Le chêne de Plassay (Charente-Maritime)

Au fil des ans, nous avons remarqué que Yannick avait transmis sa passion pour les vieux arbres à son fils Yann, qui alimente lui-même un blog avec ses plus belles découvertes [1], mais il a aussi fait marcher son réseau familial pour retrouver quelques arbres exceptionnels ; sa fille nous a emmené en Grèce à la rencontre du caroubier de Kritsa [2] et de l’olivier millénaire de Kavousi [3] ; sa sœur quant à elle, nous a fait découvrir les Pyrénées-Orientales avec le chêne-liège de Reynes [4], mais également le vieux genévrier d’Opouls [5].

Et ça continue pour notre plus grand plaisir !

« Nous sommes oncle et tante (retraités) de Yanick, éminent « Krapo arboricole ». En conséquence, nous voici investis d’une tâche de la plus haute importance. Prendre contact avec tout individu du genre arbre, si possible vieux et aux dimensions respectables.»

« Voilà qui donne un but à nos sorties dans la campagne Saintongeaise. »

« Ce Dimanche 20 Novembre 2011 nous commençons la « traque ». Avec les coordonnées fournies par Yanick pas de problème. Nous trouvons le géant qui trône à quelques « oreillés de charrue » (mesure Saintongeaise – 100 m environ) de la rue de La Jacqueterie à Plassay. »

« Pour les béotiens, en la matière, que nous sommes, le spectacle est magnifique et le contact émotionnel. Nous n’avions jamais côtoyé un tel phénomène. Cet arbre est majestueux, énorme, 9,10 m à 1m30 – hauteur estimée : 24 m [6]. Son tronc est creux. »

« Ce qui frappe lorsque l’on en fait le tour, ce sont les cicatrices laissées par la coupe de certaines branches basses dans le passé. Ces branches devaient donner une envergure peu commune à l’arbre. »

« Son âge est estimé à 600 ou 700 ans (par les propriétaires). Il a essuyé la tempête de 1999 sans problème (et il en a sans doute vu bien d’autres). »

« Quand on est au pied d’un tel mastodonte, l’esprit travaille : Qu’a-t-il vu ? Entendu ? Il était sans doute lieu de rencontre pour les gens du voisinage. La propriétaire du champ, une dame très affable, nous contait que ses enfants s’amusaient à pénétrer dans son tronc, pourtant plein de toiles d’araignées. Leur première aventure ! »

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Le chêne Robert Moleux, Panzoult (Indre-et-Loire)

Retrouvons Christian pour une découverte sylvestre inopinée près de Panzoult.

« J’étais à la recherche des ruines d’une forteresse du Moyen-Âge… Dans un chemin forestier, j’ai observé un premier chêne bien abîmé et en reprenant mon chemin vers l’ouest, j’ai vu à cent mètres ce chêne, pas le plus grand que je connaisse, mais très beau. »

« Sur la pancarte fixée sur son tronc, son nom était difficilement lisible « le chêne Robert Moleux ». Je me suis rappelé ton avis de recherche concernant l’Indre-et-Loire [1] et je l’ai photographié malgré l’heure tardive et la brume qui tombait. »

« Les arbres remarquables portant un nom d’homme (et un panneau…) sont très rares en Touraine. Celui-ci se trouve sur un sentier dont l’itinéraire figure sur un prospectus que l’on peut prendre au café restaurant de Panzoult.
C’est un bel arbre de 4,50m de circonférence, au beau tronc, avec un léger indice de creux à la base du côté est. Il possède un très beau houppier avec cinq grosses branches partant à quatre mètres de hauteur et atteignant environ 25 mètres de haut. La canopée est très ample : 40 mètres dans le sens est-ouest. Il est dommage que ses branches touchent la forêt voisine ; il mériterait d’être mieux mis en valeur par un défrichement périphérique. Mais qui était donc Robert Moleux ? »
(Arbres remarquables en Touraine)

Merci d’avoir pensé au blog en découvrant la pancarte Christian, c’est quand même marrant que le hasard ait mené tes pas jusqu’à ce chêne. Un chêne qui dévoile une très belle ramure, un port élégant pour ce chêne forestier. Tout comme les auteurs du livre sur les arbres de Touraine, je n’ai pu retrouver qui était ce fameux Robert Moleux…

L’if séculaire de la falaise de la Roize (Isère)

Retrouvons François avec un article fantastique pour lequel il a réussit à allier deux de ses passions, à savoir : l’escalade de falaise et la recherche des vieux arbres.

« Depuis le reportage de Sisley, parlant des forêts verticales, et faisant référence aux brillants articles de Jean-Paul Mandin sur les genévriers de Phénicie dans les falaises de l’Ardèche [1], la trajectoire de mes recherches d’arbres remarquables s’est complètement modifiée. Et c’est peu de le dire ! Toute l’énergie est désormais concentrée sur ce sujet unique, les arbres de falaises, sujet unique mais ô combien passionnant… »

« Bien sûr, les résultats de ces recherches sont maigres, et difficiles à obtenir compte tenu des accès compliqués que cela signifie : il faut parfois quatre, cinq, sorties pour arriver à bonne fin. Mais, comme la chance a voulu que dans la proche région, il puisse se trouver des falaises avec des arbres dedans, la récompense de compter plusieurs centaines de cernes sur un bois dur et dense s’est finalement produite. Et il n’y a, du coup, plus rien à regretter du temps ainsi consacré. »

« Le secteur où je suis allé s’appelle le vallon de la Roize, sur le flanc ouest du massif de la Chartreuse. Plusieurs falaises se trouvent là, étagées les unes au-dessus des autres, chacune faisant de 25 à100 mètres de hauteur. Elles sont encadrées de forêts : hêtraies-sapinières, chênes, tilleuls, houx et ifs, principalement. »

« L’arbre dont il va être question est un If. »

« Poussé en partie supérieure d’une falaise d’environ trente mètres de hauteur, cet arbre ne payait franchement pas de mine. Probablement même ne l’aurais-je jamais remarqué si l’une de ses branches n’avait attiré le regard, parce qu’elle était sèche, et permettrait donc de faire un prélèvement. »

« Il faut comprendre que, sur ces arbres resté très petits en taille et ayant poussé de façon tortueuse, il n’est pas fiable de faire un carottage pour compter les cernes. Le développement interne du bois n’a pas forcement suivi la logique habituelle de croissance concentrique, et l’on ne peut pas être assuré que le carottage passe par le centre, prenant en compte toutes les années. Pour faire un comptage d’âge, il faut pouvoir inventorier les cernes sur une section transversale de ce bois. C’est le pourquoi du prélèvement. »

« L’accès à l’arbre se fait en rappel par le haut. »

« De près, je constate avec plaisir que cet arbre est toujours vivant, et que la branche morte n’est que celle la plus basse du tronc. Trois autres branches sont donc garnies de feuilles, au vert bien vivace. Une autre surprise est de voir la racine : très grosse, torsadée. Elle sort de la fissure rocheuse telle une murène sortant des profondeurs. »

« Sur cette photo, prise d’en face, sont tracés quelques repères. »

« Le trait vert représente la fissure dans laquelle les racines de cet if sont allées puiser les ressources pour l’arbre. La flèche rouge montre la racine principale (peu visible sous cet angle). Le tronc, dont la couleur est proche de celle du rocher calcaire, se devine au centre, et en particulier la cime du tronc qui est en bois mort. Trois branches portant les feuilles vivantes encadrent ce tronc. Il est à noter que l’arbre a commencé à pousser vers le bas, zigzaguant dans la fissure, avant de se redresser vers le ciel lorsqu’il a débouché en plein air. Tout en bas de la photo se trouve le cercle rouge indiquant la branche morte qui a servi au prélèvement. »

« Le tronc, bien vieux probablement, n’a pas pu rester entier et une large plaie s’ouvre en lui, qui l’affaiblit certainement beaucoup. Toutefois son bois reste très solide et dur, et il ne branle absolument pas quand on le prend à pleines mains. »

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Le Tilleul de Braffe, Péruwelz (Belgique)

Yanick photographie les arbres partout, même lors de son petit passage en Belgique.

« Après une petite ballade en forêt de Bonsecours, mon guide Jacky nous emmena en Belgique toute proche. À Péruwelz le dimanche, la Chimay bleue coulait à flot aux terrasses des bistrots, mais c’est un autre trésor que j’ai trouvé non loin de là : le tilleul de Braffe. »

« Une fois dans le village de Braffe prendre la rue du gros tilleul. Impossible de le manquer, au sortir du village, sur son petit promontoire, il se voit de loin dans ce plat pays. »

« Ce bel arbre au port bien équilibré est malgré tout bien attaqué sur sa face nord-ouest. Une partie de son tronc s’est détaché et laisse une large blessure ouverte. Par endroit le bois parait comme brûlée et quelques branches hautes sont mortes. Est-ce la trace d’un impact de foudre ? »

« Malgré cela, il semble en bonne santé. Et il semble être suivi de près car une de ses charpentières a été munie d’une béquille. Sur sa face sud-est dans un creux, une petite chapelle avec une vierge à l’enfant a été installée sur un lit de pierres. »

« Sa circonférence relevée à 1,30m est de 6,75m –  6,50m en 2001 [2

« Juché sur une butte, cet arbre marque la croisée de chemins. De repère, il devint christianisé. A Notre-Dame-de-Lourdes au XIXème siècle, succéda Notre-Dame-des-Champs, encore bien nichée aujourd’hui au creux de son tronc. » [3]

Encore un magnifique tilleul à la croisée des chemins, merci pour les photos Yanick !

Le pin des sorcières de Kaiserslautern, Rheinland-Pfalz (Allemagne)

Filons outre-Rhin avec Sisley à la rencontre d’un pin sylvestre d’exception.

« Ça faisait longtemps que je n’ai plus envoyé d’article présentant un arbre que j’ai découvert et pour y remédier, je vous emmène faire un petit crochet par une forêt des Vosges du nord, du côté allemand. Alors que je feuilletais un livre sur les arbres remarquables d’Allemagne [1], je m’arrêtai sur un spécimen très caractéristique, par la suite, revenant de Francfort avec mon frère on en profita pour quitter la route principale et rendre une petite visite surprise à un individu nommé localement le « pin des sorcières », un magnifique pin sylvestre. »

« Une fois sur place, ce fut difficile de s’y retrouver, car le plan m’aidant, n’était pas tout à fait en correspondance avec un panneau indicateur à l’entrée du sentier. C’est après une demie heure de vadrouille, qu’on pu enfin distinguer un énorme houppier dépassant de la ligne du chemin. Je pensais qu’on s’était carrément trompé de direction ou même pire que l’arbre en question n’existait plus, alors quand on le vit nettement, la joie fut au rendez-vous ! »

« J’avais de par le passé pu admirer de très grand pins en Moselle-Est, mais aucun ne possédait une fourche et un volume tel que celui qui va être présenté. Ce qui sautait aux yeux c’était une imposante trace que la foudre avait laissé sur le tronc comme une entaille s’étirant sur plusieurs mètres et présentant une profondeur rarement observée. Mais heureusement ce dommage ne semble pas avoir nuit à la vitalité du pin. »

« La base de l’arbre fait penser à un double tronc sorti d’une seule souche, mais tout compte fait, il est beaucoup plus probable que ce ne soit qu’un seul et même individu. »

« Pour ce qui est des dimensions, je ne vous cacherai pas mon étonnement en voyant s’arrêter mon ruban sur ce chiffre : 5,10 m de tour pour l’ensemble du tronc et 3,75 m pour la circonférence en bas de l’axe de la fourche le plus gros. »

« La hauteur fut estimé entre 25 et 30 m, ce qui est plutôt commun dans ces forêts, mais une telle circonférence en fait l’un ou le plus large du pays voir même du continent, car on en trouve des fois en cépée avec des belles dimensions, mais avec un tronc unique je doute qu’on dépasse souvent les 5 m. En Écosse il en existe un de 6,09 m, mais je ne connais pas la structure du tronc… »

« Il est commun d’en voir possédant des diamètres allant de 50 cm à 75 cm, plus rares, de 80 cm à 1 m et épisodiques, ceux supérieurs à 1 m, car malgré tout, c’est une essence largement exploitée pour du bois de tranchage et en voir un ayant un diamètre de 1,62 m, nous montre à quel point un arbre de ce rang est une chose remarquable. Il doit certainement son salut à sa constitution, n’intéressant pas les exploitants ; l’origine de son appellation ne m’en apprend guère plus, ce pourrait-il que tels les chênes des sorcières [2], on lui attribua des rites de sabbat ? »

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Le chêne Oakleigh, Mottisfont Abbey, Hampshire (Angleterre)

Suivons Yannick dans ses aventures arboricoles outre-Manche…

« Cela faisait, un moment que je souhaitais vous faire partager mes escapades arboricoles chez nos voisins Anglais, qui ont un patrimoine arboré exceptionnel, et c’est peu dire… Le premier reportage est consacré au chêne Oakley de Mottisfont Abbey, que j’ai visité un jour d’août 2009 sous une petite pluie bien typique… »

« L’arbre ne se trouve pas dans l’enceinte de l’ancienne abbaye mais au Nord de celle-ci, au bord de la rivière Test. On y accéde en empruntant le sentier qui traverse la grande prairie. »

« Le chêne est assez trapu, je n’ai pas repris les dimensions, mais dans son livre [1], Jeroen Pater annonce : hauteur de 13 m, envergure de 22 m et une circonférence de 10,74 m, mensurations qui sauf accident n’ont pas dû évoluer de façon importante. »

« Le tronc ne présente pas (plus) de cavité, ce qui est relativement rare pour un sujet de cette taille et de son âge estimé à 500 ans. Un arbre accueillant dans un joli petit coin de campagne, sous lequel on aurait envie de faire une sieste par un jour moins pluvieux ! »

« Autrefois, vingt personnes auraient pu se tenir dans le tronc creux. Une carte postale des environs de 1900 montre nettement la cavité, alors qu’aujourd’hui, le tronc ne présente plus aucune ouverture. Les paysans y entreposaient régulièrement leur charrette. Le chêne est également le sujet de diverses légendes, dont la plus connue et la plus étrange est celle de l’homme observant la silhouette d’une vache au clair de lune. Celle-ci surgie de derrière le chêne, est tombée soudain dans la cavité du tronc, ce qui a provoqué la naissance prématurée du veau qu’elle portait. » (Jeroen Pater, Les arbres remarquables d’Europe, p-37).

Pfioou un chêne colosse magnifique ! Merci pour cette excursion chez nos amis anglais Yannick, quel plaisir d’accueillir sur le blog ce quercus d’exception. Un âge estimé à 500 ans, et malgré le poids des ans, il montre une santé remarquable avec peu de branches mortes, et une vitesse de croissance plus qu’honorable (2 cm par an). Un chêne fantastique qu’il me plairait de rencontrer, et pourquoi aller y faire une sieste comme tu l’as suggéré…