Le petit arbre cultuel de Manching

Deuxième découverte archéologique liée aux celtes et aux arbres présentée sur le blog [1]. Rassembler la documentation n’a pas été simple, et c’est grâce l’équipe de la bibliothèque universitaire de Toulouse que je peux (enfin) présenter cet arbre unique.
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Il m’est agréable de faire connaître l’extraordinaire découverte qui a été faite à Manching le 30 octobre 1984, au terme de six mois de fouille. […]

L’équipe du musée put alors démonter le bloc. Et ce sont les éléments suivants qui furent dégagés :

  • Un petit arbre comprenant un tronc et une branche rectilignes, l’un et l’autre couverts de feuilles, de bourgeons et de fruits fixés sur des tiges
  • Un ardillon de fer à tête bosselée dans laquelle est engagée une large rondelle plate bordée de quatre rivets à tête plate et disposés en carré ; plusieurs autres rivets.
  • Deux anneaux de bronze
  • Une attache en forme de pontet avec ses deux rivets de fixation, en bronze et à tête plate
  • Une grande et fine plaque de bois, très abîmée, recouverte d’une tôle d’or montrant les restes d’une ornementation au repoussé, vastes compositions circulaires entremêlées et comprenant elles-mêmes de nombreux cercles marqués d’une bosse centrale.

Le petit arbre reposait sur cette garniture d’or, exactement sous l’axe longitudinal de celle-ci ; tandis que les éléments de fer et de bronze se trouvaient groupes dans la partie supérieure de cette plaque. Si l’on met de côté ces dernières pièces qui se trouvaient associées (ardillon, rivets et attaches) et qui ont un rôle probablement fonctionnels, ce sont cette tôle d’or et le petit arbre qui apparaissent comme les éléments principaux de cette trouvaille.

Si la lecture de l’ornementation sur la tôle d’or nous a causé des difficultés dont certaines n’ont pu être tout à fait surmontées, notamment en ce qui concerne les grandes compositions à motifs circulaires déjà évoquées, cependant nos efforts ont permis une restitution que l’on peut maintenant décrire.

Il s’agit donc d’un petit arbre destiné aux activités cultuelles avec des feuilles, des fruits et des bourgeons disposés sur un tronc et un rameau. La hauteur conservée de cet arbre est de 70 cm et le diamètre du tronc comme du rameau de 15 mm. L’essence de  bois avec lequel ont été confectionné le tronc et le rameau n’a pu encore être déterminé. Ces deux éléments sont recouverts d’une feuille d’or. Celle-ci paraît être entièrement ornée de cercles à point médian.

Le tronc porte neuf ensemble, feuille, fruit et bourgeon, en partie conservés. Ces éléments sont fixés sur des tiges en saillie.

La longueur des feuilles cordiformes est de 5 cm. Leurs nervures ramifiées sont partiellement apparentes. La tige, arrondie et aplatie à l’extrémité, est fixée à la feuille au moyen de deux rivets.

Les bourgeons ont une forme de massue-cône. Ils sont longs d’un centimètre et s’effilent vers le bas en courts pétioles arrondis et ajustés de sorte que le bourgeon pousse directement sur le tronc.

Triskel du medaillon - arbre ManchingLe décor concentrique de l’un des deux grands motifs circulaires – celui se trouvant en position extérieure – n’est devenu lisible qu’après le démontage des différents éléments. Un médaillon orné d’un triskèle exécuté dans le style laténien dit « plastique » a pu y être reconnu.

Il ne fait aucun doute que l’ensemble de ces trouvailles, c’est-à-dire le petit arbre avec son feuillage de facture hellénistique et la plaque revêtue d’une feuille d’or avec son décor celtique, forme une même entité fonctionnelle. La relation entre ces deux objets est prouvée par les données de la fouille mais aussi par la décoration ; les petits cercles à point médian figurent, en effet, sur l’un et l’autre. Aussi peut-on concevoir qu’ils sont l’oeuvre d’un atelier ou d’un orfèvre hellénistique même si la présence des deux styles n’est pas sans soulever d’autres questions. Le décor végétal du petit arbre de Manching est en tous points comparable à celui des couronnes antiques. Ce sont les feuilles et les fruits du lierre, du chêne, du laurier, du myrte et de l’olivier qui leur servaient de modèle. Leur utilisation, son développement et ses motivations ont été déjà suffisamment analysés. Nous soulignerons seulement qu’à l’époque hellénistique ces couronnes acquirent dans les confins de la Grande Grèce une réputation si internationale de chefs d’orfèvrerie qu’il est difficile de leur donner une origine précise.

Les représentations sur les sceaux minoens, sur les vases grecs, les peintures murales pompéiennes de tradition hellénistique ainsi que les œuvres sculptées de l’art gréco-romain témoignent abondamment, en plus des sources écrites, du caractère sacré du bosquet ou de l’arbre isolé. Dans un milieu agraire, l’arbre sacré, pouvait, autant que le bosquet ou la clairière, jouer le rôle de sanctuaire intemporel. Partie d’un lieu consacré qui symbolisait la présence de la divinité, l’arbre n’était cependant pas vénéré pour lui-même. Les sociétés paysannes préféraient des divinités de la nature, des demi-dieux, nymphes ou héros, qui leur semblaient plus proches des dieux anthropomorphes de la cité naissante.

Chez les celtes, au cours d’un véritable rite, les druides coupaient au moyen d’une faucille d’or le gui d’un chêne parce que ce parasite doué d’une particulière longévité, jouissait de la plus haute importante culturelle et personnifiait, de surcroît, la présence de la divinité dans l’arbre qu’elle envahissait C’est ce que rapporte Pleine l’Ancien dans son Histoire naturelle (Livre XVI). Récemment K. Bittel a suggéré qu’un tel rite avait pu se produire dans des nemeta, terrains sacrés parsemés d’arbres. Dans leurs études sur la mythologie et religion celtique R. Lanier et J. De Vries ont défini ce qu’étaient ces nemeta. Comme sanctuaire d’une population rurale attachée à la nature, ils sont situés généralement loin des portes des oppidias qui eux connaissent une organisation urbaine. De tels nemeta conservaient-ils les anciennes traditions indigènes, telles la vénération de divinités terrestres, le culte des morts, des ancêtres et des héros.

Évidemment on ne peut évoquer la question du culte de l’arbre sans évoquer une des scènes du chaudron de Gundestrup. Quelle que soit la signification de la cérémonie – immolation ou rajeunissement – l’arbre y apparaît bien comme un accessoire du rite.

Mais la trouvaille de Manching pose surtout le problème de la composante hellénistique. Si l’on cherche des analogies, on doit se tourner vers la production des orfèvres de Tarente. Les couronnes à feuilles sont parmi les objets les plus fabriqués, et ce pendant la plus longue période. Les couronnes découvertes dans les nécropoles de Tarente qui présentent les meilleures analogies avec l’arbre de Manching se situent dans cadre chronologique qui va des dernières décennies du 4ème au premier quart du 2ème siècle.

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Ferdinand Maier. Le petit arbre cultuel de Manching. Les sanctuaires celtiques et leurs rapports avec le monde méditerranéen. Actes du colloque de Saint-Riquier (1990). Paris, 1991 (Dossiers de Protohistoire n° 3), pp. 241-249.

Concernant les nemeta,  consulter cet article du blog « Le Nemeton et la forêt sacrée« .

Des couronnes conservées au musée archéologique de Tarente :

Gold crown of oak leaves (2nd century BC) Tarento2

Gold crown of oak leaves (2nd century BC) Tarento

Gold crown of oak leaves (2nd century BC) from Taranto – Taranto, Archaeological Museum, now at exhibition « Myth and Nature » at Archaeological Museum of Naples, until September 2016. Carlos Raso, Flicker [3][4].

5 réflexions sur “Le petit arbre cultuel de Manching

  1. ccoeurjoli

    Bonjour Krapo arboricole,

    Il semble que le lien ne fonctionne pas et que l’article n’apparaisse pas non plus !!

    Merci de ce que vous faites, c’est toujours curieux et pédagogique.

    Excellente journée. Christine Coeurjoli

  2. Bonjour,

    C’était une erreur de ma part, je blogue avec le téléphone et une connection internet H+. Et c’est plutôt chaotique…

    En tout cas, merci pour tes mots, je suis content de lire que les articles te plaisent.

    Tous mes voeux pour cette nouvelle année.

  3. Salut Gilles,

    J’essaie vraiment de publier et de donner de la matière à tous ceux qui cherchent sur les arbres ; bien content de lire tes félicitations.

    Tous mes voeux pour cette nouvelle année.

    À bientôt

  4. Ping : Index : symboles, mythes, textes divers – Krapo arboricole

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