Le vénérable châtaignier de Kerséoc’h, Pont l’Abbé (Finistère)

Dès la création du blog début 2008, j’espérais pouvoir vous présenter le châtaignier millénaire de Kerséoc’h, un vénérable patriarche installé dans le Sud du Finistère sur la route qui mène de Pont l’Abbé à Combrit. Malgré tous mes efforts, mes courriers restèrent sans réponses… Du coup, je m’étais promis de rendre moi-même visite à châtaignier colossal lors de mes prochaines vacances en Bretagne. Mais c’était sans compter sur le réseau créé par le blog ! Yvon, qui nous avait donné des nouvelles du gros chêne de Pleuven [1], m’a fait parvenir une série de clichés, mais aussi un article d’une revue bretonne permettant de retracer un peu de l’histoire d’un des plus imposants châtaigniers de France.

(J’ai volontairement choisi de retranscrire ce document dans son intégralité, car il nous fournit de nombreux détails non encore relatés, à cela j’ai rajouté les mots de Jean Auffret et d’Olivier Hamery publiés dans leurs livres consacrés aux vieux arbres de Bretagne)

Article de Jakez Cornou, extrait de la revue du pays bigouden « Cap Caval » n° 16 mai 1992.

La nature nous réserve parfois quelques surprises heureuses. Ainsi cet arbre phénoménal caché dans la campagne bigoudène rescapé des temps anciens où la forêt occupait une bonne partie du territoire breton. Un châtaignier bien curieux que peu de gens connaissent et qui mérite le détour avant qu’il ne disparaisse un jour définitivement, victime d’un prochain avatar car son destin ne fut point des plus sereins jusqu’à ce jour, si l’on se réfère au récit de Jakez Cornou à son sujet.

A mi-distance de la route qui mène de Pont-l’Abbé à Combrit, sur la départementale 44, la ferme de Kerséoc’h abrite un terrain de camping géré par les propriétaires des lieux, les frères Gléhen. Une pancarte le signale au bord de la route, c’est le camping des Châtaigniers. Une désignation fort banale au demeurant sinon que ces arbres présentent l’originalité d’être les témoins vivants d’une époque fort reculée, surtout l’un d’entre eux, que l’on considère comme millénaire.

Depuis belle lurette ils ne passent pas inaperçus pour tout le monde puisque de loin en loin un visiteur, un article de presse, un guide touristique ou une carte postale en font mention. Consécration suprême : le ministre de l’Instruction Publique, Gaston Doumergue, décida même sur proposition de la commission départementale des sites, d’inscrire les châtaigniers de Kerséoc’h sur !a liste des monuments naturels classés en 1910. Un label qui ne les a pas empêchés de subir à maintes reprises les outrages des hommes, davantage que ceux du temps, nous le verrons plus loin.

Première évocation

En 1835 Alexandre Bouet écrivait dans le livre « la galerie bretonne » : « Le sol breton a dans tous les temps nourri de ces arbres monstrueux qui proclament sa richesse… Près de Pont-l’Abbé au milieu d’un groupe de châtaigniers, tous remarquables par leurs dimensions on voit un qui est comme le roi des autres, il a plus de 50 pieds de circonférence et de son tronc partent d’énormes branches qui pourraient passer elles mêmes pour de très beaux arbres. » (le pied est une mesure ancienne mesurant 0 m 32. Cinquante pieds correspond donc à une circonférence de 16 mètres).

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Le grand-père châtaignier, Les Mayons (Var)

Non content d’avoir déniché un pin parasol remarquable dans le Var [1], François nous emmène ce coup-ci au cœur de la forêt des Maures à la rencontre d’un vieux châtaignier.

« C’est en préparant les deux semaines de vacances à passer sur la côte des Maures que je suis tombé sur une très courte information concernant cet arbre : le grand-père châtaignier des Mayons. Il était annoncé comme très vieux, mais aucune autre information n’était fournie qui puisse en dire plus. Seule une photo, en noir et blanc et de très mauvaise définition, permettait de voir qu’il s’agissait d’un spécimen déjà bien fatigué… [2] »

« Une première fois, je suis venu jusqu’aux Mayons. Mais, vu l’horaire – midi pile – la trop forte chaleur méditerranéenne m’a fait reculer, et j’ai abandonné l’idée de partir dans la forêt à sa recherche. D’ailleurs, les locaux eux-mêmes semblaient avoir déserté les lieux… La deuxième tentative a été planifiée bien plus tôt matin, et là tout fut simple : d’abord il y avait du monde dans la rue principale (et unique) du village, mais ensuite la discussion, au zinc du café, fut très agréable, et instructive. » (clic les photos)

« Largement masqué dans sa propre végétation, l’arbre est un peu difficile à voir. Et puis, la surprise c’est que le tronc est court : au-dessus de trois mètres de hauteur, tout est cassé. Quelle tristesse ! Finalement, ce qu’il reste de bois prend quasiment la proportion d’un cube, car si le tronc ne fait que trois mètres de hauteur, il en fait également deux mètres cinquante de large. Un cube de bois faramineux, vous dis-je ! »

« Brillant, voire luisant sur un côté, il est par contre tout mou sur l’autre face : c’est à cause de la foudre qui a dû frapper et traverser les fibres. Côté ouest deux suppléants (terme utilisé par Christophe Drénoux pour désigner les rejets) de belle taille sont en place et déploient une réelle vitalité. L’arbre est donc loin d’être mort. Simplement son tronc ancien est usé par les intempéries et craque sous le poids des ans. »

« J’ai laissé le ruban de mesure visible sur la photo : circonférence pile 8.00 mètres ! »

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Le châtaignier vénérable de Troubois, Lugrin (Haute-Savoie)

Guidés par François, découvrons un autre colosse de la Haute-Savoie [1].

“Ce patriarche trône près de Lugrin au sein d’une belle châtaigneraie à l’Est du hameau de Troubois, peu avant l’extrémité (impasse) de l’allée du Châtaignier.” (clic les photos)

“Exceptionnel non seulement par la circonférence de son tronc, du gabarit des champions tessinois (9,92m à 130 cm du sol, 10,75m à 80 cm, 11,70m au sol), mais encore par la hauteur remarquable, 25 à 30 mètres, qu’il a réussi à conserver au travers des siècles. Il a perdu une importante partie de lui-même, qui a laissé une ouverture béante (par ailleurs marquée par le feu) sur les deux premiers mètres de son tronc et qui pourrit lentement sur place.”

“L’âge que lui attribue le panneau de présentation tout proche [2] paraît difficilement vérifiable, mais peu importe. C’est l’un des très impressionnants châtaigniers qu’on puisse voir autour de l’arc alpin, témoin spectaculaire de l’ancestrale culture de la châtaigne dans le bassin lémanique tant français que suisse.”

Merci pour ce reportage François ! Cela fait bien longtemps que son nom hante la liste des remarquables, et je finissais par désespérer… Tes trois mesures sont fort précieuses, car cela différait selon les sources (comme souvent). Quel arbre prodigieux, et bien que durement endommagé durant la dernière décennie, mais il n’en demeure pas moins superbe pour un retraité !

Carte IGN 3528ET Morzine, GPS 322.700  / 5141.650  Alt. 470m.
Également sur carte suisse CN 1263 Evian-les-Bains, 542.710 / 139.609.)

Le châtaigner de Chastel-Arnaud (Drôme)

Grâce à l’article sur le poirier des Avondrons [1], rencontre avec un lecteur drômois qui se propose de nous faire découvrir un vieux châtaignier colosse.

“Après avoir admiré de beaux arbres en Guinée, je me promène et rencontre parfois ceux de mon département, la Drôme. Voici de plus amples informations sur le très vieux châtaigner de Chastel-Arnaud, au lieu-dit Les Bellieux. (clic les photos)

Circonférence de 9,30 m, une hauteur de 15 m, et une ramure de 22 m de diamètre.

Un vieux bonhomme au tronc bosselé qui aurait un âge compris entre 500 et 700 ans.

L’association A.R.B.R.E.S. a labellisé ce châtaignier arbre remarquable en 2003, depuis un petit panneau est venu informer les promeneurs, et l’arbre est protégé par un paratonnerre.

Merci pour la découverte de ce patriarche Jérôme ! Bon je te l’accorde, ça doit te changer des arbres d’Afrique, mais pour la Drôme il s’agit d’un arbre fantastique, un tronc fabuleux avec une écorce travaillée par les ans, et une ramure encore équilibrée. J’adore !

Quelques pistes à fouiller pour ceux qui explorent la Drôme, par ici.

Châtaignier vénérable, La Beuverie, Liré (Maine-et-Loire)

“Nous avons déjà vu que le département de Maine-et-Loire possède des châtaigniers extraordinaires à Neuillé [1] et Mouliherne [2]. Cependant, ils ne sont pas les seuls spécimens de leur espèce qui méritent le détour. Celui de Liré figure en bonne place dans ce palmarès et son aspect atypique ne manque pas de séduire quiconque à la chance de le découvrir au hasard d’une promenade.”

“Je parle de chance et de hasard car il est de ceux qui n’affichent pas leur grand âge par une frondaison gigantesque. Au contraire, il pousse caché, à l’abri des regards, au creux d’un vallon, dissimulé timidement derrière ses propres feuilles. Ainsi, me rendant au hameau de la Beuverie, ne l’ai-je pas découvert avant d’avoir cheminé longuement aux alentours. Mais comme je suis sympa, je vais vous dire par où passer pour le voir. Il suffit de prendre le chemin, non pas de la Beuverie, mais du hameau voisin nommé Chasserat. Maintenant, c’est simple, il faut suivre ce sentier sur 200m pour voir apparaître l’intéressé dans le pré à gauche.”

“Pour ma part, j’ai tout de suite été conquis par ce vieillard voûté. Quelle allure avec son fil tors et son embase très évasée et conique ! Son tronc spiralé me fait penser à un tourbillon ou bien à une flamme prise dans quelque turbulence. Cet aspect tourmenté impressionne le visiteur mais fait presque oublier le volume réel du bonhomme. Sous un feuillage qui s’étend sur à peine quinze mètres, tant en hauteur qu’en largeur, j’ai pu mesurer moyennant quelques grimpettes, une circonférence de 10 mètres à 1m30 .” (clic les photos)

“Ce châtaignier aurait été planté au XIVe siècle. Il ne possède plus guère de branches maîtresses, et l’une d’elle en mourant a induit le dessèchement d’une bonne partie du fût (ce qui permet bien de voir que le fil du bois suit une spirale), mais la souche est bien vivace et de nombreuses rameaux jaillissent tant du pied que du tronc.”

“Au passage, cette branche, qui semble assez petite par rapport à celles qui restent, avait largement 200 ans. Après avoir décliné quelque peu et perdu de sa superbe, l’arbre semble donc entré dans une nouvelle phase de son existence qui augure d’un avenir encore long.”

localisation chataignier LiréTrop content que tu aies retrouvé la trace de ce châtaignier Gilles, merci pour toutes ces photos qui nous permettent d’en faire le tour et d’admirer sa superbe silhouette. Caché en partie par ses feuilles, il doit offrir une vision bien étrange en plein hiver… Décidément, le département du Maine-et-Loire recèle vraiment de très beaux représentants de l’espèce, et il va nous falloir explorer la Dordogne, l’Ardèche et la Corse pour en trouver de semblables…

Vieux châtaignier, Dannenfels (Allemagne)

Pour la rentrée, Sisley nous emmène en vadrouille outre-Rhin.

“Après quelques semaines de non rédaction, il faut un peu que je m’y remette… Je vois que tout le monde à bien vadrouillé cet été. Pour ma part ça ne sera pas du très frais, cela remonte au mois d’avril, quand la végétation commençait son explosion de chlorophylle. Et comme mon territoire est plutôt vaste, je vous propose une petite virée sur la route de Francfort en pays germanique. Après l’autoroute, quel bonheur de s’engager vers Dannenfels, un bourg situé sur des petites collines entourées de vergers et de vignes.”

“La pluie est maintenant au rendez-vous, mais le suspens n’en est pas moins atténué. Quelques virages et nous voici à 50 m de l’ancien, une relique de châtaignier comme en voit peu par ici. C’est comme s’il s’appropriait la chaussée, mais en fait c’est plutôt les gens qui ont du perdre un peu de bitume et un pan de mur au profit du doyen.”

“Un tronc colossal et en guise de houppier une unique branche qui lui permet de satisfaire son cycle. Il vrai qu’avec  8,50 mètres de circonférence à 3,50 m / 12 m en taille et avec cinq à six siècles d’existence il impose un certain respect.” (clic les photos)

“On se demandera toutefois, ce qu’il a bien pu subir, et bien, un début d’incendie en 1849 additionné d’une tornade en 1860 qui lui a décapité une bonne partie du branchage et malgré tout, ce fruitier reste implacable face aux rouages des célestes.”

“Cette région possède les stations les plus septentrionales de châtaigniers et il est également mentionné qu’un autre de 6,50 m  en tour vit dans les vergers avoisinants, mais les circonstances non pas permis de le visiter.”

Merci pour la découverte de ce vieux tronc Sisley. Un vieux châtaignier qui a subit les outrages du temps et les rudesses du climat “nordique” au fil des siècles, qu’il devait être splendide auparavant ! Aujourd’hui lourdement endommagé, fortement élagué et même consolidé par une grosse chaine – seule cette dernière branche survivante témoigne de sa farouche envie de vivre, telle une vigie si haut dans le Nord…