Accueil > Métamorphoses > Les Héliades métamorphosées en peupliers

Les Héliades métamorphosées en peupliers

Les Héliades sont les filles du Soleil et de Clymène, et sœurs de Phaëton. Elles se nommaient Lampétie, Phaëtuse, et Phoébée. La mort de leur frère leur causa une si vive douleur, qu’elle le pleurèrent quatre mois entiers. Les dieux les changèrent en peupliers noirs, et leurs larmes en grains d’ambre. Ci-dessous, l’épisode raconté dans les métamorphoses d’Ovide, suivi d’autres textes classiques.

Héliades muées en arbres Métamorphose Lyon 1557 Bernard Salomon

Dès que Clymène, livrée à sa douleur profonde, eut exhalé, dans les larmes, toutes les plaintes que l’extrême malheur peut inspirer, elle meurtrit son sein ; et courut, les cheveux épars, de contrée en contrée, pour chercher les restes de son fils. Enfin elle les trouve ensevelis sur des bords étrangers. Là, prosternée, à peine a-t-elle lu son nom gravé sur le marbre, elle arrose le marbre de ses pleurs; elle le presse sur son sein comme pour réchauffer les cendres qu’il renferme.

Le deuil des sœurs de Phaéthon pouvait seul égaler le deuil de leur mère. Gémissantes et frappant leur sein, elles remplissent l’air de cris superflus et de plaintes que leur frère ne peut plus entendre. Nuit et jour elles l’appellent, et restent penchées sur son tombeau.

Déjà Phébé avait quatre fois renouvelé son croissant, elles pleuraient encore (car leur douleur était devenue une longue habitude). Un jour que Phaéthuse, l’aînée des Héliades, venait de se prosterner au pied du tombeau, elle se plaignit que ses pieds se raidissaient. La belle Lampétie, qui s’élançait pour la secourir, se trouve arrêtée par des racines naissantes. La troisième veut s’arracher les cheveux, et ce sont des feuilles qui remplissent ses mains. L’une s’écrie que son corps devient un arbre, l’autre, que ses bras s’étendent en rameaux; et tandis que ce prodige les étonne, une écorce légère les embrasse, et montant par degrés, emprisonne leurs cœurs, leur sein, leurs épaules, leurs bras. Leur bouche encore libre, appelait, invoquait leur mère. Mais que peut-elle, hélas ! que courir, de l’une à l’autre, et les embrasser dans son désespoir. Vainement essaie-t-elle de les débarrasser de l’écorce qui les couvre. Elle rompt les tendres rameaux qui s’attachaient à leurs bras; mais des gouttes de sang en sortent comme d’une blessure : “Ô ma mère, arrêtez, s’écrie chacune de celles qu’elle a touchées, arrêtez ! épargnez-nous ! En blessant ces rameaux, c’est notre corps que vous déchirez. Adieu ! c’en est fait, adieu”… et l’écorce, s’élevant au-dessus de leurs têtes, presse et retient leurs paroles captives.

Mais, sous des formes nouvelles, leurs larmes coulent encore ; durcies par le soleil, elles distillent en ambre de leurs rameaux naissants, et tombent dans l’Éridan rapide, qui les recueille pour en parer les dames du Latium. (Métamorphoses d’Ovide, II, 340)
___

“Le vaisseau, toujours emporté par le vent, se trouva bientôt au milieu du fleuve Éridan, près de l’endroit où Phaéton, frappé de la foudre, fut précipité du char du Soleil au fond d’un marais d’où s’exhale encore une fumée épaisse et au-dessus duquel les oiseaux ne peuvent voler impunément. Tout autour les filles du Soleil, changées en peupliers, pleurent la mort de leur frère, et les larmes qu’elles répandent sont des gouttes d’ambre qui, séchées d’abord sur le sable par les rayons du soleil, sont ensuite reportées dans le cours du fleuve par les flots que les vents poussent vers le rivage. Les Celtes au contraire racontent que les larmes dont l’ambre est formé, sont celles que répandit Apollon, lorsque irrité de la mort de son fils Esculape, que la Nymphe Coronis mit au monde dans la ville de Lacérie, sur les bords de l’Amyrus, et forcé par les menaces de son père de quitter l’Olympe, il se relira dans le pays des Hyperboréens.”

(Apolonius de Rhodes – Argonautiques, chant IV)

“Telles sont les extrémités de l’Asie et de la Libye. Quant à celles de l’Europe à l’occident, je n’en puis rien dire de certain ; car je ne conviendrai pas que les barbares nomment Éridan un fleuve qui se jette dans la mer du Nord, et dont on dit que nous vient l’ambre. Je ne connais pas non plus les îles Cassitérides, d’où l’on nous apporte l’étain : le nom même du fleuve est une preuve de mon sentiment. Éridanos n’est point un mot barbare, c’est un nom grec inventé par quelque poète. D’ailleurs, je n’ai jamais trouvé personne qui ait pu me dire, comme témoin oculaire, quelle est cette mer que l’on place dans cette région de l’Europe. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’étain et l’ambre nous viennent de cette extrémité du monde. ” (Hérodote, Histoire, III, 115)

“Le Peuplier noir annonçait aux trépassés qu’il leur fallait abandonner tout espoir. Un bosquet de Peupliers noirs marquait sur terre l’entrée des Enfers. Les Héliades désespérées se transformèrent en Peupliers noirs, leurs larmes devinrent des gouttes d’ambre distillées par les rameaux de ces arbres et que le soleil durcit. L’ambre jaune ou succin, aussi apprécié que mystérieux pour les grecs qui le recevaient comme l’étain d’îles lointaines situées dans les mers nordiques, passait à leurs yeux pour être récolté sur les rives de l’Éridan, fleuve mythique dont ils ignoraient la localisation”
(Jcques Brosse – Dictionnaire des arbres de France)

La croyance de l’arbre à ambre a perduré jusqu’au Moyen-Âge, voir ici.

A suivre avec la métamorphose de Leuké en peuplier blanc…

Catégories :Métamorphoses
  1. anonyme
    16 mai 2013 à 07:40

    Trés bien mais avec une photo en plus ca serai super

  1. 7 juin 2010 à 17:34
  2. 9 juin 2010 à 14:00
  3. 28 septembre 2015 à 05:46

Laissez vos mots...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s