Dust to dust…

« Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. »

Destruction de l’Amazonie brésilienne – un cliché d’Alberto Cesar Araújo, 2004.

6 réflexions sur “Dust to dust…

  1. En plus ils ont le culot de laisser un lambeau de forêt en forme de hache.
    De grands artistes qui pleureront le jour où des inondations dévasteront leurs belles propriétés.
    Ils seront noyés par leur bêtise, retour à l’envoyeur.

  2. Le titre de l’article est une allusion à « Earth to earth, ashes to ashes, dust to dust » – une citation tirée du Book of common prayer, souvent utilisée à la fin des éloges funèbres… Inspirée en partie de l’Ancien Testament :

    « A la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ton retour au sol, puisque c’est de lui que tu as été pris, car tu es poussière et tu retourneras en poussière. » (Genèse III, 19)

    « Abraham reprit et dit : Voici que je suis poussière et cendre ! »
    (Genèse XVIII, 27)

    « Dieu m’a jeté dans la boue, Et je ressemble à la poussière et à la cendre. » (Livre de Job XXX, 19)

    Un éloge funèbre pour la forêt à court terme, mais aussi pour les hommes dans un futur pas si lointain si on continue de la sorte…

  3. En Poussière d’Hors iront alors ,
    Ceux qui entendent Battre le Choeur ,
    Les Voix de l’Une parlent en Corps ,
    D’Echos Vivant en Chaque Chercheur.
    NéO~
    Dust’in The Wood .

  4. « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent ».

    Cette phrase est le plus souvent présentée comme une citation de François-René de Chateaubriand. Or il nous a été impossible de la localiser dans l’œuvre de cet écrivain.

    Dans la première édition de son monument d’érudition gaullienne, le professeur Alain Larcan, qui relevait cette phrase attribuée par de Gaulle à Chateaubriand dans le tome XII des Lettres, notes et carnets du général sous la forme « les forêts précèdent les civilisations, les déserts les suivent », précisait qu’il ne l’avait pas « identifiée formellement » mais que « l’idée se retrouve tant dans les Voyages que dans Atala » (Larcan, 1993).
    La plus ancienne occurrence de ces expressions, dans le corpus de textes en français numérisés par Google, apparaît dans le tome 11 de l’Encyclopédie des gens du monde. Répertoire universel des sciences, des lettres et des arts ; avec des notices sur les principales familles historiques et sur les personnages célèbres, morts ou vivants ; par une société de savants, de littérateurs et d’artistes, français et étrangers, édité à Paris en 1839 par la librairie Treuttel et Würtz (17, rue de Lille). La phrase apparaît au tout début de l’article forêts (droit administratif et histoire), sous la forme suivante : « On peut dire que les forêts précèdent les peuples, et que les déserts les suivent », mais sans guillemets et sans aucune attribution à Chateaubriand. Bref, elle n’est pas présentée comme une citation.
    C’est en 1896 seulement que le nom de Chateaubriand apparaît à coté de cette citation, ceci dans la Revue scientifique du Limousin : « Là où est la forêt, avait dit Chateaubriand, là est la patrie : les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. »
    Le nombre de citations devient beaucoup plus important à partir des années 1960. Il serait fastidieux de toutes les énumérer. La phrase, désormais presque toujours attribuée à Chateaubriand, continue à fonctionner comme lieu commun dans certaines publications d’agronomie et de foresterie.
    Dans le livre VII (chap. 6) des Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand parle des abeilles comme de « l’avant-garde des laboureurs », « symbole de l’industrie et de la civilisation qu’elles annoncent », qui se servent des « trésors » d’un « nouveau monde de fleurs » pour « enrichir le sol dont elles les avaient tirés » (Mémoires d’outre-tombe, Livres I à XII, Le Livre de Poche, p. 483). Au livre VIII, il écrit :

    « Si je revoyais aujourd’hui les États-Unis, je ne les reconnaîtrais plus : là où j’ai laissé des forêts, je trouverais des champs cultivés »

    (ibid., p. 524). Ce ne sont donc pas les déserts, mais les cultures qui succèdent aux forêts Il existe, il est vrai, un texte relativement bien connu de Chateaubriand dans lequel il s’oppose à la vente des forêts. Ce texte figure dans le tome six, Mélanges historiques et politiques, des Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand publiées à Paris chez Lefèvre et Ledentu en 1838. Il s’agit d’une « opinion sur le projet de loi relatif aux finances, prononcée à la Chambre des Pairs dans la séance du 21 mars 1817 ». Ce jour-là Chateaubriand, comme il le raconte dans le livre XXV (chap. 7) des Mémoires d’outre-tombe, s’élève contre le titre XI du projet de loi des finances qui prévoyait de vendre 150 000 ha de forêts de l’État et d’affecter le reste à la caisse d’amortissement. Au moment d’écrire ses Mémoires, Chateaubriand dit trouver encore un « intérêt triste » à ce discours de 1817. C’est peut-être ce discours qui est à l’origine de l’attribution de la citation qui nous a servi de point de départ, bien qu’elle ne s’y trouve pas verbatim.
    Il est possible que le souvenir de ce discours soit à l’origine, dans le milieu des grands propriétaires forestiers, de la citation avec une première occurrence en 1839.

    « Les peuples, dans tous les temps, les ont mises sous la protection de la religion et des lois ; et le christianisme, qui connut mieux encore que les fausses religions la destinée des œuvres du Créateur, plaça ses premiers monuments dans nos bois. Partout où les arbres ont disparu, l’homme a été puni de son imprévoyance. Je peux vous dire mieux qu’un autre, messieurs, ce que produit la présence ou l’absence des forêts, puisque j’ai vu les solitudes du Nouveau-Monde où la nature semble naître, et les déserts de la vieille Arabie où la création paraît expirer. Les Cévennes étaient autrefois couronnées de mélèzes ; le pays Chartrain conservera longtemps sa fameuse forêt ; des taillis épais répandus dans les landes de Bretagne et sur la côte maritime depuis Boulogne jusqu’au Havre mettaient la France à l’abri des vents d’ouest qui la tourmentent. Par ces plantages soigneusement entretenus, nous sauvions à peu près cinq cent mille lieues de ruisseaux intarissables, qui fécondaient des terrains dont un tiers est aujourd’hui stérile. Il manque à nos montagnes trois cent cinquante mille arpents de bois, à nos ruisseaux, étangs et rivières, six cent trente millions d’arbres, et cent cinquante millions à nos marais. C’est ignorer notre histoire que de se représenter la France gothique comme un pays sauvage, parce qu’on y propageait les bois. […] Il y a maintenant dans le royaume beaucoup plus de terre en labour qu’il n’y en avait vers le milieu du quatorzième siècle, et cependant, sous le règne de Philippe de Valois, la population de la France était au moins égale à ce qu’elle est aujourd’hui ; tant il est vrai que la nature en sait plus que les hommes. Colbert voyait la destruction de la France dans la destruction des bois : je préfère son sentiment à celui de quelques-uns de ces amis de l’égalité (mais non pas de la liberté14), dont la haine s’obstine à poursuivre dans les futaies la mémoire des anciens possesseurs de ces futaies, et qui, désolés de n’avoir pu niveler les hommes, en veulent encore à la noblesse des chênes »

    Jean-Michel Le Bot, « Contribution à l’histoire d’un lieu commun : l’attribution à Chateaubriand de la phrase « les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent » », Socio-logos [En ligne], 7 | 2012, mis en ligne le 12 mars 2012, consulté le 16 mars 2021. URL : http://journals.openedition.org/socio-logos/2634 ; DOI : https://doi.org/10.4000/socio-logos.2634

    https://journals.openedition.org/socio-logos/2634
    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00662692

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