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Le vénérable châtaignier de Kerséoc’h, Pont l’Abbé (Finistère)

Dès la création du blog début 2008, j’espérais pouvoir vous présenter le châtaignier millénaire de Kerséoc’h, un vénérable patriarche installé dans le Sud du Finistère sur la route qui mène de Pont l’Abbé à Combrit. Malgré tous mes efforts, mes courriers restèrent sans réponses… Du coup, je m’étais promis de rendre moi-même visite à châtaignier colossal lors de mes prochaines vacances en Bretagne. Mais c’était sans compter sur le réseau créé par le blog ! Yvon, qui nous avait donné des nouvelles du gros chêne de Pleuven [1], m’a fait parvenir une série de clichés, mais aussi un article d’une revue bretonne permettant de retracer un peu de l’histoire d’un des plus imposants châtaigniers de France.

(J’ai volontairement choisi de retranscrire ce document dans son intégralité, car il nous fournit de nombreux détails non encore relatés, à cela j’ai rajouté les mots de Jean Auffret et d’Olivier Hamery publiés dans leurs livres consacrés aux vieux arbres de Bretagne)

Article de Jakez Cornou, extrait de la revue du pays bigouden « Cap Caval » n° 16 mai 1992.

La nature nous réserve parfois quelques surprises heureuses. Ainsi cet arbre phénoménal caché dans la campagne bigoudène rescapé des temps anciens où la forêt occupait une bonne partie du territoire breton. Un châtaignier bien curieux que peu de gens connaissent et qui mérite le détour avant qu’il ne disparaisse un jour définitivement, victime d’un prochain avatar car son destin ne fut point des plus sereins jusqu’à ce jour, si l’on se réfère au récit de Jakez Cornou à son sujet.

A mi-distance de la route qui mène de Pont-l’Abbé à Combrit, sur la départementale 44, la ferme de Kerséoc’h abrite un terrain de camping géré par les propriétaires des lieux, les frères Gléhen. Une pancarte le signale au bord de la route, c’est le camping des Châtaigniers. Une désignation fort banale au demeurant sinon que ces arbres présentent l’originalité d’être les témoins vivants d’une époque fort reculée, surtout l’un d’entre eux, que l’on considère comme millénaire.

Depuis belle lurette ils ne passent pas inaperçus pour tout le monde puisque de loin en loin un visiteur, un article de presse, un guide touristique ou une carte postale en font mention. Consécration suprême : le ministre de l’Instruction Publique, Gaston Doumergue, décida même sur proposition de la commission départementale des sites, d’inscrire les châtaigniers de Kerséoc’h sur !a liste des monuments naturels classés en 1910. Un label qui ne les a pas empêchés de subir à maintes reprises les outrages des hommes, davantage que ceux du temps, nous le verrons plus loin.

Première évocation

En 1835 Alexandre Bouet écrivait dans le livre « la galerie bretonne » : « Le sol breton a dans tous les temps nourri de ces arbres monstrueux qui proclament sa richesse… Près de Pont-l’Abbé au milieu d’un groupe de châtaigniers, tous remarquables par leurs dimensions on voit un qui est comme le roi des autres, il a plus de 50 pieds de circonférence et de son tronc partent d’énormes branches qui pourraient passer elles mêmes pour de très beaux arbres. » (le pied est une mesure ancienne mesurant 0 m 32. Cinquante pieds correspond donc à une circonférence de 16 mètres).

En 1861, un certain Henri Glaizot, originaire de Quimper et étudiant à Paris, qui effectue un « Tro-Breizh » estival, mentionne lors de son passage à Pont-1’Abbé où madame Arnoult lui sert de guide à bord de son cabriolet une visite à Kerséoc’h où il admire avec étonnement ces châtaigniers dont dit-il : « le plus gros à 13 mètres de tour ». Il constatera avec regret au cours de ce voyage que l’on plante de plus en plus de pins dans la région, tandis que l’on fait disparaître les chênes qui sont déjà rares.

A cette époque la frénésie de défrichement et d’assainissement des marais saumâtres gagnés sur la mer bat son plein.

Un autre voyageur, Hervé Bazin qui se déplace lui aussi mais dix ans plus tard, dans le canton voisin, de l’autre côté de l’Odet, découvre de belles futaies de châtaigniers, retenons son témoignage : « A quelque distance de Concarneau, notre guide qui conduisait la première voiture tourna à gauche et nous nous engageons dans la plus somptueuse allée de châtaigniers que j’ai vue de ma vie : nous croyons rêver en nous sentant emportés sous ces dômes de verdure, sous ces feuillages épais agités par le vent de la mer. La route entière se fait sous les grands arbres. Puis tout à coup, un air salin nous prévient que nous touchons à l’Océan et la baie de la Forêt nous apparaît avec son étonnante végétation… »

Que sont devenus ces sites magnifiques comme bon nombre de ces arbres qui subsistaient encore à l’aube de ce siècle ?

Le propriétaire de la ferme de Kerséoc’h était à l’époque M. de Carné-Marcein demeurant au manoir de Kerouzien en Plomelin dont le père mort en 1876 fut tour à tour : député, président du Conseil Général du Finistère et membre de l’Académie française.

Sollicité par la Préfecture qui l’informa de sa décision de classement prise le 14 février 1910, il y souscrit neuf mois plus tard, car l’avis du propriétaire semblait alors prépondérant.

A noter que la ferme de Kerguelen-Kerséoc’h avait appartenu au préalable au docteur Théophile Laënnec qui en avait hérité de son père en 1812 (une fraction de la ferme actuelle sans doute}.

Une carte postale datant de 1910 [2] environ montre l’aspect de l’arbre le plus grand de la châtaigneraie, dont l’aspect ne variera guère jusqu’aux années 1940. Au dire des témoins, ils étaient alors au nombre de 23.

Plus de 20 mètres à son apogée

En 1932, signale M. L. Winter, sa hauteur était d’une vingtaine de mètres, sa superficie couvrait 315 mètres carrés et la circonférence de son tronc atteignait 20,5 mètres. Quant à son âge, il le situe autour de 1200 ans. A cette époque, l’arbre atteint sans doute son apogée.

Les arbres voisins, quoique plus modestes, ne faisaient quant à eux pas moins de 5 mètres de circonférence, ce qui, sans être phénoménaux, les plaçaient nettement au-dessus de la moyenne et leur âge pouvait s’évaluer à deux siècles au moins.

Avec un recul de 1200 ans, nous nous situons pour sa naissance vers l’an 800, époque où régnait sur l’Europe l’empereur Charlemagne (sauf en Bretagne toutefois, qu’il n’arrivera jamais à conquérir). Ce dernier fit répandre la plantation des châtaigniers (arbres découverts en Asie par les Romains) en occident (la preuve existerait dans un des capitulaires de son temps). Il est possible aussi que les Romains qui vécurent dans notre région jusqu’en 410 environ, à Combrit et le long de l’Odet, aient eux-mêmes importé cette essence chez nous. On leur doit bien l’implantation de l’arbre de buis qui voisine depuis leur passage, auprès de tous les vestiges romains. Durant la dernière guerre mondiale, les arbres secondaires qui l’environnaient tombèrent un à un sous la hache des bûcherons; une opération concertée entre le propriétaire du monument, Yves de Cambourg, de Gouesnac’h, et les locataires, la famille Gléhen. Déjà en 1929, M. de Cambourg chargeait son notaire de s’inquiéter auprès des services officiels à la Préfecture, pour connaître la procédure en cas d’abattage. Avec les restrictions, le besoin en combustibles s’imposait alors et, nécessité faisant loi, la qualité de vénérable des châtaigniers et de monument historique ne suffirent pas à les préserver. Restait le patriarche et les trois voisins dont le sort allait s’assombrir au fil des ans.

De l’avis des spécialistes

Le 18 mars 1954, le président de la société d’horticulture d’Angers, M. Hébert de la Rousselière, rend visite aux frères Gléhen et s’enthousiasme pour le monument qu’il découvre. H fera un compte rendu pour une revue horticole dans laquelle paraissent ses commentaires :

« On se demande », dit-il, « au premier coup d’œil si on est devant un arbre ou un immense bloc de pierre, tellement le fût, on en verra les dimensions, est tordu, cabossé, étalé !
Toute la partie centrale est morte avec les deux énormes branches qui en partent, seuls les côtés bien vivants, poussent encore et semblent vouloir englober la partie morte.
Cette mort au milieu de la vie, ces immenses branches dénudées, tendues vers le ciel dans une suprême lutte contre le temps, ne contribuent pas peu à donner à cet arbre un air mystérieux et quelque peu effrayant. On dirait un revenant apparaissant soudain parmi les vivants.
Et voici maintenant les mesures de ce dieu : la circonférence du tronc, difficile à prendre car l’arbre a de nombreux rejets, est de 16,20 m, nous disons bien 16 mètres ! La hauteur est de 16,50 m. Le fût n’est pas très haut, on ne peut en donner la hauteur exacte car des branches mortes ou vivantes s’en détachent à toutes les hauteurs. Il a cependant, en gros l’aspect d’un carré bosselé, tordu, sur lequel on a envie de grimper comme sur un rocher dont il a toutes les profondes irrégularités, saillies, creux, bosses, arêtes, etc…
Le diamètre de la ramure est de 20 à 21 mètres donnant sur une surface de 314 mètres carrés. C’est l’arbre le plus extraordinaire qu’il nous ait été donné de voir, on ne pouvait, toutes mesures et photographies prises, s’arracher au spectacle qu’il nous offrait.
Quel âge ? Il faudrait aligner de nombreux points d’interrogation. De l’avis de M. Des Abbayes et de M. l’abbé Corillion, professeur de botanique à l’université d’Angers, le châtaignier de Kerséoc’h devrait avoir au moins mille ans. »

Acceptons l’avis de ces deux savants. On voudrait le répéter cent fois : arbre extraordinaire. Imaginons un instant une forêt uniquement peuplée de semblables colosses !

Sur le site de Kerséoc’h se succèdent à intervalles réguliers maints curieux ou érudits et bien souvent aussi des scolaires guidés par leurs enseignants. L’un d’entre eux avec ses élèves avait pour habitude à chaque visite de les placer en cercle, collés au tronc, bras écartés et main dans la main. Il ne fallait pas moins de 13 enfants de 12 à 13 ans pour en faire le tour.

Les châtaigniers étaient plus nombreux autrefois dans la région, affirment les anciennes personnes. On raconte d’ailleurs que cette prolifération était due au fait que les seigneurs, propriétaires du lieu, faisaient volontiers cadeau de jeunes plants à leurs voisins et visiteurs. Un cadeau d’estime car l’exceptionnelle longévité de ces arbres était un label de qualité et une garantie de multiplication de l’espèce.

La proie des flammes

Puis commencèrent les malheurs du châtaignier: un premier incendie se déclara autour du tronc à une date qu’il ne fut pas possible de déterminer; mais ses conséquences ne furent pas aussi graves que la seconde tentative. Elle eut lieu en 1965 et le journaliste pont-l’abbiste Eugène Lautrédou, témoin de ce désastre, relata alors l’événement avec beaucoup d’émotion dans un journal local :

« Ainsi donc un chasseur maladroit, en essayant d’enfumer un des nombreux terriers qui se trouvent à fa base du châtaignier, aurait allumé un incendie qu’il ne put maîtriser et qui, en peu de temps, prit une ampleur incroyable. Malgré la tristesse que nous éprouvions à voir brûler le gros arbre, nous restons convaincus de n’avoir jamais nu un spectacle plus beau et plus impressionnant. L’arbre entier qui, à l’époque, possédait d’énormes branches, était en feu depuis sa base jusqu’au plus haut sommet. En réalité tout se consumait comme un charbon ardent et le moindre souffle de vent ranimait étrangement les lueurs rougeâtres des branches en feu.
Le spectacle surtout à la tombée de la nuit et encore mieux la nuit était grandiose. Ceux qui ont vu cet arbre brûler garderont toute leur vie le soutenir de ce désastre. Les pompiers de Pont-l’Abbé étaient, pendant cette période de 10 jours, intervenus à plusieurs reprises, mais alors qu’ils se croyaient maîtres de l’incendie, le feu reprenait de plus belle et finalement ils durent interrompre leurs interventions.
Lorsque le feu s’arrêta pour de bon cette fois-ci, il ne restait plus que quelques maîtresses branches calcinées et un tronc incroyablement ravagé.
Tout était donc fini, et attendait la ruine totale du grand arbre. »

A la suite de cela, chacun s’accordait à penser que le châtaignier millénaire avait vécu. Mais voilà qu’au printemps suivant surgissaient de la masse décharnée et fantasmagorique quelques pousses bien vivantes : un sursis pensait-on mais au fil des saisons, celles-ci se multiplièrent et bientôt un feuillage verdoyant s’insinua entre les branches mortes jusqu’à le recouvrir complètement et à redonner des châtaignes. Un miracle d’endurance car si le pourtour du tronc a tant bien que mal gardé son aspect initial malgré de nombreux outrages, l’intérieur est pratiquement devenu caverneux. Les racines profondes et très étendues ont sans doute permis cette survivance.

La plus grosse des branches, dont la circonférence était de 6 mètres, étendait son emprise à 6,60 m du tronc, mais celle-ci, affaiblie, se déchira quelques années après l’incendie et la branche tomba à terre.

Cette amputation réduisit la circonférence du tronc qui fut ramenée à 17 mètres, mesure prise à 1,20 m du sol. Quant à l’envergure des branches, elle fait désormais 21 mètres et la hauteur totale de l’arbre est de 16 mètres.

Victime aussi de la tempête

En octobre 1987, un ouragan que l’on ne présente plus, dévaste entre autres choses la forêt bretonne. L’un des deux châtaigniers cohabitant avec le géant de Kerséoc’h en fit les frais et se trouva à terre. Ce fut le dernier avatar en date de notre châtaigneraie en attendant des jours meilleurs pour la gent sylvestre.

Le génie des bois et les nombreux korrigans qui hantaient paraît-il ces vieux troncs autrefois à la faveur de la nuit, auraient-ils déserté les lieux et laissé ces vieux témoins du passé à la merci des hommes et des éléments déchaînés ? L’avenir le dévoilera.

Le problème se pose enfin de savoir si le châtaignier de Kerséoc’h est unique en son genre, dans sa catégorie. Sauf erreur, il ne semble pas présenter de concurrents dans l’hexagone ni même au monde si l’on se réfère au livre des records. Si on le compare maintenant à d’autres essences d’arbres, nous trouvons un chêne à Liffaut dans la Creuse qui aurait 653 ans (quelle précision !), mais je ne connais pas sa circonférence. Un autre chêne dans la région de Saintes en Charente-Maritime aurait 2000 ans et faisait 14 mètres de circonférence à son apogée il y a 40 ans. En décrépitude actuellement, il serait réduit à environ 5 mètres. En 1907. un botaniste allemand n’hésitait pas à le classer comme le plus ancien et le plus gros du monde.

Un Italien qui séjourna l’été 1989 à Kerséoc’h chez M. Gléhen, mena une enquête sur ce sujet et lui écrivit ensuite en ces termes :

« J’ai informé l’inspecteur forestier canadien, M. A.C. Carder que je connais. Il a l’intention de publier un livre sur les gros arbres du monde auquel je fournis des informations concernant ceux de l’Europe continentale. L’arbre le plus gros de France est ton châtaignier. Un livre affirme que ce titre appartient plutôt à un tilleul se trouvant à Ivory dans le Jura.
Ayant vu les deux, je peux te garantir que ton arbre présente à peu près les mêmes mesures, mais il est nettement plus massif.
Le tilleul d’Ivory est tout à fait coupé en deux. Trois hommes disposés de côté pourraient y passer dans le milieu. Un vide remarquable que ne présente pas ton châtaignier. « 

Voilà qui renforce la conviction de ceux qui hésitaient encore à le hisser au rang de vedette.

Dans un autre registre, il convient de signaler que l’arbre le plus haut de France est un sapin pectine situé dans la forêt de Russey dans le Doubs. I! mesure 4,50 m de circonférence seulement mais culmine à 53 mètres.

Reste à savoir maintenant si notre vedette locale va faire une carrière internationale dans sa catégorie. Nous attendons avec anxiété de connaître le tour de taille de ses concurrents pour savoir si nous pouvons lui tresser une nouvelle couronne.

***

C’est le rescapé d’une … « castagniccia » (châtaigneraie) bigoudène. On le verrait assez bien déployer ses ramures en Corse, ou mieux, en Sicile comme ce « châtaignier aux cent cavaliers » qui sur les pentes de l’Etna abrita Jeanne d’Aragon et sa suite équestre tant il paraît proche d’un monde igné ! Quel diable a bien pu incendier l’arbre qui laisse voir son aubier calciné ?

Il est dit qu’en 1963 un chasseur, voulant récupérer son furet perdu dans les entrailles du géant (il était creux par endroits) enfuma une galerie. Le résultat dépassa les espérances. Des flammes embrassèrent le châtaignier avec trop d’empressement… jusqu’à l’embraser… En dépit des secours, le feu couva deux jours durant.

Sa chair dénudée se contorsionne comme un toron ou encore comme la cheire vomie du volcan.

Dans quelles circonstances s’est arrachée la branche énorme qui gît à ses pieds ? Le fracas de la chute dut impressionner les mémoires, à moins qu’il ne fût couvert par le secret de la solitude. On aurait pu croire que l’arbre ne s’en relèverait pas.

La branche autrefois maîtresse produit à nouveau nombre de rejets. L’arbre entretient encore d’étroites connivences avec le monde chtonien et le tronc en flamme torse qui jaillit du centre de la cépée ambitionne de faire la jonction avec la nuée…

On le dit millénaire et pendant une si longue existence il a accueilli beaucoup d’hôtes célèbres. André Suarès le cite dans son Livre de l’Émeraude. Le peintre Jean Rigaud le portraiture. Son tableau est conservé au musée des Beaux-Arts de Tours. Le professeur Bourdu, dendrologue, l’intronise dans le cénacle des Arbres Souverains.

Il engrange les records : seize mètres de circonférence, cinq dans le plus grand diamètre à un mètre du sol. Son sommet culminait à vingt-deux mètres avant la dernière guerre et ses branches couvraient une surface au sol de trois cents mètres carrés.

Le célèbre châtaignier de l’Etna n’est plus représenté que par ses descendants.

Celui de Kerséoc’h conserve intact un intense désir de vivre. Il vit une vieillesse heureuse dans la solitude de sa campagne, sortant régulièrement de l’ombre avec les honneurs d’un article dans un quotidien régional. Difficile à trouver, il est situé en retrait de la route Combrit-Pont-L’Abbé, à proximité d’un parc botanique (propriété privée).

Jean Auffret, Les arbres vénérables de Bretagne : Approche poétique d’un patrimoine (2003).

***

Le châtaignier de Kerséoc’h, entre Combrit et Pont-l’Abbé, est certainement le monument végétal le plus célèbre de Bretagne. Sa circonférence extraordinaire proche de 17m en faisait même un des plus gros, sinon le plus gros des arbres de France. Pourquoi en parler à l’imparfait ? Parce qu ‘à notre dernière visite, l’arbre avait perdu tout un pan de son tronc torturé, laissant apparaître son cœur calciné, trace de l’incendie qui le ravagea au milieu des années soixante et couva deux jours durant en son sein ! Fort heureusement il vit toujours et mesure encore plus de 14m de tour… Déjà, à l’époque où il fut accidentellement incendié, la chute d’une, grosse branche maîtresse avait réduit sa circonférence qui pouvait alors avoisiner les 20m ! On estime son âge à onze ou douze siècles, ce qui en ferait, avec le chêne de Tronjoly et l’if de Pommerit-le-Vicomte, l’un des trois seuls arbres réellement millénaires de la région.

Olivier Hamery, Arbres remarquables de Bretagne (2005).

***

Le châtaignier millénaire de Kerséoc’h se situe dans un camping situé au Nord-Est de Pont l’Abbé sur la route qui mène à Combrit.

Plus de renseignements sur leur site, à voir ici.
.

Merci pour tous tes efforts Yvon, quel plaisir d’accueillir enfin ce châtaignier vénérable sur le blog. Grâce au document que tu m’as fourni, j’en appris tellement plus que dans les livres ! Un arbre monumental, le plus vieux châtaignier breton et certainement un des plus vieux de France avec ceux de Corse. Plus de 1000 ans et pourtant, il semble que ce soit le XXè siècle qui l’ait le plus durement touché… Quand je pense que la châtaigneraie accueillait au début du siècle plus d’une vingtaine d’autres châtaigniers plus que centenaires… Quel dommage, c’est là un patrimoine inestimable qui a été perdu. Mais ce survivant qui a traversé les âges semble être doté d’une vitalité exceptionnelle, et je me prends à espérer que ses rejets soient dotés de la même force, puissent-ils vivre aussi longtemps et emmener avec eux le souvenir de cette souche dans le prochain millénaire, un bout d’immortalité ?

Yvon est céramiste, faites un tour sur son site et découvrez ses créations, c’est par ici.

  1. Sisley
    25 janvier 2011 à 15:58

    Que dire de plus, sinon que ce châtaignier est une des merveilles de notre patrimoine.
    Si y a bien un arbre qui devait venir chez nous, c’est celui là !

    Comme tu le dis, on a appris beaucoup plus de choses dans cet article que dans beaucoup de livres réunis.

    Un grand merci à Yvon ! Et longue vie à ce ancestral fruitier.

    (c’est quand même dingue, les dégâts qu’ont pu subir les vieux arbres par le feu provoqué !..)

  2. 25 janvier 2011 à 18:12

    Cool, toi aussi tu as appris de nouvelles infos !

    Je suis tellement content que ce vieux châtaignier ai rejoint la forêt !
    (il y en aurait d’aussi vieux en Corse, à nous de les retrouver…)

  3. Yanick
    25 janvier 2011 à 18:46

    Dans un petit village d’irréductibles Bretons résiste encore le roi des châtaigniers………….

    Un super article pour un super arbre. Super documenté, c’est vrai que l’on en apprend et découvre des infos sur cet arbre hyper connu mais aussi hyper discret.
    Merci Yvon

    Dans ma région, les piquets de clôture sont en châtaigner que l’on épointait et brûlait pour éviter qu’elle ne pourrisse.(technique utilisée aujourdh’hui et appelée bois rétifié pour le bardage bois)
    Même si l’incendie qu’il a subit est plus que regrettable, il se pourrait néanmoins que c’est ce qui à permis au tronc de tenir tant bien que mal jusqu’à aujourd’hui.
    Il semblerait sur les photos que la partie vivante du tronc recouvre d’une nouvelle écorce la partie morte.Peut-être qu’un jour de cette nouvelle peau repartiront de nouvelles branches.
    Le châtaignier de Kerséoc’h serait-il un arbre Sphinx ?

    • 25 janvier 2011 à 19:13

      A mon prochain voyage en Bretagne j’irai rendre une longue visite à ce doyen… il me tarde de le rencontrer..

      • Yanick
        25 janvier 2011 à 22:29

        Un petit road trees à organiser ?

        • 25 janvier 2011 à 22:49

          Surement…
          Ma princesse voudrait aller vers les arbres et la Bretagne légendaire.

          • Yanick
            26 janvier 2011 à 08:00

            Ce que princesse veut ……

  4. François Lannes
    25 janvier 2011 à 18:51

    Quel arbre monumental !
    C’est absolument extra-ordinaire de voir un tel arbre.
    Franchement merci à Yvon de nous faire partager ces photos, et surtout le très intéressant article de la revue bigoudine. Je suis enthousiasmé par cette présentation qui met en évidence combien les châtaigniers peuvent être fantastiques.

    Et toi Krapo,
    ton blog draine des informations de plus en plus magnifiques…
    C’est une pure merveille.
    Génial !

    • 25 janvier 2011 à 20:48

      Salut François,

      maintenant que tu as toi aussi croisé de vieux châtaigniers sur ta route, tu réalises la taille gigantesque de ce vieux châtaignier… Un arbre magnifique, bosselé par les ans mais toujours vigoureux !

      Grâce à Yvon et à la documentation qu’il a retrouvé, le portrait est bien complet, et je suis heureux de pouvoir ainsi le présenter avec moult détails ; après tout il est un des doyens des châtaigniers français, et peut-être même un des plus gros arbres de France ! Une merveille de la nature, véritable patrimoine, d’ailleurs classé à e titre depuis plus d’un siècle.

      Grâce à Yvon une découverte de taille devrait bientôt se dévoiler, une exclusivité du krapo…

  5. 25 janvier 2011 à 19:34

    Impressionnant. Merci de nous le présenter.

  6. 25 janvier 2011 à 20:49

    Avec le plus grand plaisir Barbara !

  7. martine
    25 janvier 2011 à 22:02

    Oh là là! Les ancêtres châtaigniers dans la vallée de la Beaume-Drobie en Ardèche, pourtant de belle taille, me paraissent un peu maigrichons à côté de ce monument! Il est splendide.

  8. 25 janvier 2011 à 22:46

    Magnifique reportage! Un grand merci Yvon !

  9. 25 janvier 2011 à 23:18

    Un maître article pour le maître châtaignier. Je ne pensais pas qu’il avait atteint les 20m autrefois. C est inégalé en France à ma connaissance. Merci Yvon et merci Krapo. Ça donne vraiment envie d aller à sa rencontre.

  10. Sisley
    25 janvier 2011 à 23:46

    Vous imaginez, une charpentière qui avait dans les 6 m de tour et moi qui serait déjà content d’en trouver un avec autant pour le tronc !(lol)

    Une circonférence au plus au haut de sa forme allant jusqu’à faire plus du double du plus gros spécimen qu’il m’est été donné de voir, je payerai cher pour retourner en 1932 et me balader dans ce verger haute-tige !!

    Selon Le Graverend, il mesurait 14,50 m de tour à 1,70 m du sol en 1954.

    Il n’a rien à envier à l’olivier de Roquebrune, qui lui n’a plus de partie aérienne d’époque, si ce n’est la souche racinaire.

  11. 26 janvier 2011 à 00:16

    Un voyage dans le temps pour déambuler au cœur de cette châtaigneraie ?

    J’suis dac ! T’as fait le plein de la DeLorean ?

    • Yanick
      26 janvier 2011 à 08:02

      Excellent Doc…

    • Sisley
      26 janvier 2011 à 14:03

      Reste plus qu’a trouver du plutonium et contacter Emmmett !! (lol)

  12. Yanick
    26 janvier 2011 à 08:19

    En fait c’est quoi ce chêne à Liffaut dans la Creuse ?
    Jamais entendu parlé de celui-ci ?

    Par contre l’on sait aujourd’hui que les châtaigniers étaient là bien avant l’arrivée des romains. « Il faut rendre à César ce qui ne lui appartient pas … »

  13. 26 janvier 2011 à 08:46

    Vraiment impressionnant en effet cet arbre.
    Merci de nous faire découvrir toutes les richesses de la nature.
    A bientôt
    Michel

  14. PO
    27 avril 2011 à 20:02

    Bon, ben c’est dommage de bosser à Pont l’Abbé et de découvrir cette merveille sur internet, un peu par hasard… Je ferais un crochet tres bientot, ca a l’air magnifique…

  15. 28 avril 2011 à 13:05

    Salut,

    c’est génial que tu puisses aller à sa rencontre,
    comme dit l’adage : mieux vaut tard que jamais…

    kenavo !

  16. hugros
    25 décembre 2011 à 18:39

    la Bretagne recele des arbres de légende, en quelques années, entre les 4 départements j’en ai vu des dizaines tous mémorables mais celui çi vous met une claque magistrale, a voir absoluement, l’arbre de Tronjoly aussi vaut le détour et tant d’autres dans ce si beau pays,

  1. 27 janvier 2011 à 04:32
  2. 1 février 2011 à 17:02
  3. 14 avril 2011 à 12:26
  4. 9 mai 2011 à 17:55
  5. 10 mai 2011 à 14:49
  6. 5 mars 2012 à 15:33
  7. 22 avril 2016 à 12:47
  8. 7 octobre 2016 à 18:17

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