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Câd Goddeu, le Combat des Arbrisseaux – traduction de C.J. Guyonvarc’h

Une version du Câd Godeu [1] à confronter avec celle établie par D.W. Nash [2].

J’ai été sous de nombreuses formes
avant que je ne sois libre.
J’ai été une épée étroite et bariolée.
Je crois à ce qui est apparent.
J’ai été larme dans l’air.
J’ai été la plus brillante des étoiles.
J’ai été mot parmi les lettres.
J’ai été livre à l’origine.
J’ai été une langue brillante
pendant un an et demi.
J’ai été un pont jeté sur soixante estuaires.
J’ai été route, j’ai été aigle
j’ai été coracle sur la mer.
J’ai été l’effervescence de la bière.
J’ai été goutte dans l’averse,
j’ai été épée dans la main.
J’ai été bouclier au combat.
J’ai été corde de la harpe
d’enchantements, neuf années.
Dans l’eau j’ai été l’écume,
j’ai été éponge dans le feu.
J’ai été bois dans le buisson.
Ce n’est pas moi qui ne chante pas.
J’ai chanté, bien que je sois petit,
j’ai chanté le combat des buissons de branches
devant le chef de Bretagne.
Des chevaux ordinaires y pénétrèrent,
des flots de richesse.
Il passa un monstre à larges gueules.
Il avait cent têtes
et une bataille fut livrée
sous la base de sa langue.
Il y a une autre bataille
sur sa nuque.
Un crapaud noir fourchu,
armé de cent griffes ;
le serpent tacheté à crête :
cent âmes par son péché
seront punies dans sa chair.
J’ai été à Nevenydd :
l’herbe et les arbres se hâtaient,
des ménestrels chantaient,
des guerriers attaquaient ;
une résurrection des Bretons
fut opérée par Gwydyon.
On en appela aux saints,
au Christ et à ses pouvoirs
pour défendre les princes,
jusqu’à ce qu’il les délivrât
le Roi qui les a créés.
Le Seigneur répondit par le langage et l’art :
prenez la forme des principaux arbresavec lui dans vos armées,
tout en repoussant le peuple
inhabile au combat à la main.
Quand les arbres eurent été enchantés
dans leur œuvre de destruction
les combats furent interrompus
par l’harmonie des harpes.
Elle pleuraient les combats.
Tranchons les jours tristes.
Une femme fit diminuer le bruit.
Elle s’avance sur le champ de bataille,
tête de sa lignée et chef de l’armée.
Les dépouilles des vaches d’Annwn
nous seront d’un grand profit
dans le sang des hommes jusqu’à nos genoux.
La plus grande des trois réflexions
qui eurent lieu dans le monde,
quelqu’un l’a terminée
en réfléchissant au déluge,
au Christ crucifié
et au jour du jugement tout proche.
Les aulnes en tête de ligne
étaient les premiers.
Les saules et les sorbiers
vinrent tard à l’armée.
Les groseilliers pleins d’épines
– désirable massacre –
et les néfliers vigoureux
vaincront toute opposition.
Les rosiers marchèrent
contre une armée de géants ;
on fit des framboisiers
la meilleure nourriture
pour soutenir la vie.
Le troène et le chèvrefeuille
enlacés avec le lierre.
Les peupliers tremblent beaucoup ;
les cerisiers sont hardis.
Le bouleau, malgré sa grande ambition,
fut équipé tardivement ;
ce n’est pas à cause de sa lâcheté
mais seulement à cause de sa grandeur.
Le cytise a l’esprit occupé
par les étrangers plus que par la bravoure.
L’if est devant,
c’est le siège du combat.
Le frêne fut très honoré
devant le pouvoir royal.
L’ormeau, en dépit de son grand nombre,
ne s’éloigna pas d’un pied.
Il tomba au centre,
aux extrémités et à la fin.
Le coudrier fut estimé
par son nombre dans le combat.
Le troène a eu un sort heureux,
c’est le taureau du combat, le seigneur du monde.
Près du rivage de la mer
le hêtre fut prospère.
Le houx fut teint en vert.
Il fut le héros.
L’aubépine se garde de tout côté.
Son poison fait mal à la main.
La vigne, qui couvrait tout,
fut coupée dans le combat.
Les fougères furent ravagées.
Le genêt, à l’avant-garde,
fut coupé dans le fossé.
L’ajonc ne fut pas meilleur
bien qu’il fût multitude.
La bruyère victorieuse se défendit.
Ton peuple fut enchanté
tout au long des hommes qui suivaient.
Le chêne est rapide :
devant lui tremblent le ciel et la terre.
C’est un vaillant portier devant l’ennemi.
Son nom est un soutien.
La campanule s’unit
et fut cause de consternation.
En repoussant ils furent repoussés ;
d’autres furent transpercés.
Le poirier est le meilleur assaillant
dans le combat de plaine.
Il a envahi la première forêt,
le passage des grands arbres.
Les marronniers, honteux,
s’opposent à l’if.
Le jais est devenu noir ;
la montagne est devenue rabougrie ;
la forêt est devenue pointe ;
ils le sont devenus avant les grandes mers,
depuis que cela a été entendu.
Le bouleau nous a couverts de feuilles :
il nous désenchante et nous change.
Le sommet du chêne nous a ensorcelés
par l’incantation de Maelderw
riant le long du rocher.
Le Seigneur n’est pas d’une nature ardente :
ce n’est ni de mère ni de père
que j’ai été créé.
Mon créateur m’a créé
de neuf éléments,
du fruit des fruits,
du fruit du Dieu du commencement,
des primevères et des fleurs de la colline,
de la fleur des arbrisseaux,
de l’argile de la terre,
Quand j’ai été créé
de la fleur des orties,
de l’eau de la neuvième vague,
j’ai été enchanté par Math
avant d’être invulnérable.
J’ai été enchanté par Gwydyon,
le purificateur des Bretons,
d’Eurwys, d’Euron,
d’Euron, de Modron,
de cinq fois cinq rangées d’artisans habiles,
des maîtres, enfants de Math ;
quand le mouvement s’est produit
Gwledic m’a enchanté,
lorsqu’il a été un peu brûlé.
J’ai été enchanté par le sage
des sages, avant que le monde n’existât ;
lorsque j’étais dans l’existence,
lorsque j’étais une petite chose.
Aimable barde, nous sommes habitués à la richesse :
j’ai un chant de louange que ma langue récitera.
J’ai joué dans le crépuscule.
J’ai dormi dans la pourpre.
J’ai été dans la forteresse
avec Dylan, fils de la mer,
au bord et au centre,
entre des genoux de prince.
J’ai été deux lances sans désir
quand elles tombaient du ciel :
elles brilleront dans l’abîme.
Elles seront au combat.
Quatre-vingts centaines
feront selon leur envie.
Elles ne sont ni plus vieilles ni plus jeunes
que moi dans leurs divisions.
Miracle : cent hommes sont nés chacun de neuf cents
hommes.
J’avais alors sur mon épée une tache de sang.
J’eus la considération
du Seigneur et sa considération partout où il était.
Si je viens là où le sanglier a été tué,
il fera, il défera,
il formera des langues,
celui au nom brillant, à la lame forte.
D’un éclair il conduit ses nombres :
ils se répandront dans l’éther
si je viens sur le sommet.
J’ai été serpent tacheté sur la colline,
j’ai été vipère dans le lac,
j’ai été l’esclave de Kynbyn,
j’ai été pâtre aussi.
Ma chasuble et mon calice,
je le déclare, ne sont pas mensonge.
Quatre-vingts fumées
sur tous ceux qui apporteront
cinq fois cinq distances de … ? …
Seront pris par mon couteau
six chevaux de couleur jaune.
Cent fois meilleur est
mon cheval Melyngan,
aussi rapide que la mouette.
Moi-même je ne passerai pas
entre la mer et le rivage.
Mais je conquiers le champ de bataille
sur neuf cents guerriers.
Mon diadème est de pierres rouges,
d’or est la bordure de mon bouclier.
Ils ne sont pas nés dans la brèche,
ceux qui sont venus me visiter,
excepté Goronwy,
des prairies d’Edrywy.
Longs et blancs sont mes doigts.
Il y a longtemps que j’ai été pâtre.
J’ai traversé la terre avant d’être lettré.
… ? …
J’ai dormi dans cent îles,
j’ai habité dans cent villes.
Sages druides,
prophétisez à Arthur.
Voici ce qui est le plus ancien
dans ce qu’ils chantent.
Et quelqu’un est arrivé,
considérant le déluge
et le Christ crucifié,
et le jugement tout proche.
La pierre d’or dans un bijou d’or,
puisse sa beauté m’enchanter.
Je serai dans la joie
hors de l’oppression de ceux qui travaillent le métal.

____

Christian-J. Guyonvarc’h, Textes Mythologiques Irlandais, éd. Celticum, Rennes, 1980.

Catégories :Celtes
  1. vincent
    22 septembre 2010 à 21:18

    quel texte poétique!!!!
    Qui oserait l’apprendre…

  2. 23 septembre 2010 à 09:46

    Un peu d’explications sur le Câd Godeu, un vieux mythe gallois,
    à l’origine de tant d’histoires d’arbres qui se mettent en marche… :
    https://krapooarboricole.wordpress.com/2009/02/27/cad-goddeu-le-combat-des-arbres/

    L’autre version du poème :
    https://krapooarboricole.wordpress.com/2008/06/27/cad-goddeu-le-combat-des-arbres-traduction-de-dw-nash/

  3. Yanick
    23 septembre 2010 à 10:50

    La version de Nash me parait plus accessible, la traduction est plus travaillée et adaptée au langage actuel, mais j’avais bien aimé le travail de reconstitution de Graves.
    Parfois il me semble apercevoir une forme de joute verbale, un dialogue en forme d’énigmes à relevées dans les versions de Nash et Guyonvarc’h.
    Graves apporterait lui un début de réponse à ces énigmes.

  4. 23 septembre 2010 à 11:56

    Une joute verbale dans des langages d’initiés…

    (je file, cet aprêm’ le fameux caroubier…)

  5. vincent
    23 septembre 2010 à 12:17

    Bonjour,
    Il ya un petit momment de ça, je vous avez envoyé un mail contenant
    les mesures du chêne de vérignon et des photos .L’avez vous reçu ?

    • 23 septembre 2010 à 23:19

      Oui, bien reçu ton mail Vincent,
      j’ai juste laissé filer la bobine…

      Je te réponds en mail demain

  6. 23 septembre 2010 à 17:46

    Voilà un texte magnifique !
    Je suis passionnée de mythes et de légendes, et la littérature celtique en fait partie. Me permettez-vous de réutiliser ce billet et celui que vous avez publié expliquant ce poème ? Je ne sais pas encore si ce sera sous cette forme directement ou adapté, mais votre nom sera cité comme source, bien entendu…
    Continuez, j’adore passer sur votre blog !🙂

  7. 23 septembre 2010 à 23:28

    Bonsoir Darboria,

    alors comme ça on est passionnée par les mythes ? Pas de problème pour moi, ceci dit je ne suis pas l’auteur des traductions… Mais si tu veux indiquer le blog dans tes sources, encore mieux ça m’occasionnera peut-être de nouveaux visiteurs ? et qui sait peut-être de nouveaux reporters ?

    à bientôt dans la forêt,

  8. 24 septembre 2010 à 11:10

    Un très beau texte qui tombe bien pour équinoxe et la pleine lune !

  9. 24 septembre 2010 à 11:13

    Il n’y a pas de hasard dans la vie, et sur le blog non plus…

  10. 26 septembre 2010 à 13:03

    Je m’en doutais !
    Peut-être aurai je la chance, un jour de l’équinoxe, de pouvoir entendre Câd Goddeu, le Combat des Arbrisseaux, chanté dans son langage d’origine, accompagné d’une harpe, du crépitement d’un feu, du petit murmure d’une source, du chuchotement du vent qui caressent les feuilles des arbres et buisson et du chant des astres qui brillent sur la voute céleste…

  1. 22 septembre 2010 à 19:22
  2. 20 octobre 2010 à 18:33

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