’artiste ou tourment réel de l’eschatologie musulmane ?

Si par bien des aspects, les représentations de ce voyage relèvent du merveilleux inhérent au texte ou de l’imagination personnelle de l’artiste (forme et couleurs des anges, structure et composition des cieux, types de démons), l’arbre Zaqqoum, lui existe bel et bien, tant dans le Coran que dans la réalité.

Concernant l’arbre, le texte qui accompagne la miniature raconte :

Je vis au milieu de l’enfer un arbre qui embrassait dans ses dimensions un espace de cinq cents ans de route. Ses épines étaient comme des lances et ses fruits ressemblaient à des têtes de div (démons). Gabriel me dit : « Cet arbre est le Zaqqoum dont le fruit est plus amer que le poison. Les habitants de l’enfer le mangent, mais il ne reste pas dans leurs entrailles qu’il ne fait que traverser. »

Mais l’auteur ne précise pas à quelle catégorie de pêcheurs sont destinés les fruits de l’arbre. En revanche, d’autres sources nous éclairent sur ce point : le Coran cite le Zaqqoum comme étant l’arbre maudit, il est ensuite présenté comme un châtiment :

N’est-ce pas un meilleur lieu de séjour que l’arbre de Zaqqoum Nous l’avons placé Comme une épreuve pour les injustes ; C’est un arbre qui sort du fond de la fournaise ; Ses fruits sont semblables à des têtes de démons. Les coupables en mangeront Ils s’en empliront le ventre Puis ils boiront un mélange bouillant Et ils s’en retourneront dans la fournaise.

L’artiste a respecté l’esprit du texte sacré en représentant les fruits comme des têtes d’animaux fabuleux, sans pour autant les dessiner en démons. Serait-ce parce que ces derniers sont les bourreaux officiels de l’enfer ou parce qu’il s’inspire d’un modèle d’arbre en particulier ? L’arbre Zaqqoum dont les fruits brûlent l’estomac et engendrent la soif est un tourment destiné à une catégorie de pêcheurs mal identifiés et dont on ne connaît pas les crimes précis. Ibn ‘Abbâs dans sa relation du Mi’râj donne une information supplémentaire :

Puis je vis des femmes accrochées par leurs cheveux dans l’arbre de zaqqoum, de l’eau chaude se déversant sur elles si bien que leurs chairs se cuisaient, et je dis : « Qui sont celles-là ? Ô mon frère ! Ô Djibrail ! » Il dit : « Ce sont des femmes qui absorbaient des remèdes afin de tuer leurs enfants, par crainte d’avoir à les nourrir et à les élever ».

L’arbre de Zaqqoum aux fruits dangereux aux propriétés abortives serait donc le supplice des femmes infanticides, qui avaient avorté, ou qui étaient susceptibles de l’utiliser pour avorter, ce qui dénote un lien direct entre le crime et le supplice comme c’est le cas des autres supplices de l’enfer musulman.

On pourrait penser à la vue de l’arbre hybride, qu’il relève du registre des animaux fabuleux tourmenteurs (tels les scorpions géants ou les serpents venimeux) appartenant aux temps eschatologiques. or, d’un point de vue naturaliste, au vu de la flore de l’Arabie de l’époque du Prophète et des espèces végétales croissant en milieu semi-désertique, deux espèces végétales au moins correspondent au Zaqqoum. Il s’agit d’une part d’une variété d’euphorbe résineuse cactoïde (euphorbia resinifera) répandue au Maghreb, dont la sève, irritante au contact de la peau, a des propriétés purgatives avérées dans les pharmacopées traditionnelles. L’autre espèce végétale, qui s’en approche davantage par l’aspect extérieur, serait la variété d’acacia capparis spinosa, un câprier à grandes épines lui aussi très répandu dans le monde méditerranéen et dont les fruits oblongs présentent une certaine analogie avec de petites têtes de démons.

On peut remarquer que le Zaqqoum est l’une des rares espèces végétales peuplant les enfers, alors que les arbres abondent comme il se doit au paradis. Le plus notable est, à cet égard, son nom exact contraire, l’arbre de la félicité appelé Thoubaa et décrit comme étant le lotus ou le jujubier de l’extrême limite, le Sidrat al-Muntahâ. Il est l’arbre de vie par excellence apparenté à l’arbre cosmique ou axe du monde décrit entre autres par le mystique Ibn ‘Arabi qui, lui, fait de l’arbre de vie un rameau de l’arbre du monde :

Puis le Lotus de la Limite fut déterminé comme étant l’un des rameaux issus de cet Arbre sous lequel se tient celui qui respecte le service dû à cette branche […]

Cet arbre au pied duquel coulent les quatre grands fleuves du paradis, dont les branches sont d’émeraude et de perles, porte des fruits exquis réservés aux bienheureux. Il est à la limite du septième ciel et on le représente souvent comme étant inversé et ayant ses racines dans les cieux.

On peut noter que les deux arbres sont disposés en vis-à-vis, aux extrémités des cieux et des terres (c’est-à-dire les enfers), l’un étant l’arbre  des supplices qui punit, affame et assoiffe, l’autre l’arbre de vie et d’éternité.

L’arbre Waq-Waq du royaume des femmes

Le second arbre qui présente une analogie visuelle avec le Zaqqoum est l’arbre Waq-Waq dont, comme le dit fort justement Marthe Bernus-Taylor dans la notice du Catalogue L’étrange et le merveilleux en terre d’Islam, s’inspire visiblement le peintre du Zaqqoum. Lire la suite…

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Les arbres du Soleil et de la Lune

30 mars 2014 7 commentaires

« Tu verras, roi, qui que tu sois, les deux arbres du soleil et de la lune, qui parlent en indien et en grec ; celui du soleil est mâle, l’autre, celui de la lune, femelle, et tu pourras apprendre d’eux ce qui va t’arriver en fait de bonheurs ou de malheurs. »

Pseudo-Callisthène (entre les IIe-Ie siècles avant J.-C. et les IIe-IIIe siècles après), Le Roman d’Alexandre, II, 39, 11-12, Les Belles Lettres, 1992, Lettre d’Alexandre de Macédoine à Aristote son maître sur son expédition et la description de l’Inde, 48, Appendice I, p. 138.

Les arbres du Soleil et de la Lune - Bruges, 1448-1449 - Jean Wauquelin  - Paris, BNF, Manuscrits, français 9342, f. 164

Les arbres du Soleil et de la Lune – Chroniques d’Alexandre – Bruges, 1448-1449 – Jean Wauquelin (Paris, BNF, Manuscrits, français 9342, f. 164)

Réalisées à la demande du duc de Bourgogne Philippe le Bon et somptueusement enluminées, les Chroniques d’Alexandre offrent une représentation de la célèbre scène de la rencontre du roi avec les arbres du Soleil et de la Lune, lors de ses fabuleuses aventures indiennes. Doués du pouvoir de lui révéler l’avenir, les arbres annoncent au conquérant sa fin prochaine. Si, à l’intérieur du récit, la scène s’inscrit dans la volonté souveraine de domination de l’espace et du temps, elle relève également, de façon plus générale, du genre littéraire foisonnant des merveilles de l’Orient, dont le charme était de révéler à l’Occident un univers onirique.
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L’épopée d’Alexandre fut revue et corrigée dans le monde arabo-persan qui ne conserva du conquérant que le souvenir laissé par deux écrits apocryphes, celui du pseudo-Callisthène et celui de la Lettre d’Aristote à Alexandre. Le Roman d’Alexandre dont l’Occident hérita, est en effet une oeuvre orientale, mais la version arabe égarée n’est connue qu’au travers de versions syriaques ou coptes ; elle inspira cependant les poètes persans du XIIè siècle, tels Nizâmî ou Firdawî qui en firent un véritable roi de Perse, digne de figurer dans l’épopée nationale, Le Shâh NamehLe Livre des rois, aux côté des plus grands souverains de l’Iran ancien.

Firdawî fait le récit de la rencontre entre Alexandre et l’arbre devin :

Il y a ici une merveille telle que personne n’en a jamais vu de pareille en public ou en secret : c’est un arbre composé de deux troncs qui se sont joints en croissant, et une pareille merveille ne doit pas rester inconnue ; un des troncs est femelle et l’autre est mâle, cet arbre parle, a de larges branches et est beau et odorant. La nuit c’est la femme qui parle et émet son parfum, et quand le jour parait c’est le mâle qui parle.

Alexandre le Grand près de l'arbre qui parle - manuscrit Shah Nameh - Firdawsi 1330-1340 AIl-Khanid dynasty

Alexandre le Grand près de l’arbre qui parle – l’arbre du Soleil et de la Lune.
Manuscrit Shah Namêh – Firdawsi 1330-1340 (Iran médiéval)

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Les burlubans, des arbres qui éclairent…

26 avril 2010 7 commentaires

Issus du folklore breton, les burlubans ont presque été oubliés avec le temps, et pourtant ce sont des arbres fabuleux capables de s’illuminer la nuit…

« Au château de la Bretêche, à Saint-Symphorien (canton de Hédé, arrd. de Rennes), il y avait jadis un burluban . C’était un arbre merveilleux, comme l’on en voit dans les pays d’Orient, et qui éclairait pendant la nuit. De cet arbre il ne reste plus que la souche, qui est d’une largeur extraordinaire, et sur laquelle les messieurs de la Bretêche vont jouer aux cartes. Des étrangers leur ont proposé de payer cette souche 2.000 fr., mais les messieurs de la Bretêche ont répondu non ! » (François Duine – 1903, Revue des Traditions Populaires, t.18, p. 380)

Arbre lumière - Marion Bulot

« Il faudra attendre la fin du siècle suivant pour que les habitants des environs prennent à nouveau l’habitude de s’y réunir comme autrefois au printemps et à l’automne (marches). Jusqu’alors, ils n’avaient cessé d’être hantés par les dieux. Il n’est pour s’en convaincre que de relire le récit de la vision fabuleuse de l’évêque d’Avranches, où sont évoquées les éphémérides de la fondation du premier monastère bénédictin, sur le Mont-Tombe. Aucune d’elles, selon le chroniqueur, n’aurait été étrangère à la fameuse apparition de l’Archange du Seigneur, venu y manifester la volonté de triompher enfin des puissances des Ténèbres… A entendre le religieux Aubert, innombrables étaient alors les guirlandes qui flottaient au vent, suspendues aux branches des vieux chênes de la forêt de Scissy… Autant de “burlubans” magiques, hantés par les revenants. Ces arbres foisonnaient en effet, dans les parages, il était prudent d’en conjurer les dangereux présages en se signant sur leur passage. Nul me mettait en doute qu’ils ne soient dépositaires des secrets messages de l’Au-delà. Les uns et les autres se signalaient, nous apprend le religieux, par un étonnant et mystérieux concert. Aux cris rauques et stridents des oiseaux de mer attirés dans les parages, se mêlaient alors sur leurs branches le bruit provoqué par de petites “harpes rustiques”. Ces instruments servaient alors de leurres pour attirer les animaux. Confectionnés par les riverains avec des branches creuses de sureau, de tels pièges s’apparentaient fort aux antiques “rotes” gauloises. Le vent venait s’y engouffrer comme dans un sifflet d’enfant. Leur sonorité aiguë rehaussait encore le décor sinistre qu’offraient ces vastes étendues marécageuses, où ne se risquaient plus que rarement les humains… » Lire la suite…

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