Chênes du domaine de la Chapelle, La Chapelle-Montlinard (Cher)

Peu de données concernant les vieux arbres du Cher, mais c’était sans compter sur Gilles qui y a passé une vingtaine d’années. De ses vacances il nous ramène toujours un reportage sur un arbre d’exception croisé en chemin [1], mais ce coup-ci il a fait une rencontre stupéfiante : un chêne colosse magnifique non répertorié, encore un scoop du krapo arboricole !

« C’est une découverte comme on n’en fait pas tous les jours ! Une véritable révélation. »

« Pour une fois que ce n’était pas moi qui conduisais, j’avais tout loisir la semaine dernière pour observer les alentours. Et c’est alors qu’une grosse silhouette m’est apparue depuis la route qui mène de Bourges à La Charité sur Loire. Je fus très étonné car cela fait 5 mois que j’emprunte cet itinéraire quotidiennement et je n’avais jusqu’alors rien suspecté. »

« Je me suis donc rendu sur place ce vendredi soir. Pour y aller, j’ai tout simplement tourné sur une petite route de La Chapelle-Montlinard vers le lieu dit « Le domaine de La Chapelle », autrement dit le château du village. C’est bon signe, en général c’est aux abords des plus vieilles propriétés que l’on conserve le plus vieux patrimoine arboré. »

« Me rapprochant, je voyais le houppier grossir derrière un corps de ferme. De loin je m’étais dit au moins 6m pour celui-là ! et j’avais hâte de découvrir le tronc de près, mais au franchissement du virage qui contournait le bâtiment, je fus sidéré : c’est beaucoup plus ! »

« En bordure de cette petite route aux allures de chemin goudronné et dominant un petit étang, le spectacle offert par ce chêne séculaire est sublime. On remarque bien vite qu’il possède une silhouette asymétrique qui m’a tout de suite fait penser à d’autres colosses déjà présents sur le blog [2][3]. Comme eux, il présente une moitié bien vivace et très vigoureuse et une autre qui a déjà connu bien des aléas (ruptures de branches, élagages…). À la jonction des deux, on remarque, d’un côté, que le fût est en train de se fendre et de l’autre côté que la croissance plus rapide de la partie vigoureuse provoque comme une sorte de recouvrement de celle-ci sur l’autre moitié de fût fatiguée. Mais à la différence des deux autres chênes, la totalité de se circonférence est tout de même bien vivante. »

« De plus, et c’est ça le «must », la circonférence le rapproche plutôt d’un autre chêne d’exception présenté récemment [4] : 9m60 au plus étroit ! (ce qui revient à mesurer la circonférence assez bas et plutôt en biais). »

« J’ai cherché des occurrences à ce chêne sur le net mais je n’ai rien trouvé. Comment un pied aussi gros a-t-il pu rester anonyme jusqu’ici ? D’autant qu’il n’est absolument pas caché et très facilement accessible. Je n’ai pas encore mené l’enquête sur son histoire, mais – promis ! – sitôt que j’en sais plus, je vous en informerai. »

« Quand je parle d’accès facile, on peut noter un petit écriteau accroché sur son écorce. Il s’agit d’une balise pour les chemins de Saint Jacques de Compostelle [5]. Je pense donc de nombreux pèlerins se sont reposés sous son ombrage bienfaisant et se souviennent de lui. »

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Le chêne des crapauds « Dervenn an tousegi », Fouesnant (Finistère)

En 3 ans de blog, je vous ai présenté une multitude de vieux arbres, et dans cette troupe certains sortaient du lot avec des dimensions exceptionnelles ou parfois des âges canoniques [1][2][3][4], mais la plupart du temps ces arbres avaient déjà été inventoriés localement, ou publiés dans les livres consacrés aux arbres remarquables de France.

Alors, je vous laisse imaginer ma joie lorsque j’ai découvert au courrier des photos dévoilant un véritable chêne colosse non encore répertorié ! C’est Yvon qui, une nouvelle fois [5][6], nous emmène au fond de la Bretagne découvrir un de ces arbres mystérieux dont elle semble avoir le secret. Ce vieux chêne est une des exclusivité du Krapo arboricole, alors en référence au blog et à ses reporters, mais aussi parce que le troncs est parcouru de dizaines de bosses rappelant un peu la peau d’un crapaud, j’ai eu envie de le nommer dans sa langue natale :

« Dervenn an tousegi » (le chêne des crapauds en breton)

Cet arbre est installé au cœur d’une propriété privée, et ne se visite pas. Malgré tout, le propriétaire a accepté que je le dévoile en photo sur le blog pour le plus grand plaisir de tous, alors respectez son souhait et n’essayez pas de faire le mur pour aller le voir.

« Voici un chêne bien discret malgré sa taille impressionnante. Je n’ai découvert son existence que très récemment alors même que j’habite cette commune de Fouesnant (Sud Finistère) depuis près de 30 ans ! Il est vrai que nous sommes ici dans une propriété privée et que rien ne permet de deviner l’existence de ce colosse de la route la plus proche. Merci à l’amie qui par son intermédiaire me permet de vous montrer ces photos. »

« Certains affirment ce chêne « millénaire ». Qui sait ? »

« Sa circonférence est de 9,60m à 1,30m du sol. Ses branches charpentières basses couvrent une surface impressionnante. Un vieux houx collé au pied lui tient compagnie. »

« On dit aussi qu’il est de ces arbres qui inspirèrent le poète fouesnantais Jos Parker. Sous les chênes est le titre qu’il donna à son premier recueil de poésie publié en 1891. »

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Le chêne des lacs, Bardouville (Seine-Maritime)

Dans l’automne Frédéric [1][2] m’avait fait parvenir quelques photos d’un chêne colosse de Normandie, mais comme il n’avait pu le mesurer j’ai attendu de pouvoir vous en dire plus, et c’est Alexis qui viendra à notre aide en partageant avec nous les données qu’il a réuni.

« Sur la commune de Bardouville, se trouve un chêne magnifique connu localement sous le nom de « chêne des lacs ». Classé en novembre 2000 par l’association A.R.B.R.E.S. [3], cet arbre majestueux trône au centre d’une clairière, en bordure du Grand Bois. »

« Il présente un conformation peu commune, avec un tronc court d’une circonférence imposante (7m10 de tour à 1m30 de hauteur) qui va en s’amincissant rapidement tandis que ses branches basses et quasiment horizontales rayonnent autour de lui. Son port est intéressant dans la mesure où il présente toutes les caractéristiques d’un arbre isolé tout en n’étant pas un têtard ; il a en effet gardé une flèche et semble avoir été épargné par la main de l’Homme, chose rare pour des individus de ce type. »

« Son état sanitaire m’a semblé préoccupant et les signes annonciateurs de sa décrépitude future sont visibles sur son tronc comme au cœur de sa ramure. »

« Un regard attentif montre en effet des infiltrations d’eau dues à des plaies laissées ouvertes, et la présence de polypores atteste d’une dégradation interne dont je ne saurais mesurer l’ampleur. On notera aussi que de nombreuses branches sont mortes. »

« L’arbre est âgé, et c’est dans l’ordre des choses de le voir petit à petit avancer vers le terme de son existence mais peut être serait il judicieux que soit mis en œuvre une politique de préservation, qui sans atteindre la démesure des moyens déployés pour préserver le chêne d’Allouville-Bellefosse, puisse garantir à peu de frais sa pérennité. »

« Et ceci d’autant plus que l’arbre, si l’on en croit le bel article que la commune lui consacre sur son site, à longtemps occupé une place de choix dans la tradition populaire locale. »

Son nom de « lacs » est sans doute une déformation du mot « leux », loups, ce qui lui donnerait le sens de chêne des loups. Cette explication, souvent admise, méconnaît toutefois la tradition populaire selon laquelle les habitants se réunissaient autour de l’arbre pour danser ; la terre y était alors tellement piétinée qu’elle serait devenue imperméable ; l’eau non absorbée par le sol aurait formé une grande flaque semblable à un lac d’où émergeait le chêne ; il en aurait reçu le nom.
(Pierre Molkhou – Bardouville, Les reflets du temps).

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Le chêne du Not, Crozon-sur-Vauvre (Indre)

Jusqu’à présent, un seul arbre s’était dévoilé pour le département de l’Indre [1], mais il y a peu un lecteur m’a signalé un très gros chêne au Sud de Crozon-sur-Vauvre, intrigué je lui ai demandé plus d’infos, et rapidement des photos & mesures sont arrivées.

« À son pied un écriteau indiquant qu’il s’appelle le chêne du Not. »

« De loin il n’impressionne pas trop, c’est en arrivant au pied qu’on prend conscience de sa taille énorme. Il est située au lieu dit Le Boué sur un chemin vicinal qui passe au chateau de La Lande. Pas très facile à trouver, il vaut mieux avoir la carte au 1/25000. »

« Je viens d’y retourner pour le revoir et le mesurer. J’ai mesuré sa circonférence à 7 m environ à 1 m 30 du sol. Il est en bon état, quelques grosses branches cassées seulement. »

« On arrive devant le château de La Lande que l’on contourne par la droite, on passe un grand étang puis un petit et la route passe entre deux bâtiments de ferme (indiqués sur la carte) la chêne est 50 m plus loin sur la gauche. »

Localisation : 46°28’21.25′ N; 1° 53’19.61 ‘Est.

Merci pour la découverte de ce superbe chêne Jean, un arbre encore en bon état malgré son âge avancé, et qui était absent des listes et inventaires, et pourtant il s’agit là d’un véritable colosse qui mérite d’être connu ! Un département qui reste peu exploré jusqu’à présent, néanmoins avec deux chênes colosses comme ambassadeurs, nul doute que d’autres merveilles arboricoles n’attendent que de se montrer au grand jour.
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Mise à jour mai 2011, l’histoire liée à ce chêne vient de me parvenir.

« Je viens de trouver, par hasard, votre descriptif du ‘Chêne du Not’ a Crozon-sur-Vauvre. Je suis, depuis cinq ans, la propriétaire du Château de Lalande qui se trouve près de cet arbre magnifique. L’ancien propriétaire m’a donné un petit livre sur la légende de ce chêne : ‘La legende des trois chênes’ par Jehan Desbruyères (1998, ISBN: 2-9511412-0-3). »

« Ce livre raconte qu’en 1448, Guillaume du Bouex, seigneur du Château du Bouex et voisin du Seigneur de Lalande, allait à la messe de minuit à Crozon avec sa femme, Marie, et ses deux filles. À mi-chemin Guillaume a été attaqué et tué, devant sa famille, par un certain Huguet de Chamborant. Cela parce qu’il n’avait pas payé tout l’hommage qu’il devait au Seigneur de Sainte-Sevère, dans le service duquel était De Chamorant. »

« À la suite de ce meurtre, Germain, le curé de Crozon-sur-Vauvre, a demandé que De Chamborant paye pour la Chapelle de Sainte Catherine à l’église de Crozon comme réparation. Et la légende est que Germain a aussi planté le Chêne du Not sur le lieu du meurte en mémoire de Guillaume de Bouex. »

« Le mot ‘Not’ veut dire ‘Noël’ en berrichon, car le meurtre s’est passé la veille de Noël. »

« La plantation du chêne pour cela est peut-etre légende, mais le meurtre a certainement eu lieu. La veuve, Marie, a epousé son voisin, Jacques de Lalande, et c’est lui et son frère, Jean, qui ont tout fait pour amener Huguet de Chamborant en justice. »

Merci pour cette légende Stéphanie, nous savons dorénavant pourquoi il fut ainsi nommé. Il est bien difficile de déterminer si ce chêne a effectivement plus de 5 siècles, mais même si la plantation fut plus tardive, il n’en reste pas moins le témoin de l’histoire funeste qui s’est déroulée en ces lieux.

Le chêne de Fombédoire, Sepvret (Deux-Sèvres)

« Quel plaisir un dimanche matin de septembre de se lever en même temps que le soleil et de voir sa lumière généreuse se répandre sur la campagne. Je ne sais pas pour vous, mais moi ça me donne toujours envie de partir à la rencontre de nos vieux amis. »

« J’étais en train de déjeuner en réfléchissant à quel arbre rendre visite, quand j’entendis mon Lutin descendre l’escalier. Quelle chance pour moi lui aussi était d’humeur matutinale et ne tarda pas à accepter de m’accompagner. Ne restait plus qu’à choisir notre destination. »

« Un chêne dont je ne sais plus comment j’appris l’existence, me revint alors en mémoire. Direction le sud-est du département et la région Melloise. Une région de châtaigniers, de cimetières protestants avec leurs pins parasol ou buis, et bien sûr de chênes. »

« Ne connaissant pas le coin comme ma poche, on s’est un peu égaré. En abordant une descente, sous une voute d’arbres, vers une petite vallée, Yann me dit que ce lieu lui plait beaucoup. Et là, il aperçoit en bordure d’un pré quelques beaux chênes têtards et un peu plus haut, une belle chênaie. Nous nous sommes donc arrêtés pour qu’il fasse un reportage [1]. »

« Nous reprîmes alors la route vers Sepvret puis le lieu-dit Fombédoire où la Sèvre Niortaise prend sa source. Mon chêne ne fût pas trop difficile à découvrir au fond d’une cour de ferme. »

« C’est donc le charmant Mr Sapin, son propriétaire, qui nous accueillit pour nous le présenter. Immédiatement, je vis que l’ancêtre avait un bon tour de taille. »

« Mesure prise au plus creux à 7,45m pour une hauteur de 10-12m. »

« Ce vieux têtard complètement creux possède encore énormément de charme malgré le fait qu’une de ses deux grosse charpentière se soit brisée dans les années 60. »

« La ferme de Mr Sapin cache encore un autre trésor avec un chêne en pleine force de l’âge,

5,21m au plus étroit, il en faisait 4,80m en 1986 mesurés au même endroit. Cet arbre a été étêté pour la dernière fois en 1900 ou 1902. La grosse branche verticale qui pousse en son centre fait elle 2,45m à son départ. Toutes ces indications fournies par Mr Sapin me permettent d’évaluer l’âge de celui-ci à 250-300 ans et à au moins 500 ans pour l’ancêtre. »

Et bien voilà deux beaux quercus : un vieux têtard impressionnant de plus de 7 mètres de tour, un colosse qui me rappelle un peu le chêne de la Casse [2] ; et un autre en pleine force de l’âge, vigoureux avec une très belle ramure, qui augure bon pour les décennies à venir.

Merci pour ce reportage Yanick, et merci également à Yann pour le reportage sur la chênaie de la Lussaudière [1], c’est vraiment chouette de vous suivre dans vos pérégrinations au cœur de votre département si richement arboré. Et puis, il faut l’avouer, ça me réjouit de voir que la nouvelle génération reprend ainsi le flambeau ; je me plais à espérer que la base de données du blog servira aux « chasseurs » d’arbres qui nous suivront dans les décennies à venir…

Promenons-nous en Touraine

Décidément l’Indre-et-Loire se dévoile à grand pas [1], Christian nous emmène encore une fois explorer son département [2], comme d’habitude plusieurs reportages à suivre, et il y a quelques découvertes de premier plan, avec notamment le vieux chêne de La Casse…

Chêne de La Casse 1Chêne de La Casse 2 - 2006 © Stéphan Bonneau

Environ 400 ans. Il mesure 15 m de haut pour  7,15 m de circonférence à 1 m du sol. [3]

Chêne de La Casse 3Chêne de La Casse 4

Il avait été élagué à gauche par l’EDF. Cela a du affaiblir l’arbre.

« C’est un gros et vieux chêne pédonculé que l’EDF n’a pas respecté en l’amputant de façon indigne. C’est un chêne creux qui a environ 400 ans, c’est un vieil arbre fait d’autant de terre que de bois pour reprendre une expression de Jules Renard dans son Journal (1er octobre 1898). A l’aide d’une échelle la famille occupant la ferme voisine descend dans le tronc creux prélever du terreau pour ses fleurs, probablement au grand dam des larves de pique-prunes (Osmoderma eremita), le scarabée qui se reproduit dans ce type de milieu et dont la nécessaire protection a retardé de trois ans la construction d’un tronçon de l’autoroute A 28. »
(Photo 2 & texte tirés du livre Arbres remarquables en Touraine)

  • Le chêne pédonculé de La Forge, Vou.

Ce chêne mesure 23 m de haut et son tronc a une circonférence de 5,30 m. [3] Lire la suite