Le conte du petit arbre très courageux

Il était une fois dans un pays lointain, de l’autre côté de la mer, un petit arbre qui avait poussé presque tout seul, loin de ses parents, car les arbres ont des parents, beaucoup de gens l’ignorent.

Ce petit arbre avait eu beaucoup de difficultés au début de sa vie d’arbre. Par exemple, ses deux racines principales, celles qui lui permettaient de se tenir debout, de résister au vent, avaient été très abîmées. Mais c’était un petit arbre courageux, vraiment courageux.
La nuit, quand il pleuvait ou qu’un animal aurait pu lui marcher dessus et aussi le manger en croyant que c’était une herbe, il résistait, il s’accrochait à la vie. Et je peux vous le dire, ce n’était pas une vie facile, de vivre dans ce pays de guerres, de famines et de violences pour les petits arbres et même pour les grands !!!

Puis un jour, des arbres d’un autre pays vinrent le chercher pour vivre avec eux. Mais ses racines étaient très endommagées et le petit arbre très courageux fut plâtré. Dans le nouveau pays où il vécut, on a soigné ses racines et bientôt il a pu courir comme font tous les petits arbres. Il dut être opéré plusieurs fois, plâtré encore.

Puis il commença à vivre vraiment sa vie d’arbre. Il découvrit le nouveau pays qui était le sien, il commença à aimer ses parents-arbres adoptifs. Bref, il les adopta à son tour.
Ce que le petit arbre vraiment très courageux n’arrivait pas à dire, ce qu’il gardait comme un grand secret dans son cœur, c’était à la fois son désir de revenir un jour dans son pays de naissance, de retrouver sa terre et en même temps sa peur d’être renvoyé de son nouveau pays qui était maintenant le sien.

Il imaginait, dans sa tête de petit arbre, que si ses racines guérissaient totalement, alors ses parents adoptifs pourraient ne plus le garder. Ainsi il était tiraillé entre des sentiments opposés, il vivait un véritable combat en lui.
Il voulait guérir, ne plus être opéré et en même temps il avait très peur de guérir.
Je vous l’ai dit au début, c’est un petit arbre très courageux. Il adorait ses parents adoptifs, il voulait rester près d’eux et ne pouvait s’empêcher de penser :
— Si je ne guéris pas mes racines, peut-être qu’ils me garderont, mais si je ne guéris pas de mes racines, peut-être qu’ils me renverront !

Moi j’ai beaucoup d’admiration pour ce petit arbre et j’aimerais lui dire à l’oreille, tout près, rien que pour lui :
— Tu sais,
même un petit arbre a le droit de grandir et de vivre dans un pays où il n’est pas né.

Si je le voyais, je lui offrirais un tout petit pot de la terre de son pays au-delà des mers. Et tous les soirs, avant de s’endormir, il pourrait regarder ce pot et se dire :
— Oui, j’ai le droit de rester ici avec mes nouveaux parents.
00Et grâce à ce petit pot de terre, de rester relié.

Et je suis sûr que tout cela lui donnerait envie de guérir et de devenir un arbre grand et tout feuillu, de la même couleur que ses parents dans son pays au-delà des mers. Oui, si je le rencontrais, je lui dirais tout cela !

Ainsi se termine le conte du petit arbre qui avait eu ses racines blessées et qui hésitait à guérir parce qu’il avait peur de grandir et d’être abandonné à nouveau.
____

Jacques Salomé, Contes à guérir, Contes à grandir, pp.284-286.
Oliviers avec ciel jaune et soleil – Van Gogh en 1889, Minneapolis Institute of Arts.

3 réflexions sur “Le conte du petit arbre très courageux

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