Arbres dans la nuit et le jour

Candélabres de la noirceur,
Hauts-commissaires des ténèbres,
Malgré votre grandeur funèbre
Arbres, mes frères et sœurs,
Nous sommes de même famille,
L’étrangeté se pousse en nous
Jusqu’aux veinules, aux ramilles,Jules Supervielle
Et nous comble de bout en bout.

A vous la sève, à moi le sang,
A vous la force, à moi l’accent
Mais nuit et jour nous ressemblant,
Régis par le suc du mystère,
Offerts à la mort, au tonnerre,
Vivant grand et petitement,
L’infini qui nous désaltère
Nous fait un même firmament.

Nos racines sont souterraines,
Notre front dans le ciel se perd
Mais, tronc de bois ou cœur de chair,
Nous n’avançons que dans nous-mêmes.
L’angoisse nourrit notre histoire
Et c’est un même bûcheron
Qui, nous couchant de notre long,
Viendra nous couper la mémoire.

Jules Supervielle, poète français (1884-1960)
____

La photographie est de Roger Parry © Éditions Gallimard.

2 réflexions sur “Arbres dans la nuit et le jour

  1. gilougarou

    Supervielle est loin d’être mon poète préféré, mais j’avoue que ce qu’il dit dans ce poème me semble d’une grande justesse.

  2. Salut Gilles,

    il n’est pas non plus mon poète préféré, mais ses mots sur les arbres méritaient de venir se glisser entre les autres textes arboricoles.

    D’ailleurs d’autres mots que j’aime bien de Supervielle :

    « Je connais une tristesse à l’odeur d’ananas
    Qui vaut mieux qu’un bonheur ignorant les voyages. »

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