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Archive for the ‘Symboles & Mythes’ Category

Histoire des Indes, l’arbre des Banianes

15 janvier 2018 2 commentaires

Voici le « Plan exact de Gomron ou du Bandar Abassi, de l’Isle d’Ormus et des Isles voisines », où Jean-Baptiste Tavernier a représenté le gros arbre des Banianes près de Gomron en Inde.

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Puis, il nous décrit un autre banyan près de Surate où se déroulent d’étranges pratiques.

« L’arbre est de la même espèce que celui qui est proche de Gomron. Les francs l’appellent l’arbre des Banianes, parce qu’aux lieux où il y a de ces arbres, les idolâtres vont se mettre dessous ou auprès de quelqu’un de ces grands arbres. »

Les six voyages de Tavernier

Les six voyages de Jean-Baptiste Tavernier, Livre troisième, chapitre IV, 1676, pp.376-379.

Cinquante ans après la publication de l’estampe de Tavernier, le graveur Bernard Picart l’utilise comme source pour sa gravure intitulée « Diverses Pagodes et Pénitences des Faquirs ».

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« Tavernier nous dit avoir vu près de Surate divers Faquirs, tels qu’ils sont représentés ici, nous les décrirons conformément à son recit. On voit donc aux environs de Surate sous un grand Arbre des Banians plusieurs Pagodes consacrées à des Idoles. La Pagode qui touche le plus gros tronc de cet Arbre, est dédiée à Mamaniva, dont on voit paraître la tête diforme du milieu du creux de ce tronc. On voit aussi quelque dévots prostrés devant cette monstrueuse Idole, et un Bramin recueillant les aumônes qu’on fait de Riz, de Millet. »

Bernard Picart, Cérémonies et croyances religieuses des peuples idolâtres, 1728, volume 2, p.9.

Catégories :Inde millénaire

La passe de Mishima dans la province de Kai 甲州三嶌越

14 janvier 2018 1 commentaire

La passe de Mishima dans la province de Kai

Le tronc majestueux d’un cèdre immense divise verticalement la composition qui évoque des scènes de la vie quotidienne : un paysan se repose en fumant sa pipe ; sur la droite, quelques passants empruntent un sentier étroit.

Au centre, trois voyageurs semblent mesurer la circonférence de l’arbre en l’encerclant de leurs bras. S’agit-il là d’un rituel destiné à vénérer cet arbre gigantesque ? La Tradition shintoïste attribue en tous cas un esprit divin aux forces de la nature dont l’attitude des voyageurs, rend, peut-être compte. Le contraste des petites figures humaines avec les formes naturelles énormes révèle l’empathie de Hokusai avec les pèlerins.

Katsushika Hokusai, Les Trente-six vues du Mont Fuji, 16e vue : « La passe de Mishima dans la province de Kai » (1831-1833).

Catégories :Japon

Un arbre visionnaire : l’arbre aux chaussures

13 janvier 2018 2 commentaires

Les représentations du Paradis proposées par les récits visionnaires sont toujours copiées sur l’image du jardin d’Eden, avec pour conséquence la présence de l’arbre de la science du bien et du mal [1] et d’une quantité d’autres arbres fruitiers, symbole de la Nature parfaite du Paradis.

Godescalc, habitant du village de Horchen, près de Neumünster (Schleswig-Holstein) a eu sa vision du 20 au 24 décembre 1189. Ce voyage dans l’au-delà à été accompli par un laïc (d’où son intérêt). En effet, les clercs ont peu à peu confisqué leurs visions à leur profit, sans doute pour mieux en contrôler le contenu. Le but de semblables récits est de susciter la peur salutaire qui pousse les pêcheurs à s’amender, et à affirmer la supériorité de la vraie foi. En ce sens,  les visions forment le noyau dur de la mythologie chrétienne.

« Godescalc tomba malade sept jours durant. Le huitième, il fut soustrait à la lumière de ce monde et regagna son corps cinq jours plus tard. Ce qu’il vit dans l’autre vie pendant ces cinq jours, nous tentons de le résumer comme il nous l’a narré. […] Il parla ainsi. »

« Dès que mon âme se fût détachée de mon corps, deux hommes arrivèrent vêtus d’habits blanc comme neige et aux gestes et au maintien décents. Je crois que c’était des anges. Ils m’encadrèrent et se mirent en route avec moi. » […]

Henri de Ferrières, « Le Livre du roi Modus et de

« Lorsque nous eûmes parcourus deux milles environs, nous parvînmes enfin à un arbre que l’on appelle tilleul. Il était très large et très beau, mais de hauteur moyenne ; sur la cime se tenait un ange dont on aurait dit qu’il flottait dans l’air. Toutes les branches de l’arbre étaient couvertes d’un nombre infini de chaussures. L’ange qui planait dans l’air se laissa glisser au sol avec une admirable légèreté  et distribua celles-ci aux arrivants selon leur mérite. » […] Quatorze personnes de la troupe qui nous suivait rendirent les mains pour recevoir, en vertu de leurs mérites, les chaussures que l’ange planant dans les airs leur présenta aimablement. Tandis que ces personnes les mettaient à leurs pieds, j’interrogeais l’ange pour savoir par quels merites et dans quel but elles avaient reçues ces chaussures. L’un des anges me fournit la solution de l’énigme et me dit : En vérité, ils ont mérité cette grâce par leurs oeuvres charitables. Ils ont aidé les pauvres et les nécessiteux en leur offrant des vêtements et des chaussures. Tu sauras bientôt pourquoi elles sont nécessaires. Regarde ! Là s’ouvre un champ. Regarde donc plus loin ! Seuls ceux qui en portent pourront le traverser. »

Claude Lecouteux, Mondes parallèles, L’univers des croyances au Moyen-Âge, pp. 65-70.

Godeschalcus und Visio Godeschalcus, éd. trad. All. Par E. Assange, Neumünster, 1979.

« L’ arbre aux souliers est placé dans un espace intermédiaire, n’appartenant ni à l’Enfer ni au Paradis. Sa connotation reste, en tout cas, tout à fait positive : les souliers sont en quelque sorte les fruits de l’arbre destinés aux justes. » (Mattia Cavagna, « Les arbres dans la tradition visionnaire : deux exemples particuliers », Questes, 4 | 2003, 11-12.)


Illustration : malgré des efforts répétés, il m’a été impossible de retrouver une illustration de l’arbre aux chaussures. J’ai donc recherché une illustration sylvestre du Moyen-Âge.

Henri de Ferrières, « Le Livre du roi Modus et de la royne Racio ». Date d’édition : 1401-1402.

Catégories :Fables...

L’arbre Peridexion

11 janvier 2018 3 commentaires

Partons sur la trace de Peridexion, un autre arbre légendaire médiéval [1]. Largement décrit et enluminé depuis le XIIIe siècle, cet arbre nommé également Zilanim poussait en Inde. Les interprétations divergent quand à sa signification.

Certains y ont vu une représentation du Saint-Esprit veillant sur les âmes persécutées par les démons. D’autres rapprochent cette symbolique d’anciennes croyances de l’Inde védique…

Bodleian Library, MS. Douce 88, Folio 22r

« Un bestiaire chrétien de l’Antiquité tardive, le Physiologus Latina, parle d’un arbre aux fruits délicieux, situé en Inde, abritant des colombes assiégées par un dragon. Les colombes se déplacent au gré des mouvements du soleil pour rester à l’ombre salutaire qui leur offre toujours un repère contre les attaques du dragon. Les mystiques chrétiens, bien au-delà du Moyen-Âge, utiliseront le même verbe pour parler de l’action des anges gardiens et d’autres esprits qui veillent au dessus de nous. »

(La lettre clandestine n°16, Collectif, Voltaire et les manuscrits philosophiques clandestins, 2008, pp. 90-91.)

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« Il y a un arbre qui a la feuille longue de deux coudées, semblable à une feuille d’autruche. Peridexion à le fruit agréable aux pigeons, l’ombre de l’arbre est contraire aux serpents, cela fait qu’ils s’en retirent. »

(Les histoires d’Antoine de Fumée, Chevalier, Seigneur de Blandé, 1574, p.171.)

« Sur le rapport entre le symbolisme des oiseaux et celui de l’arbre dans différentes traditions, voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III, où nous avons relevé à cet égard divers textes des Upanishads et la parabole évangélique du grain de sénevé ; on peut y ajouter, chez les Scandinaves, les deux corbeaux messagers d’Odin se reposant sur le frêne Ygdrasil, qui est une des formes de l’« Arbre du Monde ». Dans le symbolisme du moyen âge, on trouve également des oiseaux sur l’arbre Peridexion, au pied duquel est un dragon ; le nom de cet arbre est une corruption de Paradision, et il peut sembler assez étrange qu’il ait été ainsi déformé, comme si l’on avait cessé de le comprendre à un certain moment. »

(René Gueunon, Le symbolisme de la croix, 1931, p.62.)

« Le passage suivant de l’Ornithologie d’Aldrovandi : « Peridexion, inquiunt, arbor est in India, cujus fructus dulcis est, et gratus columbis, cujus gratia in hac arbore diversari solent. Hanc serpentes timent, adeo etiam ut umbram ejus fugiant. Nam si umbra arboris ad orientem vertatur, serpentes ad occidentem recedunt et e diverso. Itaque vi hujus arboris serpentes columbis nocere non possunt. Si qua autem forte aberraverit, serpentis flatu attracta, devoratur. Nam si gregatim degant, aut volitent, nec serpens nec ocypteros (id es sparverius), eas laedere potest vel audet. Hujus arboris folia aut cortex suffitu omne malum avertunt. » Il s’agit évidemment ici de l’arbre sacré hanté par les kapotâs, ou colombes, qui mangent les doux fruits du pippala védique. »

Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes ou légendes du règne végétal Tome II, p.147.

Catégories :Fables...

L’arbre sacré de Fatima

8 janvier 2018 1 commentaire

« It is to the Nilometer that the island of Roda owes its fame and there is a little else that the visitor will find north seeing beyond plantations, houses and the modest tomb of a sheykh, unless we mention a venerable Mandoorah-tree with spreading branches, called by the Arabs Hakeem-Kebeer the Great Physician to wich they make pilgrimages in order to be cured of fevers and other disorders. »

« The devoted kneel down at its roots, and it boughs are thickly hung with fragments of clothes of every descriptions, the voting-offering of the sick and thank-offering of the convalesent. « 

« A legend has ben preserved which says that this tree was planted by Fatima the daughter of the Prophet, but I could not trace its origin. »

Georg Moritz Ebers – Egypt Descriptive, Historial and Picturest, 1885, vol. 1, pp. 199-201.

« C’est au Nilomètre que l’île de Rodah doit sa renommée et il y a un peu plus que le visiteur trouvera au nord au-delà des plantations, des maisons et du modeste tombeau d’un sheykh, un vénérable arbre Mandoorah aux branches étalées , appelé par les Arabes Hakeem-Kebeer le Grand Médecin à qui ils font des pèlerinages pour être guéris de fièvres et d’autres désordres. »

« Les dévoués s’agenouillent à ses racines, et les branches sont abondamment piquées de fragments de vêtements de toutes sortes, d’offrandes des malades et de remerciement des convalescents. »

« Une légende qui a été conservée dit que cet arbre a été planté par Fatima, la fille du Prophète, mais je n’ai pu en retracer l’origine. »

Catégories :Culte des arbres