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Le parc du Château du Martreil, Sainte-Christine (Maine-et-Loire)

« Au début de mes recherches, Christophe m’avait transmis une liste d’arbres remarquables [1] dans laquelle figurait un cormier imposant, mais je ne m’y suis pas tout de suite intéressé. Or, il y a quelques temps, le propriétaire de ce fruitier magnifique a contacté Krapo directement pour proposer de présenter son arbre sur le blog.

Rendez-vous fut donc pris et je me suis rendu à Sainte-Christine au château du Martreil. J’ai été accueilli très chaleureusement par Patrick et Jacques de Romans qui m’ont tout de suite convié à les suivre pour un tour complet de leur propriété. » (clic les photos)

« Le cormier est visible dès l’entrée du parc et on se rend compte tout de suite qu’il s’agit là d’un individu hors norme. Son allure charpentée est digne d’un chêne tant ses branches sont épaisses et élancées. Il s’élève sur une petite vingtaine de mètres de haut pour autant d’envergure et sa circonférence de 3m65 à 1m30 du sol laisse songeur ! »

« Il s’agit du premier fruitier de plus de 3m de tour que je rencontre, et quel fruitier ! En sa présence on comprend aisément l’amour que notre ami Sisley leur porte. Cet arbre est entretenu régulièrement par un arboriste professionnel qui le purge avec parcimonie de son bois mort. Il m’a donc semblé en très bonne santé. Pourtant, mes guides m’ont expliqué qu’il entre progressivement dans une phase de sénescence qui impose de revenir l’entretenir régulièrement. Il faut dire qu’avec un âge qui a très certainement passé les deux siècles et demi, il est normal qu’il ait perdu de sa fringance. »
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« Juste derrière ce phénomène subsistent côte à côte les deux doyens du parc. Ce sont deux chênes têtards quadri centenaires qui sont liés l’un à l’autre à tous points de vue. »

« Non seulement ils ont à peu près le même âge et la même conformation (leurs mensurations  étaient de 6m10 et 6m20 il y a deux ans  mais non content d’avoir été égaux dans la vie, il le sont dans leur dépérissement. En effet, l’année dernière, leurs troncs fatigués se sont fendus par le milieu à quinze jours d’intervalle sans que l’on ait d’autres explications. On se sentirait presque pris, dans un élan romantique, à imaginer qu’à la vue de son voisin de toujours défait par les éléments, le second chêne se soit sacrifié à son tour pour l’accompagner dans l’au-delà… »

« Loin de ces égarements romanesques, force est de constater que le spectacle est saisissant à la vue de ces moitiés de troncs creux dont l’autre gît à même la pelouse. Il a été décidé de les laisser en place pour laisser imaginer aux visiteurs la splendeur passée de ces patriarches. Un élagage assez prononcé a été pratiqué sur les branches encore en place afin de limiter le risque bien réel de voir l’autre moitié de ces arbres s’écrouler à son tour. Cependant, pour les maintenir le plus longtemps possible il faudrait peut être envisager un quelconque câblage…  Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Il est peut-être simplement normal d’assister au cycle naturel de recyclage de la matière carbonnée. Comme élément particulier supplémentaire, j’ai remarqué qu’au cœur du plus charpenté des deux on peut observer de l’écorce et des racines internes [2][3] (comme le vieux cormier de Sarre-Union). Ce chêne avait commencé à croître de l’intérieur ! D’ici qu’il nous développe de nouvelles branches maintenant que le soleil éclaire cette particularité qui était encore cachée il y a peu ! »
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« Avant de vous présenter d’autres phénomènes, restons dans cette partie du parc pour parler de deux autres chênes qui m’ont intrigués car ils portent chacun une histoire bien particulière. »

« Le premier  qui affiche tout de même une grosse quinzaine de mètres de hauteur, une vingtaine en envergure et 4m60 de circonférence est surtout remarquable par la croix qui lui est apposée. Il s’agit de la croix des Rogations. »

« Il y en a plusieurs de ce type sur la commune de Sainte-Christine et chaque année avait lieu une procession qui observait des arrêts de prière au pied de chacune de ces croix. Je me plais donc à nommer cet arbre chêne des Rogations. »

« Le second porte une histoire plus intime. Il s’agit d’une « vieille croûte » creuse dont seule une partie latérale est encore en vie. Sa circonférence est de 4m60 également mais si j’en juge par la sur-épaisseur d’une vingtaine de centimètres que présente la partie vivante sur le noyau central mort, par un rapide calcul à valeur uniquement théorique, j’estime que si l’arbre possédait encore la totalité de son tronc elle serait plus ou moins égale à 5m50,

non loin, donc, des deux aînés. Patrick de Romans,  fort de ses 60 printemps, m’a raconté que lorsqu’il était tout petit et qu’il venait rendre visite à ses grands-parents, alors propriétaires des lieux, il lui arrivait souvent de venir se cacher lors de jeux dans le creux de ce chêne. Et selon ses souvenirs, l’arbre n’a pratiquement pas changé. Voilà qui accrédite la thèse d’un arbre à l’âge fort respectable. »
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« Entrons plus en avant dans le parc à la rencontre d’un bouquet de trois phénomènes de la nature. Ce sont des liquidambars dont la contemplation fait courir le risque de contracter un torticolis. En effet, en utilisant la méthode de la croix du bucheron, nous avons mesuré la hauteur du plus élancé des trois à 38m50 ! La circonférence des deux plus gros est de 2m40 et 2m60 pour le plus haut. Situés entre deux bosquets assez denses, ils se dressent fièrement et dominent les lieux assez franchement. »

« Qu’il serait bon d’être un petit oiseau qui viendrait se poser tout en haut : le panorama doit y être saisissant. C’est au cœur de l’un de ces bosquets que j’ai mesuré les deux houx qui sont à ma connaissances les plus gros de Maine-et-Loire et que j’avais déjà présentés [3]. Pour autant, l’arbre le plus élevé du parc est un chêne écarlate qui a été mesuré à 42m pour 3m40 de circonférence… »
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Derrière le château, un pré est le lieu de villégiature de deux autres gros chênes.

Si le premier affiche 4m50 de circonférence à 70cm du sol,

c’est surtout le deuxième qui a retenu mon attention : 5m à 1m30 et un port naturel splendide qui offre la vision d’un houppier bien formé aux charpentières bien développées dont l’écorce est ridée profondément et régulièrement.
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La visite du parc pourrait s’arrêter ici, mais il n’en est rien. De l’autre côté de la petite route, c’est le petit bois qui nous attend. On y trouve un peuplement assez dense de chênes forestiers imposants qui est dominé par trois pieds qui valent chacun le détour.

Le premier est magnifique par la régularité des rides de son écorce et son houppier à deux couronnes très large en forme de boule. Sa circonférence à 1m30 mesure 4m50.

Le deuxième qui est plus gros, avec 4m90, pousse au bord de la route principale.

Son houppier s’étale très largement et il respire la santé.

C’est un arbre qui se mérite car il est noyé dans la broussaille et les ronces.

Mais le plus imposant est situé à l’autre extrémité du bois. C’est une pure merveille !

5m70 à 1m30 pour une hauteur de 25m et une envergure d’environ 30m.

Tous paramètres pris en compte, s’il n’est ni le plus vieux, ni le plus large de tronc, ni le plus haut, il peut tout de même prétendre au titre honorifique de géant du Martreil.
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D’aucun diront que ce titre irait mieux au séquoia géant de 6m de circonférence ou mieux encore au cèdre en bouquet qui trône devant le château et dont la circonférence à la base est la plus élevé des lieux avec 6m75. C’est affaire de goût.

La forme de ce dernier est assez particulière car il était accolé autrefois à un cèdre jumeau et le massif formé par les deux était assez phénoménal. Leur complicité a été rompue dans les années 70 lorsqu’une tempête abattit une trentaine de cèdres du domaine.

« Ce parc est formidable et comme il se visite, j’espère pouvoir y retourner régulièrement. Pour plus de renseignements, rendez-vous sur le site du château, par ici. »

Pour vous aider à situer les arbres, Gilles a élaboré une carte.
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Quel reportage !! Lorsque Patrick de Romans m’avait contacté pour me signaler ce fabuleux cormier et le trio remarquable de liquidambars, j’étais loin de me douter de la richesse fantastique du parc du château. La balade est géniale : le cormier est le plus gros recensé jusqu’à présent et offre un pur spectacle ; l’histoire des vieux têtards patriarches m’a touché ; et toute la série de chênes présentés m’a fasciné (autant de trésors au même endroit) ; avec 38m de haut les liquidambars sont parmi les plus hauts de France ; on en oublierait presque ce cèdre élégant et déjà imposant. Merci pour la balade et pour toutes ces découvertes Gilles, je me suis régalé !

  1. Sisley
    16 mai 2010 à 22:26

    MERCI BEAUCOUP pour ce super article !!!

    Je m’attendais à un arbre et s’en est une vingtaine qui défilent.
    Pour commencer, le cormier est de toute beauté, il est vraiment à sa place.
    L’histoire singulière des deux jumeaux m’a bien fait rire.
    Les liquidambars sont fabuleux, une telle hauteur, du jamais vu. Le feuillage automnale doit être bluffant.
    Pour indication, le plus gros chêne écarlate de Belgique avait 3,23 m de tour en 89.
    Et j’en passe pour le reste, un chêne plus beau que l’autre.

    Le circuit a bien du prendre une bonne matinée ?!
    Si j’ai bien compris, les plus vieux arbres auraient dans les 400-450 ans ?

    Un parc, qui vaut le détour, sans aucun doute !

  2. krapo.arboricole
    17 mai 2010 à 10:08

    Salut Sisley,

    comme tu dis : « un parc qui vaut le détour, sans aucun doute ! »

    Un cormier géant qui a tout pour te plaire l’ami, des liquidambars qui frôlent les cieux, une série de chênes de toute beauté, le tout dans un décor magnifique. Quand Patrick avait évoqué les arbres de son parc, je n’aurai jamais pensé qu’il y ait tant de trésors cachés…
    De plus, Patrick a exprimé l’envie de nous aider dans l’inventaire, alors il y aura surement de nouvelles découvertes.

  3. 17 mai 2010 à 11:15

    Salut Krapo,

    Toujours dans les arbres?
    Moi, je donne dans l’économie en ce moment… mais littéraire malgré tout…
    Ton blog est toujours aussi… magique !
    Bonne journée.
    Bettina

  4. Yanick
    17 mai 2010 à 12:59

    Salut Gilles,

    C’est euro-arboricoland ce parc, moi je suis prêt à y passer le journée, voir plus si il y a la queue à chaque animation !!!
    Continue de nous faire découvrir tous ces parcs du bord de Loire, j’ai l’impression que c’est un filon inépuisable !!!!

  5. Seb
    18 mai 2010 à 17:02

    C’est un parc fabuleux ! Dommage que les vieux liquidambars soient si rare dans les parcs. J’espère qu’on aura des photos du Quercus coccinea à l’automne.

  6. 20 mai 2010 à 14:25

    Salut tout le monde, j’étais ailleurs pendant la publication, et je n’ai pas pu répondre tout de suite!
    Euro-arboricoland… pffff MDR ptdr!! Mais …oui, en fait c’est un peu ça. A force de voir les gros arbres groupés, on finit par ne plus savoir ce qu’est un arbre remarquable.

    Pour explorer le tout il aura bien fallu 2 demi-journées sans chômer mais toujours dans la bonne humeur! Et en famille qui plus est ! Nous avons été particulièrement bien accueillis ce qui laisse une impression des plus agréable.
    Sympa aussi d’y être allé en hiver puis au printemps. Les lieux semblent différents surtout le pré avec son herbe haute d’1m-1m20 avec toutes ses fleurs…

    J’estime en effet l’âge des vieux chênes à 400-450 ans. Ce sont d’anciens têtards et les tailles répétées ont tendance à « bonzaïifier » les arbres. J’ai trouvé un exemple frappant de faible croissance à côté de chez moi et je le présenterai d’ailleurs bientôt sur mon blog. Un exemple qui tend à prouver que l’âge canonique attribué à certains têtards aujourd’hui encore exploités n’est pas forcément usurpé.

  7. 26 mai 2010 à 18:59

    Bonjour à tous !

    Merci à Gilles pour ce bel article sur le Martreil ! Et c’est un vrai bonheur que de pouvoir partager ce patrimoine avec des amoureux des arbres ! Mon frère et moi seront heureux d’accueillir les amis du Krapo arboricole : faites moi savoir quand vous viendrez dans la région.
    Sisley, je t’enverrai des photos de ces merveilleux liquidambars à l’automne, mais le mieux serait que tu viennes les voir ! Connaissez vous d’autres liquidambars de cette taille en France ?? Aux USA, Il semblerait que le plus haut mesure 136 pieds (41m) en Caroline du Nord, on n’est pas loin derrière avec nos 38,50 m…
    Et pour le chêne écarlate (quercus coccinea) de 42 m, en connaissez-vous de cette hauteur ? Combien fait celui de Belgique, Sisley ?

  8. Sisley
    29 mai 2010 à 17:25

    Bonjour,

    Apparemment il n’y a pas de mesure de hauteur pour le chêne écarlate belge, mais les autres n’ont pas plus de 26 m.
    Pour les copalmes d’Amérique dans leurs milieux naturels, un de 48,8 m aurait été trouvé dans un marais de Caroline du sud !!

    http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/01/13/AR2010011302539.html
     » Garrett said he thinks the sweet gum tree, which is also the biggest sweet gum recorded in Maryland, could someday compete for the national title, held by a 160-foot-tall specimen in the swamps of South Carolina. « 

  9. 5 octobre 2010 à 18:47

    Salut Gilles et bonjour aux amis du Krapo arboricole.
    Quelle surprise, Gilles, de t’avoir retrouvé lors d’une visite à Serrant… mais tu es à présent un proche voisin.
    Je renouvelle l’invitation faite par mon frère Patrick. C’est avec beaucoup de plaisir que nous vous accueillerons au Martreil. Dans très peu de temps le parc va se revêtir de sa splendeur automnale.
    Avis aux amateurs…

    • 30 décembre 2010 à 23:22

      Ce fut un plaisir partagé. Désolé de ne pas avoir pu répondre à cette invitation, mais avec le WE en Anjou et la semaine dans la Nièvre, ce n’est pas évident en ce moment de trouver du temps. Mais j’exhorte tout le monde à vous rendre visite au printemps au Martreil et à visiter également ce magnifique chateau de Serrant près de Saint-Georges-sur-Loire.

  10. 31 décembre 2010 à 15:30

    Coucou Gilles,

    je te souhaite plein de bonnes choses pour cette nouvelle année,
    surtout prends soin de toi et embrasse les tiens pour moi l’ami.

  1. 10 juin 2010 à 16:59
  2. 20 septembre 2010 à 18:09
  3. 21 février 2011 à 15:05
  4. 8 avril 2016 à 21:07

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