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L’arbre Peridexion

Partons sur la trace de Peridexion, un autre arbre légendaire médiéval [1]. Largement décrit et enluminé depuis le XIIIe siècle, cet arbre nommé également Zilanim poussait en Inde. Les interprétations divergent quand à sa signification.

Certains y ont vu une représentation du Saint-Esprit veillant sur les âmes persécutées par les démons. D’autres rapprochent cette symbolique d’anciennes croyances de l’Inde védique…

Bodleian Library, MS. Douce 88, Folio 22r

« Un bestiaire chrétien de l’Antiquité tardive, le Physiologus Latina, parle d’un arbre aux fruits délicieux, situé en Inde, abritant des colombes assiégées par un dragon. Les colombes se déplacent au gré des mouvements du soleil pour rester à l’ombre salutaire qui leur offre toujours un repère contre les attaques du dragon. Les mystiques chrétiens, bien au-delà du Moyen-Âge, utiliseront le même verbe pour parler de l’action des anges gardiens et d’autres esprits qui veillent au dessus de nous. »

(La lettre clandestine n°16, Collectif, Voltaire et les manuscrits philosophiques clandestins, 2008, pp. 90-91.)

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« Il y a un arbre qui a la feuille longue de deux coudées, semblable à une feuille d’autruche. Peridexion à le fruit agréable aux pigeons, l’ombre de l’arbre est contraire aux serpents, cela fait qu’ils s’en retirent. »

(Les histoires d’Antoine de Fumée, Chevalier, Seigneur de Blandé, 1574, p.171.)

« Sur le rapport entre le symbolisme des oiseaux et celui de l’arbre dans différentes traditions, voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. III, où nous avons relevé à cet égard divers textes des Upanishads et la parabole évangélique du grain de sénevé ; on peut y ajouter, chez les Scandinaves, les deux corbeaux messagers d’Odin se reposant sur le frêne Ygdrasil, qui est une des formes de l’« Arbre du Monde ». Dans le symbolisme du moyen âge, on trouve également des oiseaux sur l’arbre Peridexion, au pied duquel est un dragon ; le nom de cet arbre est une corruption de Paradision, et il peut sembler assez étrange qu’il ait été ainsi déformé, comme si l’on avait cessé de le comprendre à un certain moment. »

(René Gueunon, Le symbolisme de la croix, 1931, p.62.)

« Le passage suivant de l’Ornithologie d’Aldrovandi : « Peridexion, inquiunt, arbor est in India, cujus fructus dulcis est, et gratus columbis, cujus gratia in hac arbore diversari solent. Hanc serpentes timent, adeo etiam ut umbram ejus fugiant. Nam si umbra arboris ad orientem vertatur, serpentes ad occidentem recedunt et e diverso. Itaque vi hujus arboris serpentes columbis nocere non possunt. Si qua autem forte aberraverit, serpentis flatu attracta, devoratur. Nam si gregatim degant, aut volitent, nec serpens nec ocypteros (id es sparverius), eas laedere potest vel audet. Hujus arboris folia aut cortex suffitu omne malum avertunt. » Il s’agit évidemment ici de l’arbre sacré hanté par les kapotâs, ou colombes, qui mangent les doux fruits du pippala védique. »

Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes ou légendes du règne végétal Tome II, p.147.

Catégories :Fables...
  1. 12 janvier 2018 à 12:17

    L’arbre Peridexion à également été nommé Zilanim.

    Juan Gil de Zamora (1240-1318) évoque l’arbre Zilanim dans :
    « Liber contra venena et animalia venenoza »

    « est arbor zilanim
    quam dracho timere consueuit et fugere, in cuius fructu delectantur columbe.
    Et si arboris umbra uenit ad orientem dracho hgit ad occidentem,
    et si uenerit ad occideiltem dracho fugit ad orientem.
    Sic itaque columbis insidiatur et ipsas interficit et deuorat cum ab arbore separantur.
    Remedia sunt que de anguibus dicta fuere. »

    Voir nouvelle traduction (thèse avec annotation) de Candida Ferrero Hernandez (p.118)

    Vincent de Beauvais parle d’un arbre Zilanim en 1591 dans :
    « Speculi majoris vincentii Burgundi Belvacensis Tome 4 – p.251)

    « Est arbor zilanim quam draco timere consueuit, & fugere, in cuius fructu delectantur columba »

  2. 15 janvier 2018 à 09:54

    Angelo de Gubernatis, Mythologie zoologique ou les légendes animales :

    Le Rigveda nous montre la colombe funèbre, la colombe grise ou brune, messagère des ténèbres de la nuit ou de l’hiver. En la voyant associée au hibou dans un hymne védique, on supposa qu’il s agissait d’un autre oiseau que la colombe et les traducteurs reconnaîtraient plus volontiers dans le kapota védique, le turdus macrourus que la colombe; mais cette interprétation me paraît inadmissible, car le kapota paraît être un oiseau domestique et qui s’approche de la demeure des hommes, habitude que n’ont pas les grives et qui convient aux colombes.

    Au soixante-cinquième hymne du dixième livre du Rigveda, on exorcise le kapota comme messager de la funèbre Nim’ti, de la mort et de Yama, le dieu de la mort, afin qu’il ne cause point de mal. « Sois-nous propice, » s’écrie le poète, « sois nous propice, Kapota rapide (ou messager); que l’oiseau, ô dieux, nous soit inoffensif dans nos demeures.
    Quand le hibou jette son cri lugubre, quand le Kapota touche le feu, honneur soit rendu à Mn’tyu, à Yama, dont il est le messager » Il faut aussi considérer comme des oiseaux de mauvais présage les colombes qui fuient les malheureux dans le Pancatantra*.
    Dans la légende buddhiste de la colombe poursuivie par le faucon (le faucon porte aussi en sanskn’t le nom de kapotâri, c’est-à-dire l’ennemi des colombes) et du roi qui se sacrifie pour rester fidèle à sa parole, relatée au chapitre du Faucon, celui-ci est une forme que prend Indra, et la colombe est celle d’Agni, le dieu du feu.
    La même légende se retrouve dans le Tuti-Namé, avec cette variante que le vautour prend la place du faucon, et Moïse celle du roi buddhiste. Afin de remplir les devoirs de l’hospitalité, Moïse coupe un morceau de sa chair d’un poids égal à celui de la colombe, pour le donner au vautour, qui prend par plaisanterie cette même partie du corps du héros que la haine de race et le fanatisme religieux firent exiger sérieusement de son débiteur par le Juif de Venise immortalisé par le génie de Shakspeare.
    Dans d’autres versions indiennes de la même légende du héros qui se sacrifie, nous trouvons (dans le Pancatantra) deux colombes qui se sacrifient l’une pour l’autre ; deux colombes qui s’aiment (dans le Tuti-Namé ce sont deux tourterelles).

  3. 15 janvier 2018 à 10:36

    Quel arbre étrange !

    Cet arbre est certainement un mythe indien (en partie incompris) déformé au gré des traductions et par le fil des ans…

    Alexandre s’etait rendu jusqu’aux confins de l’inde, et Onesicriste s’est fait conté leurs mythes par les gymnosophistes.

    Le nom zilanim semble indiquer une origine arabe de cet arbre mythique peut-être propagé depuis l’Inde par les voyageurs arabes ou perses ?

  4. martine
    16 janvier 2018 à 17:41

    Merci pour ces articles passionnants si riches d´informations toutes plus intéressantes les unes que les autres.

  5. 17 janvier 2018 à 16:01

    Avec plaisir !

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