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Année internationale des forêts : l’importance des peuples autochtones

(2011 : l’année internationale des forêts souligne l’importance des peuples autochtones, un article de Philippe Collet © Actu-Environnement, 4 février 2011)

L’année internationale des forêts, placée sous le thème « des forêts pour les peuples », met l’accent sur le rôle des populations indigènes. Un sujet sensible lorsque les négociations internationales abordent la protection des forêts.

À l’occasion du lancement de l’année internationale des forêts, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié son rapport biennal sur la situation des forêts mondiales. Le rapport reprend pour une part importante les données publiées l’an dernier avec l’Évaluation mondiale des ressources forestières (FRA 2010), évaluation réalisée par la FAO tous les cinq ou dix ans depuis 1946.

Quid des peuples indigènes ?

En 2006, lorsque l’Assemblée générale des Nations unies avait adopté une résolution faisant de 2011 l’année internationale des forêts, l’objectif [était] de mettre en avant les actions citoyennes en faveur de la gestion durable des forêts. Dans ce cadre, le rapport de la FAO adopte une approche plus globaliste des multiples façons dont les forêts étayent les moyens d’existence des populations. Trois axes ont été retenus pour traiter ce thème : les moyens d’existence locaux, les industries forestières durables et les changements climatiques.

L’organisation rappelle que des millions de personnes tributaires des forêts jouent un rôle vital dans la gestion, la conservation et le développement durables des forêts de la planète, concédant que pourtant on tend à sous-estimer leurs droits d’utiliser et de tirer parti des ressources forestières locales. Un thème particulièrement sensible dans le cadre des négociations internationales.

En effet, si la Conférence de Nagoya a permis l’adoption d’un protocole relatif à l’Accès aux ressources et partage des avantages (APA) tirés de l’usage des ressources génétiques, de nombreuses questions persistent quant à son application concrète et tout particulièrement sur la place qui sera faite aux populations autochtones vivant des forêts. Les revenus tirés de l’APA bénéficieront-ils aux peuples vivant dans les forêts ou aux États abritant les massifs ? La question reste ouverte en l’état et suscite l’inquiétude chez certaines ONG qui craignent que la protection des savoirs traditionnels des peuples indigènes bénéficient avant tout aux États.

De même, le sujet est tout aussi sensible dans le cadre des négociations internationales sur le climat. En particulier, certaines organisations environnementales craignent que la protection des forêts primaires n’aboutisse à une privatisation des forêts qui exclurait les peuples indigènes. Il semble que la conférence de Cancún les ait en partie rassurées. En effet, le texte final reconnaît la participation des communautés locales dans la protection des forêts. Néanmoins, le document reste encore vague et la FAO souligne que les récentes décisions prises à Cancún en décembre 2010 sur REDD+ devraient s’aligner sur une plus vaste réforme de la gouvernance forestière et permettre la participation des communautés autochtones et locales. L’organisation insiste aussi sur le fait que les pays devront adopter des législations pour préciser les droits carbone et garantir une répartition équitable des coûts et des bénéfices tirés des mécanismes REDD+.

Vers la fin de la diminution des surfaces forestières ?

Côté évolution des massifs forestiers, le rapport n’avance pas de nouvelles données majeures et rappelle que le taux de déforestation mondial [reste] alarmant malgré le ralentissement observé. La déforestation est passée de 8,3 millions d’hectares par an, entre 1990 et 2000, à 5,2 millions sur la décennie suivante. Par ailleurs, étant donnés les programmes de reboisement dans certains pays, et en Chine tout particulièrement, et l’expansion naturelle des surfaces forestières, en Europe notamment, la FAO a bon espoir qu’un équilibre soit atteint d’ici quelques années.

En moyenne sur la dernière décennie, 13 millions d’hectares de forêt ont été détruits chaque année pour une compensation partielle de 5,7 millions d’hectares par an via le reboisement auxquels s’ajoutent 2,1 millions d’hectares de croissance naturelle des surfaces forestières.

Reste à savoir si cette évolution est nécessairement positive. En effet, le mode de calcul de la FAO, qui consiste à retrancher les surfaces reboisées des surfaces défrichées, ne fait pas consensus. Certains rejettent cette approche qui place sur le même plan les monocultures d’eucalyptus ou de palmiers, comptabilisées via le reboisement, et la perte de forêts primaires liée au déboisement. Si les monocultures forestières peuvent présenter un avantage, notamment s’agissant de la lutte contre les changements climatiques, l’intérêt en matière de biodiversité est pour sa part très limité et ne compense en aucun cas les pertes de forêts primaires.

De même la FAO ne considère pas réellement la dégradation forestière. La définition qu’utilise l’organisme ne distingue pas l’état de la parcelle : une parcelle est une forêt ou ne l’est pas, mais elle ne peut pas être une forêt dégradée. Or c’est un enjeu crucial et en particulier pour la forêt du bassin du Congo qui ne disparaît pas sous l’effet d’un front de déforestation bien identifié, comme en Amérique du Sud, mais qui subit une dégradation progressive.
____

Photo du groupe d’Indiens « non contactés » photographiés l’an dernier en Amazonie brésilienne proche de la frontière péruvienne © Gleison Miranda / FUNAI.

Photo récupérée sur l’excellent site « Survival – The movement for tribal peoples ».

Le rapport de la FAO sur l’état des forêts du monde en 2011 est à télécharger par ici.

Catégories :Revue de presse
  1. vincent
    10 février 2011 à 11:15

    C’est formidable que loin des regards, des populations loin de notre civilisation moderne vivent encore dans des forêts dans l’ignorance du monde moderne qui n’est pas tous les jours jolie.

    Vincent.

  2. Yanick
    10 février 2011 à 12:33

    « Si les monocultures forestières peuvent présenter un avantage, notamment s’agissant de la lutte contre les changements climatiques, l’intérêt en matière de biodiversité est pour sa part très limité »

    « Très limité », on croit rêver, ils n’osent même pas dire « complêtement nul » encore un rapport de plus et toujours le même discours de langue de « bois »,

    Dans un style complètement différent, j’adopte plutôt la réflexion de Pierre Rabhi:
    « Aujourd’hui il y a pléthore de théories et de concepts et déficit de réalisation » « On ne peut engager le changement que par soi-même » « Nous sommes en train de génocider de manière objective les génerations futures »

  3. 10 février 2011 à 12:56

    La FAO dépend de l’ONU et reste fortement politique, d’où la langue de bois…

    En mettant en avant cet article, je voulais susciter le débat sur la préservation des forêts primaires et des peuples autochtones qui y vivent, ou essaient d’y survivre. Pierre Rabhi est à lire absolument !

  4. 10 février 2011 à 13:24

    Merci Agnès !

  5. 10 février 2011 à 13:41

    On s’extasie devant cette tribu « non contactée »,
    on voudrait tout faire pour qu’ils poursuivent en paix leur mode de vie,
    et que leur habitat, cette forêt primaire soit préservée et protégée.
    (mais est-on prêts à changer nos modes de vie en occident pour préserver ces forêts en n’achetant plus de bois exotique, en consommant autrement et en refusant la viande, les œufs, le lait produit avec des céréales produites sur des terres prises à la forêt amazonienne ?)

    Et chez nous, en France, Terre des Droits de l’Homme,
    on ne peut poser sa yourte sur une parcelle de forêt achetée légalement…

    les forêts françaises deviennent de la monoculture avec quelques essences sélectionnées pour leur rapidité, on coupe à blanc, on se fout totalement de la biodiversité végétale et animale, les forêts ne sont plus que des euros en mètres cubes…
    https://docs.google.com/document/d/1q6UXAFC-Fmu2i80Roo1W87xyZIbPmS74f7zkJha6XPo/edit?hl=en&pli=1#

    Bref on est pas le cul sorti des ronces ! Et c’est pas le tout de faire des émissions ou des films du haut d’un hélicoptère.. faut agir !

  6. Yanick
    21 septembre 2011 à 10:55

    Au Brésil, le groupe Veracel est en pleine expansion. Forêts, champs, agriculteurs et indigènes sont appelés à disparaître pour laisser la place aux monocultures d’eucalyptus. Alignés en rang tels une armée effilée, les arbres immenses sont coupés mécaniquement, destinés avant tout à produire la pâte de base à la fabrication de papier hygiénique. Pour sécuriser la production, des pesticides toxiques tels le glyphosate et le sulfluramide sont répandus en grandes quantités.

    A l’occasion de la journée mondiale contre les plantations d’arbres le 21 septembre 2011, le réseau uruguayen World Rainforest Movement (WRM) et l’organisation brésilienne de défense des droits de l’homme CEPEDES appellent à protester contre Veracel.

    Pour soutenir leur action, cliquez sur le lien suivant:
    http://www.sauvonslaforet.org/petitions

  7. 21 septembre 2011 à 15:27

    Ok pour moi !

    Des militaires honduriens plantent 11.000 hectares de forêt
    http://ipsnouvelles.be/news.php?idnews=10896

    • yanick
      21 septembre 2011 à 18:19

      The Times They Are Changing ?

      Ça serait peut-être bien de mettre « Sauvons la forêt » dans la rubrique pétition; ça fait un petit moment que je les suis et ce qui est bien avec eux c’est que de temps en temps ils t’envoient un rapport des résultats dus aux pétitions. Et c’est quand même souvent encourageant.

  8. 10 octobre 2011 à 18:15

    Au Brésil, le peuple indigène Guaraní demande notre soutien dans sa lutte contre le groupe pétrolier Shell. Dans l’Etat de Mato Grosso do Sul, la situation est dramatique. Les partenaires d’affaires du groupe Shell convertissent les terres agricoles en plantations de canne à sucre pour l’agrocarburant à base d’éthanol destiné au marché européen.
    Un fait-divers récent montre une nouvelle fois la brutalité des hommes de main qui sévissent en ces lieux: ces dernières semaines, deux villages ont été attaqués, femmes et enfants expulsés, des hommes blessés. « 45.000 Guaraní souffrent là-bas de grave exclusion sociale » déclare la célèbre écologiste et politicienne brésilienne Marina Silva. Ils ont besoin de notre aide.

    Signez la lettre de pétition adressée à Shell sur le lien suivant:
    https://www.sauvonslaforet.org/petitions?utm_campaign=Mailing_1207&utm_medium=text%2Fplain&utm_source=newsletter

  9. Yanick
    16 novembre 2011 à 13:51

    Let’s Grow, une filiale de la Dole Food Company, a convenu avec les ONG Sri Lankaises Environment Conservation Trust (ECT) et Environmental Foundation Ltd (EFL), qu’elle abandonnait son projet de plantation de bananes prévu sur 11.600 hectares à l’intérieur du parc national de Somawathie au Sri Lanka.

    Exhortée par les protestations de la société civile, la maison mère de Dole aux Etats-Unis, informée de l’emplacement des plantations de bananes dans les limites du parc national, avait demandé à Let’s Grow d’abandonner son projet. Ce qui est chose faite puisque la société a deux semaines pour retirer ses installations des lieux.

    Sauvons la forêt avait soutenu l’initiative des organisations écologistes Sri Lankaises pour la préservation du parc national de Somawathie et la protection de ses éléphants.

     » Un grand MERCI à tous ceux qui signent les appels à pétition de « Sauvons la forêt »:
    http://www.sauvonslaforet.org/

    Une des rares organisation à nous tenir au courant des résultats de leurs actions. Au moins on a pas l’impression que tout ça ne sert à rien , bien au contraire.

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