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Le hêtre d’Anglesqueville-les-Murs, Saint-Sylvain (Seine-Maritime)

Avec Alexis, découvrons un hêtre accolé à une ancienne glacière, souvenir d’anciennes pratiques qui jusqu’à la fin du XIXè siècle, permettaient de produire et de stocker de la glace.

« L’arbre présenté ici est un arbre singulier, et je ne lui connais pas d’égal, ni dans la région ni ailleurs. Il s’épanouit dans une pâture, juste à côté du château d’Anglesqueville-les-Murs à Saint-Sylvain, auquel il était autrefois rattaché de par sa fonction. Car ce qui entre tous les autres le rend remarquable, indépendamment de son port magnifique, est la présence entre ses racines d’une ancienne glacière. Le château fut bâti entre la fin du 17ème et le début du 18ème siècle, tandis que la glacière et l’arbre sont légèrement plus récents. »

« Cet ensemble encore harmonieux malgré les assauts du temps est ce qui reste d’une pratique tombée en désuétude qui consistait à conserver de la glace dans des endroits prévus à cet effet, et ceci afin de pouvoir réfrigérer les plats. » (voir fin d’article)

« Il s’agissait de trous profonds (huit à dix mètres ici) dans lesquels on amassait et tassait de la neige quand la météo était propice. Ces trous aux parois maçonnées étaient recouvert soit d’un monticule de terre, soit, comme c’est le cas ici par un ou plusieurs arbres dont la fonction était d’apporter une ombre protectrice et rafraichissante, garantie de longue conservation pour la glace entreposée plus bas. »

« Sur la deuxième photo, située au-dessus de ces lignes, on peut voir la petite entrée qui jadis constituait le seul accès à la glacière, car il faut imaginer que cette dernière était surmontée d’un dôme en maçonnerie dont il ne subsiste quasiment rien à ce jour. »

« Il y a mon sac à dos, à droite de l’entrée, qui permet de donner une indication d’échelle, car je confesse que je n’ai pas mesuré la circonférence de l’arbre, d’abord parce que l’entreprise est périlleuse, et aussi parce qu’elle me semble compliquée, étant donnée la conformation particulière de l’arbre. »

« D’ailleurs je parle d’un arbre, mais il me faut dire qu’à l’origine ils étaient deux au moins, et que l’un d’entre eux est mort. Il n’a pas été abattu de peur de déséquilibrer la structure de l’ensemble, qui peut apparaitre sous certains angles comme légèrement bancale, depuis que le dôme disparu ne joue plus le rôle de soutien qui a dû être le sien dans le passé. »

« D’un autre coté je ne suis sûr de rien, sinon qu’il est déstabilisant de contempler un trou béant là ou d’ordinaire on se plait à imaginer que les racines de l’arbre s’enfoncent loin dans la terre, lui assurant ainsi un ancrage puissant. »

« Sans doute cette impression de fragilité vient elle aussi de là, mais je ne me sens pas rassuré pour autant, bien qu’un étayage a été réalisé, prenant appui à l’endroit ou se trouvait autrefois le sommet du dôme. Toujours est il que cet arbre est magnifique, et aussi très photogénique, encore que le soleil aujourd’hui ait été plutôt discret. »

« Il transpire autant la force, par son tronc trapu et grâce à un heureux effet de trompe l’œil qui le fait apparaitre exagérément large, que la grâce et la légèreté lorsque le regard s’attarde sur ses branches basses qui avec délicatesse se sont posées sur le sol. »

« Son port et sa situation constituent une singularité supplémentaire, car les hêtres sont plus connus dans nos régions dans des environnements forestiers, pour leurs fûts rectilignes et élancés, et jamais je n’en ai vu de semblables ici. »

« L’individu survivant semble dans un très bon état sanitaire, et je souhaite qu’il soit encore visible longtemps pour le plaisir des yeux autant que pour la préservation d’un patrimoine inscrit depuis peu à l’inventaire des monuments historiques de France. »

« Cette visite par cette journée grise, fut un véritable plaisir, et je remercie autant la propriétaire du lieu que ses proches pour leur amabilité et les renseignement qu’ils m’ont donnés. »

« Pour finir je signalerai que j’ai connu cet arbre (comme de nombreux autres et non des moindres) grâce à l’inventaire mené il y a quelques années par l’Association Culture et Loisirs de Saint Pierre-les-Elbeuf et publié dans sa revue, le Petit Pierrotin, et c’est avec plaisir que j’ai appris ce jour qu’il figure dans le livre sur les arbres remarquables de Haute-Normandie [1], de même d’ailleurs que le tilleul du Bois Ricard d’Heudreville-sur-Eure [2]. »

Merci d’avoir accepté de partager avec nous ce reportage Alexis. Mis à part que l’ensemble est de toute beauté, c’est un réel plaisir de découvrir cette installation et ces anciennes pratiques, je n’arrive plus à remettre la main sur le livre où un autre hêtre surplombant une glacière était évoqué… Je finirai bien par retrouver !

Lire l’article original sur le blog d’Alexis par ici.
____

A Pradelles-Cabardès, un petit village calme, perché sur les flans de la montagne noire, connut au XIXè siècle une industrie florissante : la glace-neige, une activité liée de près au hêtre et à ses feuilles. Si les glacières du village était plus imposantes que celle décrite ci-dessus, le fonctionnement en était le même pour produire de « l’or blanc ».

La Glacière :

– un grand puits de 10m de diamètre et autant de profondeur. Ce puits était obtenu ainsi : on déblayait la terre que l’on remontait aux abords de la fosse. Cette technique permettait de creuser et d’isoler la glacière. Toute la terre était hissée à dos d’homme.
– un mur de pierre de 50 cm à 1m d’épaisseur, accolé aux parois, était bâti pour habiller ce puits. Il s’élevait au-dessus du sol de 2,50m à 3,50m pour plus d’isolation. La paroi intérieure était enduite et lissée.
– un toit : des arcades étaient façonnées en pierre pour supporter un toit à deux pans. Des poutres en châtaigner étaient recouvertes de planches. Sur cette charpente était placé une toiture en lauzes (schiste de la région).
– un petit canal d’écoulement, le « touat » : situé au fond de la glacière, il permettait l’évacuation de l’eau causée par la fonte de la neige.
– deux portes : situées au niveau du sol, orientées d’Ouest en Est. Une pour le remplissage de la neige et l’autre pour l’évacuation des balles de glace.

Le fonctionnement :

– dès les premières neiges, les flocons emportés par le Cers (vent qui vient de la montagne) ou l’Autan (vent marin), formaient des congères (gros tas de neige) appelées « crousières ». On choisissait de la neige lourde, compacte. On chargeait les brouettes et les charrettes et ensuite on déversait la neige dans la glacière.
– à l’intérieur de l’édifice, trois ou quatre hommes la tassaient pour chasser l’air et la rendre compacte. Ils la répartissaient en couches successives de 20 cm avec un « mal », outil fait d’un manche et d’un disque en bois de frêne. Le remplissage se faisait en plusieurs fois, en fonction des chutes de neige et de leur abondance ce qui nécessitait une importante main d’œuvre journalière.
– quand la neige arrivait au niveau du sol, on recouvrait cet « or blanc » de feuilles de hêtre, réputées imputrescibles, pour l’isoler, épaisseur de 1m à 1,50m.
– ces feuilles de hêtre étaient préalablement stockées dans un petit édifice accolé ou pas trop loin de la glacière. Ces feuilles étaient collectées par les femmes dans les hêtraies et servait d’isolant naturel.
– ce dernier travail fait, on fermait les glacières jusqu’à l’été.

Fabrication et stockage des pains de glace

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– les hommes nettoyaient et enlevaient le tapis de feuilles de hêtre. Ils grattaient la neige, la mettait dans des moules cylindriques et formaient des « balles ».
– la neige était tassée à l’aide d’une « dame en bois » ou « mal » ( de forme identique et de même diamètre que le cylindre utilisé pour le remplissage). Les pains ainsi faits, pesaient 50kg, parfois 100 à 150 kg. Après le démoulage, les pains étaient déposés sur un « bourras » en toile de jute que l’on avait préalablement recouvert de feuilles de hêtre. Les femmes en cousaient les coins pour rendre hermétique le paquet. Ce travail se faisait tôt le matin et était essentiel pour bien conserver la glace dans le trajet. Les pains de glace étaient ensuite stockés dans la glacière en attendant d’être livré aux clients.

Livraison et distribution de la glace

– le soir, les pains de glace étaient chargés sur les charrettes et recouverts d’une bâche verte au nom du propriétaire, véritable réclame ambulante. Une charrette contenant trente balles de 50 kg soit une tonne et demi, était tirée par un cheval !
– la charrette était ensuite amenée dans une remise du village. Le soir venu, les caravanes des glaciers commençaient leur longue descente vers la plaine.
– une caravane desservait le narbonnais (Lezignan, Narbonne, Coursan, Sigean), le minervois et Carcassonne. Une autre allait vers Mazamet, Castres, Revel, ensuite l’Hérault (Béziers, Sète, Agde) et aussi la Haute Garonne.
– puis avec le développement des voies ferrées, la neige de la montagne noire arrivait à Bordeaux, Toulouse, Montauban, Perpignan.

Lire l’article original sur le site de la commune de Pradelles, c’est par ici.

Catégories :Hêtres
  1. Yanick
    15 février 2011 à 20:08

    Un arbre (ou peut-être deux, car il semble bien y avoir un deuxième tronc) bien singulier, dont on souhaite revoir des photos au printemps ou cet été car le temps avait l’air vraiment gris.
    La description des glacières dont je connaissais l’existence mais pas tous les détails d’utilisation.
    Un reportage très bien construit et très enrichissant.
    Merci Alexis

  2. 15 février 2011 à 20:15

    De Bien Belles Formes ,
    Une Alliance de Pairs ,
    Pour un Hêtre Hors Normes ,
    Qui fleure bon l’Aurifère🙂
    NéO~

  3. Sisley
    15 février 2011 à 22:37

    l’hêtre des paires,
    Un arbre hors pair,
    Désigné des pères,
    Arbre à manger,
    Fosse à puiser,
    Cave à glaçons,
    Le vieux hêtre,
    Frigidaire des lumières,
    Semble tout droit sorti,
    D’une scène d’autrefois !

  4. Sisley
    16 février 2011 à 14:35

    Petite liste des grands de ce monde :

    http://www.bomeninfo.nl/tall%20trees.htm

    J’en verrais bien quelques uns entrer dans nos galeries !!..

    Pas de contact dans le Caucase russe, l’éventualité d’un sapin de 78 voir 85 m me trouble ?!

  5. Richet sébastien
    16 février 2011 à 15:55

    C’est arbre d’intérêt historique est vraiment exceptionnelle sous plusieurs aspects.
    Avec 12 m de circonférence, il est plus gros que le hêtre de Bavière censé être le plus gros d’Europe.
    Son âge, qui est vraisemblablement de 300 ans, confirmerait l’hypothèse selon laquelle 2 arbres à l’ origine se seraient unis pour n’en former plus qu’un. Du coup la fusion est quasi parfaite. Ses branches qui partent en tous sens le rendent tellement différent des autres hêtres présents sur les fossés cauchois.
    La glacière est inscrite à l’inventaire des monuments historiques depuis seulement 1991.
    Pour un hêtre sans cœur, il est très attendrissant…

    • Sisley
      16 février 2011 à 20:30

      Les 12 m de circonférence ne sont malheureusement pas à prendre en compte de la sorte, ou du moins à prendre avec une certaine réserve, car il y a suspicion d’un cas de jumelage de deux individus. Pour les hêtres à tronc simple, qui dépassent les 9-10 m de tour on entre dans la catégorie de l’exceptionnel, mais ce n’est pas pour autant que je descend ce spécimen qui même si il n’arrive pas aux dimensions des plus gros, à tout de même la caractéristique d’être lié directement à ouvrage historique tel qu’on en trouve quasiment plus et possède un très bel âge.

  6. Alexis
    18 février 2011 à 20:43

    Salut,
    Je vous fait part des dernières nouvelles concernant cet arbre, transmises par la propriétaire du lieu: il va être bientôt élagué afin de retirer la partie morte et d’assainir la ramure, c’est donc un arbre tout propre et bien peigné qui attendra le visiteur d’ici peu…🙂

  7. Richet sébastien
    19 février 2011 à 19:45

    L’autre hêtre qui surplombe une glacière dont il est fait allusion, est peut être le hêtre pourpre du parc de la mairie de Flers dans le Nord.
    http://patrick.cuvillier.fr/v/Arbres-remarquables-de-France/album07/album22/H_tre_pourpre_2.jpg.html

  8. 19 février 2011 à 19:59

    Oui c’est celui-là, merci Sébastien !

  9. 24 décembre 2011 à 11:36

    En Angleterre, apparemment des Ifs étaient plantés au-dessus des glacières:
    http://www.panoramio.com/photo/63845280#c48593506

  10. 24 décembre 2011 à 12:11

    Hey Tof,
    Il manque un « i » dans le titre !!!

  11. 24 décembre 2011 à 12:43

    Merci Yanick, coquille corrigée !

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