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Le chêne de Mambré & le chêne de Moréh

Mambré (Mamré, Mamreh) est le nom d’une vallée fertile et fort agréable dans la Palestine, au voisinage d’Hébron. Le chêne de Mambré est selon la Tradition, le lieu où Iahvé apparut à Abraham. C’est non loin de là que se situerait la sépulture du premier patriarche, ainsi que celle de Sara, d’Isaac, de Léa et de Jacob.

Iahvé dit à Abram… « Lève-toi, promène-toi dans le pays en long et en large, car c’est à toi que je le donnerai. » Abram transporta sa tente et vint habiter aux chênes de Mambré qui sont à Hebron. Il y bâtit un autel à Iahvé. (Genèse, XIII, 21-24)

Iahvé apparut à Abraham au Chêne de Mambré. Abraham était assis à l’entrée de la tente, en pleine chaleur du jour. Il leva les yeux, et vit qu’il y avait trois hommes debout près de lui. Il les vit et accourut, de l’entrée de la tente, à leur rencontre. Il se prosterna à terre et dit : « Mon seigneur, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe pas loin de ton serviteur. Qu’on apporte un peu d’eau ! Lavez-vous les pieds, puis étendez-vous sous les arbres. Je vais quérir un morceau de pain. Réconfortez votre cœur, après quoi vous pourrez passer, puisque vous êtes de passage près de votre serviteur. » Ils dirent alors : « Fais donc comme tu dis ! »
Abraham vint en hâte dans la tente vers Sara et dit : « Prépare en hâte trois seah de fleur de farine, pétris-les et fais-en des galettes. » Puis Abraham courut au gros bétail, prit un veau tendre et bon, qu’il donna au serviteur et celui-ci se hâta de le préparer. Il prit du beurre et du lait, ainsi que le veau qu’il avait préparé, mit le tout devant eux et, tandis qu’il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, ils mangèrent. (Genèse, XVIII, 1-20)

Ses fils le transportèrent au pays de Canaan et le mirent au tombeau dans la grotte du champ de Makpélah, champ qu’Abraham avait acheté à Éphron, le Hittite, comme propriété de tombeau, en face de Mambré. (Genèse,  L, 13)

L’historien juif (Josèphe Flavius) relate qu’Abraham vivait près du chêne d’Ogygès, un endroit près de Canaan, proche de la ville des Hébronites. Or, Oxygès, d’après la tradition rapportée par Pausanias, dans sa Description de la Grèce, était considéré comme le fondateur d’Éleusis. Josèphe en appelant le chêne de Mambré Oxygès le mettait en relation avec les mystères d’Éleusis parce que sans doute, de son temps, Mambré était le théâtre de rites étranges. D’ailleurs, trois siècles plus tard, Sozomène en fut le témoin, et même ils scandalisèrent la pieuse Eutropia, belle mère de Constantin.

Le chêne de Mambré était un arbre objet d’une vénération superstitieuse, et l’on venait y chercher des oracles. Dans l’apocalypse de Baruch, c’est sous ce chêne que Baruch à la révélation de la ruine de Jérusalem : “Le lendemain, l’armée des Chaldéens encercla la ville. Vers le soir je quittai le peuple, moi Baruch et partis me placer près du chêne. Je pleurais sur Sion et je gémissais sur la captivité qui menaçait mon peuple et tout à coup un esprit de force me leva et me transporta au-dessus du rempart de Jérusalem. Et j’eus une vision.”

Études bibliques et orientales de religions comparées, par M. Delcor, 1979, pp.434-442.
(Antiquités judaïques, Flavius Josèphe ; Description de Delphes, Pausanias le Périégète)

Voici un phototron colorisé du chêne de Mambré pris aux environs de 1890 à Hébron, ce vieil arbre vénérable n’était pas celui qu’avait connu Abraham mais surement un de ses descendants. Le site contenant l’arbre a été racheté en 1868 par l’église orthodoxe qui y fit bâtir le monastère de la Sainte Trinité. L’arbre a finit par mourir en 1996 [1].

L’illustration provient du site Old Pictures, regroupant une très grande collection de photos à caractère historique du monde entier prises entre 1850 et 1940, voir ici.
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Trouvé plus d’informations dans l’Encyclopédie de Diderot, 1ere édition, volume 9, pp. 954-956. J’ai recopié tout le texte, car il fournit des détails sur l’histoire du chêne, les cultes & cérémonies pratiqués, ainsi que sur l’évolution du site sur plusieurs siècles. (Un peu corrigé et remanié le vieux françois, afin que ce texte soit plus lisible)

« Le chêne, ou plutôt (comme le prétendent presque tous les commentateurs, on ne sait trop pourquoi) le térébinthe, sous lequel le patriarche reçut les anges, a été en grande vénération dans l’antiquité chez les Hébreux ; S. Jérôme assure qu’on voyait encore de son temps, c’est-à dire sous l’empire de Constance le jeune, cet arbre respectable ; et, si l’on en croit quelques voyageurs ou pèlerins, quoique le térébinthe ait été détruit, il en a repoussé d’autres de sa souche qu’on montre, pour marquer l’endroit où il était. Les rabbins qui ont l’art, comme on le sait, de répandre du merveilleux sur tout ce qui a quelque rapport avec l’histoire de leur nation, et sur-tout à celle de leurs pères, ont prétendu que le térébinthe de Mambré était aussi ancien que le monde. (Joseph de Bello, lib. V. cap. vij). Et bientôt après par un nouveau miracle, qui difficilement peut s’accorder avec ce prodige, les judicieux rabbins disent que cet arbre était le bâton d’un des trois anges, qui ayant été planté en terre, y prit racine et devint un grand arbre. (Eustach. ab allatio edit). Honoré de la présence des anges et du Verbe éternel, il devait participer à la gloire du buisson ardent d’Horeb. (Jul. Afric. apud Syncell). Aussi les rabbins n’ont point manqué de dire que quand on mettait le feu à ce térébinthe, tout-d’un-coup il paraissait enflammé ; mais qu’après avoir éteint le feu, l’arbre restait sain et entier comme auparavant. Sanute (in sacret. fid. crucis. p. 228.) fait au térébinthe de Mambré le même honneur qu’au bois de la vraie croix, et assure qu’on montrait de son temps le tronc de cet arbre, dont on arrachait des morceaux, auxquels on attribuait les plus grandes vertus. Au reste, Josephe, saint Jérôme, Eusebe, Sozomene, qui parlent tous de ce vénérable térébinthe, comme existant encore de leurs jours, le placent à des distances toutes différentes de la ville d’Hébron. »

« Mais ce qui est digne d’observations, c’est que le respect particulier qu’on avait, soit pour le térébinthe, soit pour le lieu où il était, y attira un si grand concours du peuple, que les Juifs naturellement fort portés au commerce et trafic, en prirent occasion d’y établir une foire qui devint très fameuse dans la suite. Et saint Jétôme (Hier. in Jerem. XXXI. & in Zach. X.) assure qu’après la guerre qu’Adrien fit aux Juifs, on vendit à la foire de Mambré grand nombre de captifs juifs, qu’on y donna à un prix très-vil ; et ceux qui ne furent point vendus, furent transportés en Egypte, ou, pour la plupart, ils périrent de maux et de misère. »

« Le juif, partagé entre la superstition & l’agiotage, sut accréditer les foires de Mambré, en y intéressant la dévotion, et les convertissant, en quelque sorte, en des fêtes religieuses, ce qui y attira non seulement les marchands et les dévots du pays, mais aussi ceux de Phénicie, d’Arabie, et des provinces voisines. La diversité de religion ne fut point un obstacle à la fréquentation d’un lieu où l’on pouvait satisfaire tout-à-la-fois, sa piété, son goût pour les plaisirs, son amour pour le gain. La fête de Mambré se célébrant en été, le térébinthe d’Abraham devint le rendez-vous des Juifs, des Chrétiens, et même des Païens. »

« Les Juifs venaient y vénérer la mémoire de leur grand patriarche Abraham : les chrétiens orientaux persuadés que celui des trois anges qui avait porté la parole, était le Verbe éternel, y allaient avec ce respect religieux qu’ils ont pour ce divin chef et consommateur de leur foi. Quant aux Païens, dont toute la Mythologie consistait en des apparitions de divinités ou venues de Dieu sur la terre, pleins de vénération pour ces messagers célestes qu’ils regardaient comme des dieux ou des démons favorables, ils leur élevèrent des autels, et leur consacrèrent des idoles ; ils les invoquaient, suivant leurs coutumes, au milieu des libations de vin, avec des danses, des chants d’allégresse et de triomphe, leur offraient de l’encens, etc. Quelques-uns immolaient à leur honneur un bœuf, un bouc ; d’autres un mouton, un coq même, chacun suivant ses facultés, le caractère de sa dévotion et l’esprit de ses prières. Sozomene, qui détaille dans le livre II. chap. iv. de son histoire ce qui concerne la fête de Mambré, n’est point clair ; et sur ces diverses pratiques religieuses et sur l’intention de ceux qui les remplissaient, il se contente de dire que ce lieu était chez les anciens dans la plus grande vénération ; que tous ceux qui le fréquentaient étaient dans une appréhension religieuse de s’exposer à la vengeance divine en le profanant, qu’ils n’osaient y commettre aucune espèce d’impureté, ni avoir de commerce avec les femmes ; que celles-ci fréquentaient ces foires avec la plus grande liberté, mieux parées qu’elles ne l’étaient d’ordinaire dans les autres occasions publiques, où leur honneur n’avait pas les mêmes sauvegardes que sous le sacré térébinthe. »

« Mais ces beaux témoignages que ces deux divers auteurs rendent à la prétendue sainteté des fêtes de Mambré, sont contredits, parce qu’ils ajoutent que les dévots qui les fréquentaient nourrissaient avec soin pendant toute l’année ce qu’ils avaient de meilleur pour s’en régaler avec leurs amis, et faire le festin de térébinthe ; comment, au milieu de la joie de ces repas en quelque sorte publics, puisque les deux sexes y étaient admis ; comment, dans un simple campement, sans aucun édifice, et où les hommes & les femmes campaient pêle-mêle, puisqu’il n’y avait d’autres maisons que celle où l’on prétendait qu’Abraham avait logé ; comment, dis-je, au milieu de ces plaisirs bruyants, et dans ces circonstances ceux qui assistaient à ces fêtes pouvaient-ils garder la décence ou la retenue qu’exigeait la sainteté du lieu ? C’est ce qui paraît peu croyable, surtout si l’on considère le concours de dévots de diverses religions ; et que, comme le dit un auteur, (Sozom. suprà citat.) personne ne puisait pendant la fête de l’eau du puits de Mambré, parce que les Païens en gâtaient l’eau, en y jetant, par superstition, du vin, des gâteaux, des pièces de monnaie, des parfums secs et liquides, et tenant, par dévotion, un grand nombre de lampes allumées sur ses bords. »

« Mais ce qui détruit entièrement l’idée de sainteté de la fête de Mambré, ou qui prouve que du moins du temps de Constantin les choses avaient extrêmement dégénéré ; c’est ce que rapportent plusieurs auteurs (Socrat. liv. I. c. xviij. Eusebe de vita Constant. l. III. c. lij. Soz. &c.) qu’Eutropia, syrienne de nation, mère de l’impératrice Fausta, s’étant rendue en Judée pour accomplir un vœu, et ayant passé par Mambré, témoin oculaire de toutes les superstitions de la fête, et de toutes les horreurs qui s’y passaient, en écrivit à l’empereur Constantin son gendre, qui ordonna tout de suite au comte Acace de faire brûler les idoles, de renverser les autels, et de châtier, selon l’exigence du cas, ceux qui, après sa défense, seroient assez hardis pour commettre encore sous le térébinthe quelques abominations ou impiétés ; il ordonna même, ajoutent ces auteurs, qu’on y bâtît une église très-belle, et que les évêques veillassent de près à ce que toutes choses s’y passassent dans l’ordre. Eusebe (de vita Constantini, lib. III. cap. lij.) prétend que c’est à lui que la lettre de l’empereur fut adressée, que ce fut lui qui fut chargé du soin de faire exécuter ses ordres. »

La visite des trois anges; illustrateur de la Bible historiale; 1372 manuscrit Bibliothèque Nationale, La Haye

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Ne pas confondre le chêne de Mambré avec un autre chêne qui tient une grande importance dans l’Ancien testament ; le chêne de Moréh ou des « augures ». (Pas plus d’informations, mais ce chêne semblait être fort connu, et on venait surement y chercher des oracles). Situé en face du Guilgal, un cercle de douze pierres. Il marque l’emplacement du premier sanctuaire cananéen usurpé par les Hébreux, d’après la tradition iahviste. L’apparition de Iahvé est l’occasion de l’érection d’un autel, puis plus tard d’une pierre dressée.

Abram traversa le pays jusqu’à la localité de Sichem, jusqu’au chêne de Moréh. Le Cananéen était alors dans le pays. Iahvé apparut à Abram et dit : « A ta race je donnerais ce pays. » Il y bâtit un autel à Iahvé qui lui était apparu. (Génèse, XII, 6)

Ne sont-ils pas au delà du Jourdain, derrière la route du couchant, au pays du Cananéen qui habite dans la Arabah, face au Guilgal, à côté des chênes de Moréh ? (Deutéronome, XI, 30)

Josué conclut donc en ce jour-là une alliance avec le peuple, il lui imposa un statut et une règle à Sichem. Puis Josué écrivit ces paroles dans le Livre de la Loi d’Elohim, il prit une grande pierre et la dressa là, sous le chêne qui était dans le sanctuaire de Iahvé. (Josué, XXIV, 26)

Tous les bourgeois de Sichem et toute la Maison du Terre-plein se rassemblèrent et ils allèrent proclamer comme roi Abimélech près du chêne de la Pierre Dressée qui est à Sichem. (Juges, IX, 6)

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L’édition de la Bible utilisée pour les citations : l’Ancien Testament éditions La Pléïade, édition publiée sous la direction d’Edouard D’Horme, 1956. (Merci pour le prêt Alban…)

Ci-dessous, des cartes pour vous aider à situer ces lieux : Proche et Moyen-orient ancien, carte des tribus d’Israël, ainsi qu’une carte Israël et Juda. (clic pour agrandir)

Proche et Moyen Orient ancienTribus d'Israël - Israël et Juda

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Mise à jour  : un article sur les chênes bibliques et le chêne de Sherdanu, voir ici.

Catégories :Bible
  1. gilougarou
    16 juin 2009 à 10:12

    Alors là, chapeau pour la recherche documentaire !
    C’est complet et passionnant. Ça doit te prendre un temps fou de recoller tous ces morceaux. Encore une fois : BRAVO.

  2. 16 juin 2009 à 11:17

    Bonjour gilougarou,

    content que cet article te plaise,
    oui ça prend du temps de réunir toutes ces informations dans les livres, mais ça me plait tellement de démêler tout ça et d’en apprendre toujours un peu plus… bien souvent, les infos disponibles sur le net sont trop succinctes…

    Je regroupe plusieurs extraits de bouquins qui me paraissent pertinents, et au fil du temps je rajoute de la matière dès qu’un livre me donne de plus amples développements… (comme cette encyclopédie de Diderot)

    Mais peu de commentaires sous les articles liés à la mythologie, du coup je ne sais si ils intéressent, et si ces articles fournissent suffisamment de détails… J’essaie toujours d’offrir plus que ce que Google propose déjà… De toute façon, cela servira bien à quelques chercheurs en mythes arboricoles…

  3. 23 juin 2009 à 19:19

    Bonjour
    Je fais bénévolement des conférences gratuites sur l’Origine des Oratoires, incluant bien sur les arbres sacrés. Je vous demande l’autorisation d’utiliser la photo du chêne de Mambré (photo colorisée de 1890).

    D’avance merci pour votre réponse.
    Cordialement

  4. 24 juin 2009 à 11:09

    Bonjour Francis,

    tu peux emprunter cette photo, je ne possède pas les droits mais à mon avis il n’y a aucun problème. A l’origine publiée sur cet excellent site :
    http://www.old-picture.com/

    Ta passion m’intéresse, alors si un jour tu veux me faire passer un texte ou de la documentation, histoire d’enrichir le blog, je te lirai avec plaisir. Au fait, comment trouves-tu l’article sur le chêne de Mambré ?

    à bientôt

  5. 12 février 2014 à 20:20

    Très Enthousiasmant , Bravo

  6. 13 février 2014 à 10:21

    Au plaisir de partager !

  7. 10 avril 2014 à 13:05

    merci pour ces informations me nommant moi-même Mambré!

  1. 6 juin 2010 à 22:59
  2. 9 juin 2010 à 02:17
  3. 9 juin 2010 à 13:36
  4. 15 juin 2010 à 13:38
  5. 16 juin 2010 à 10:16
  6. 13 avril 2014 à 22:46

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