Symbolique des arbres en Iran

“Les arbres sont estimés par les Iraniens depuis fort longtemps, en raison de la place qu’ils ont occupée dans leurs vies au cours des siècles passés. Que les Dieux aient insufflé leurs âmes dans les arbres ou que leurs esprits ne fassent qu’un avec l’arbre, ces croyances ont fortement influencé les premiers hommes, poussant ces derniers à adorer les arbres et à leur demander santé et vie éternelle.”

“La foi en la puissance divine des arbres a eu d’autres conséquences. Jadis, l’homme croyait que les arbres avaient le pouvoir de faire pleuvoir, d’obliger le soleil à briller, d’augmenter les troupeaux, de rendre les femmes fertiles et de les aider à accoucher. Un vestige de cette croyance a perduré en Iran sous forme de petits morceaux de tissu accrochés aux branches des arbres par ceux qui demandent une grâce. Dans les légendes iraniennes, les vieux arbres sont sacrés. Zarathoustra a dit que quiconque abattrait un arbre verrait mourir un de ses proches. Dans l’Avesta, endommager un arbre est un grand péché. Amardad était l’ange gardien des plantes et les anciens croyaient que les gens bons et généreux se transformaient en arbres après leur mort pour accéder à la vie éternelle. Cette croyance perdure diversement chez de nombreux peuples.”

 Platane âgé de 1400 ans, village de Targhroud, Ispahan photo : Hossein Jafarkhah

“Parmi les arbres les plus sacrés des Iraniens, on peut citer le platane. Des imamzadehs et des mosquées ont aujourd’hui remplacé en beaucoup d’endroits les temples zoroastriens et les églises qui s’élançaient voici des siècles vers le ciel aux côtés d’imposants platanes, mais ces arbres sont toujours là. Dans bon nombre de villes et villages, les gens accrochent des bouts de tissu à ces arbres et en attendent des miracles. Des miracles simples tels qu’avoir des enfants, guérir d’une maladie, voir ses affaires prospérer, avoir une bonne récolte, etc. Ces platanes accordent abondance et prospérité. Selon les recherches d’Henri Massé, l’orme et le buis sont également des arbres sacrés dans certaines régions, alors que le cyprès et l’olivier, toujours verts, sont des arbres du paradis.”

7882604x403.jpg

“On peut également citer d’autres arbres sacrés tels que le dattier, le grenadier et le figuier. Le dattier est considéré depuis des temps immémoriaux comme une source absolue de bienfaits pour l’homme, en ce que rien de cette précieuse plante ne se perd. Les traces de sa culture en Mésopotamie remontent au IVe siècle avant Jésus-Christ. L’importance du dattier dans cette région est aujourd’hui encore telle qu’il symbolise l’arbre de la vie. Sadegh Hedayat, dans son ouvrage Neyrangestân, cite d’autres arbres et autant de croyances populaires : il ne faut pas abattre un sapin ou un mûrier persan, ou plus généralement un vieil arbre, ou alors, il ne faut pas arracher les plantes des échalotes, ce qui entraînerait la mort. Parmi ces arbres symboliquement signifiants, le cyprès occupe une place très particulière. Ainsi, le cyprès du Cachemire, terme poétique récurrent de la littérature persane ressemble à son cousin le cyprès de la littérature chinoise, qui joue un rôle important dans les rituels religieux.”

“Il est dit dans le Livre des Rois de Ferdowsi que Zarathoustra amena de la région du Cachemire un cyprès fabuleux, d’une taille impressionnante et provenant du paradis, et qu’il le déposa devant la porte du temple zoroastrien de “Barzin Mehr”. Ces cyprès, les “thuyas”, sont encore considérés comme des arbres à vœux, notamment dans l’ouest du pays, en particulier dans le Kurdistan.”

“La foi en la nature sacrée des arbres et leur vénération a acquis une nouvelle dimension avec l’arrivée de l’Islam. Pour que cette foi ne contredise pas les coutumes islamiques, on est souvent arrivé à cette conclusion qu’une sainte personne était enterrée au pied de ces arbres. Aujourd’hui encore, pour de nombreux peuples, la destruction d’une vigne est un péché très grave. Les indigènes d’Afrique et les habitants des îles de l’océan Pacifique sont encore terrifiés à l’idée de détruire le cocotier qui les a un jour nourri. Et en Arabie Saoudite, l’acacia qui fournit de la sève est sacré. Peut être l’attention portée aujourd’hui par le monde contemporain à la préservation de notre patrimoine verdoyant que sont les forêts signifie une renaissance de la relation primitive qu’entretient l’homme avec les arbres. Quoiqu’il en soit, on constate avec joie que les bois et les arbres saints d’hier sont parfois transformés en espaces protégés.”

Extrait d’un article de Fatemeh Kohandâni, Revue de Téhéran n° 34, septembre 2008 [1]

8 réflexions sur “Symbolique des arbres en Iran

  1. Salut Gilles,

    J’ai pas mal épluché l’internet iranien à la recherche d’infos « politiques », je voulais discuter avec des iraniens et non plus continuer à me faire abreuver par nos médias… Par la suite, on m’a envoyé vers cette revue francophone excellente. (Par leur intermédiaire, j’espère entrer en contact avec des passionnés arboricoles, ce serait génial de découvrir leurs arbres millénaires, et d’apprendre les légendes associées…).

    Cela fait un petit bout temps que je gardais cet article sous le coude… avec la découverte de ce cyprès millénaire, c’était le bon moment… Les arbres nous rassemblent et font taire nos différences…

  2. Ping : Index : symboles, mythes, textes divers « Krapo arboricole

Laissez vos mots...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s