Le frêne de la forêt Heiligenwald, Schiffweiler ~ Saarland (Allemagne )

Et hop, d’un bond traversons la France, et accompagnons Sisley dans son pré carré.

« Nouveau reportage, nouvelle essence et comme je vis sur les frontières, je vous emmène en Allemagne pour une petite ballade forestière. L’histoire commença au moment où par une nuit d’hiver au clavier je découvris un inventaire d’un canton du Saarland, quel bonheur de tomber sur cette mine d’or. D’ailleurs, c’est grâce à elle que j’ai pu vous dévoiler le poirier de Mainzweiler [1], d’autres suivront… »

« Arrivé à proximité du bourg, je pris quelques virages avant de descendre dans une petite cuvette où se trouvait le départ du sentier. Au début, malgré l’indication je suivis le chemin un peu au feeling et après avoir croisé la route d’un chevreuil (voir ici), je trouvais le chemin correspondant. Ce qui ne m’empêcha pas d’être déboussolé par la végétation environnante, que d’épicéas en lignes alors que l’individu en question ne devait pas être loin. »

« Mais très rapidement une trouée au bord de la voie et un large houppier m’indiquèrent que j’avais visé juste. Comme jusqu’à présent je n’avais pas encore pu admirer de frêne forestier, la surprise fut de taille, et entre l’ombre et lumière de mars je fis le tour du propriétaire en appréciant l’hôte des lieux. »

« Un très bel arbre dans l’ensemble et sans une cavité dans la partie inférieure du tronc, il aurait l’air tout à fait fringant. De plus un bourrelet sur le pourtour montre qu’il compartimente bien, ce qui est synonyme d’une certaine vigueur. Mais globalement il ne présente pas de soucis majeurs, un haubanage de la frondaison a été mis en place et ils ont placé des barreaux dans le tronc, j’avoue ne pas saisir vraiment l’intérêt ?! »

« Son périmètre de tronc affiche 3,83 m à 1,50 m et 4,18 m à 1 m du sol. Sa cime s’élance jusqu’à une hauteur voisine des 32 m et pour un spécimen forestier de ce type, il me semble cohérent de le placer entre 140 et 160 ans d’existence. Jusqu’à lors, on a vu pas mal de têtard, de champêtre et de bord d’eau, mais cette fois, c’est dans un autre mode de vie que nous pourrons le remarquer. »

« En milieu forestier, je sais que dans de bonnes conditions, le frêne commun peut atteindre des tailles de l’ordre de 40 m et des circonférences de 4-5 m [2]. L’Allemagne détiendrait le record européen avec un arbre de 49,8 m ! Je pense sincèrement que cet exemplaire mérite de venir orner nos archives, car il ne lui manque pas grand chose pour atteindre le palier des frênes forestiers d’exceptions. D’autant plus, que lors de mes périples, je n’ai que rarement l’occasion d’en observer qui ont encore le temps de bien vieillir, car vers l’âge de 70-80, le bois de cœur se colore et sa valeur déprécie. »

Merci pour cette virée en forêt Sisley, et cette belle découverte car il s’agit là d’un fraxinus forestier exceptionnel. Et puis, comme tu l’as rappelé, nous avons pu observer des frênes sur divers terrains, mais encore jamais au fond des bois. Et celui-ci est est vraiment très beau : son houppier se distingue tellement à côté des résineux, un fût puissant, et la cavité à la base lui donne un petit air de légende. Les barreaux dans le tronc me rappellent ceux installés sur le tilleul de Réaumont en Isère [3], un peu comme des points de suture pour faciliter la cicatrisation ? ou est-ce pour en limiter l’accès aux animaux des bois ?

Chêne et frêne de La Brosse, Chaudefonds-sur-Layon (Maine-et-Loire)

Le Maine-et-Loire n’aura bientôt plus de secrets pour Gilles…

« Voici le 100e chêne de plus de 4m de circonférence que j’aie eu l’occasion de croiser depuis un peu plus d’un an (ça se fête !). Un bel exemple de chêne au port altier. Du haut de ses 25 mètres, il domine très largement son pré. C’est d’ailleurs grâce à ça que j’ai pu apercevoir le haut de son houppier depuis la route qui relie Chaudefonds-sur-Layon à Saint-Aubin-de-Luigné. J’ai donc noté l’endroit dans un coin de ma tête et j’y suis retourné quand j’ai eu le temps et que la saison l’a permis. »

« Une fois n’est pas coutume, ma chère et tendre m’a accompagné. Comme le pré était bien humide, les bottes étaient de mises. Car la difficulté pour mesurer cet arbre résidait dans le fait qu’il a le pied dans l’eau. Pour une fois qu’il n’y a pas de ronces, l’opération s’est avérée cependant tout aussi délicate. En effet, du côté haut du pied, on s’enfonce déjà à mi-botte dans l’eau, alors de l’autre côté… sans doute plus d’un mètre. »

Chêne de La Brosse 1Chêne de La Brosse 2

« Du coup il faut maîtriser la technique du lancer de ruban contre le tronc. Comme un lasso. Et aller le récupérer en allant le chercher de l’autre côté. C’est à ce moment que mon épousée a glissé sur une racine et plouf !… Une patte chaude ! LOL !! Dommage, son expérience de reporter arboricole lui laissera donc un souvenir… comment dire… humide ! »

Chêne de La Brosse 3Chêne de La Brosse 4Chêne de La Brosse 5

« Et le résultat me demanderez-vous ? Eh bien 5m10 à 1m30 ce qui est tout à fait probant. Un chêne magnifique. On peut se demander pourquoi il s’élance si haut alors qu’il n’a, semble-t-il, pas eu à pâtir de la concurrence. Il possède quelques branches sèches dans son houppier sans doute à cause des « biches » (les capricornes) car on observe déjà de multiples points de sorties des galeries de ce coléoptère sur le fût de l’arbre. Ainsi, d’ici 60 à 80 ans, il devrait tout-à-fait avoir l’aspect du gros chêne du Graau à Andrezé [1]. »

« Derrière ce chêne majestueux, on trouve un Krapo… heu je voulais dire, un frêne au look très particulier. Il possède de très grosses excroissances de type loupe et un tronc bien court et enflé qui montrent qu’il s’agit là d’un ancien têtard exploité régulièrement. » Lire la suite

Frêne à la Vierge de Courlay (Deux-Sèvres)

« Nous l’avons vu [1][2][3], depuis la nuit des temps, l’homme a vénéré l’arbre, et aujourd’hui encore on retrouve trace d’anciennes croyances qui ont réussi à perdurer [4][5]. »

« C’est près de Courlay, région au cœur de la Chouannerie que se trouve ce frêne à la Vierge. Il semblerait que cet arbre soit toujours de nos jours un lieu de prière des dissidents catholiques de la petite église. »

« Je ne donnerai pas de carte pour cet arbre car j’ai eu un mal de chien pour le trouver. Et les parents de l’ami qui m’en avaient parlé sont membres de la petite église. De plus, le voisinage reste très discret sur sa localisation, en vous laissant comprendre que ce lieu de culte n’est pas une attraction touristique. Je respecterai donc cette forme d’anonymat. » (clic les photos)

Frêne à la Vierge de Courlay 1Frêne à la Vierge de Courlay 2

« En 2005, ce frêne faisait 2,65m de circonférence à 1,30m pour une hauteur de 10m. Je ne le crois pas très vieux vu la vitesse de croissance des frênes dans notre région et je pense qu’il a eu de nombreux prédécesseurs. »

Merci pour la découverte de ce frêne sacré Yanick ! Quel plaisir de découvrir un culte encore vivace, et pour une fois c’est un frêne qui est l’objet de la dévotion des fidèles, cela n’est pas sans rappeler d’anciennes pratiques qui avaient cours dans toute l’Europe. C’est marrant que tu m’aies fait passer le lien vers le site de Francis, car il y a un an, il était venu chercher des infos ici pour le chêne de Mambré [6].
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Les oratoires, les arbres sacrés et les niches d’arbre ; consultez le site de Francis, par ici.

Le chêne et le frêne de Vuzé, la Chapelle-Bâton (Deux-Sèvres)

(Un article de Gilougarou, l’arpenteur des bois)

Voici deux belles découvertes que Yanick m’a transmises pour que je puisse vous les faire partager. Des purs produits de la campagne bocagère comme il nous en a déjà présenté [1][2]: des arbres têtards, bien sûr ! (clic les photos)

“Comme c’est souvent le cas, le hasard fais bien les choses. Ceci remonte à octobre 2005, j’étais parti aux champignons avec mon fils à la Chapelle-Bâton au cœur de notre bien aimée Gâtine Deux-Sèvrienne. Au détour d’un petit bois au lieu-dit Vuzé, zé vu au fond d’une vallée isolée un chêne qui m’a tout de suite paru intéressant. Passant deux trois clôtures barbelées nous fûmes enfin à ses pieds, heu racines !”

“Il était vraiment plus qu’intéressant, un beau têtard, bien creux, un élagage qui remonte à bien longtemps déjà, vu la taille du houppier. Retour à la maison prendre un appareil photo et le décamètre, retour aux racines de l’arbre en faisant un petit détour pour éviter les clôtures et protéger les bijoux de familles. 1ère mesure 4,99m à 1,30m. Je suis repassé plusieurs fois admirer ce vénérable. En décembre dernier, je l’ai mesuré à 5,21m pour une hauteur de 17m.” Lire la suite

Têtards de 5 mètres à Faye d’Anjou (Maine-et-Loire)

Pendant quelques semaines Gilles va prendre le relais de l’écriture du blog.

C’est arbitraire, mais au fur et à mesure de mes explorations arboricoles, je me suis fixé comme mesure objective de remarquabilité une circonférence de 5 mètres pour les essences principales. Viennent ensuite d’autres critères visuels ou quelques particularités pour éventuellement élargir le spectre des recherches. (clic les photos)

J’ai donc été particulièrement satisfait lorsque j’ai découvert que sur ma commune on pouvait trouver au moins deux spécimens qui répondaient à ces exigences. Du coup, je n’ai pas beaucoup de chemin à faire pour aller leur présenter mes respects. Quelle chance !

Le premier de ces deux arbres est un frêne qui croît paisiblement tout au bord du Layon à proximité de l’hôtel B&B de Chanzé. Il plonge ses racines au cœur de la rivière et se trouve carrément les pieds dans l’eau lors des fréquentes crues hivernales de ce cours d’eau capricieux au caractère quelque peu torrentiel.

Sa circonférence à 1m30 est très exactement de 5m et même s’il déploie de biens belles branches jusqu’à une hauteur de 20m environ, sa silhouette ne trompe pas. Il s’agit d’un frêne têtard qui n’a pas du connaître la scie depuis une cinquantaine d’année. Quand on l’observe du lit de la rivière, on s’aperçoit qu’il est creux ce qui renforce l’impression de vécu pour cet arbre dont j’estime l’âge à environ 120 ans.

Le deuxième individu ligneux est un vieux chêne têtard dont la caractéristique principale doit être la discrétion. Malgré ses 5m10 de circonférence à 1m30, on ne le remarque pas forcément lorsque l’on circule sur la petite route sur le talus de laquelle il a vécu. Lire la suite

If séculaire, La Chapelle-du-Genêt (Maine-et-Loire)

« Voici sans doute le plus ancien des ifs du département. Il trône à l’emplacement de l’ancien cimetière sur la place de l’église du village, ou sur la place de la mairie car celle-ci se trouve juste à côté. Et c’est d’ailleurs là que je me suis rendu dans un premier temps. »

« En cherchant des photos de cet ancêtre sur internet, je m’étais rendu compte qu’il était protégé par des grilles. J’ai donc appelé la mairie pour savoir si je pouvais me procurer la clé pour prendre des photos au plus près. C’est un sympathique employé de mairie qui m’a répondu puis accueilli le plus simplement du monde en me remettant l’ustensile en acier. Il m’a d’ailleurs aidé à ouvrir, car la vieille serrure qui clos l’enceinte laquelle renferme également un monument au mort est capricieuse. J’ai pu ainsi vérifier que je serais un bien piètre voleur attendu que même avec la clé, je suis capable de ne pas rentrer ! »

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« Me voici donc au contact de ce vieillard qui daterait du XIVe siècle. Pour preuve il en est fait mention dans les registres paroissiaux du début des années 1600, époque à laquelle il devait déjà être suffisamment vieux pour qu’on en parle. »

« Ce pied femelle garni de baies rouges affiche 6m10 de circonférence à 1m30. Sa hauteur est d’environ 12 mètres pour une envergure qui frise les 20 mètres. Son tronc torturé et creux est divisé en trois parties dont certaines se rejoignent plus haut. Comme on le remarque souvent sur les vieux ifs creux, la cicatrisation à recouvert l’intérieur de certaines portions du tronc donnant l’impression d’une cépée. » Lire la suite