Câd Goddeu, le Combat des Arbrisseaux – traduction de C.J. Guyonvarc’h

Une version du Câd Godeu [1] à confronter avec celle établie par D.W. Nash [2].

J’ai été sous de nombreuses formes
avant que je ne sois libre.
J’ai été une épée étroite et bariolée.
Je crois à ce qui est apparent.
J’ai été larme dans l’air.
J’ai été la plus brillante des étoiles.
J’ai été mot parmi les lettres.
J’ai été livre à l’origine.
J’ai été une langue brillante
pendant un an et demi.
J’ai été un pont jeté sur soixante estuaires.
J’ai été route, j’ai été aigle
j’ai été coracle sur la mer.
J’ai été l’effervescence de la bière.
J’ai été goutte dans l’averse,
j’ai été épée dans la main.
J’ai été bouclier au combat.
J’ai été corde de la harpe
d’enchantements, neuf années.
Dans l’eau j’ai été l’écume,
j’ai été éponge dans le feu.
J’ai été bois dans le buisson.
Ce n’est pas moi qui ne chante pas.
J’ai chanté, bien que je sois petit,
j’ai chanté le combat des buissons de branches
devant le chef de Bretagne.
Des chevaux ordinaires y pénétrèrent,
des flots de richesse.
Il passa un monstre à larges gueules.
Il avait cent têtes
et une bataille fut livrée
sous la base de sa langue.
Il y a une autre bataille
sur sa nuque.
Un crapaud noir fourchu,
armé de cent griffes ;
le serpent tacheté à crête :
cent âmes par son péché
seront punies dans sa chair.
J’ai été à Nevenydd :
l’herbe et les arbres se hâtaient,
des ménestrels chantaient,
des guerriers attaquaient ;
une résurrection des Bretons
fut opérée par Gwydyon.
On en appela aux saints,
au Christ et à ses pouvoirs
pour défendre les princes,
jusqu’à ce qu’il les délivrât
le Roi qui les a créés.
Le Seigneur répondit par le langage et l’art :
prenez la forme des principaux arbres Lire la suite

Noms d’arbres dans l’Auraicept

L’Auraicept na n-Éces « le manuel des lettrés » est un livre du VIIè siècle, remanié maintes fois pendant les siècles qui suivirent avant d’être recopié au XIIè siècle. Ce livre a été écrit 600 ans avant « De vulgari eloquentia » de Dante Alighieri, et 200 ans avant l’oeuvre du moine bulgare Chernorizets Hrabar. George Calder a établi une traduction en 1917, en utilisant différentes sources : le Livre de Ballymote, le Livre Jaune de Lecan, le manuscrit Egerton, les textes du Trefhocul.

L’Auraicept affirme que Fenius Farsaidh a découvert quatre alphabets : l’hébreu, le grec et le latin, et enfin l’Ogham – et que l’Ogham est le plus perfectionné, car il a été découvert en dernier. Le texte est à l’origine de la tradition qui veut que l’écriture Oghamique a été nommée d’après les arbres [1], le texte répartit les arbres en quatre catégories.
Ce tableau vous explique comment on peut reconstituer les Oghams tels que les anciens les connaissaient, dans l’orthographe qu’ils utilisaient et avec le sens qu’ils lui donnaient. En lisant ce tableau, vous verrez que les anciens n’avaient pas une seule opinion sur les lettres oghamiques. (clic les tableaux)

Les arbres chefs de clan :

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Les arbres paysans :

tableaudesnomsdarbredanslauraicept1232644623849.jpeg Lire la suite

Le Câd Goddeu – « le Combat des Arbres »

Le Câd Goddeu est un ancien mythe gallois, « le Combat des Arbres » est livré entre Arawn roi d’Annwn « le lieu sans fond » et les deux fils de Dôn, Gwydion et Amaethon. Ce combat des arbres fut occasionné par un vanneau, un chevreuil et un petit chien d’Annwn.

Le Roman de Taliesin contient un long poème, ou groupe de poèmes alignés bout à bout, désigné comme le Câd Goddeu et dont les vers semblent être dénués de sens, parce qu’ils ont été délibérément mélangés.

Robert Graves, avec beaucoup de patience a séparé bon nombre de lignes du poème du combat des arbres, avec quatre ou cinq autre poèmes auxquels ils sont mêlés. Voici une tentative de restauration des parties faciles :

De mon siège à Fefynedd (lignes 41 – 42)
La cité solide,
J’observais arbres et végétaux
Passer d’un pas rapide.

Voyageurs épouvantés (lignes 43 – 46)
Et guerriers surpris
croyaient voir ressuscités
Gwydion et ses conflits

A l’attache de ma langue (lignes 32 – 35)
Un combat s’engage ;
Par-derrière, dans ma tête,
Un autre fait rage.

L’aune se jette en la bagarre. (lignes 67 – 70)
Il est au premier rang.
Mais le saule et le sorbier
Sont bien plus prudents.

Comme un fort inexpugnable (lignes 104 – 107)
Le vieux houx vert sombre
Lacère les mains rougies
De coups de griffe sans nombre.

L’infanterie du chêne ébranle (lignes 117 – 120)
La terre et les cieux
Le “vaillant gardien de la porte”
Est célèbre en tous lieux.

L’ajonc magnifique combat (lignes 82- 81- 98- 57)
Tout près du jeune lierre.
L’arbitre était le noisetier
En ces temps de sorcière.

Le bouleau, pourtant fier, (lignes 84 – 87)
Prit lentement sa place.
Non pas qu’il fut couard,
Mais de trop noble race.

La bruyère consolait (lignes 114- 115- 108- 109)
Les soldats à bout,
Surtout les grands peupliers
Brisés de partout.

Leur troupe au champ de bataille (lignes 123 – 126)
Crut faire naufrage
Tant y creusa de trouées
L’ennemi sauvage,

Ô rois j’exalte la vigne, (lignes 127- 94- 92- 93)
Son emportement
Les ormes étaient ses pages
Partout la suivant.

Troènes et chèvrefeuilles (lignes 79- 80- 56- 90)
S’attardèrent ensemble.
Peu coutumier des faits d’armes
Le joli pin tremble.

« Les commentateurs, trompés par l’enchevêtrement des vers, se sont pour la plupart, bornés à laisser croire que la tradition celtique attribuait aux druides le pouvoir de transformer les arbres en guerriers et de les envoyer au combat. Mais le combat décrit par Gwion n’est pas un combat frivole, pas plus qu’un engagement physique, mais une bataille menée intellectuellement dans les cerveaux et dans les langages d’initiés. » (Robert Graves)

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La guerre végétale, Tite-Live, 216 av JC.

Au milieu de toutes ces mesures, on apprit une nouvelle défaite. La fortune accumulait tous les désastres sur cette année. L. Postumius, consul désigné, avait péri en Gaule avec toute son armée. Il y avait une vaste forêt, que les Gaulois appellent Litana, et où il allait faire passer son armée. À droite et à gauche de la route, les Gaulois avaient coupé les arbres, de telle sorte que tout en restant debout ils pussent tomber à la plus légère impulsion. Postumius avait deux légions romaines ; et du côté de la mer supérieure il avait enrôlé tant d’alliés qu’une armée de vingt-cinq mille hommes le suivait sur le territoire ennemi.
Les Gaulois s’étaient répandus sur la lisière de la forêt, le plus loin possible de la route. Dès que l’armée romaine fut engagée dans cet étroit passage, ils poussèrent les plus éloignés de ces arbres qu’ils avaient coupés par le pied. Les premiers tombant sur les plus proches, si peu stables eux-mêmes et si faciles à renverser, tout fut écrasé par leur chute confuse, armes, hommes, chevaux : il y eut à peine dix soldats qui échappèrent. La plupart avaient péri étouffés sous les troncs et sous les branches brisées des arbres; quant aux autres, troublés par ce coup inattendu, ils furent massacrés par les Gaulois, qui cernaient en armes toute l’étendue du défilé.

Sur une armée si considérable, quelques soldats seulement furent faits prisonniers, en cherchant à gagner le pont, où l’ennemi, qui en était déjà maître, les arrêta. Ce fut là que périt Postumius, en faisant les plus héroïques efforts pour ne pas être pris. Ses dépouilles et sa tête, séparée de son corps, furent portées en triomphe par les Boïens dans le temple le plus respecté chez cette nation ; puis, la tête fut vidée, et le crâne, selon l’usage de ces peuples, orné d’un cercle d’or ciselé, leur servit de vase sacré pour offrir des libations dans les fêtes solennelles. Ce fut aussi la coupe du grand pontife et des prêtres du temple. Le butin fut pour les Gaulois aussi considérable que l’avait été la victoire ; car, bien que les animaux, pour la plupart, eussent été écrasés par la chute de la forêt, n’y ayant pas eu de fuite ni par conséquent de dispersion des bagages, on retrouva tous les objets à terre, le long de la ligne formée par les cadavres.

Tite-Live, Histoire Romaine – XXIII, 24 (voir ici)
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« Dans l’annalistique romaine le désastre est daté de 216 avant notre ère et la localisation de la défaite chez les Boïens, avec des détails concrets et vraisemblables sur le sort de la tête de Postumius, ajoute à l’historicité. Mais ces arbres qui tombent de proche en proche sur une armée entière pour l’anéantir constituent une réalisation technique touchant de trop près à la perfection pour ne pas appeler le scepticisme. Il y faut une synchronisation trop bien réglée. Toute magie est absente et le nom des druides n’est pas prononcé, mais le stratagème végétal ne s’explique pas par la réalité historique. Nous admettrons par conséquent que Tite-Live a transposé tant bien que mal un mythe gaulois dans l’histoire romaine. Il reste que les gaulois cisalpins avaient une religion organisée, un culte et des prêtres. »

Christian Guyonvarc’h  – Les Druides
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L’illustration « Snow elves endure the cold of their remote mountain lands » – Jamie Lombardo, Dragon N° 155, TSR, March 1990.

Le Gui, une lumière sylvestre

Au plus profond de l’hiver,  lorsque l’automne a réalisé son œuvre et que la quasi-totalité des feuilles est tombée ; on peut alors apercevoir sur les branches des arbres, ces petites touffes vertes auxquelles s’accrochent de petites boules blanches. Le Gui est une plante étrange, chargée de symboles depuis l’Antiquité, si chères aux druides de la Gaule, et aujourd’hui symbole de lumière à la Saint Sylvestre…

Gui botanique

Une curiosité botanique
« Le Gui fonctionne totalement à contre rythme ; à l’inverse de la plupart des plantes, les forces de l’été n’ont pas de pouvoir sur ses fruits, c’est le gel de l’hiver qui va nourrir sa fructification (baies à maturité au moment du solstice) et sa floraison (février). La famille du Gui est répandue sur toute la terre. On en trouve dans l’hémisphère sud, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Afrique du Sud, en Amérique du Sud et chose curieuse, tous fleurissent et fructifient au même moment. La différence est que pour les uns, c’est l’été et pour les autres, c’est l’hiver. Subissant l’action de forces différentes ils semblent tous unis par une mémoire ancestrale. »
« Autre fait singulier chez le Gui, il ne change pas d’apparence. Mis à part la formation des fleurs et des baies, le Gui ne jaunit pas, ne flétrit pas, ne fane pas. Tout au long de l’année il verdoie dans toutes ses parties, de ce vert doré qui lui est propre. Le temps parait glisser sur lui, il reste étranger au rythme des saisons. Il perd bien ses feuilles tous les deux ans mais encore, feuille par feuille, si bien que cela ne se voit même pas… »
« Il faut également retenir sa physionomie de plantule, comme arrêtée à un stade immature. Chez les plantes ordinaires, la plantule est le point de départ du végétal proprement dit. Embryon formé de deux feuilles indifférenciées appelées cotylédons, il dépend encore pour sa survie des éléments nutritifs contenus dans la graine. Ensuite le végétal quitte cet état de plantule une fois qu’il s’est lié aux substances minérales terrestres. A partir de ce moment il devient une plante à part entière, autonome, adulte manifestant ses caractères spécifiques, reflets des forces terrestres et cosmiques. Chez le Gui, cette insertion dans le terrestre n’a jamais lieu, aussi la forme de plantule se répète t-elle à l’infini. D’une certaine façon, le Gui demeure sa vie durant un embryon. »

Une lumière au cœur de l’hiver
« C’est en hiver que le Gui prend toute sa signification. Alors que dans la nature toute vie semble avoir disparu, c’est aux environs du Solstice d’hiver (22 décembre) que les petites baies sphériques du Gui arrivent à maturité.
L’hiver dans les rythmes de la nature appartient à Saturne, période sombre où la lumière extérieure manque. Bien que les plantes aient disparu de la surface du sol et que les arbres ne portent plus de feuilles, la vie est toujours là mais elle a pris un chemin intérieur, souterrain. L’énergie vitale se prolonge au sein des racines ou des graines dans l’attente du renouveau printanier.
La saison hivernale est un moment d’intériorisation que l’on peut observer dans la nature mais aussi en nous-même. Notre état de conscience change, en nous invitant à nous rapprocher de notre Être profond, à nous plonger au fond de nous-mêmes.
A la différence de l’été où la vie se manifeste avec exubérance, l’hiver nous ramène à l’essentiel. C’est donc à ce moment très particulier du solstice d’hiver que le Gui manifeste toute sa vitalité, contraste étrange dans ce sommeil hivernal. » Lire la suite

Les forêts-frontières chez les Celtes

« Peu connu, le système celtique des forêts-frontières, lieux légendaires et sacralisés a pourtant fortement contribué à façonner le paysage français. Quoique possédant une agriculture florissante et une population nombreuse, la Gaule d’avant la conquête romaine disposait de vastes massifs forestiers. Bon nombre d’entre eux étaient entretenus et pieusement conservés, tout autant parce qu’ils abritaient des sanctuaires que pour des raisons pratiques d’une nature bien différente de ce que l’on pourrait imaginer. »

« Il était traditionnel, dans la société celtique, de considérer que certaines zones frontalières entre tribus devait être liées à des éléments naturels. On pense dans ce cas bien entendu en premier lieu aux cours d’eau ou au reliefs du terrain. Et il est de fait que les Celtes fixaient souvent leurs limites frontalières de cette manière, comme il en a  toujours été au cours de l’Histoire. C’est ainsi par exemple que la toponymie nous a légué le souvenir de plusieurs rivières ayant rempli cette fonction, notamment avec l’appellation de « Dive »et autres noms approchant (Douix, Divonne, etc.), conférant au cours d’eau une sanctification supplémentaire pour son rôle de limite tribale. Mais si ces éléments naturels occupèrent un rôle important dans la délimitation des frontières tribales celtiques, il en est un autre qui, tout aussi déterminant, est spécifique à la conception que les Celtes se faisaient des frontières. »

Des forêts au rôle très particulier

« Quelques unes de ces forêts entretenues tout spécialement par les anciennes tribus ont été étudiées. D’autres plus nombreuses, ne l’ont pas encore été bien que certains éléments conduisent à penser qu’elles furent également des limites tribales. »

« Dans la première catégorie, que nous allons examiner plus en détail, on citera plusieurs massifs forestiers qui ont plus ou moins disparu depuis, tels ceux des Dombes (dans l’Ain), de la Goële (Seine-et-Marne) ou d’Alençon (Orne) et d’autres dont il demeure des restes importants, comme ceux de la Sologne, du Hurepoix (Essonne), du Gâtinais (Essonne, Seine et Marne, Loiret, Yonne), d’Othe (Aube, Yonne) ou de Paimpont (Morbihan, Ille et Vilaine). »

« Mais avant d’aller plus loin, rappelons tout d’abord l’image que les celtes se faisaient de la forêt. Pour eux, celle-ci était parée de vertus sacrées. Ils savaient par l’enseignement de leurs druides, quelle avait été le berceau de leur peuple. Des divinités y était attachées telle Arduinna, mais aussi de grands Dieux comme Ésus et, bien entendu Cernunnos, ce qui montre bien qu’elles échappaient au monde des hommes. N’oublions pas non plus que le principe des Hamadryades conférait à chaque arbre une vie propre et à l’ensemble forestier une vie supérieure émanant du regroupement de toutes ces entités. Enfin, il convient d’ajouter que l’horoscope celtique était entièrement basé sur les essences d’arbres, ce qui montre évidemment l’importance très particulière accordée à ceux-ci. Souvenons-nous également du « Cad Goddeu », thème bardique concernant les « Combat des Arbrisseaux », prêtant au monde sylvestre une exigence régie par des principes assez voisins des nôtres. »

« La pratique de la reconnaissance de forêts-frontières est originale. Elle consistait pour deux peuples celtes voisins à entretenir une vaste bande forestière de largeur variable, sur leur frontière commune, en considérant que celle-ci était dédiée aux Dieux et donc neutre (on emploierait aujourd’hui l’expression de « no man’s land »). Il était en outre communément admis qu’un sanctuaire religieux commun s’y trouvait, un nemeton, domaine des druides des deux tribus. La traversée en armes de cette zone était interdite. Ainsi la forêt frontière était un espace de paix dédié à la spiritualité et aux rapports de bon voisinage. » Lire la suite