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Amazonas : un exemple de lutte contre la déforestation

La déforestation est la conversion de zones boisées en champ d’agriculture. Plus du cinquième de la forêt amazonienne a déjà été détruit, et celle qui reste est menacée. En l’espace de seulement dix ans, la surface de forêt perdue en Amazonie atteint entre 415 000 et 587 000 km² (la France a une superficie totale de 547 030 km2) avec la majeure partie de forêt perdue servant à produire de la nourriture pour le bétail. Mais il reste une lueur d’espoir.

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« Amazonas : un exemple de lutte contre la déforestation » © Un article d’Alice Bomboy publié sur le site Sciences Actualités, mars 2010.

Rémunérer les pays pour qu’ils protègent leurs écosystèmes forestiers. Ce processus, envisagé lors de la Conférence internationale de Copenhague en décembre dernier, est déjà appliqué par l’État d’Amazonas, au nord-ouest du Brésil, pour tenter d’enrayer la déforestation. Reportage.

  • L’Amazonas, grand comme 2,2 fois la France

Le plus important État brésilien couvre plus d’un tiers de l’Amazonie brésilienne. Sur ces terres, perdues à l’extrême nord-ouest du Brésil, la forêt a perdu 604 km2 en 2008, soit 2% de sa surface. Un taux qui relève pourtant… de l’exploit : dans l’État voisin du Mato Grosso, 3 258 km2 de forêts disparaissaient la même année et, dans le Pará, 5 606 km2. Soit l’équivalent de près de 680 000 terrains de football… Le secret de l’Amazonas ? Une politique forestière originale avec un État qui a presque doublé la surface de ses aires protégées en sept ans : elles couvrent aujourd’hui plus de la moitié de son territoire.

Le point fort de l’Amazonas, c’est qu’il expérimente des initiatives locales, à petite échelle, directement inspirées du processus REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation). Celui-ci, discuté pendant la Conférence internationale sur le climat, en décembre 2009 à Copenhague, prévoit de rémunérer les pays comme le Brésil pour qu’ils protègent leurs forêts au lieu de les exploiter. Le but : conserver le stock immense de carbone « séquestré » dans la forêt amazonienne et, par là-même, lutter contre le réchauffement climatique. Les forêts constituent en effet des réservoirs naturels de carbone. Par le processus de photosynthèse, les arbres absorbent le C02 contenu dans l’atmosphère et le conservent sous forme de carbone : on parle de « puits de carbone », qui participent à réduire la quantité de CO2 atmosphérique.

  • Une bourse pour protéger la forêt

Direction Manaus, capitale de l’Amazonas, où se concentrent pratiquement toutes les activités économiques et industrielles de l’État. Ici, les usines et les immeubles façonnent la ligne d’horizon et côtoient toujours d’un peu plus près la forêt. Bientôt, un immense pont traversant le Río Negro va même relier ce centre névralgique à la rive opposée, que l’on mettait jusqu’alors deux heures à rejoindre en bateau. De l’autre côté, vivent les membres de la communauté Saracá.

À cause du danger que représente cette future liaison avec la ville, qui pourrait amener toujours plus de coupeurs de bois sur cette terre préservée, ce petit village peuplé par des « Caboclos » (mixité entre les « Blancs » et les « Indiens ») fait désormais partie de l’une des 41 aires protégées de l’État.

Et les populations locales se sont elles-mêmes engagées pour leur forêt en adhérant au projet Bolsa Florestal (bourse forestière). « Les familles sont rémunérées pour ne pas couper les arbres », explique Belisário Arce, de la Fundação Amazonas Sustentáve, la structure gérant, pour le gouvernement, le projet Bolsa Florestal. Désormais, plus question de toucher à tout va à la forêt primaire, que ce soit pour vendre du bois ou pour ses propres besoins. Seules certaines zones peuvent être exploitées, afin de pourvoir au bois de chauffage et de cuisson. L’emploi de bois mort ou des restes des récoltes est aussi optimisé. Outre cette rémunération familiale, la communauté perçoit également des bourses lui permettant d’améliorer les conditions de vie au village et de développer des activités durables.

  • Impliquer les populations locales

« L’intérêt de ce projet est qu’il fait appel à des outils adaptés aux besoins des populations qui vivent au contact de la forêt. À long terme, un afflux massif d’argent ne rendrait pas service à ces villages. Mais ces bourses forestières leur donnent des perspectives de se développer autrement, en étant moins liés à l’exploitation de la forêt et en respectant plus leur environnement », estime Valérie Merckx, spécialiste des négociations internationales sur le changement climatique pour l’Union européenne. À la FUNAI (Fondation nationale de l’Indien), à Manaus, cet avis est partagé. Car l’enjeu est bien évidemment de parvenir à concilier nouvelles pratiques et traditions dans ces réserves. Les habitants y ont déjà de bien maigres moyens de subsistance, vivant de la pêche, de la chasse et de l’agriculture à petite échelle. Ils font aussi parfois le commerce de leurs excédents de pêche ou de récolte, ainsi que de leurs réalisations artisanales, dont les échoppes et les marchés de la capitale regorgent. Mais sans possibilité d’utiliser du bois pour préparer à manger, comment continuer à perpétuer ce mode de vie ?

La bourse forestière est essentielle : en permettant d’acheter des moyens de chauffage alternatifs (gaz pour la cuisson des aliments), elle permet aussi aux villageois de rester en forêt et de ne pas être contraints de tenter leur chance en ville. Reste que la faible somme mensuelle allouée (50 réals par mois et par famille, soit environ 20 euros) inquiète la FUNAI. Le gouverneur de l’État, Eduardo Braga, l’admet : « Bien sûr que ce n’est pas assez. Pour atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés, qui est de tomber à 0% de déforestation dans les zones protégées d’ici à 2030, il faudra que nous augmentions nos fonds, à la fois pour qu’ils suffisent aux populations, mais aussi pour qu’ils bénéficient à plus de personnes. Nous devons multiplier notre budget par 10 ! » 6 050 familles, réparties dans tout l’Amazonas, bénéficient pour l’instant de cette bourse forestière.

  • Des fonds privés pour lutter contre la déforestation

Pour s’affranchir de ce problème de financement, les projets environnementaux menés en Amazonas font surtout appel à des bailleurs privés. La banque Bradesco et la firme Coca Cola participent ainsi chacune à hauteur de 20 millions de réals (7,8 millions d’euros) au soutien de la Bolsa Florestal. Une autre initiative, appelée « REDD-JUMA », menée dans la réserve de Juma, près de la municipalité de Novo Arijuana, bénéficie quant à elle d’un million et demi d’euros versés par la chaîne d’hôtels Marriot qui souhaite ainsi « compenser » ses émissions de carbone : la préservation des 600 000 hectares de la réserve pourrait permettre d’éviter l’émission de 3,6 millions de tonnes de CO2 entre 2006 et 2016, selon les promoteurs de cette initiative. Un financement qui n’est pas sans rappeler celui envisagé pour financer à plus large échelle le processus REDD de l’ONU.

Les tonnes de CO2 évitées par la séquestration de ce gaz dans la forêt pourraient être mises sur le marché du carbone et être achetées par un émetteur qui rejetterait plus de CO2 que son quota d’émissions ne le permet. Ces marchés du carbone existent, par exemple, en Europe (European Union Emission Trading Scheme) ou aux États-Unis (Regional Greenhouse Gas Initiative) et sont en fait des bourses d’échanges de droits d’émission de gaz à effet de serre : à l’origine, une firme qui ne parvient pas à émettre moins de gaz à effet de serre que le quota qui lui a été attribué peut acheter des crédits à une autre firme qui, elle, émet moins que son quota. Étendre ce principe d’échange à la forêt tropicale permettrait ainsi à un pays industrialisé de compenser ses émissions en finançant un programme de protection forestière.

  • Et au niveau international ?

« Dès 2005, nous avons pris conscience qu’il fallait de toute urgence lutter contre la déforestation et le réchauffement climatique car cela perturbait tout le régime hydrique de l’État d’Amazonas, explique Ernesto Roessing, coordonnateur du centre d’études du changement climatique à Manaus. Il y a déjà moins de régulation de nos fleuves et, année après année, ils connaissent successivement des sécheresses catastrophiques ou atteignent leur plus haut niveau. » Or 80% de la structure énergétique du Brésil dépend de l’hydraulique… Ce géant d’Amérique latine, plus connu il y a quelques années encore pour son exploitation destructrice et incontrôlée de son environnement, a donc décidé de changer la donne. Lors des précédentes élections, le président Lula a fait de la lutte contre la déforestation un de ses engagements électoraux. Et pendant la Conférence de Copenhague, le Brésil s’est positionné comme l’un des pays importants dans les négociations, notamment en faveur du mécanisme REDD. Avec, pour argument, les premiers résultats des deux initiatives Bolsa Florestal et Juma-REDD : entre 2003 et 2008, la déforestation aurait diminué de 61,2% en Amazonas.

Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à se mettre d’accord sur la mise en place du processus REDD. Les budgets seront-ils suffisants pour donner aux pays les moins avancés le coup de pouce nécessaire pour se lancer dans la protection de leur forêt ? Quelles sont les actions qui seront couvertes par ce processus : l’évitement de la déforestation dans les zones sensibles, la protection de toutes les forêts, le reboisement ? Autant de questions qui seront débattues lors des prochains rendez-vous internationaux sur le climat, à la mi-2010 à Bonn, en Allemagne, puis au Mexique à la fin de l’année.

Catégories :Y'a de l'espoir !
  1. 15 novembre 2011 à 14:41

    c’est un gros probleme et cela fait des années qu’ils en parlent mais malheureusement cela semble rentré dans une oreille et sortir par l,autre .. pouvoir, argent, semblent plus intéressant mais pourtant les effets néfastes se font sentir ..

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