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L’arbre au Proche-Orient ancien : deux conceptions ~ Florence Malbran-Labat

Alors que je cherchais difficilement à assembler et à traduire des documents pour présenter le motif de l’arbre de vie chez les anciennes civilisations du Proche-Orient, je suis tombé sur une étude intéressante menée par Florence Mabran-Labat (phililogue et chercheur émérite au CNRS). Par la suite, viendront des articles détaillés sur les arbres kiskanu et huluppu.

« Le  Proche-Orient  qui  appartenait  dans  l’Antiquité  à  ce que  l’on  pourrait  appeler  le  « monde  cunéiforme  »    partagea pendant  près  de  trois  millénaires  suffisamment  de  traits  communs  pour  constituer  une  civilisation  propre.  Le  système graphique particulièrement complexe véhiculait en fait un mode très spécifique de penser et d’appréhender le monde. Cependant cette  civilisation  connut  des  caractéristiques  locales  liées  aux substrats  ou  à  des  données  propres,  comme,  par  exemple,  les données  écologiques.  Ainsi  le  type  de  la  végétation  oppose nettement  la région du Tigre et de  l’Euphrate et à ses pourtours montagneux.  C’est  en  effet  une  banalité  que  de  rappeler combien  la  Mésopotamie  était  pauvre  en  arbres  et  devait recourir,  pour  ses  constructions,  à  l’argile  et  au  roseau.  En revanche  l’Elam et ses hautes vallées à  l’intérieur des monts du Zagros  comportaient  des  zones  très boisées,  avec des  forêts de conifères  denses  et  touffues.  On  comprend  donc  que  la conception de l’arbre en Mésopotamie et en Elam ait pu être très différente malgré  les  très  nombreux  échanges  et  influences qui unissaient ces deux pays voisins. »

« Dans  le monde  du  suméro-akkadien  se  développa  une double  conception de  l’arbre :  il y  avait  les  arbres  indigènes et les  arbres  « de  l’étranger  »,  d’autant  plus  désirables  qu’ils répondaient à des besoins précis ou à un idéal.
Il  faut  tout  d’abord  noter  que  la  vision  paradisiaque transmise  par  la  tradition  biblique [1] à  propos  de  la  région  du Tigre et de l’Euphrate est bien loin de la stricte réalité botanique. Le  terme  d’Eden  qui  lui  est  donné  est  d’ailleurs  révélateur puisqu’il désignait, dans la langue vernaculaire, non pas un lieu de délices mais  la steppe aride qui commençait  là où s’achevait le  territoire cultivé  ; c’était  l’espace des nomades étrangers à  la civilisation des villes. Le « croissant fertile »  devait, quant à lui, sa richesse à un intense travail humain et ce n’est que grâce à un système  d’irrigation  très  développé  et  exigeant  que  la  plaine mésopotamienne put produire d’abondantes récoltes. Les  arbres  les  plus  familiers  pour  les  Sumériens,  puis pour  les Assyro-Babyloniens  étaient  sans  doute  une  variété  de peuplier qui poussait  sur  les bords de  l’Euphrate et  le palmier-dattier qui  faisait  la  richesse du sud-babylonien. L’un et  l’autre apparaissent dans la littérature locale la plus ancienne. »
« C’est  en  effet  autour  du  peuplier [2] que  fut  bâti  un  des épisodes  sumériens de  l’Epopée de Gilgamesh,  le  roi mythique de la ville d’Uruk : « Gilgamesh, Enkidou et l’Enfer ». Il débute par  la  plantation,  au  bord  de  l’Euphrate,  d’un  arbre-huluppu. Déraciné par le vent du sud, il est récupéré par la déesse Inanna qui  le  replante  car  elle  veut,  quand  le moment  sera  venu,  s’en faire un siège et un lit. Mais, lorsque la croissance de l’arbre lui permettrait de mettre son projet à exécution, elle a la désagréable surprise  de  découvrir  qu’il  est  la  demeure  d’un  serpent,  d’un aigle  et  d’une  démone.  Gilgamesh  vient  alors  à  l’aide  de  la déesse qui, reconnaissante, lui donne un morceau de l’arbre pour qu’il s’en  fasse une Baguette et un Cerceau [3]. Mais ces  insignes de  la  royauté tombent  dans  les  enfers,  sans  que  Gilgamesh puisse les reprendre. Son serviteur Enkidou, qui a accepté d’aller les y chercher, est retenu au royaume des Morts, sans espoir de retour. Gilgamesh  obtient  seulement  du  dieu  des Enfers  qu’un orifice  soit  aménagé  par  lequel  le  fantôme  d’Enkidou  pourrait sortir, une seule fois, et raconter à son ami la triste condition des défunts. On le voit ce mythe est étroitement rattaché à la fois à la sphère divine, au  thème du pouvoir et à une évocation d’un au-delà fait d’ombre, de poussière et de misère. »

« Tout autre est l’image du palmier-dattier : l’un des noms de cet arbre est «l’arbre de la richesse ». En effet, en Babylonie, il  est plus  étroitement  lié  à l’idée de productivité qu’à  celle de beauté gracieuse qui  conduit Ulysse  à comparer Nausicaa  à un jeune palmier [4]. De  fait cet arbre, que  les Grecsnommaient « le phénicien » [5],  avait  chez  les Mésopotamiens  de  très nombreux  usages  :  le stipe fibreux, qui pouvait atteindre  jusqu’à 20 m. de haut, servait comme bois d’œuvre pour  les poutres et  les piliers ainsi  que  dans  les  ponts,  les  quais  et  les  installations hydrauliques ;  évidé,  il  fournissait  des  canalisations  d’eau  ;  en menuiserie,  il  était  utilisé  pour  les  portes.  Il  jouait  un  rôle important  dans  la  nourriture  animale  et  humaine :  le  bourgeon terminal [6]  était  très  recherché  car  la  moelle  était  un  mets hautement  apprécié, de même que  le vin de palme qui  en  était extrait [7]  ;  une  fois  fermenté,  ce  vin  était  utilisé  comme  levain pour  la  fabrication  du  pain  et,  après  la  fermentation,  comme vinaigre [8].  Les  dattes  représentaient  une  part  importante  de  la nourriture humaine  (un palmier bien entretenu pouvait produire jusqu’à  300  litres  de  dattes  par  an [9])  et  les  noyaux  écrasés entraient  dans  l’alimentation  des  animaux. De  plus  les  palmes formaient une protection qui permettait de nombreuses cultures (céréales,  oléagineux,  légumes,  vigne  et  arbres  fruitiers),  qui bénéficiaient à la fois d’une certaine ombre et de l’apport d’eau que  nécessitait  la  phéniciculture  [10].  Très  tôt  les  Sumériens devinrent maîtres dans  cette  culture difficile  et méticuleuse.  Ils savaient planter des  rejets, qui donnaient des arbres porteurs de fruits en quatre ou cinq ans [11]  ;  ils protégeaient  la plantation par un  mur  élevé  et  creusaient  un  réseau  de  rigoles  pour  assurer l’irrigation  des  plants.  Ils  savaient  favoriser  la  fécondation  et provoquer  artificiellement  la  pollinisation  en  frottant  les  fleurs femelles à  l’aide de panicules mâles ; des spécialistes,  fort bien rémunérés par une partie de la récolte, déterminaient le moment le plus propice pour cette opération. Objets de soins attentifs et spécialisés,  les  palmeraies  constituaient  les  exploitations agricoles  les  plus  riches  et  les  plus  recherchées  de  la  région d’Uruk [12]. »

« Cet  arbre  de  richesse  est  très  souvent  représenté  dans  l’iconographie et une fable dans la grande tradition des disputes rhétoriques entre deux rivaux du monde naturel [13] prête la parole au palmier qui vante ses mérites face au tamaris : »

Je  te suis supérieur [dit le palmier au tamaris], (comme) père de  toute technique  :  le cultivateur  […]  tire  tout  ce  qu’il  a  de  mes produits  […] de mon  sein  il  prélève  sa bêche et, de  la bêche  [qu’il m’a enlevée],  il ouvre  la source  et  abreuve  le  champ  :  c’est  donc moi qui me  fatigue  à  [tous  ces  travaux]  et  je  suis comparable à  la graisse de  la  terre,  je  fertilise [les plantes], et  je  fertilise  les céréales,  la  joie des gens. Je te suis supérieur (comme) père de toute  technique  ;  le  cultivateur  [tire  de  moi] tout  ce  qu’il  a :  cordes,  fouets,  lanières d’attelage  […]  liens,  lanières  d’araires,  traits, filets,  chariots  […]  ce  qui  constitue l’équipement  du  laboureur  […]  Considère l’équipement  que  je  fournis  dans  le  palais  du roi : qu’est-ce qui [ne vient pas] de moi dans la maison  du  roi  ?  Le  roi  mange  sur  une  table (qui  vient  de)  moi  ;  [la  reine  boit]  dans  un gobelet  (qui vient de) moi  ;  il mange dans un plat  (qui  vient  de) moi  ;  le  cuisinier  prend  la farine  [d’une maie]  (qui vient de) moi. Je suis le  tisserand  qui  fait  les  cordes,  [et  le  tailleur] qui  habille  l’ouvrier.  [Je  fournis  les instruments  du  service]  du  dieu.  Je  suis  le grand  exorciste  qui  fertilise  la  demeure  du dieu.  Je  suis  le  héros  sans  rival.  Je  te  suis supérieur, je te surpasse six fois, [je te domine] sept  fois  […]  l’orphelin,  la  veuve  mangent, sans se priver, de mes dattes  [14].

« Ainsi  les  Sumériens  et  les  Babyloniens  avaient-ils conscience  de  l’importance  du  palmier,  omniprésent  dans  leur vie quotidienne. Mais il ne leur fournissait pas le bois nécessaire aux constructions de prestige ou à la fabrication de bateaux. Les grandes forêts ombreuses, les hautes futaies aux troncs puissants et  au  feuillage  entremêlé  n’appartenaient  pas  à  leur  paysage habituel. Les  résineux,  et  notamment  les  cèdres,  ne  poussaient que  dans  les  montagnes,  sur  le  pourtour  de  la  Mésopotamie, dans  le  Zagros,  l’Amanus  ou  l’Anti-Liban.  Aussi  se développèrent  dans  leur  imaginaire,  comme  dans  l’idéologie royale, des  thèmes  liés aux  forêts  sombres et  inquiétantes mais riches  d’essences  désirables  pour  leur  beauté,  leur  noblesse  et leur utilité. »
« Un  autre  épisode  de  l’Epopée  de  Gilgamesh, « Gilgamesh  et  Huwawa »,  narre  l’expédition  du  roi  d’Uruk contre un pays « où, est-il dit, il y avait des résineux à couper ». Le  héros,  après  avoir  parcouru  une  route  périlleuse  et  franchi sept montagnes  redoutables, parvient à  l’orée de  la demeure de Huwawa, un monstre chargé de défendre la forêt de cèdres. Son pouvoir était redoutable car il était cuirassé de Sept Fulgurances surnaturelles.  Mais,  grâce  à  une  ruse,  Gilgamesh  réussit  à  le vaincre  ; cependant, au moment de le mettre à mort, Gilgamesh hésita. En effet  il pressentait que Huwawa,  tout comme  la  forêt de  cèdres,  se  rattachait  au monde  divin. De  fait  le  grand  dieu Enlil ne  tarda pas à  reprocher au héros ce meurtre et à  faire en sorte que fût rétabli l’équilibre qu’il avait rompu : il préserva ce qui faisait la force surnaturelle de Huwawa, les Sept Fulgurances qui matérialisaient  ses pouvoirs divins, perpétuant ainsi  l’effroi et  la  fascination  qu’il  inspirait.  En  effet  la  symbolique  de  ce personnage  est  complexe  :  il  représentait  sans  doute  le monde hostile  et  fascinant,  riche  et  redoutable  qu’étaient  pour  les Mésopotamiens  les  montagnes  du  Zagros [15].  Un  sentiment  de surnaturel  s’associait,  chez  les  gens  des  rives  du  Tigre  et  de l’Euphrate,  à  la  crainte  et  à  l’admiration  que  suscitaient  ces puissantes  montagnes  aux  cèdres  impressionnants  [16].  Le  géant Huwawa  / Humbaba [17]  (dont  le nom  évoque  fortement  celui du grand  dieu  élamite  Humban)  personnifiait  et  sublimait  cette perception  ;  sa mission,  confiée  par  les  dieux,  était  juste  et  il incarnait  en  quelque  sorte  la  force  de  la  nature.  En  tant  que gardien de la forêt des cèdres, donc de protecteur de la nature, il appartenait  au  monde  divin.    Détruire  ce  monstre  redoutable était un acte glorieux mais aussi un sacrilège. »

« A  l’image  du  mythe  et  de  son  héros,  les  souverains assyriens  et  babyloniens  menèrent  de  nombreuses  expéditions pour  accéder  aux  lointaines  régions  réputées  pour  leurs abondantes  forêts  riches  de  bois  de  qualité.  Il  leur  fallait rapporter  les bois nécessaires  à  la  construction de  leurs  flottes,  de  leurs palais et de  leurs  temples. Cela  relevait à  la  fois d’une nécessité économique et de la recherche d’un certain luxe car ils appréciaient  les  senteurs  du  cèdre  ou  des  autres  arbres odoriférants,  pins,  térébinthes,  noyers,  genévriers,  cyprès.  Le thème  de  l’agréable  fragrance  du  cèdre  est  fréquent  dans  les inscriptions royales de construction. L’acquisition  de  ce  bois  se  fit  parfois  pacifiquement dans  le  cadre  de  bonnes  relations  diplomatiques,  notamment avec le roi hittite pour l’accès aux forêts de l’Amanus. Mais plus souvent, c’était par la force que le roi mésopotamien se procurait cette  matière  première  de  prix.  Les  lettres  des  souverains sargonides,  au  1er  millénaire  Av.  J.  C.,  illustrent  la  politique menée à cet égard par  les souverains assyriens dans  les  régions septentrionales  de  leur  Empire,  et  tout  particulièrement  en Urartu [18]  ; des poutres de bois  furent ainsi apportées en Assyrie comme  butin  et  comme  tribut,  au  risque  de  provoquer  des soulèvements  dans  les  régions  ainsi  exploitées [19].  La  conquête mais aussi  le  transport par voie d’eau des grumes [20] à partir des régions  montagneuses  vers  les  capitales  d’Assyrie  et  de Babylonie font partie des hauts faits qui sont proclamés dans les écrits  royaux et dans  les scènes peintes sur  les murs des palais. Cette pratique était en effet un élément de l’idéologie royale qui faisait  du  souverain  un  conquérant  capable  de  maîtriser  une nature même étrangère et un bâtisseur de renom [21]. »

« Ainsi  que  l’illustre  l’Epopée  de  Gilgamesh,  porter atteinte  à  l’intégrité  de  la  nature  était  une  action  grave,  qui relevait  du  religieux  :  les  rois  devaient  agir  avec  l’assentiment des dieux [22]. Le  roi Sennachérib présente ainsi  la découverte de cèdres  gigantesques  poussés  au  coeur  des  montagnes  comme une sorte de miracle, une faveur des dieux : « afin que je puisse mener  à  bien  l’oeuvre  de  mon  palais  et  accomplir  cette entreprise  […]  les  dieux  Ashshur  et  Ishtar,  qui  aiment  mon sacerdoce […], me révélèrent les lieux où poussaient des cèdres énormes  qui,  se  trouvant  en  des  endroits  secrets,  dans  le mont Sirara,  s’étaient  développés  depuis  des  temps  très  anciens  et étaient  devenus  d’une  grosseur  considérable  » [23]. Si  elle  n’était pas conforme à  la volonté divine, cette atteinte à  l’intégrité des forêts  était  ressentie  comme  une  violence  impie.  Les  textes bibliques  témoignent  du  sentiment  d’impiété  à  l’égard  de  la nature  que  pouvaient  entraîner  les  déprédations  des  Assyro-Babyloniens  :  dans  une  prophétie  d’Isaïe,  cèdres  et  cyprès  se réjouissent  de  la  chute  de Babylone  car  désormais  ses  rois  ne viendront plus les abattre [24]. »

« La « politique du bois » en Mésopotamie, et notamment en Assyrie, n’était pas  faite uniquement d’importations voulues ou  contraintes ;  elle  s’accompagnait  d’une  exploitation  très méticuleuse des  ressources  locales et d’une volonté d’implanter de  nouvelles  espèces  :  le  roi  assyrien  Teglat-Phalasar  Ier  se vante d’être allé chercher des poutres de cèdre et de noyer dans le  Liban mais  surtout  d’avoir  implanté  ces  essences  dans  son pays.  Ces  deux  thèmes,  quête  et  acclimatation  d’essences étrangères, furent repris par les grands souverains de la première moitié  du  Ier  millénaire  dont  certains  créèrent  de  véritables arboretum.  Les  lettres [25]  de  l’époque  de  Sargon  (722-705) montrent un intérêt tout particulier en ce domaine. Gouverneurs et  fonctionnaires  locaux  devaient  repérer  les  arbres  utilisables, surveiller  leur  croissance,  faire  couper  le  bois  nécessaire  à  la construction mais aussi transplanter « au moment opportun » de jeunes  plants  d’arbres  fruitiers,  de  cèdres  ou  de  cyprès  pour  le parc  royal  de  la  nouvelle  capitale  de Dur-Sharruken  que  le  roi voulait comparable aux Montagnes de l’Amanus. »

« Les  cèdres de  l’Amanus et du Zagros  jouèrent ainsi un rôle  important  dans  l’imaginaire  et  les  représentations idéologiques  en Mésopotamie.  Rien  ne  permet  de  dire  s’il  en était  de  même  pour  les  habitants  des  régions  du  haut  plateau iranien  dont  ils  étaient  le  milieu  naturel.  La  pauvreté  et  le caractère  stéréotypé  de  la  documentation  épigraphique  qui provient  d’Elam  limitent  grandement  notre  connaissance. Et  la dualité  de  ce  pays  ajoute  à  la  complexité  de  sa  culture  :  si  la partie  occidentale,  i.e.  la  plaine  agricole  de  Susiane,  était  très fortement  influencée  par  la  Babylonie  voisine,  la  partie orientale,  montagneuse,  où  vivaient  des  tribus  de  pasteurs nomades  ou  semi-nomades,  présentait  des  traditions  très différentes. »

« On  voit  ainsi,  dans  les  inscriptions  de  construction  qui constituent  pour  cette  culture  une  partie  importante  de  nos sources textuelles, se dessiner un trait cultuel propre, inconnu en Mésopotamie  :  l’existence  de  bosquets  sacrés.  Ces  lieux  de culte, qui sont connus dans d’autres civilisations [26], sont  ici mal documentés  et  nous  disposons  de  peu  d’éléments  pour  établir leur histoire, leur emplacement et leur rôle.  En fait on trouve attestés d’une part des bosquets sacrés et  d’autre  part  des  « temples-au-bosquet  »    dont  on  peut  se demander s’ils représentent exactement la même entité cultuelle.
La  mention  la  plus  claire  des  « bosquets  »    divins apparaît dans le récit que les Annales assyriennes donnent de la destruction  de  Suse [27],  la  capitale  de  la  plaine  élamite. Ashshurbanipal  se  vante  d’avoir  anéanti  tout  ce  qui  faisait l’identité de  la ville et  la  sacralité du  lieu  :  les  tombes des  rois anciens  furent profanées,  leurs ossements exposés au  soleil,  les statues  des  génies  protecteurs  arrachés  aux  portes  des  temples. Ainsi les démons et les fantômes des morts sans sépulture purent prendre  possession  de  la  ville,  désormais  inhabitable  pour  les humains ; le sol fut rendu stérile par le sel et l’ivraie répandus, et les  sanctuaires  furent  désacralisés  par  les  soldats  assyriens  qui saccagèrent « les bosquets secrets où nul étranger n’avait pénétré » [28]. C’était leur faire perdre toute sainteté et rendre les cultes qui s’y  déroulaient  à  tout  jamais  impossibles.  Ainsi  ces  bosquets paraissent  avoir  été  perçus  par  les  étrangers  qu’étaient  les Assyriens  comme  un  lieu  important  de  la  religion  élamite,  au même titre que les temples. Les textes élamites font, quant à eux, quelques allusions à la résidence de dieux dans leur bosquet. Ainsi en est-il pour le grand  dieu  de  Suse,  Inshushinak [29]  :  une  dédicace [30]  exprime  le souhait qu’il demeure en  son bosquet dans  la nouvelle capitale religieuse  fondée par  le  roi Untash-Napirisha. Une autre de  sesinscriptions  commémore  la  construction,  dans  cette  ville,  d’un temple  à  la  déesse  Kiririsha  pour  lequel  il  précise  :  « j’ai construit un temple de Kiririsha dans un bosquet » [31]. »

« Par  ailleurs  les  temples  de  plusieurs  dieux  sont caractérisés  comme  « temple-du-Bosquet  »  ou  « temple-au-bosquet » [32]. Mais aucune caractéristique n’est mentionnée à leur propos.  L’expression  élamite  forme  un  mot  composé  en rapprochant le mot « temple » et le mot « bois », sans qu’il soit possible  de  déterminer  si  elle  désigne  un  bosquet  dans  un sanctuaire, un temple dans un bosquet ou un lieu divin constitué par  un  bosquet.  En  effet  le  terme  élamite  que  l’on  traduit  par « temple  »    signifie  littéralement  « lieu  de  la  vision  »  [33].  Les fouilles  n’ont  pas  identifié  de  tels  espaces  cultuels  et  une maquette  de  bronze  qui  schématise  le  sanctuaire  de  Suse  est d’interprétation difficile. Cet objet d’offrande qui date du 12ème siècle  [34], porte  le nom de « Lever du Soleil », comme  le précise le  texte qui y est  inscrit. Il présente, entre un édifice à  terrasses de  trois étages et une autre construction [35], deux personnages au crâne  rasé,  nus,  accroupis,  en  train  d’accomplir  une  cérémonie au milieu d’objets cultuels. A côté d’eux, deux rangées de quatre tas  coniques  (probablement  du  pain)  et  devant  eux  une  table basse  creusée  de  six  cavités  rectangulaires  ;  de  part  et  d’autre, deux  piliers  coniques  munis  d’une  sorte  d’entablement  au sommet  et,  à  l’arrière,  trois  arbres,  une  installation  en  forme d’équerre  et  une  stèle.  La  signification  de  cette  représentation n’est  pas  claire [36],  d’autant  que  sa  provenance  précise  est contestée [37].  Cette  scène  figure  peut-être  un  rite  lié  au  culte funéraire  royal [38]  comme  peut  le  suggérer  son  possible enfouissement  dans  la  tombe  d’un  souverain  et  l’identification proposée  pour  l’une  des  deux  structures  avec  la  chapelle dynastique,  où  étaient  honorés  les  ancêtres  divinisés  et  les symboles du pouvoir. Mais ce peut aussi être une scène de culte où deux  prêtres, se livrent « au lever du soleil » à des ablutions rituelles et à des offrandes dans le sanctuaire de l’Acropole, près de  la  ziggourat. La  représentation  de  pains,  d’objets  destinés  à des libations et surtout la comparaison avec les rituels akkadiens qu’évoque le nom akkadien de cette scène (it šamši) [39] incitent à la supposer. »

« Quelques  éléments  par  ailleurs  donnent  des  indications sur  ce  que  pouvaient  être  les  temples-au-bosquet.  D’abord  la personnalité  des  dieux  qui  en  sont  dotés.  Ce  sont  en  premier lieu,  dans  la  cité-sanctuaire  créée  par  Untash-Napirisha, Inshushinak  et  Kiririsha.  Puis,  quelque  150  ans  plus  tard, Napirisha,  Ishnikarab, Lakamar  et Suhsipa,  divinités  citées  par une  inscription  de  Shilhak-Inshushinak  [40] qui  évoque  la construction  d’une  vingtaine  de  « temples-au-bosquet  ».  Or  la plupart  de  ces  divinités  sont  reliées  au  passage  des morts dans l’Au-delà. Inshushinak n’est pas seulement la divinité poliade de Suse. Il est aussi le dieu du droit et de la justice et exerçait cette fonction à l’égard des morts : il était le « Peseur »  qui présidait le  jugement  qui  leur  ouvrait  le  chemin  du  royaume  des morts dont  il était  le chef suprême. Quant à Lakamar  / Lagamal, c’est une  divinité  d’origine  mésopotamienne  dont  le  nom  signifie « L’impitoyable  »,  et  qui  est,  en  Elam,  associée  à  Ishnikarab (« Celui qui entend  la prière ») pour conduire  les morts vers  le lieu du jugement d’Inshushinak. Mais  la  figure divine qui est au premier plan  lorsqu’on s’intéresse  au  bosquet  est  la  déesse  Kiririsha,  dont  le  nom signifie  « Grande-déesse  ».  Elle  est  associée  tantôt  à Inshushinak,  le grand dieu de  la Susiane,  tantôt à Napirisha,  le grand dieu de la montagne. Son culte apparaît  à Suse à l’époque du  père  d’Untash-Napirisha,  Humbanumena,  le  souverain  qui établit au 14e siècle Av. J.-C. un nouvel Empire en Elam après une  période  de  troubles.  Il  est  possible  que  son  culte  ait  été importé  d’une  région  dont  était  originaire  le  nouveau  pouvoir élamite. Nous  possédons  peu  d’inscriptions  de Humbanumena. Cependant  il  est  intéressant  de  noter  qu’il  (re)construisit  un temple  sur  la côte du Golfe persique, à Liyan  (Bender-Bushir), dédié  conjointement  à  cette  déesse,  à  Napirisha  (« Le  grand-dieu »)  et  aux  « (dieux)  Protecteurs  ».  Il  se  peut  que Humanumena  ait  été  originaire  de  cette  région  et  qu’il  ait développé  le  culte  de  la  grande  déesse  locale  en  l’établissant aussi à Suse [41] après y avoir étendu  son pouvoir  ; et  il est aussi possible d’imaginer qu’il y instaura des formes propres au culte de  cette grande déesse  comme  celui pratiqué dans  les bosquets sacrés. »

« De  plus,  des  inscriptions  de  construction  montrent qu’existait  une  spécificité  architecturale  que  le  temple  de  cette déesse partageait avec ceux dédiés à  Inshushinak, à Kiririsha, à Lagamar  et  à  Ishnikarab  :  une  porte  très  richement  décorée semble yavoir constitué un lieu important pour le culte ; lieu de passage  par  excellence,  elle  symbolisait  vraisemblablement l’entrée  des  morts  dans  le  monde  infernal,  sous  l’égide  des divinités  qui  les  guidaient  sur  ce  chemin  et  de  celles  qui régnaient dans l’Au-delà. Dans le temple d’Inshushinak, la Porte était  associée  au  suhter [42]  et  au  haštu [43],  peut-être  une  fosse  à mettre en relation avec l’aspect chtonien du dieu Inshushinak. »
« Le rôle de cette Grande-déesse ne cessa de s’affirmer et une  invocation  de  Shilhak-Inshushinak  à Kiririsha,  « la  grande épouse »,  « la mère  des dieux », « la protectrice des  rois »    en fait aussi « la dame de la porte » [44] dans une séquence qui évoque sa bienveillance  à  l’égard de « celui qui  le prie ». Ce  texte, de compréhension difficile,  évoque  aussi  la notion de « secret » [45], probablement  à  propos  d’Inshushinak, maître  du  kizzum,  à  qui est associée la Grande-déesse. »
« Par  ailleurs  l’emplacement  du  temple  de  Kiririsha, construit « dans un bosquet » au sein de la cité religieuse fondée par Untash-Napirisha, peut apporter un  indice sur  les cultes qui y  étaient  pratiqués.  L’éditeur  de  l’inscription  mentionnant  le bosquet,  M.J.  Stève,  qui  participa  aux  fouilles  de  Tchogha-Zanbil [46],  estime  que  ces  briques  inscrites  proviendraient  d’une construction  située  près  du  quartier  royal,  non  loin  de  la  porte monumentale qui s’ouvrait dans l’enceinte extérieure de la cité ; l’un  des  noms  de  cette  porte  monumentale  était  « porte  du bosquet » [47]. Cela conduit à supposer que le « temple de Kiririsha dans  le bosquet » en était proche  :  il aurait donc été situé dans l’enceinte  la plus extérieure, près du palais royal et de sa partie funéraire. »

« Ces  caractéristiques  pourraient  donc  rattacher  les  rites exécutés  dans  ces  bosquets  à  un  culte  funéraire,  et,  pour  la famille  royale,  au  culte dynastique [48]. La  symbolique de  l’arbre pourrait  traduire  le  lien et  la continuité possible entre  le monde des morts  et  celui des vivants  : par  ses  racines  il  appartient  au monde  souterrain  et  par  son  feuillage  à  celui  de  vivants.  Le bosquet  pourrait  ainsi  être  un  lieu  favorable  à  l’évocation  des ancêtres  divinisés  qui  protègent  la  dynastie  et  le  royaume.  Il n’est pas exclu qu’il ait pu aussi accueillir des  rites en  relation avec la continuité dynastique et, peut-être, une sorte de mariage sacré. »

« Un  dernier  élément  est  à  prendre  en  compte  pour caractériser les bosquets des temples élamites : quelques indices ténus conduisent à se demander s’ils étaient le lieu de mystères.
Les  Annales  assyriennes [49]  qui  racontent  la  destruction des  temples  de  Suse  emploient  l’expression  « les  bosquets secrets ». Cet adjectif évoque l’épithète qui est parfois donnée à Kiririsha  et  à  Inshushinak  :  ils  sont  dits  « mystérieux  »  ou « cachés  » [50].  Une  dédicace  à  Inshushinak  précise  même  : « Inshushinak  […]  le dieu mystérieux qui  réside dans des  lieux secrets  où  personne  ne  voit  ce  que  fait  sa  divinité  ».  La personnalité  de Kiririsha,  « la  grande  épouse  »    et  « la  grande mère » peut suggérer l’hypothèse que son culte ait comporté des mystères  rattachés,  comme  ceux  d’Eleusis,  à  des  rites  de fécondité et de fertilité.
Aucun indice ne laisse supposer qu’il y eut participation d’ « initiés » (de « mystes ») au culte rendu aux dieux qualifiés de  « mystérieux  ».  Mais  on  ne  peut  rien  en  conclure  :  les « mystères»  sont  par  définition  difficiles  à  pénétrer  et  ceux d’Eleusis  ne  nous  sont  un  peu  connus  que  par  quelques indications  qui  nous  sont  parvenues  à  travers  les  Pères  de l’Eglise  informés  sans  doute  par  des  initiés  devenus  chrétiens. Rien  de  semblable  n’a  permis  de  savoir  ce  qu’abritaient  les bosquets des temples d’Elam. »

« Ainsi, finalement, seules des hypothèses sont possibles : peut-être les bosquets sacrés et des rites spécifiques (de fertilité, d’évocation des morts divinisés, ou de  tout autre nature) ont-ils été  introduits  dans  la  religion  élamite  lorsque  la  dynastie  des Igihalkides  prit  le  pouvoir  en  Elam  :  il  est  possible  que Humbanumena ait porté au premier plan le culte de Kiririsha, et introduit  des  pratiques  qui  y  étaient  associées,  jusqu’alors ignorées de  la Susiane. Shilhak-Inshushinak  s’adresse à elle en tant  que  « Dame  cachée  de Liyan » [51]. On  peut  y  voir un  reflet des manifestations  religieuses  célébrées dans  les  sanctuaires  en plein air, particulièrement importantes dans la religion des tribus  montagnardes  du  Zagros  dont  le  monde  religieux  était essentiellement  constitué  de  forces  naturelles  et  de  principes fondamentaux  divinisés.  Peut-être  faut-il  aussi  penser  aux traditions  dont  on  trouve  des  témoignages  dans  les  régions  du Golfe  persique,  qui  se manifestent  par  exemple  dans  le mythe sumérien d’Enki et de Ninhursag  : cette déesse était aussi mère des  dieux,  dispensatrice  de  vie  et  en  relation  avec  le  monde inférieur [52].  Cette  volonté  d’intégrer  dans  les  cultes  élamites célébrés à Suse des éléments étrangers, originaires de  l’arrière-pays  montagneux,  fut  au  premier  plan  dans  la  politique d’Untash-Napirisha. Ses préoccupations religieuses et sa volonté d’œcuménisme  se  concrétisèrent  dans  la  fondation  d’une nouvelle capitale destinée à être  le  sanctuaire de  tous  les dieux élamites.  C’est  alors  qu’apparaissent  des  temples-au-bosquet. »

« Mais  sans  doute  de  multiples  facteurs  entrèrent-ils  en jeu.  L’association  de  Kiririsha  (peut-être  à  rattacher  au  très ancien culte de  la déesse-mère) à  Inshushinak peut avoir donné lieu à des rituels de mariage divin, comme ceux qui étaient, dans le monde mésopotamien, célébrés dans  le « jardin » ou dans  le temple-haut, au sommet de la ziggourat [53].
Peut-être y avait-il une succession de  rites [54] : d’abord à l’intérieur du  temple, avec  la seule présence du roi (et peut-être de sa famille) et des prêtres, puis à l’extérieur, dans les bosquets sacrés ;  et  il  est  possible  que  les  célébrations  en  plein  air  ait comporté une participation populaire. »

Florence Malbran-Labat, Institut catholique de Paris, CNRS

Le documents est disponible en téléchargement, par ici.
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1  « Le  seigneur  Dieu  planta  un  jardin  en  Eden,  à  l’Orient,  et  y  plaça l’homme qu’il  avait  formé. Le  seigneur Dieu  fit pousser du  sol  tous  les arbres  d’aspect  attrayant  et  bons  à manger  ainsi  que  l’arbre  de  vie  au milieu du  jardin et  l’arbre de  la connaissance du bonheur et du malheur […]  le  Seigneur  prit  l’homme  et  l’établit  dans  le  jardin  d’Eden  pour cultiver le sol et le garder » (Gn 2, 10-14).
2  Il  faut  cependant  noter  que  l’identification  de  l’arbre-haluppu  avec  le peuplier n’est pas  certaine.  Il pourrait  s’agir d’une variété de  chêne  (cf. Chicago Assyrian Dictionary = CAD, H, s. v. haluppu).
3 C’est ainsi que l’on interprète le plus souvent les deux objets alors façonnés (cf. CAD, s.v. mekku et pukku).
4 Odyssée VI : 162 ; de même dans le Cantique des cantiques, où la bien-aimée est comparée au palmier (VII : 8 s.).
5  Leurs  relations  avec  le  sud-mésopotamien  passaient  en  effet  par  les ports de Phénicie.
6 Ou « chou-palmiste » dont l’ablation entraîne la mort de l’arbre.
7  Ce  « vin  de  palme »  est  produit  en  retirant  le  bourgeon  terminal  au moment de la poussée de la sève.
8 COCQUERILLAT, D., Palmeraies et cultures de l’Eanna d’Uruk (559-520), Berlin, 1968, pp.30-35.
9 Cf.   MARGUERON, J.-C.,   Les Mésopotamiens, Le  temps et  l’espace, tome 1, Paris, 1991, pp.113-115.
10 COCQUERILLAT, D., op.cit., p.35.
11 Des semis auraient exigé dix ou quinze ans.
12 COCQUERILLAT, D., op.cit. p.35. C’est en raison de l’importance du palmier dans  l’économie du pays, estime  l’auteur, que cet arbre apparaît dans  les  présages  :  « Si  le 13 nisan  (le  soleil  et  la  lune  apparaissent simultanément)  le vent du nord viendra en son  temps  ; pour les arbres la fécondation  se déroulera correctement  ; arbres  fécondés,  fruits dans  tout le  verger  ;  cette  année-là  dattes  et  vignes  réussiront. »  (THOMPSON, R.C., The Reports of the Magicians and Astrologers, I, Londres, 1900, n° 123 : 4 s.).
13 Par exemple le boeuf et le cheval, le serpent et l’aigle, le grain et l’orge (cf.  LAMBERT,  W.,  Babylonian  Wisdom  Literature,  Oxford,  1960, pp.150-212 : « Fables or Contest Literature »).
14 Cf. LAMBERT, W., ibid., pp.158-161.
15  C’est  du moins  la  localisation  de  la  forêt  des  cèdres  dans  l’épisode sumérien ; mais dans la conception plus tardive de l’Epopée remaniée par les Akkadiens, elle se situe dans  l’Anti-Liban, autre  région d’où  les  rois assyriens rapportèrent de tels arbres.
16 Le cèdre, plus que tout autre arbre, était associé au divin mais aussi au pouvoir royal (cf. CASSIN, E., La splendeur divine, Paris, 1968, p.62).
17 Le nom du gardien de la forêt des cèdres connut une évolution.
18 Cf. PARPOLA, S., The Correspondence of Sargon II, part II, (SAA n° 5), Helsinki, 1990, n° 25, 34, 294, 295.
19 Cf. PARPOLA, S., ibid., n° 33.
20 Des  lettres  rapportent  l’acquisition de  cèdres des  rives du haut Tigre, descendus  par  flottage  (cf.  PARPOLA,  S.,  « The  Construction  of Dur-šarrukin  in  the  Assyrian  Royal  Correspondence »,  in    Khorsabad,  le palais de Sargon II, roi d’Assyrie, Paris, 1995, pp.58-60).
21 Cf. CAD, E, s.v. ernu.
22  « Je  coupai  de  ma  main  pure  les  puissants  cèdres  dans  leur  forêt (native) » (VAB 152 IV 6).
23 LACKENBACHER, S., Le palais sans rival, le récit de construction en Assyrie, Paris, 1990, pp.81-83.
24 Sur  le sentiment pesant d’inconnu et de sublime émanant des grandes forêts  de  cèdres,  sombres  et  silencieuses,  sur  les  cédraies  qui apparaissaient  comme  une  sorte  de  paradis,  ou  du  moins  comme  un univers  totalement étranger à  leur civilisation urbaine, cf. ARNAUD, D., « Le  cèdre  dans  la  réalité  et  dans  l’imaginaire  de  la  Méditerranée  de l’Antiquité à nos jours », Rev. For. Fr. XLIX-2, 1997, pp.159-163.
25 Des  textes  néo-assyriens  (cf.  PARPOLA,  S.,  The Correspondence  of Sargon  II,  part.  II,  Helsinki,  1990,  n°27,  253,  281)  montrent  que  les ressources nationales en  forêts, qui étaient maigres, étaient exploitées de manière très sélective et seulement sur l’ordre explicite du roi. Un même souci  de  gérer  très  strictement  l’exploitation  des  bois  est  connu antérieurement,  à  Mari,  notamment  pour  la  coupe  des  peupliers  (cf. KUPPER,  J.R.,  « Le  bois  à Mari »,  Trees  and  Timber  in Mesopotamia, Bulletin on Sumerian Agriculture, Cambridge, 1992, pp.163-170).
26 Ne serait-ce que le nemeton des Gaulois ou le lucus des Latins.
27 En 646 Av. J.-C.
28  GIŠ.TIR.MEŠ-šunu  pazrāti    ša  mamma  ahû  la  ušarru  ina  libbi  : l’idéogramme que l’on traduit ici par « bosquet » a aussi le sens de forêt.
29 Son nom signifie « Seigneur-de-Suse ».
30 TZ 34 : 4.
31 TZ 25 : 4. Curieusement, dans cette inscription en élamite, le mot pour « bosquet » est le terme akkadien qištum (cf. CAD, Q, s. v. qištu).
32 siyan-husa-me. Le  sens  du  vocabulaire  élamite  reste  encore  largement hypothétique ; cependant il semble bien que le sens de husa soit « bois » cf. HINZ, W. – KOCH, H., Elamisches Wörterbuch, Berlin, 1987, pp.702-703, s.v. hu-sa).
33 HINZ-KOCH, ibid., p.1095, s.v. si-ya-an.
34 « Moi, Shilhak-Inshushinak,  fils de Shutruk-Nahhunte,  serviteur  aimé d’Inshushinak, roi d’Anzan et de Suse, primat du royaume, protecteur de l’Elam, souverain du pays d’Elam, j’ai confectionné un « lever du soleil » en bronze ».
35 La partie centrale de cet édifice est  flanquée de quatre piliers d’angle avec sur les deux faces un décor en saillie qui fait penser à un chambranle de porte.
36 L’interprétation des structures à degrés est notamment controversée : si elles  sont  à  la même échelle que  les personnages, ce  sont probablement des  autels  ;  mais  si  les  conventions  de  la  glyptique  et  des  reliefs  qui tiennent  compte  des  effets  de  perspective  sont  appliquées,  il  s’agirait alors soit des deux temples majeurs de l’Acropole, celui d’Inshushinak et celui  de  la  grande  déesse,  soit  du  temple  haut  de  Suse  et  du  kumpum kiduia  (cf. GRILLOT, F., « Le  ‘suhter’  royal de Suse », Iranica Antiqua XVIII, 1983, pp.1-23).
37 Cette brique a pu faire l’objet d’un réemploi tardif et il n’est pas assuré qu’elle  ait  été  volontairement  enfouie  dans  un  tombeau  royal  médio-élamite.
38 Cf. AMIET, P., Elam, 1966, p.393 ;  GRILLOT, F., op.cit., 1983, p.12.
39 De fortes similitudes semblent en effet exister avec ce que décrivent les rituels akkadiens  : « (chaque  jour, au grand repas du matin) le boulanger déposera seize pains devant la tour à étages et le dieu du temple de la tour à étages »  (THUREAU-DANGIN, F., Les rituels accadiens, Paris, 1921, p.82, AO 6451, l. 33). Je remercie B. André-Salvini de m’avoir rappelé la possibilité de ce parallèle babylonien.
40 KÖNIG, F.W., Die elamischen Königsinschriften (= EKI), Graz, 1965, n°48.
41 Seule  une  inscription  antérieure  la mentionnant  nous  est  connue  :  un texte du 19ème siècle qui commémore une offrande de Shimut-wartash à la  déesse Kiririsha  (SOLLBERGER, E.-KUPPER,  J.R., Les  inscriptions royales sumériennes et akkadiennes, Paris, 1971, LAPO 3, 262, IV O7a).
42 GRILLOT, F., op.cit., 1983.
43  Ibid.,  notes  9  et  50  :  on  peut  envisager  une  liaison  du  bosquet  sacré avec  le  monde  souterrain,  résidence  du  dieu  Inshushinak,  dont  la représentation symbolique serait l’haštu.
44  J’hésite à  traduire, comme  le  font  les éditeurs de ce  texte,  zana  takra GIŠ sip kulanra mattarri par « dame de  la vie, qui a sous son autorité  le bosquet,  la  porte  et  celui  qui  prie »  (GRILLOT  F.  et  VALLAT,  F., « Dédicace  de  Shilhak-Inshushinak  à Kiririsha »,  Iranica  Antiqua XIX, 1984,  22).  Il  serait  étonnant  que  le  seul  idéogramme  GIŠ  note  le mot « bosquet »  (GIŠ.TIR)  ;  il  peut  être  uniquement  un  déterminatif idéographique portant sur « porte ».
45 lahakra, cf. note 49.
46 Nom actuel de Dur-Untash.
47 Ce nom est en akkadien, au sein d’un texte en élamite : abul qišāti.
48 La chapelle vouée à la famille royale et à ses ancêtres divinisés, si telle était  bien  la  vocation  du  temple  appelé  kumpum  kiduia,  contenait  leurs repésentations ainsi que celles des dieux protecteurs, des objets en bronze plaqués d’or ; des représentations de divinités protectrices étaient postées près de la porte.
49 AYNARD, J.M., « Le prisme du Louvre AO 19.939 », Paris, 1957, col. V, l. 21-22.
50  lahak  « secret  »  mais  aussi  « disparu »,  « mort »  (cf.  HINZ-KOCH, op.cit., p. 807 s.v. la-ha-ak-ir-ra et la-ha-ak-ra).
51 EKI 57 II.
52  Cf.  GRILLOT,  F.,  « Kiririša »,  in  Fragmenta  Historiae  Elamicae, ERC, Paris, 1986, pp.176-180.
53  A  Suse,  Kiririsha  est  dite  « Dame  de  celui  du  kizzum »,  terme  qui désigne  probablement  le  secteur  particulièrement  sacré  de  l’Acropole susienne, celui de la ziggourat, qui était dédié à Inshushinak.
54 Ainsi  la  hiérogamie  comportait  plusieurs  épisodes  et  se  déroulait  en plusieurs  jours  (cf. MATSUSHIMA,  E.,  « Les  rituels  du mariage  divin dans  les  documents  accadiens »,  Acta  Sumerologica  10,  1988,  pp.95-128).

Catégories :Mésopotamie
  1. Sisley
    4 mai 2010 à 16:47

    Une fameuse description !

    Le palmier père fondateur de l’installation et la prospérité d’un peuple et les cèdres vénérés, imposants leur statut de demi-dieux.

    Qu’est ce que je donnerai pour retourner à cette époque, sillonner dans ces vastes cédraies séculaires.

  2. 4 mai 2010 à 20:38

    Salut Sisley,

    je me suis dit que ce serait pas mal comme « introduction » aux mythes liés à la végétation en Mésopotamie ; beaucoup de documents sont en anglais, et bon nombre d’entre eux ne traitent que de linguistique. Bref c’est pas évident et je galère un peu à synthétiser tout ça…

  3. 12 juillet 2013 à 00:06

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