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Le châtaignier du Brachet, Diémoz (Isère)

Suivons à nouveau François sur ses terres isèroises, et si ces précédents reportages nous avaient présentés de vieux arbres pour lesquels il avait obtenu quelques indications, cette fois-ci ce fût une rencontre inopinée sur une petite route au Sud de Diémoz.

« Heureusement qu’aucune voiture ne me suivait de trop près à ce moment-là, parce que le coup de frein que j’ai donné aurait pu m’attirer bien des problèmes ! C’est vrai. Mais bon, sur une petite route de campagne comme celle-là, par une après-midi bien pluvieuse, la circulation est en toute logique assez réduite… Enfin tout est bien qui fini bien. »

« Tout ça à cause d’une vision qui n’a duré guère plus qu’une seconde ou deux : un arbre, sur la gauche, au milieu d’un champ, au houppier jaune un peu pâle, houppier au travers duquel se dessine tout un réseau de branches à la teinte bien sombre, le tout se regroupant en bas sur un tronc court et, m’a-t-il semblé, énorme ! »

« Deux secondes seulement, pas plus ! Ensuite, une haie d’arbustes bordant la route a caché cette vision de folie… Demi-tour. En revenant en face de la trouée de végétation je constate que tout est encore là : l’arbre, le houppier, le tronc, rien n’a disparu. »

« Miracle, ce n’était pas un rêve ! A cent mètres : l’arbre. Ce doit être un châtaignier… »

« Pour le rejoindre, il faut contourner la haie, se faufiler sous un barbelé, et traverser le haut du champ. Sauf qu’une dernière défense, végétale et rustique celle-là, protège ce vénérable : hautes ronces d’abord, framboisiers ensuite, puis taillis enfin, tout cela sur un rayon de 15 mètres environ et quasiment deux mètres en hauteur ! Je ne suis pas équipé pour une telle expédition et hésite à me fourrer dans ce guêpier, mais l’envie est trop forte pour hésiter… »

« Une fois le tronc atteint, c’est encore le miracle : il tient d’un bloc et n’est pas creux comme souvent le sont ces châtaigniers. La charpentière de gauche est (encore) liée à celle de droite, et le tronc est bien plein : il faut le contourner et non le traverser. Magnifique ! »

« Je déroule le Stanley au long de l’écorce, me frayant un passage au milieu de cette végétation franchement peu coopérative. Arrivé au trois-quarts du tour, des piquants trop nombreux et récalcitrants m’empêchent de franchir le dernier quart. Alors je procède à un jeté du dévidoir restant, en direction du cm « zéro » resté fixé à un rejet de l’arbre, puis fais un retour stratégique en arrière, dans cette brousse, pour faire la lecture : 7,70 mètres. »

« C’est déjà un super score même si, c’est vrai, j’espérais tenir là l’occasion de dépasser la dizaine… Faut dire qu’en ce moment, sur le blog, les relevés présentés sont de véritables exploits et la barre est placée bien haute ! Ce sera donc pour une prochaine fois, et je suis très heureux d’être là, au pied de cet Ancien. Cet arbre est superbe. »

« Restant quelques instants de plus à côté du tronc, une sensation désagréable s’insinue : celle de ne pas être à l’abri sous cet arbre. Le souvenir des explications du chasseur des Mayons me revient [1], souvenir qui parlait du châtaignier que le chasseur avait entendu « exploser » sous le poids des ans et de l’usure. Le sentiment inquiétant d’être là, maintenant, exposé à ce même risque me prend et m’enveloppe. J’ai du mal à rester serein et, au milieu de ce taillis, ne pouvant avoir de vue suffisamment claire sur la constitution des branches supérieures et donc sur leur solidité, je préfère battre en retraite. »

« Observant les lieux depuis le monticule d’en face, je remarque la forme du taillis de ronces autour du châtaignier. Elle est bien ronde et le champ a été travaillé tout autour de l’arbre sans trop s’approcher de lui. La première explication qui me vient à l’esprit est que le paysan, voulant se protéger du risque d’une branche qui tomberait sur quelqu’un, a laissé cette barrière naturelle (et repoussante) se développer. Si c’était là son idée, elle est très efficace et a presque failli m’empêcher. Mais de retour à la maison, une autre explication m’est venue : peut-être le paysan a-t-il voulu ne pas labourer trop près du tronc et ce faisant en protéger les racines ??? Ce serait là une explication encore plus flatteuse pour l’arbre. »

« Ces questionnements me font venir l’envie de chercher à croiser ledit paysan, afin d’avoir sa réponse, la sienne, et de comprendre le fond des choses… »

« En écrivant ces lignes, maintenant, je me dis que ce qui a fait la différence cet après-midi, c’est d’avoir trouvé cet arbre alors que je n’avais aucune indication de son existence, aucune photo, aucun livre qui n’en parlait. Ce déroulement des choses est très différent du fait d’aller à la rencontre d’un arbre répertorié et connu. Trouver cet arbre remarquable simplement en parcourant la campagne, et en regardant tout autour, fut une vraie joie. »

« Dans de telles circonstances, le plaisir en est bien plus intense car alors il est associé au sentiment d’augmenter l’inventaire des Vénérables, l’inventaire de ces arbres qui nous viennent des temps anciens, eux qui sont les preuves vivantes d’une durée au-delà de celle des Hommes. Oui, l’inventaire de ces arbres-là semble nécessaire car ces Anciens inspirent du respect, de la bienveillance, et je ressens un peu comme un devoir de les « aider » à continuer leur cheminement dans le temps, après moi. Après nous… »

« Les connaître, les faire connaître aussi, c’est déjà un peu les aider. »

« Et cela, ça rend heureux… »

Merci pour la découverte de ce vieux châtaignier François, en te lisant je sens le bonheur que ça a été de découvrir (enfin) un arbre non répertorié dans ton département. Et c’est une jolie prise que ce vieux bonhomme isolé, et malgré la blessure au creux de ses charpentières, il garde encore un port équilibré. Le large espace laissé autour de lui et les traces de coupes récentes sont la preuve qu’il existe un lien tenace entre l’arbre et le propriétaire du champ. Un arbre qui était resté bien discret pour l’instant, mais grâce au portrait que tu as dressé, souhaitons qu’il reçoive de nombreuses visites dans les années à venir.

Catégories :Châtaigniers
  1. 22 novembre 2010 à 18:47

    « l’Appel de l’ Arbre. »

    Souvent l’Écorce. donne le Frisson,
    Parle d’un Corps , Revêt un Son.
    Le Son de l’Hors , au Cœur de l’Arbre.
    Qui vit d’Accords , d’une Onde de Mère.
    Au détout d’un Regard , quand la voie vient de Terre.
    L’Arbre Appel à l’Égard , tend le vers d’un Miroir.
    Près de Lui , l’Onde se fait ressentir,
    Par l’Étrange d’un Plaisir.
    De Croiser le Chemin .
    D’une Lignée des Anciens.
    Ces Grands Êtres , Vénérables.
    Tel qu’un Roi Châtaigner.
    Bien à Toi , François.
    Parle Lui , Trouve les Mots, qui sauront l’Apaiser.
    Par le Cœur , l’Arbre ressent les paroles.
    En son Âme . ils les Portent sous le Sol.
    Tissant des Liens , Renouant la Trame.
    Entre l’Homme et Nature.
    L’autre Nom de la Dame.

    NéO.

    • Yanick
      22 novembre 2010 à 22:23

      Bravo à Néo, ta poésie et ta prose n’en finissent pas de m’éblouir.
      J’ai l’impression que c’est naturel chez toi et que tes mots coulent comme d’une fontaine miraculeuse.
      Mes mots semblent fades comparés aux tiens mais je n’ai pas ton talent; je tenais malgré tout a te faire part de mon admiration et de ma joie à te lire.
      Christophe tu devrais être aux anges d’avoir de tels mots dans les commentaires.

      • 23 novembre 2010 à 14:51

        Oui ça me fait bien plaisir de lire les mots de NéO, les arbres lui donnent l’inspiration, cela a l’air tellement simple pour lui et pourtant quelle musique…

  2. Sisley
    22 novembre 2010 à 21:16

    Bravo François, un coup d’oeil de maître !!

    Et puis 7,70 m pour de la découverte sauvage et inopinée c’est plus que pas mal !

    J’aurai une autre explication pour le cercle de ronces et autres plantes de couverture. Comme le champ à l’air d’être un parc à vaches, le fait d’avoir laissé la place du châtaignier à l’écart aurait pour but d’empêcher les bêtes de piétiner le sol et aussi de se prendre une branche sur la tête ?!
    Je sais que le châtaignier est sensible au tassement du sol et quand les bovins s’amassent sous un arbre, ils viennent souvent en nombre.
    En tout l’idée d’avoir cette barrière naturelle n’est pas mal du tout.

    J’ai discuté avec quelqu’un du forum allo-olivier, qui me parle de certaines villes où sont mis en place des périmètres de sécurité avec clôture incluant l’arbre dans son ensemble de telle manière à pouvoir le laisser mourir sans intervenir, un peu comme un îlot de vieillissement où il pourra laisser tomber ses branches et au final s’effondrer. ça m’a l’air vraiment bien pensé comme aménagement.

    • 23 novembre 2010 à 17:05

      Merci Christophe.

      les Mots me viennent ,de l’ Hauteur,
      Ce sont des Feuilles venues d’Hiers,
      D’un Temps ou l’Arbre était Porteur,
      L’Hôte des Bois , de par les Songes,
      Savait cueillir les Chênes au Coeur,
      Toucher l’Ecorce aux cours d’Hivers,
      Parler au Nom, d’une Dame en Veines,
      Du Lien d’Avant , de l’Âme Ancienne.
      NéO.

  3. François Lannes
    22 novembre 2010 à 21:50

    Merci de tes félicitations, Sisley !
    Venant de toi, je les reçois pour un grand compliment, et en suis bien fier. Evidemment je rêve d’en trouver encore d’autres comme cela, mais je crains que cela ne soit pas si facile, et donc rare. Mais enfin, là ça en fait déjà un.

    Pour l’explication des ronces comme protection des animaux face aux chutes de branches, cela me paraît tout à fait envisageable. Déjà, parce que le paysan favorisera préférentiellement son troupeau par rapport à l’arbre. Et ensuite, parce que le châtaignier perd facilement ses branches (preuve en est la grosse cicatrice centrale), donc le risque est réel.

    • Sisley
      22 novembre 2010 à 23:50

      Tout le plaisir est pour moi !

      ça fait toujours plaisir de voir des reporters évoluer dans leur passion.
      Qui plus est cet évènement marque le début d’une aventure car combien de coins et recoins susceptibles d’abriter un être remarquable sont encore à répertorier.

      Et même si ce n’est pas un châtaignier, il y a tant d’essences qui peuvent nous surprendre..

    • fazio eric
      2 mars 2011 à 15:23

      bonjour,francois se chataignier est magnifique ,j habite pres de voiron 38500 et je l ai découvert il y a plus de 10 ans près de chez moi en foret un chataignier qui mesure entre 7.10 m et 7.30 pris a la ficelle; frappé par la foudre, stigmater , il reste beau ! et impressionnant !

      • 2 mars 2011 à 16:45

        Bonjour Eric,

        si tu veux nous le présenter, c’est avec plaisir que je publierai photos et mesures sur le blog.

        (je te contacte par te donner mon mail)

        à bientôt

        • fazio eric
          2 mars 2011 à 20:23

          bonsoir, François j’ai une photo si vous voulez, avec plaisir

  4. Yanick
    22 novembre 2010 à 22:20

    Salut François, Alors ça y est t’a ressenti le frisson de la découverte.
    C’est agréable non?
    Pour le cercle de ronce j’ai aussi ma petite idée, en fait je ne pense pas qu’il protège les vaches de l’arbre, mais plutôt l’inverse. Dans ma région je voit pas mal de châtaigniers mourir car les vaches ont bouffé toute l’écorce.

    • Sisley
      22 novembre 2010 à 22:26

      J’aurai plutôt pensé aux chevaux qui s’en prennent à l’écorce, mais c’est plus sur les jeunes arbres où elle est plus tendre.
      Par contre le piétinement est un méfait bien réel.

      Les cas de grignotage sur tronc par vache, c’était sur des châtaigniers adultes ?

      • Yanick
        23 novembre 2010 à 08:59

        J’ai vu récemment des châtaigniers de plus de 5m se faire avoir en moins d’un an par des chevaux.
        Par contre avec les vaches c’est un peu plus long car c’est surtout par frottement pour se gratter qu’elles attaquent l’écorce.Mais les châtaigniers adultes n’y résistent pas.J’en suis sûr et certain.

        • Sisley
          23 novembre 2010 à 11:09

          A bas les bestiaux !! (lol)

          Sans blague, il existe ce genre d’aménagement où après la taille il dépose les branchages autour de l’arbre en sorte de haie défensive :

          Plus de propriétaires devraient entreprendre de telles méthodes, sans quoi c’est le patrimoine arboré qui prend un coup..

          • Yanick
            23 novembre 2010 à 12:44

            T’es sûr que là c’est pas pour que les petits gourmands comme toi aillent pas piquer les poires ?

            • Sisley
              23 novembre 2010 à 13:26

              Les petits gourmands ont toujours un autre stratagème !

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