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Comment l’évasion fiscale contribue à la surpêche et à la déforestation

Comment l’évasion fiscale contribue à la surpêche et à la déforestation @ Rachel Knaebel – Basta , 6 septembre 2018.

Deforestation argentine - Jim Wickens.jpg

La fraude et l’évasion fiscales représentent en Europe une perte de 1000 milliards d’euros chaque année ! Les révélations par la presse d’investigation des Paradise Papers, des Panama Papers, des Luxleaks ou des Swissleaks, montrent que ces pratiques d’évasion fiscales sont massives, mondiales, et concernent les milliardaires et les multinationales. En plus d’appauvrir les finances publiques – donc l’éducation, la santé ou les protections sociales des pays concernés – des Etats où ces milliards échappent à l’impôt, l’évasion fiscale à grande échelle a aussi des conséquences écologiques dramatiques à travers la planète. « De nouvelles analyses révèlent les connexions entre les paradis fiscaux et la dégradations des ressources dans la forêt amazonienne et au niveau de la pêche mondiale », souligne l’institut Stockholm Resilience Center, basé à l’université de Stockholm, qui a réalisé une étude publiée mi-août.

« La publication des Paradise Papers et des Panama Papers a rendu tout à fait clair que les paradis fiscaux peuvent causer un grand nombre d’impacts négatifs au niveau politique, économique et social », écrivent les chercheurs. Aujourd’hui, leur étude, publiée dans la revue Nature Ecology and Evolution, montre « comment les paradis fiscaux soutiennent des activités économiques qui ont aussi de graves impacts environnementaux ». Comment ont-ils procédé ? L’équipe internationale de chercheurs a examiné la provenance des capitaux étrangers qui financent les secteurs du bœuf et du soja dans l’Amazonie brésilienne [1]. L’élevage et le soja y sont les deux grandes causes de la déforestation. L’analyse montre qu’« un total de 26,9 milliards de dollars de capitaux étrangers a été transféré vers ces secteurs entre octobre 2000 et août 2011. Sur ces capitaux, 18,4 milliards venaient de paradis fiscaux ». C’est donc près de 70 % des capitaux étrangers investis dans le soja et l’élevage de bœufs qui provient de paradis fiscaux. En retraçant d’où vient cet argent de la déforestation, on remonte aux îles Caïmans, aux Bahamas, aux Antilles néerlandaises et au Panama…

Les flux de capitaux étrangers transférés de paradis fiscaux vers des entreprises des secteurs du bœuf et du soja en Amazonie brésilienne entre octobre 2000 et août 2011. Illustration : J. Lokrantz, Azote. Stockholm Resilience Center.

L’étude a aussi analysé le rôle des paradis fiscaux dans la pêche illégale. Conclusion ? « 70% des navires responsables de la pêche illégale, et pour lesquels des informations sont disponibles sur leur pavillon de rattachement, naviguent sous un pavillon domicilié dans un paradis fiscal, en particulier à Belize et au Panama. » Le Panama est le premier pays pour les pavillons dits de complaisance, où peuvent être immatriculés des navires sans que ni l’armateur ni l’équipage n’aient de lien avec le territoire (lire notre article Sur les océans, comment les marins subissent de plein fouet les vagues de la dérégulation). Dans le secteur maritime, les pavillons de complaisance permettent aux armateurs de payer moins d’impôts, d’échapper au droit du travail et aux réglementations en matière de sécurité.

Les chercheurs de l’institut suédois soulignent donc que cette pratique contribue aussi à la pêche illicite et, ainsi, à l’épuisement des ressources naturelles. « Notre analyse montre que le recours aux paradis fiscaux n’est pas seulement un défi socio-politique et économique, mais aussi une enjeu environnemental », écrit l’auteur principal de l’étude, Victor Galaz. Pour lui, il est temps que la communauté internationale mette la question des paradis fiscaux à l’agenda du programme de l’ONU pour un développement soutenable [2].

Catégories :Revue de presse
  1. martine
    4 octobre 2018 à 17:42

    Merci pour cet article. Même sans avoir de page facebook, je vais le diffuser le plus largement possible.

    Permettez-moi de mettre un lien un peu hors du sujet, encore que… Il s´agit de cet appel lancé il y a quelques semaines à l´initiative de Fabrice Nicolino, « Nous voulons des coquelicots », et qui veut rassembler massivement les citoyens dans le refus absolu des pesticides, cet « Empoisonnement universel », le titre de l´un des ouvrages de Fabrice Nicolino sur ce thème.
    Signez l´appel, participez aux rassemblements, il faut enfin agir.
    https://nousvoulonsdescoquelicots.org/
    Parlez- en autour de vous.

  2. 7 octobre 2018 à 10:19

    « Donc, les pesticides, c’est un système, ça ne finit jamais. La bataille est perdue d’avance si on ne remet pas en cause le système dans sa globalité. Il y a toujours d’autres produits pour remplacer ceux qui sont interdits après avoir fait des désastres monumentaux. Ou on attaque le système des pesticides, ou on se condamne à des campagnes perpétuelles, perpétuellement perdues. Au Grenelle de l’environnement, il a été décidé de diminuer de 50 % l’usage des pesticides, cela a coûté des milliards d’euros et pourtant, la consommation de pesticides a augmenté de 20 %. C’est un système pratiquement indestructible, qui est enraciné dans l’appareil d’État, qui a le soutien du ministère de l’Agriculture, d’une partie de l’Inra, de la FNSEA [Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, principal syndicat d’agriculteurs].

    Il faut changer d’état d’esprit. On s’est tellement pris de coups sur la gueule depuis des décennies, on est allé si loin dans la destruction des formes de vie qu’il n’est que temps de réagir et d’unir toutes les forces disponibles pour gagner, pour abattre ce système des pesticides par l’affirmation d’une société vivante. »

    https://reporterre.net/Fabrice-Nicolino-Contre-les-pesticides-c-est-maintenant-ou-jamais

  3. 7 octobre 2018 à 10:22

    https://www.liberation.fr/direct/element/lonf-interdit-le-glyphosate-dans-les-forets-publiques_88270/

    « Dans une note de service datée du 2 octobre 2018, l’Office National des Forêts (ONF) annonce «qu’à compter de [cette] date, la gestion pratiquée par l’ONF exclut totalement toute prescription et tout usage du glyphosate dans les forêts publiques». Cette annonce fait suite à la révélation cet été de plusieurs cas d’utilisation du glyphosate en forêt, notamment dans les Landes. Le glyphosate est une substance active utilisée dans de nombreux pesticides comme le célèbre Round up de Bayer (qui a racheté Monsanto). Il a été déclaré cancérigène probable pour les humains et les animaux par l’Organisation mondiale de la santé. Aujourd’hui, plus de 70 herbicides sont autorisés dans les forêts comme le Fusilade Max, le Tchao Plus ou encore le Barbarian. »

  4. 7 octobre 2018 à 10:25

    Cependant…

    https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/pesticides/glyphosate/plus-de-70-pesticides-et-herbicides-sont-toleres-dans-les-forets-deplore-l-association-les-amis-de-la-terre_2919341.html

    L’ONF utilise du glyphosate ?

    Bien sûr. Il y a plus de de 70 pesticides et herbicides qui sont aujourd’hui acceptés dans les forêts françaises. C’est un sujet dont on parle peu. Il faut même savoir, et cela nous scandalise encore plus, que l’utilisation de ces pesticides est aujourd’hui reconnue comme une pratique durable, certifiée notamment par le label PEFC [Programme for the endorsement of forest certification], qui certifie la plupart des forêts françaises. Ce label continue de tolérer l’utilisation de pesticides et de glyphosate !

    Comment est-ce possible ?

    Tout simplement parce que c’est un sujet dont on parle peu. La forêt, malheureusement, intéresse peu. On a l’impression que ce qui s’y passe fait partie soit des forêts privées et relève de la responsabilité privée, soit il est très difficile de dialoguer avec l’ONF. C’est tout le travail qu’on essaie de faire avec des collectifs citoyens qui s’organisent, au sein de SOS Forêt, où on veut pouvoir débattre de ces sujets de société (…) Il n’y a aucun système centralisé qui permette de se rendre compte de l’ampleur du problème. Les seuls éléments d’informations qu’on a c’est la liste des pesticides homologués qui sont tolérés dans les forêts.

  5. 20 juin 2019 à 16:48

    https://lareleveetlapeste.fr/en-dix-ans-50-millions-dhectares-de-forets-ont-ete-detruits-par-les-entreprises-qui-setaient-engagees-a-zero-deforestation/

    En dix ans, 50 millions d’hectares de forêts ont été détruits par les entreprises qui s’étaient engagées à « zéro déforestation »

    « Ces entreprises détruisent l’avenir de nos enfants en nous entraînant vers un effondrement climatique et écologique. Ils ont perdu dix ans en demi-mesures et, pendant ce temps-là, de vastes régions du monde sauvage ont été détruites. Ils devraient actuellement être en gestion de crise, et au lieu de ça leur seule stratégie est de faire croître toujours plus la demande de produits qui détruit toujours plus les forêts », a déclaré Anna Jones, responsable du projet mondial sur les forêts de Greenpeace UK.

    Les grandes déclarations s’enchaînent mais les actes ne suivent pas. C’est ce que dénonce le rapport « Compte à rebours jusqu’à l’extinction » de Greenpeace International. En 2020, 50 millions d’hectares de forêts auront été détruits par les entreprises qui s’étaient engagées à un objectif « zéro déforestation » en… 2010.
    Dix ans et aucun progrès. A l’occasion du forum mondial du « Consumer Goods Forum », Greenpeace International s’est penché sur le cas des entreprises qui s’étaient engagées à un objectif « zéro déforestation » pour 2020 à travers un « sourcing responsable » de leurs approvisionnements. Colgate-Palmolive, Danone, IKEA, Kellogg, L’Oréal, Mars, Nestlé, PepsiCo, Procter & Gamble, Unilever : aucune de ces multinationales n’a tenu ses engagements pris en 2010.

    Avec un titre éloquent, le rapport « Compte à rebours jusqu’à l’extinction » est publié à 200 jours de la date limite de leur engagement pour un constat accablant : loin du zéro déforestation, 50 millions d’hectares de forêt ont été défrichés, soit une superficie deux fois plus grande que le Royaume-Uni, pour du soja, l’huile de palme, du caoutchouc, du cacao et l’élevage industriel.

    « Ces entreprises détruisent l’avenir de nos enfants en nous entraînant vers un effondrement climatique et écologique. Ils ont perdu dix ans en demi-mesures et, pendant ce temps-là, de vastes régions du monde sauvage ont été détruites. Ils devraient actuellement être en gestion de crise, et au lieu de ça leur seule stratégie est de faire croître toujours plus la demande de produits qui détruit toujours plus les forêts », a déclaré Anna Jones, responsable du projet mondial sur les forêts de Greenpeace UK.

    Depuis 2010, la production et la consommation de produits agricoles liés à la déforestation – notamment le bétail, le soja, l’huile de palme, le caoutchouc et le cacao – ont considérablement augmenté et continuent d’augmenter. 80 % de la déforestation mondiale est le résultat direct de la production agricole, libérant des émissions climatiques équivalentes à celles du Japon, de l’Allemagne et du Royaume-Uni combinés.
    Le rapport indique ainsi que les superficies de cultures de soja au Brésil ont augmenté de 45 % et la production d’huile de palme en Indonésie de 75 %. L’agriculture industrielle est également la principale cause de destruction de l’habitat des espèces.

    Parmi la cinquantaine d’entreprises auxquelles Greenpeace a écrit pour en savoir plus sur les « bonnes pratiques » mises en place pour respecter leurs engagements, pas une seule n’a donné une réponse à la hauteur des enjeux. Pire, toutes les marques qui ont révélé leurs fournisseurs s’approvisionnent auprès des négociants en matières premières Bunge ou Cargill, connus pour acheter du soja à des entreprises agroalimentaires accusées d’accaparement de terres et de la destruction du Cerrado brésilien, la savane la plus riche en ressources fauniques au monde.

    Environ 90 % du soja est utilisé pour nourrir les animaux afin de produire de la viande et des produits laitiers. Pourtant, aucune des entreprises avec lesquelles Greenpeace a pris contact n’inclut les aliments pour animaux dans leurs rapports de déforestation. Ils ne connaissent pas la quantité de soja utilisée pour l’alimentation animale, encore moins sa provenance. Alors que la consommation de produits issus des animaux devrait décroître drastiquement, les estimations de la FAO estiment qu’au contraire la consommation de viande devrait augmenter de 76 %, la production de soja de près de 45 % et l’huile de palme de près de 60 %, nous entraînant dans une spirale infernale production / destruction / consommation.
    En octobre dernier, le GIEC a reconnu que la refonte du système alimentaire visant à assurer la protection des forêts est un élément essentiel de la lutte contre la crise climatique. Tandis qu’en mai, la plate-forme intergouvernementale des politiques scientifiques sur la biodiversité et les systèmes écosystémiques (IPBES) a mis en garde l’humanité qu’elle fera elle aussi partie de la sixième extinction de masse, si rien n’est fait pour restaurer et protéger la nature.

    « Notre message aux entreprises est simple : faites évoluer votre modèle pour éviter les perturbations climatiques et écologiques, et réduisez vos activités. », a déclaré Anna Jones, responsable des forêts à Greenpeace UK.

    Crédit Photo à la une : RAPHAEL ALVES / AFP

  1. 8 septembre 2018 à 09:03

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