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Le chêne – Alphonse de Lamartine

Voilà ce chêne solitaire
Dont le rocher s’est couronné,
Parlez à ce tronc séculaire,
Demandez comment il est né.

Un gland tombe de l’arbre et roule sur la terre,
L’aigle à la serre vide, en quittant les vallons,
S’en saisit en jouant et l’emporte à son aire
Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons ;
Bientôt du nid désert qu’emporte, la tempête
Il roule confondu dans les débris mouvants,

Et sur la roche nue un grain de sable arrête
Celui qui doit un jour rompre l’aile des vents ;
L’été vient, l’Aquilon soulève
La poudre des sillons, qui pour lui n’est qu’un jeu,
Et sur le germe éteint où couve encor la sève
En laisse retomber un peu !
Le printemps de sa tiède ondée
L’arrose comme avec la main ;
Cette poussière est fécondée
Et la vie y circule enfin !

La vie ! à ce seul mot tout œil, toute pensée,
S’inclinent confondus et n’osent pénétrer ;
Au seuil de l’Infini c’est la borne placée ;
Où la sage ignorance et l’audace insensée
Se rencontrent pour adorer !

Il vit, ce géant des collines !
Mais avant de paraître au jour,
Il se creuse avec ses racines
Des fondements comme une tour.
Il sait quelle lutte s’apprête,
Et qu’il doit contre la tempête
Chercher sous la terre un appui ;
Il sait que l’ouragan sonore
L’attend au jour !.., ou, s’il l’ignore,
Quelqu’un du moins le sait pour lui !

Ainsi quand le jeune navire
Où s’élancent les matelots,
Avant d’affronter son empire,
Veut s’apprivoiser sur les flots,
Laissant filer son vaste câble,
Son ancre va chercher le sable
Jusqu’au fond des vallons mouvants,
Et sur ce fondement mobile
Il balance son mât fragile
Et dort au vain roulis des vents !

Il vit ! Le colosse superbe
Qui couvre un arpent tout entier
Dépasse à peine le brin d’herbe
Que le moucheron fait plier !
Mais sa feuille boit la rosée,
Sa racine fertilisée
Grossit comme une eau dans son cours,
Et dans son coeur qu’il fortifie
Circule un sang ivre de vie
Pour qui les siècles sont des jours !

Les sillons où les blés jaunissent
Sous les pas changeants des saisons,
Se dépouillent et se vêtissent
Comme un troupeau de ses toisons ;
Le fleuve naît, gronde et s’écoule,
La tour monte, vieillit, s’écroule ;
L’hiver effeuille le granit,
Des générations sans nombre
Vivent et meurent sous son ombre,
Et lui ? voyez ! il rajeunit !

Son tronc que l’écorce protège,
Fortifié par mille nœuds,
Pour porter sa feuille ou sa neige
S’élargit sur ses pieds noueux ;
Ses bras que le temps multiplie,
Comme un lutteur qui se replie
Pour mieux s’élancer en avant,
Jetant leurs coudes en arrière,
Se recourbent dans la carrière
Pour mieux porter le poids du vent !

Et son vaste et pesant feuillage,
Répandant la nuit alentour,
S’étend, comme un large nuage,
Entre la montagne et le jour ;
Comme de nocturnes fantômes,
Les vents résonnent dans ses dômes,
Les oiseaux y viennent dormir,
Et pour saluer la lumière
S’élèvent comme une poussière,
Si sa feuille vient à frémir !

La nef, dont le regard implore
Sur les mers un phare certain,
Le voit, tout noyé dans l’aurore,
Pyramider dans le lointain !
Le soir fait pencher sa grande ombre
Des flancs de la colline sombre
Jusqu’au pied des derniers coteaux.
Un seul des cheveux de sa tête
Abrite contre la tempête
Et le pasteur et les troupeaux !

Et pendant qu’au vent des collines
Il berce ses toits habités,
Des empires dans ses racines,
Sous son écorce des cités ;
Là, près des ruches des abeilles,

Arachné tisse ses merveilles,
Le serpent siffle, et la fourmi
Guide à des conquêtes de sables
Ses multitudes innombrables
Qu’écrase un lézard endormi !

Et ces torrents d’âme et de vie,
Et ce mystérieux sommeil,
Et cette sève rajeunie
Qui remonte avec le soleil ;
Cette intelligence divine
Qui pressent, calcule, devine
Et s’organise pour sa fin,

Et cette force qui renferme
Dans un gland le germe du germe
D’êtres sans nombres et sans fin !
Et ces mondes de créatures
Qui, naissant et vivant de lui,
Y puisent être et nourritures

Et ces mondes de créatures
Qui, naissant et vivant de lui,
Y puisent être et nourritures
Dans les siècles comme aujourd’hui :
Tout cela n’est qu’un gland fragile
Qui tombe sur le roc stérile
Ce n’est qu’une aride poussière
Que le vent sème en sa carrière
Et qu’échauffe un rayon du jour !

Et moi, je dis : « Seigneur, c’est toi seul ; c’est ta force, Ta sagesse et ta volonté,
Ta vie et ta fécondité,
Ta prévoyance et ta bonté !
Le ver trouve ton nom gravé sous son écorce,
Et mon oeil dans sa masse et son éternité !
____

Alphonse de Lamartine – Recueil : Harmonies poétiques et religieuses.
Portrait d’Alphonse de Lamartine par Adrien Tournachon, 1856.

Catégories :De la poèsie
  1. 10 décembre 2010 à 14:29

    Bonjour Chritophe

    Te Voilà Hors , en vers Recueil
    Sur les Complaintes du Chêne Aurore
    Quand les Rayons d’une Aube accueille
    La belle Lumière , entre ses Veines
    L’Ecorce peine à voir le Jour
    Comme Autrement qu’une Onde d’Amour.

    NéO~

    Voici un Lien qui mène Autour,
    Une belle journée , dans la Forêt.
    Bye.
    http://cid-958d03e41b32717a.photos.live.com/play.aspx/Ors%20des%20Ch%c3%aanes%20de%20l%5E4%20Aurore/Aurore%5E_des%5E_Ch%c3%aanes%5E_01.jpg?ref=2

  2. Sisley
    10 décembre 2010 à 20:47

    Du gland solitaire,
    Naît la lumière porteuse,
    Celle qui régit la vie,
    Et de par la science naturelle,
    Jeune chêne devient séculaire,
    Et se voit libérer milles glands,
    Qui auront maints destins,
    Et donneront peut-être,
    Des arbres dits remarquables,
    Mais bien des facteurs opèrent,
    Pour que de cette recette magique,
    Sorte un être aux traits si singuliers !

    • 11 décembre 2010 à 17:55

      Mais de Rien,
      Un Beau Poème.
      Dame s’épenche,
      En Feuille de Chêne
      Un joli Lien,
      En Bon Dimanche.
      NéO~

  3. 11 décembre 2010 à 12:05

    – La feuille de chêne –

    Dans la forêt ébouriffée
    Sous la toison du lourd feuillage
    Dont Mère-Nature l’a coiffée,
    Vole un pinson sans babillage,
    Et s’ensilencent mes pensées.

    Je glisse en l’espace hors du temps
    Où le sentier n’a plus d’accès
    Dans la lumière qui m’attend.

    Plénitude,
    Harmonie…

    Lumière sur l’eau de la fontaine
    Où se mire un brin de fougère
    Pour les ondines en leur domaine
    A l’heure où l’ombre si légère
    Sur l’onde floue pose sa traîne.

    Sur la margelle abandonnée
    La feuille de chêne a glissé
    Le vieillard chenu étonné
    Sans dire un mot l’a ramassée
    Et gardant la feuille dorée
    Entre les branches de ses mains
    L’homme chenu a savouré
    L’éternité sans lendemain.

    Pureté
    Harmonie…

    Tandis que les siècles s’éteignent
    Sur la margelle abandonnée
    Sur le bord du chemin est né
    D’une onde claire, un homme-chêne.

    Le souffle jaillit de la vie
    Tout ce qui fut toujours demeure
    Rien n’est perdu rien ne se meurt
    La feuille s’éteint puis revit
    Dans le grand cycle d’espérance
    Et chaque vie est une chance
    Ici, hier et maintenant
    Jamais rien ne sombre au néant
    La feuille de chêne est tombée
    Puis au réveil du rameau
    Le bourgeon s’ouvre de nouveau.

    Harmonie,
    Plénitude,
    Souffle de vie !

    Marie Roca http://marie.roca.over-blog.com/article-19643927.html

  4. 11 décembre 2010 à 15:47

    Plantation d’arbres de la laïcité en France.

    « Le symbole de l’arbre, c’est pour se souvenir à chaque fois que l’on passe devant, qu’il est libre, qu’il est fier, qu’il n’a pas besoin de croire au ciel pour s’élever vers lui, mais qu’il a surtout besoin de ses racines pour être solide et vivre.

    L’arbre de la laïcité, qu’on plante aujourd’hui, c’est le petit frère des arbres de la cour de notre école ; ils sont très vieux, les platanes qui ont vu jouer et étudier des générations d’élèves. Nous leur devons le respect. Ils protègent nos jeux d’enfants et abritent nos secrets. Nous aimons leur présence.

    Cet arbre là, l’arbre de la laïcité, nous ne le connaissions pas avant d’en parler, et nous avons réfléchit à ce qu’il représente aujourd’hui de notre vie.

    Ce qui est nouveau pour nous, c’est de réfléchir sur les mots laïcité, démocratie, liberté de conscience, citoyenneté, lois, ce qu’ils représentent, ce qu’ils permettent de faire et ce qu’ils défendent de faire.

    Nous avons pris conscience que nous n’étions pas tous d’accord, mais que ça n’était pas grave, l’important c’est d’être libre de pouvoir en parler, libre de penser ce que l’on veut sans obliger son voisin à penser pareil.

    Je suis libre de croire ce que je veux.

    Je suis libre de ne pas croire ce que toi tu crois.

    Je suis libre de ne pas croire du tout.

    Nous les enfants de CM2, nous voulons surtout croire qu’il faut que les religions ne se fassent pas la guerre et que les humains prient pour la vie, le bonheur et la nature respectée.

    Petit arbre, pousse avec fierté, refuse la soumission aux grands vents et aux tempête, résiste au chaud et au froid, soit libre et fort dans notre ville, enfonce tes racines dans le sol qui t’accueille pour y puiser force et vie, nous grandirons en même temps que toi.

    Venir aujourd’hui, avoir parlé hier en classe nous oblige à prendre conscience de ce qui se passe autour de nous, en dehors de l’école, à réfléchir et peut être à progresser vers plus de sagesse. On a trouvé ça bien que l’école soit laïque, nous sommes plus égaux.

    Montesquieu a dit :  » La Liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ». La meilleure des lois pour nous est celle qui permet de vivre libre et heureux dans notre pays.

    Nous te souhaitons longue vie, arbre de la Laïcité »
    =====
    http://www.google.fr/search?q=Arbres+de+la+La%EFcit%E9&ie

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