Le hêtre du col de Vergio (Haute-Corse)

Encore une fois, partons en Corse dans les pas de Sisley. Comme vous aviez pu le voir avec les différents arbres présentés provenant de cette île [1][2][3], cette dernière héberge de véritables joyaux. Et le moment est venu pour lui, de nous dévoiler ce hêtre montagnard isolé découvert en mai 2008. (clic les photos)

« Nous roulions par une matinée oscillant entre nuages et un azur éclatant, en direction de Corte depuis les Calanques de Piana, quand arrivé dans les hauteurs, une halte fut décidée et quoi de mieux que de profiter de la vue panoramique qui s’offrait au regard. Mais quelque chose dans le paysage m’interpella assez rapidement, aucun doute sur l’individu, un splendide hêtre se dessinait au milieu d’un vaste pierrier avec un végétation rase. »

« Je remarquai un sentier y menant et une fois engagé, la vision fut tout à fait étonnante, non seulement l’arbre était très imposant, mais il possédait également un port et une forme tellement prononcé qu’on aurait dit qu’il se tenait là agrippé au sol depuis toujours ! »

« Un parfait hêtre champêtre de montagne, pas plus de 13-14 m en taille, une architecture bien ramifiée et le tout équilibré dans une belle vague de feuillage. Pour son périmètre de tronc, n’ayant pas mon instrument, j’ai du improviser en faisant le tour avec les bras. Ce n’est certes pas très précis mais l’expérience m’a apprise à me débrouiller avec les moyens du bord et le résultat fut très convaincant : entre 5,3 et 5,5 m à 1,2 m de haut. »

« Des dimensions non négligeables pour un spécimen qui, vivant à 1450 m d’altitude, supporte la plupart de l’année de forts vents, le poids de la neige sur son branchage, une certaine aridité en été et le tout à peu de chose près dans sa limite d’étage alpin, car on voit rarement des hêtres à plus de 1700-1800 m. Ne m’hasardant pas trop à estimer son âge, je dirais cependant qu’il peut avoir au minimum dans les 250 ans. » Lire la suite

Sapins et hêtre vosgiens, Le Valtin et Ban-sur-Meurthe (Vosges)

(Un article de Gilougarou, l’arpenteur des bois)

Quoi de plus naturel pour fêter Noël que de présenter des sapins ? Ceux dont je vais vous parler aujourd’hui sont voisins des immenses épicéas de Straiture [1].

Tout d’abord, voici un magnifique sapin double que l’on découvre au bord du chemin de randonnée si bien aménagé. La circonférence de cet ensemble est de 5m25 à 1m30. Il s’élance vers le ciel à l’instar de tous ces voisins, car dans ce secteur, c’est le peuplement dans son ensemble qui est magnifique. (Clic les photos)

Grâce à la carte que j’avais trouvée à Gérardmer [2],  j’ai pu localiser un autre sapin remarquable sur le versant opposé du défilé de Straiture. Heureusement que je roulais en Clio, car la petite route pour y arriver est vraiment étroite et un tout petit véhicule s’impose pour faire demi-tour ! Lire la suite

L’allée des géants de La Bletterie, Saint-Nicolas-des-Biefs (Allier)

A quelques kilomètres au sud du village de Saint-Nicolas-des-Biefs, existe un chemin forestier unique. Une allée remarquable répertoriée depuis 1998 par le Muséum d’Histoire Naturelle comme étant un ensemble d’éléments naturels exceptionnel. L’allée des géants est aussi appelée le chemin des sorcières…

Découvertes sur le forum “Arbres vénérables” de Jérôme Hutin [1], les photos de ces arbres m’ont tout de suite interpelé. Contact est pris avec l’auteur des clichés qui accepte sans hésitation de nous faire partager cette trouvaille. (clic les photos)

“Quelle étrange sensation procure le cheminement dans ce décor qui ressemble à un film fantastique ! À chaque pas, on plonge au cœur d’une armée de colosses qui lancent leurs longues silhouettes vers le ciel. Des hêtres, vieux de plus de 400 ans, recouverts de mousse, forment une haie d’honneur à ce vieux chemin pavé de feuilles mortes. Piédestal d’où s’élèvent des bouquets d’énormes branches, les troncs imposants et noueux complètent cette vision fantastique. En ce lieu de plénitude, les couples ont gravé pendant des siècles leur amour dans l’écorce. Sculptures romantiques, qui avec les années, s’incrustent à jamais dans la chair de l’arbre.”

Il semblerait que ce soit le dernier exemple de chemin mis en valeur par des plantations de hêtres autour du village de La Bletterie. En effet, dans le souvenirs d’habitants âgés, d’autres chemins étaient ainsi plantés, cette coutume locale représentant peut-être un signe de propriété sur les chemins partant du petit village. Tous ces chemins desservaient des forêts appartenant à la communauté Bletterie qui fut dissoute vers 1750.

“Aujourd’hui, source de curiosité et de promenade, ce chemin était à une époque très fréquenté car il menait à Saint-Nicolas des Biefs où les artisans verriers réalisaient une importante activité commerciale. Cette bordure végétale qui cumulait les fonctions délimitait aussi les propriétés. Elle protégeait du soleil, des vents et des congères de neige, mais était également une source inépuisable de bois de chauffage. Lors des corvées de bois, les habitants pratiquaient la taille dite en têtard, les troncs étaient élagués de certaines branches à environs 1,50m du sol, les coupes réunies en fagots servaient pour le four à pain du village. Ces multiples coupes ont généré à chaque fois des bourrelets de cicatrisation plus ou moins proéminents donnant à l’arbre une silhouette tortueuse, les branches restantes étaient plessées. Le plessage est une technique qui n’a laissé localement que très peu de traces de son existence, elle consistait à croiser les branches restantes à l’horizontale afin de créer un tressage. Dans la plupart des cas, le plessage était obligatoire et parfois inscrit dans le bail du locataire.”

Les formes particulières de ces hêtres laissent libre cours à l’imagination… On pourrait croire à un chemin surnaturel menant vers d’autres mondes ou d’autres époques…

Merci pour le partage et la découverte de ce lieu Robert. Ce sont des arbres exceptionnels, et un tel alignement est vraiment rare et précieux. Ces hêtres sont la trace vivante d’anciennes coutumes et pratiques des hommes de cette région. Une ambiance mystérieuse qui a tout pour me plaire, et dès que je passe dans l’Allier, je compte bien faire un petit crochet… D’autres photos de cette allée sont visibles sur le site de Robert, faites donc un tour, il y a plein de galeries à consulter, c’est par ici.

Le texte entre guillemets est de Bernard Dufrenoy, il avait consacré un article à ce lieux extraordinaire paru dans La Semaine de l’Allier le 8 mai 2008 [2].

Hêtre de pâturage, Linthal (Haut-Rhin)

Guidés par le frère de Sisley, partons dans le Piémont Haut-Rhinois découvrir un  des plus vieux hêtre du département. Aux abords d’une ferme pratiquant l’élevage d’ânes, s’étendent de vertes pâtures bordées de haies champêtres et au milieu d’une de ces dernières, trône un individu admirable. (clic les photos)

“Un superbe hêtre commun qui établit depuis plus de deux siècles, a assisté à la transformation des paysages vosgiens, car pour une taille supérieure à 30-35 m, il a du grandir dans un couvert dense puis a été épargné pour continuer dans une ligne arborée servant autrefois pour la récolte de branches pour des flambées. Sur celui-ci, on peut encore remarquer des vieilles traces de coupe, et avec le temps, des rejets ont poussés depuis la base du tronc. C’est d’ailleurs ce qui a du induire en erreur la prise de mesure lors du recensement 2006 dans le département, car elle fut de 7,20 m, une dimension peu commune, alors qu’en fait le tour est de 5,81 à environ 1,30 m.”

“Inutile de rajouter qu’on se trouve face à un spécimen grandiose, car possédant tous les atouts d’un arbre princier ! Ce hêtre est d’après un compte rendu, le ou l’un des plus gros et grands du Haut-Rhin, donc il sera difficile de rivaliser avec lui, bien que certains plus trapus ont des circonférences dépassants 5 m. Il est quelque peu creux en certains points et révèle des départs d’ex-charpentières nécrosées. Ce qui reste toutefois dans la normalité pour un hêtre ayant franchi le cap des 200 ans, car malgré tout, on atteste que certains atteignent 300 ans, mais cela est plutôt rare, exception faite des formes tortueuses qui elles sont des fois estimées à 500 ans et des peuplements de montagnes (notamment en Italie et dans les Pyrénées “forêt d’Iraty” qui ont un demi millénaire, avec des troncs n’ayant guère plus de 1-1,4 de diamètre).”

Merci pour la découverte de ce fameux hêtre âgé d’au moins 200 ans, car même si la circonférence est moindre que celle avancée dans les livres, ce spécimen demeure vraiment splendide. Un patriarche au tronc massif surmonté d’une très belle ramure, et sur ces photos les couleurs hivernales le mettent véritablement en valeur.
Les photos en feuilles sont de Philippe Mercklé [1] il m’a raconté une anecdote livrée par la vieille dame qui habitait dans la ferme au pied du hêtre : “elle nous a dit que toute sa jeunesse elle a fait tourner le poêle de sa cuisine avec le bois d’élagage du hêtre…. Amusant même si sûrement exagéré.”

Localisation hetre Linthal (clic pour agrandir)Linthal se trouve à 40 km au Sud de Colmar, le hêtre se trouve un peu au-dessus au lieu-dit Obersengern, près de la ferme “Ânes des Millepertuis”.
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Vieux hêtre, Kirchberg (Haut-Rhin)

Et si on retournait en excursion dans le Haut-Rhin avec Philippe ? [1]

“Grâce à toi j’ai découvert les hêtres du Kirchberg [2], et les magnifiques photos hivernales de Martine. J’ai craqué et suis allé visiter ces monuments naturels. Voici une photo d’un des beaux Ents, mais en habits d’été (et avec une elfe dedans). Il fait 5,15 mètres de circonférence, 19 m de haut et il a sûrement dans les 300 ans. Il mérite un long détour à lui tout seul.”

“Attention ce n’est pas un nouvel arbre, mais un de ceux qui figurent sur ton blog : simplement je l’ai pris à une autre saison, sous d’autres angles et avec mes gamins perchés dedans. NB : j’ai prévenu Martine que je t’enverrais ce petit complément. Faut dire que le sujet est vraiment hors normes. C’est simple, quand tu es seul près de lui, tu as l’impression qu’il va bouger !” (clic les photos)

“Un grand merci à Martine Schnoering pour cette découverte,  et au Krapo pour la mise en ligne. Ça c’est vraiment le bon côté d’internet, découvrir sur un site de l’autre bout de la France un arbre qui pousse sous notre nez !”

Non, merci à toi pour ces nouvelles photos, c’est agréable de le découvrir ‘en feuilles’ et puis avec tes enfants dans les branches, plus les mesures on se rend bien compte de la taille de ce vieux hêtre. Enfin, je dois l’avouer, ouvrir ton mail m’a procuré un réel plaisir. Savoir que les reportages arboricoles incitent des lecteurs à rendre visite à ces géants sortis d’un autre âge… Je ne suis pas peu fier qu’avec Martine ont t’ai donné envie – à toi grand arpenteur de ton pays – d’aller à la rencontre de ce groupe de hêtres montagnards…

Hêtre montagnard, Mittlach (Haut-Rhin)

Repartons à la découverte du Haut-Rhin avec Philippe… [1]

“Je ne résiste pas au plaisir de t’envoyer une nouvelle découverte forestière qui est un très vieux hêtre qui n’était recensé nulle part. On le trouve au Nord Nord-Ouest du village de Mittlach sur le chemin de montagne reliant le village au lac du Fischboedle, en contrebas du lieu-dit Koepfle.” (clic les photos)

“C’est un hêtre de montagne au tronc exceptionnel vrillé, tortueux, dont le cœur est pourri jusqu’à la naissance des charpentières. L’une des deux branches maîtresses est tombée et gît en contrebas, elle mesure plus d’1.50 m à sa base. C’est l’un des plus gros hêtres recensés à ce jour dans le département et vraisemblablement le plus vieux, bien que la datation soit aléatoire sur un sujet à la forme aussi atypique et à l’état aussi dégradé.”

“Ses cotes sont les suivantes : Hauteur 18 m ; Circonférence à 1.50 m : 5.80 mètres ; âge estimé : minimum 300 ans… A mi-hauteur et en contre-plongée on peut apercevoir un profil de buffle dans le tronc !” (voir ici)
Génial, merci pour la découverte Philippe ! Il s’agit vraiment d’un hêtre fantastique, le tronc noueux offre un sacré spectacle, et on pourrait presque le confondre avec un rocher moussu, et la tête de buffle rajoute au côté mystérieux de ce vieux montagnard…Ç a me plaît de voir que malgré les inventaires et recensements, il existe toujours quelques ligneux vénérables qui se cachent au fond des bois…