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Culte des arbres – Éthiopie

Culte des arbres Ethiopie

Le peintre a représenté une scène de culte aux esprits des arbres nommée adbar et pratiquée, ici, par des chrétiens orthodoxes. Une femme oint de beurre un arbre pendant qu’un homme verse à son pied le sang d’une chèvre sacrifiée pour l’occasion. Une grande tablette pour le café est disposée au pied de l’arbre, révélant la dimension sociale et domestique de ce culte aux esprits de protection puisque le café est au centre de nombreuses interactions. Tout autour, on s’affaire à préparer un banquet et à le déguster : viande, bière, café, galettes de blé, fèves bouillies (nefro) sont au menu.

Exposition « Étonnante Éthiopie ». La peinture éthiopienne de style traditionnel ou « bahelawi ».

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Jardin d’Église en Ethiopie centrale – Les arbres-tombes

Tandis que certains membres de la communauté ont opté pour la tombe en pierre d’autres ont choisi de perpétuer la coutume qui consiste à recueillir un jeune plant d’olivier ou de genévrier dans une forêt voisine pour le transplanter à l’endroit des corps ensevelis. Les pierres qui dessinent la forme elliptique des tombes protègent les jeunes plants. La pratique est à l’origine des grands genévriers et oliviers que l’on observe actuellement. On les appelle màqaber zaf, « arbre-tombe » ou hawelt, « statue » ou « stèle funéraire ». La plupart sont la mémoire de notables de la paroisse morts pendant les guerres qui opposèrent l’empereur Téwodros à Haylâ Mâlâqot, fils du roi Sahlâ Sellasé. D’autres plus anciens remonteraient à l’époque où l’église siégeait en contrebas.

Ces grands arbres protègent le bâtiment des vents violents. Investis de l’esprit de Saint Mikaél et de Dieu, ils représentent aussi une protection symbolique contre les esprits malveillants. Leur disposition est loin d’être le fruit du hasard. Les prêtres choisissent l’emplacement des tombes et dictent par cette action l’aménagement de l’ased. Il a ainsi été décidé que les prochaines sépultures seraient installées dans la partie sud du territoire, dénuée d’arbre.

Après les obsèques, à plusieurs reprises et pendant sept ans la famille vient se recueillir sur la tombe et implorer le salut du défunt. Les prêtres qui dirigent les prières et les amis sont invités à se rassembler dans l’un des petits abris en bois construits à cet effet. C’est l’occasion de manger et de boire ensemble et pour la famille de garder en mémoire l’emplacement de la tombe.

Durant ces premières années, les parents en deuil s’occupent de nettoyer l’espace qui leur a été attribué, mais rapidement l’activité revient à une autre personne. Il s’agit du « gardien de l’extérieur », yàweçç zàbànna, portant également le titre de dàbtàra. Ce dernier est en charge de l’entretien de la végétation de la deuxième enceinte de Vased. Le sol retourné lors des inhumations offre une bonne terre, il sera réparti aux pieds de plusieurs jeunes plants. Collecter les branches qui se cassent et couper les arbres morts fait aussi partie des attributions de ce dâbtàra. Le bois collecté alimente Pâtre du monastère situé à proximité, il sert aussi à l’éclairage et aux fumigations.

Au quotidien, les fidèles n’ont pas droit à de tels prélèvements. Après un rituel d’exorcisme, ceux qui pratiquaient des cultes aux esprits malveillants peuvent simplement venir suspendre aux branches des arbres-tombes leurs anciens objets fétiches. L’intervention directe sur la végétation de Yased exige en revanche une certaine élévation spirituelle. C’est dans un état de pureté atteint par le jeûne et la prière, au terme d’un pèlerinage par exemple, que les fidèles sont autorisés à recueillir certains végétaux. Les mousses ou les lichens qui poussent sur les vieux oliviers et genévriers, nommés les « vêtements de l’arbre », yàzaf lebs, sont très recherchés pour des fumigations réalisées dans le cadre de rites de guérison ou de purification.

C’est à certains membres du clergé que l’on doit l’essentiel des prélèvements réalisés dans la deuxième enceinte de Yased. Ils sont prêtres, moines et surtout dâbtàra. Outre les fonctions que ces derniers exercent au sein de l’église, beaucoup d’entre eux sont thérapeutes et pour quelques-uns, l’activité médicale représente la seule source de revenus14. Aidés des membres de leur ordre (le gardien de l’église et celui du jardin), ils font de Yased leur réserve de plantes magico-médicinales.

Les prêtres et les dâbtàra trouvent les plantes de leurs préparations magico-médicinales sur les monticules de terres recouvrant les morts. Les végétaux utiles à leur activité doivent provenir de lieux que le profane ignore. Le paroissien croit pour sa part à l’interdiction de consommer ce qui a poussé sur les corps décomposés. Les végétaux des dâbtàra se trouvent ainsi bien protégés.

Du point de vue du thérapeute, chacun des arbres, arbustes et herbacées présents dans cette deuxième enceinte offre un intérêt spécifique qui légitime leur conservation mais aussi la sélection des espèces qui fournissent les produits recherchés. Les plantes croissant sur les tombes ont été semées, plantées ou entretenues quand elles étaient issues de la flore spontanée. Considérant les arbres-tombes, ces derniers peuvent aussi faire l’objet de nombreuses utilisations. Ainsi des fruits du Podocarpus gracilior s’extrait une huile médicinale qui nous a été signalée comme la panacée des maux se rapportant aux oreilles (troubles auditifs, douleurs diverses). L’olivier est l’arbre de l’onction : de son bois, s’extrait une huile sacrée dont seuls quelques moines spécialisés possèdent le secret de la préparation. Elle était jadis employée à la consécration des rois et des empereurs et s’utilise toujours dans l’ordination des religieux. Elle s’employait aussi beaucoup pour l’éclairage des églises lors des offices nocturnes. Enfin, le bois de l’arbre s’utilise en fumigation pour des rituels de purification ou comme offrande adressée aux esprits.

Chouvin Élisabeth. Jardin d’Église en Ethiopie centrale. Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, 41ᵉ année, bulletin n°2,1999. pp. 110-112.

Catégories :Culte des arbres, Ethiopie
  1. 29 décembre 2017 à 15:04

    Forêt sacrée nord de l’Éthiopie :

    Vue aérienne (drone) :

  2. 29 décembre 2017 à 15:20
  3. yanick
    29 décembre 2017 à 16:46

    Salut Christophe,

    Chouette article et bel découverte que ces cimetières arborés d’Éthiopie dont j’ignorais l’existence.
    En lisant l’article, je m’attendais plus à un jardin de plantes herbacées ou de simples. Ces arbres qui empêchent les prières de se perdre dans le ciel sont vraiment une bénédiction au milieux de ces paysages arides.

    Je te souhaite de bonnes fêtes de fin d’année.

    BeeZoo

  4. 29 décembre 2017 à 17:36

    Salut Yanick,

    Je ressors quelques trucs des tiroirs…
    Ces Church Forest mériteraient un article, c’est passionnant !

    Bises à vous trois

  5. 29 décembre 2017 à 20:01

    Comme des colliers, les forêts de l’Église ornent les lieux de culte en Ethiopie. Les communautés locales sont d’avis que leur présence est vitale, car elles empêchent les prières de se perdre dans le ciel. La protection de ces forêts est désormais considérée non pas comme un simple exemple de foi, mais comme une solution durable pour protéger l’écosystème et la biodiversité de ce pays aride.

    Ce mélange exquis de la foi et de la science offre à l’Ethiopie l’espoir de prospérer. Le pays est doté d’une flore et d’une faune endémiques uniques ainsi que des ressources qui demandent à être protégés, d’autant plus que moins de 5% du territoire du pays représente les forêts. L’Ethiopie a pris la même tendance que de nombreux pays en voie de développement, où d’immenses étendues de forêts luxuriantes ont été remplacées par des terres pour faire prospérer l’agriculture, et que les arbres y ont été continuellement abattus pour le bois.

    Les forêts de l’Église sont plus concentrées dans le nord de l’Ethiopie, où elles embellissent quelques 3 500 Églises orthodoxes Tewahido. Les populations locales croient fermement qu’ils devraient préserver les bois autour de ces lieux de culte qui abritent divers animaux considérés comme des créatures de Dieu. La tradition de sauvegarder les forêts autour des lieux de culte a été initiée il y a des centaines d’années dans le but d’imiter le jardin d’Eden.

    Les forêts de l’Église peuvent s’étendre de cinq hectares à plus d’un millier d’hectares, formant des ceintures vertes autour des églises. Certaines d’entre elles- les restes des forêts afromontanes- ont résisté à l’âge et ont plus de 1 500 ans. Rafraîchissantes et humides, elles abritent, en outre, des sources d’eau douce ainsi que des sanctuaires spirituels destinés aux communautés locales. Ces dernières puisent également des plantes médicinales de ces bois.

    Les écologistes, quant à eux, perçoivent les forêts de l’Église comme des banques de semences massives pour les plantations futures alors que les prêtres ont une approche spirituelle en ce qui concerne leur conservation.

    Les deux partagent la même vision et la même mission qui est de préserver ces bois qui se targuent d’une biodiversité richissime. Ce paysage sacré est également l’habitat de nombreuses espèces menacées. Aujourd’hui, les écologistes travaillent conjointement avec les prêtres pour construire des murs de pierre autour des forêts de l’Église pour veiller à ce que personne ne coupe les arbres et pour empêcher le bétail d’endommager cet espace.

    La régénération des arbres est aussi envisagée grâce aux transplantations. Les équipes travaillent également sur les moyens pour relier les forêts de l’Église par des « corridors » verts le long des lignes naturelles existantes ce qui facilitera le développement d’encore plus de zones vertes. Les prêtres sensibilisent, en outre, les habitants pour qu’ils fassent un meilleur usage des produits dérivés des forêts et pour qu’ils contrôlent certaines activités telles que la fabrication de colorants qui est menée depuis des siècles.

    À une époque où les forêts de l’Église peuvent être considérées comme des ressources faciles et de ce fait, attirer l’exploitation, il est important que les gens comprennent la nécessité de protéger ces bois. On enseigne donc aux communautés locales qu’il est tout aussi primordial de maintenir la santé écologique des arbres que d’assurer leur nombre.
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    Des millions d’arbres plantés

  6. yanick
    30 décembre 2017 à 15:47

    Trouvé ces 4 photos sur panoramio situées à une centaine de kilomètres au sud d’Addis-Abeba. Sauvegarde les car google supprime toutes les photos Panoramio qui doit bientôt disparaitre. Je suis bien embêté car j’en avais repéré des milliers sur l’ensemble de notre belle planète avec Google Earth. Impossible de tout sauvegarder je n’aurai jamais le temps. Ne me restera plus que les géolocalisations. Enfoirés de Google!
    http://www.panoramio.com/photo/31245677?source=wapi&referrer=kh.google.com#
    http://www.panoramio.com/photo/4678330?source=wapi&referrer=kh.google.com
    http://www.panoramio.com/photo/16703137?source=wapi&referrer=kh.google.com
    http://www.panoramio.com/photo/1743399?source=wapi&referrer=kh.google.com#

  7. 30 décembre 2017 à 19:32

    Une carte disponible avec une trentaine de forêts localisées
    https://treefoundation.org/projects/church-forests-of-ethiopia/

  8. 30 décembre 2017 à 19:56

    Un documentaire sorti en 2017 (1h15) trailer

    http://churchforest.com/

    L’Église de la Forêt montre le riche héritage ainsi que l’avenir incertain des forêts sacrées de la Région montagneuse éthiopienne. Dans ces bosquets mystérieux, le visionneur rencontre des moines dévoues aux scientifiques exotériques, Les histoires personnelles, les Écritures saintes religieuses et les hypothèses scientifiques se combinent dans cette rêverie kaléidoscopique de l’homme et de la nature.
    http://fifp.fr/portfolio/church-forest/

  9. 31 décembre 2017 à 17:26

    Le documentaire « A Thousand Suns » raconte l’histoire du peuple Gamo de la Vallée du Rift africaine et la vision du monde unique de ce peuple. Cette région isolée est restée remarquablement intacte à la fois biologiquement et culturellement. Elle est l’une des régions rurales les plus densément peuplées d’Afrique et pourtant ses habitants pratiquent une agriculture durable depuis 10.000 ans. Prises de vue en Ethiopie, de New York et du Kenya, le film explore le sens de séparation et la supériorité sur la nature et comment la vision du monde interconnecté du peuple Gamo est fondamentale pour assurer la durabilité à long terme intenable du monde moderne, à la fois dans la région et au-delà.

    Rien à voir avec les forest church, mais plus avant sur les écosystèmes éthiopiens. ..

  1. 30 décembre 2017 à 18:00

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