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Du royaume de Trimochaim et de l’arbre du soleil, aussi appelé l’arbre sec

Les freres Polo devant l'arbre sec - BNF manuscrit 2810

« Ayant laissé derrière soi la ville de Cobinam, on rencontre un autre désert très aride et qui, à huit journées de longueur, n’a ni arbres ni fruits ; le peu d’eau qu’il y a est très amère, en sorte que les juments même n’en peuvent pas boire. Il faut que les voyageurs en portent d’autre avec eux, s’ils ne veulent pas périr de soif. Après avoir passé ce désert on entre dans le royaume de Trimochaim, où il y a beaucoup de villes et de châteaux. Ce royaume est borné au septentrion par la Perse. Il croit dans la plaine de ce royaume un grand arbre appelé l’arbre du soleil, et par les Latins l’arbre sec. Il est fort gros, ses feuilles sont blanches d’un côté et vertes de l’autre ; il porte des fruits faits en manière de châtaigne, mais vides et de couleur de buis. Cette campagne s’étend plusieurs milles sans que l’on y trouve un seul arbre. Les gens du pays disent qu’Alexandre le Grand combattit Darius en cette plaine. Toute la terre habitée du royaume de Timochaim est fertile et abondante en plusieurs choses, le climat en est bon, l’air y est tempéré, les hommes y sont beaux, et les femmes encore plus belles ; mais ils sont tous mahométans. »

Source : Marco Polo, Deux voyages en Asie au XIIIe siècle, texte édité par M. Pauthier, Paris, Delagrave, 1888. Lire le texte en ligne, par ici.
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« Cet arbre solitaire était localisé quelque part dans une plaine au nord de la Perse. La légende raconte qu’il marquait l’exacte position de la grande bataille entre Darius et Alexandre, sans préciser s’il s’agit de la bataille d’Issos ou de Gaugameles. Il symbolisait ainsi la limite entre Orient et Occident. Cependant, cela est peu probable, car Darius avait été assassiné avant qu’Alexandre n’atteigne ces régions. » (source Wikipédia)

On peut apercevoir un arbre sec sur le champ de bataille de la mosaïque d’Alexandre.
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De grandes discussions se sont engagées à propos de cet arbre, qui pour les uns serait tout simplement le platane, tandis que d’autres veulent y voir un exemplaire unique d’une essence qu’on ne définit pas clairement. Ceux-là, au lieu d’arbre du soleil, disent arbre sec.

Néanmoins, le platane était connu du temps de Pline l’Ancien en Italie, il y a donc fort à parier que Marco Polo ait déjà rencontré un platane avant de partir explorer le monde…

III. [1] Mais qui ne s’étonnera à juste titre qu’on fasse venir d’un Inonde étranger un arbre, uniquement pour son ombrage ? Je parle du platane (platanus orientalis, L.), qui, apporté d’abord à travers la mer Ionienne (III, 14) dans l’île de Diomède (III, 30; X, 61 ) pour le tombeau de ce héros, passa de là en Sicile : c’est un des premiers arbres exotiques qui ait été donné à l’Italie ; déjà il est arrivé jusque chez les Morins (Artois); (IV.) et le sol qu’il occupe est même sujet à tribut, de sorte que les nations payent pour avoir de l’ombre. Denys l’ancien, tyran de Sicile, transporta le platane dans sa capitale ; ce fut la merveille de son palais, transformé depuis en gymnase; ces arbres ne purent prendre une grande croissance. Au reste, des auteurs disent qu’il y avait alors d’autres individus de cette espèce en Italie, et nommément en Espagne.

IV. [1] Cela se passait vers l’époque de la prise de Rome (an de Rome 364). Depuis, cet arbre est devenu dans une telle estime, qu’on le nourrit en l’arrosant de vin pur. On a reconnu que cet armement faisait beaucoup de bien aux racines. Ainsi, nous avons appris même à des arbres à boire du vin.

V. [1] On vanta d’abord les platanes de la promenade de l’Académie (XXXI, 3) à Athènes : un de ces arbres avait une racine, de trente-trois coudées, plus longue que les branches. Il existe aujourd’hui en Lycie un platane célèbre associé aux agréments d’une fraîche fontaine. Placé près du chemin, il présente en forme de maison une cavité de 81 pieds; le sommet est une forêt; entouré de vastes branches comme d’autant d’arbres, il prolonge son ombrage sur les champs avoisinants. Pour qu’il ne manque rien à la ressemblance d’une grotte, l’intérieur est garni d’un rang de pierres ponces couvertes de mousses. La chose est si merveilleuse, que Licinius Mucianus trois fois consul, et qui a été récemment légat de cette province, a cru devoir transmettre à la postérité qu’il y avait dîné lui dix-huitième, et qu’il y coucha sur un lit fourni abondamment par le feuillage de l’arbre, à l’abri de tous les vents, désirant entendre le pétillement de la pluie sur les feuilles, plus content qu’au milieu de l’éclat des marbres, de la variété des peintures et de l’or des lambris.

Pline l’ancien, L’Histoire naturelle, livre XII, traitant des arbres.

Catégories :Fables...
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  1. 8 juin 2010 à 15:19
  2. 9 juin 2010 à 13:35

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