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Les saints dendrites

Si en France certains arbres par leur âge canonique se sont vus transformer en chapelle comme à Villedieu-la-Blouère ou encore à Saint-Sulpice-le-Verdon, d’autres installées en haut des arbres furent habitées comme à Allouville-Bellefosse. Et parfois, des ascètes choisirent d’y installer leur ermitage ainsi que le fit le moine Le Graet au cœur du chêne de Tronjoly.

En Syrie, aux débuts du christianisme, les saints dendrites faisaient partie d’une caste d’ascètes tenant leur nom des arbres (du grec dendron signifiant « arbre »). Les dendrites vivaient dans les arbres, debout ou assis, à la façon des stylites qui vivaient perchés en haut de colonnes. Il est probable que certains dendrites, tout comme les stylites, construisirent de sortes de petites cabanes dans les branches des arbres pour un faciliter leur séjour.

Ce type de vie monastique est unique, car les dendrites sont « au dehors » à l’inverse des moines reclus « à l’intérieur » des murs protecteurs de leur monastères. Ce contraste est frappant, ces ermites solitaires qui se sont élevés sur un arbre, ont mené des vies de reclus loin de tout patronage spirituel ou politique… Dans les branches, ballotés par les vents et se sustentant uniquement avec les fruits et les feuilles de l’arbre hôte.

  • Saint David de Thessalonique

Encore jeune, saint David entra au monastère des Saints Martyrs Théodore et Mercurius de Thessalonique où il vécut dans le renoncement et la prière. A la lecture de la vie des saints stylites Siméon et Daniel, il fut pris d’une telle componction qu’il décida de suivre leur exemple afin de trouver le repos en leur compagnie après la mort. Un jour donc, il monta dans l’amandier qui s’élevait à gauche de l’église et y élut domicile. Il était résolu à mener cette vie d’ascèse extrême le reste de sa vie, exposé aux rigueurs du climat, à l’inconfort et à l’instabilité jusqu’à ce qu’au bout de trois ans un Ange lui demanda de descendre et de se retirer dans le silence d’une cellule. Il accomplit de nombreux miracles et intervint auprès de l’Empereur Justinien pour établir un siège épiscopal à Thessalonique. Il rendit son dernier souffle en vue du port de Thessalonique sur le navire qui le ramenait de Byzance : « le navire s’immobilisa malgré la forte brise qui gonflait les voiles et un parfum céleste enveloppa l’atmosphère. »
.

  • Saint Tikhon de Kalouga

Saint Tikhon de Kalouga, dans sa jeunesse, a reçu la tonsure monastique au monastère Tchoudov à Moscou, mais à travers son amour pour la solitude, il s’installe à un endroit isolé près de Maloyaroslavl. Il vivait dans l’ascétisme dans une forêt profonde et dense, sur la rive de la rivière Vepreika, dans le creux d’un chêne géant antique. Lors d’une chasse, le prince Basile Vladimirski (petit-fils de Vladimir le Brave), est venu à Saint-Tikhon, en colère lui ordonna de quitter sa propriété immédiatement, et osa même lever son fouet contre le moine. Mais immédiatement la main du prince s’engourdit, pris au dépourvu par un tel châtiment, le prince se repentit de sa conduite et avec humilité demanda pardon.

Le prince obtint la guérison par la prière du saint. Il invita le moine à rester sur sa propriété et d’y construire un monastère pour les moines, en promettant de lui fournir tout le nécessaire. Saint Tikhon construisit un monastère qu’il dirigea jusqu’à ce qu’il atteigne un  grand âge, et il mourut en l’an 1492. Son corps a été enterré dans l’église du monastère qu’il a fondé.

« … Je me suis passionné pour ces saints orientaux qu’on surnommait dendrites et qui faisaient vœux de vivre dans les arbres sans jamais mettre un pied sur le sol. Ils sont totalement ignorés – comme les mystérieux villageois de Jules Vernes – et seul un petit nombre d’historiens s’est intéressé à leur vie. Des dendrites ! De toute évidence, l’homme n’est devenu vraiment homme, vraiment erectus et sapiens, qu’en quittant à jamais les branches et à l’abri des arbres ancestraux, mais ces dendrites, prenant à rebours le chemin évolutif – dont, bien sûr, ils n’avaient nulle idée – retrouvaient l’existence arboricole. » (Jacques Lacarrière, Histoires de lecture)

Sources :

– The dendrites in pre-Christian and Christian historical-literary tradition and iconography, Constantine P. Charalampidis, 1995.
– Dendrites and other standers in the history of the exploits of Bishop Paul of Qanetos and priest John of Edessa, Kyle Smith, Journal of Syriac Studies, Vol. 12.1, pp. 117-134.
– J. Sanidopoulos, Righteous David the Dendrite of Thessaloniki.
– J. Sanidopoulos, Saint Tikhon of Kaluga the Tree Dweller.
____

Peu de documentation en français, il me reste pas mal de textes à traduire concernant les saints dendrites, cet article n’est donc pas définitif et devrait évoluer avec le temps.
(D’ailleurs s’il y en a parmi vous qui ont de la doc, n’hésitez pas à me la transmettre)

Catégories :Mythes
  1. 20 septembre 2010 à 13:05

    Non limité au christianisme, cette pratique a été en usage en Asie :

  2. Yanick
    20 septembre 2010 à 13:08

    Sans oublié l’arbre de Bouddha !!!

  3. 20 septembre 2010 à 13:30

    Siddhartha Gautama a obtenu l’illumination sous un pipal mais n’avait pas fait son ermitage dans les branches ; les saints dendrites sont peut-être à rapprocher des rishis, les sages indiens qui vivaient reclus dans les forêts sacrées aux temps anciens (leur tenue était faite de la fibre présente entre l’écorce et le bois des ficus religiosa, semblable à une étoffe grossière), ils ont rédigé les textes sacrés de l’hindouisme.

    Pas fini d’éplucher tout ça…

  4. 16 février 2011 à 23:59

    A vrai dire, il existe très peu de documents relatifs au dendritisme, à l’exception d’une icône ancienne du monastère de sainte Catherine – au mont Sinaï – représentant l’un des plus célèbres dendrites : David de Thessalonique qui vécut au VIe siècle, et passa trois ans sur un amandier dans la cour d’un monastère des environs de Thessalonique, et de deux textes postérieurs. Le premier date du VIIIe siècle, c’est un Poème sur les Moines attribué à un certain évêque Georges où il est dit que certains moines :

    ont fait leur refuge d’un arbre au feuillage ombreux
    qui les nourrit de ses fruits et de ses feuilles.
    plusieurs y sont montés pour y vivre tous les jours de leur vie
    et ils sont projetés de tous côtés par la violence des vents.

    Georges, archevêque des Arabes, diocèse situé entre la Syrie et la Mésopotamie, élu en 686, +724. Source : C. Chalampidis in « The dendrites in pre-christian and christian historical-literary tradition », Athènes, 1986.
    ____________________________________________________________

    et le second, une chronique syriaque du monastère de Mar Maron, près d’Apamée :

    Dans le gouvernement de la métropole d’Apamée, il y a un village nommé Ir’énin.Dans ce village se trouvait un grand cyprès sur lequel habitait un homme de Dieu.Le démon qui hait toujours les bonnes actions ne cessait de combattre contre lui en secret ou à découvert et souvent il le précipitait à bas de cet arbre. Enfin le saint pourvut à cela en se procurant une chaîne de fer pour s’attacher le pied à l’arbre et lorsque son ennemi Satan le précipitait à terre, il restait suspendu à l’arbre par cette chaîne et les habitants du village venaient et le remontaient à sa place.
    A la fin, il dit : « Que Dieu, pour le nom duquel je suis ici, m’accorde de n’avoir plus besoin de la main des hommes, mais s’il lui plaît que je demeure en ce lieu, qu’il m’envoie sa force divine et me remette à ma place.  » Et cela eut lieu. Chaque fois que l’adversaire le précipitait, un ange descendait du ciel et le remettait à sa place.

    The dendrites in pre-Christian and Christian historical-literary tradition and iconography / Constantine P. Charalampidis

    http://books.google.fr/books?id=gUawvQJAuYEC&pg=PA72&lpg=PA72&dq=Ir%27enin+village&source=bl&ots=zIwAFfRM-X&sig=wwi-BJ41WNeiA1S2IFODNQb2bf8&hl=fr&ei=jH_vTMOEMoHKhAfl5dCbDA&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CFIQ6AEwCQ#v=onepage&q=Ir%27enin%20village&f=false

  5. 21 février 2014 à 18:05

    Saint Antoine fut le premier anachorète connu de la chrétienté, égyptien aisé qui vers l’âge de 20 ans partit s’établir dans le désert de Haute-Égypte, dans la région de Thèbes. Représenté ici en ermite au creux d’un vieil arbre, confronté silencieusement à lui-même et aux démons.

    https://krapooarboricole.wordpress.com/2010/11/13/la-tentation-de-saint-antoine/

  1. 24 mai 2015 à 08:21
  2. 24 mai 2015 à 08:27
  3. 30 octobre 2016 à 17:31

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