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L’oracle de Dodone

Head of Zeus left, in oak wreath.
Plus ou moins consciemment, les hommes voient dans tel ou tel évènement inattendu un signe capable d’orienter leur conduite ; ils ont souvent chargé des exégètes d’interpréter certains phénomènes – foudre, éclipse, crues de rivière, naissance anormale, rêve… Autrefois, les hommes savaient les arbres vivants, munis d’une âme et certains d’entre eux, considérés comme sacrés, délivraient des messages oraculaires.

Sur la croupe du mont Tamaros, en Epire, Dodone, “la venteuse”, est le plus ancien et le plus célèbre oracle dédié à Zeus et à la Déesse-Mère, révérée sous le nom de Dioné. C’est le plus vieil oracle grec, d’après Hérodote, remontant peut-être au IIe millénaire av. J.-C., et l’un des plus célèbres avec ceux de Delphes et d’Ammon :

« Les prêtresses des Dodonéens rapportent qu’il s’envola de Thèbes en Égypte deux colombes noires ; que l’une alla en Libye, et l’autre chez eux ; que celle-ci , s’étant perchée sur un chêne, articula d’une voix humaine que les destins voulaient qu’on établît en cet endroit un oracle de Zeus ; que les Dodonéens, regardant cela comme un ordre des dieux, l’exécutèrent ensuite. Ils racontent aussi que la colombe qui s’envola en Libye commanda aux Libyens d’établir l’oracle d’Ammon, qui est aussi un oracle de Jupiter. Voilà ce que me dirent les prêtresses des Dodonéens, dont la plus âgée s’appelait Preuménia ; celle d’après, Timarété ; et la plus jeune, Nicandra. Leur récit était confirmé par le témoignage du reste des Dodonéens, ministres du temple » (Hérodote, Histoire, II, 52)

Y pousse un bois de chênes, et Zeus y répond aux mortels :

« Je néglige la masse globale des faits
et j’en viens jusqu’au terme de tes errements
quand tu vins sur la terre molosse
et près du dos abrupte de Dodone
où se trouvent l’oracle et le siège de Zeus thesprotique,
et, prodige incroyable, les chênes parlants
par lesquels clairement, sans énigme,
tu fus, toi, saluée en épouse future de Zeus, glorieuse,
n’en es tu pas encor caressée ? »
(Eschyle – Prométhée, v.832)

ou par l’un d’entre eux :

«  Celui-ci me dit qu’Ulysse s’en était allé à Dodone pour écouter, dans la haute chevelure du chêne divin, les conseils de Zeus sur la manière de revenir au gras pays d’Ithaque, dont il était depuis longtemps, déjà éloigné. »
(Homère – L’Odyssée XIV, v.327)

Le bruit du vent dans les feuilles, amplifié par celui des vases d’airain qu’on plaçait parfois au sommet des arbres, est la grande voix de Zeus, interprêtée par deux prêtresses :

« Tel était, selon lui, le sort établi par les dieux qui marquerait la fin des labeurs d’Héraklès : le chêne antique de Dodone l’avait-il un jour proclamé, disait-il par la voix de ses deux prêtresses. » (Sophocle – Trachiniennes, v.172)

et par tout un peuple de devins, les Selles :

«  Seigneur Zeus, dieu de Dodone, dieu des Pélasges, dieu au lointain logis, qui règne sur Dodone où sévit de mauvais temps – et les Selles habitent à l’entour, tes interprètes, qui, les pieds non lavés, couchent sur le sol ! »
(Homère – l’Iliade, XVI – v.234)

«  Mais j’entends te révéler aussi les oracles nouveaux qui concordent avec elle, qui reprennent ses mots de jadis, et que, dans le bois saint des Selles montagnards qui couchent sur le sol, je me suis fait écrire sous la dictée du chêne aux mille voix. » (Sophocle – Trachiniennes, v.1166)

Proximité animale et même végétale à la terre, enracinement des pieds comme des chênes ? Ces derniers traits, caractéristiques d’autres cultes et pratiques mantiques (les guérisons oniriques d’Esculape par exemple) trouvent peut-être ici leur origine.

Inscription oraculaire sur feuille de plomb Dodone - fouilles de C. Carapanos 1878

A Dodone, les Selles, exégètes légendaires, semblent avoir pratiqué l’incubation [1] au bénéfice du consultant. A l’époque historique, pour laquelle on a des questions gravées sur du plomb, les réponses semblent avoir résulté des vibrations du bronze, du murmure des arbres sacrés et d’une source, ainsi que les sorts tirés d’un chaudron rituel.

Source : Marie Delcourt & Barbara Cassin, Encyclopédie Universalis.

Note : Si aujourd’hui on retient que Dodone était l’oracle de Zeus, nous avons tendance à oublier le fait que l’oracle était aussi dédié à Dioné, qui était considérée à la fois comme une puissance agraire et comme une déesse du Chêne, l’arbre tutélaire de ce bois sacré.
Ce site apparaitrait donc comme un ancien lieu sacré, à l’origine voué au culte de la Déesse Mère sur lequel les grecs auraient imposé leurs dieux pères… comme ils l’ont fait pour les autres mythes de l’Europe pré-hellénique.
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L’oracle de Zeus et de Dioné, Dodone fut l’un des oracles les plus renommés du monde hellénique. Les ruines de Dodone furent reconnues par Carapanos qui en entreprit la fouille en 1873. Les recherches furent reprises entre les deux guerres et se poursuivent maintenant depuis 1952.Plan du site de Dodone © K. Kapaioannou dans l'Art Grec - collection l'art et les grandes civilisations

L’existence ancienne de Dodone, plusieurs fois citée dans les textes homériques, a été confirmée par la découverte d’objets dont certains remontent à la préhistoire. On a mis au jour, un petit édifice en forme d’ellipse de l’époque submycéenne ou protogéométrique. La période archaïque a laissé de nombreux témoignages mais aucun vestiges de construction ; il semble que les cérémonies de culte se déroulaient dans un bois sacré situé à l’emplacement de la basilique (2).
Plusieurs fois remanié aux siècles suivants, il garda cependant son orientation et son plan d’origine. A partir du IVè siècle avant JC., le sanctuaire s’enrichit de nouvelles constructions. En 400 av. J.C., on entoura d’une cour le naïskos de la maison sacrée.

Au cours des années suivantes, la ville, située au nord du sanctuaire, fut enclose de murs défensifs flanqués de tours au nord et à l’ouest ; la porte principale avec ses deux tours se trouvait à l’est ; on pouvait aussi accéder par la porte sud au sanctuaire lui aussi enfermé dans une enceinte. Vers 300 av. J.C., la cour de la maison sacrée fut bordée de portiques sur trois côtés. Au sud-est de cet édifice, plusieurs temples furent bâtis. En même temps, on aménagea le théâtre sur le flanc de la colline, à l’ouest du téménos : la cavea, aujourd’hui restaurée.

En 219 av. J.C., Dodone dut entièrement détruite par les Etoliens. Philippe V et les Epirotes firent reconstruire le théâtre qui fut alors doté d’un proskênion en pierre décoré de demi-colonnes ioniques, de nouvelles constructions complétèrent l’ensemble.

En 168 av. J.C., Dodone fut incendiée par les Romains.

Légende illustration (Dodone cers 200 av. J.C.) 1. Bouleuterion – 2. Maison sacrée, bois –
3. Temples – 4. temple ou trésor (?) – 5. Propylées – 6. Fragments de mur non identifié.

Source : K. Kapaiaonnou dans L’Art Grec
(collection : l’art et les grandes civilisations, Editions d’art – Lucien Mazenod)
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Paul Blier a écrit un poème intitulé “Dodone”, voir ici.

Catégories :Grèce antique
  1. 2 juin 2009 à 21:04

    Salut Krapo,

    Viens prendre le frais chez toi en trempant mes bouts de pieds dans ta mare, histoire de bien commencer la journée !!
    Quelle belle légende que celle-ci.
    Pour nous, ou plus exactement pour les « anciens », chaque chose a une signification, de bonne ou mauvaise augure, et on se tient à leur conclusion. Malgré l’évangélisation de Tahiti et ses îles (il y 200 ans maintenant) et que l’on soit croyant, la nature et ses signes continuent toujours à nous interpeller : l’arrivée d’une personne, la mort, la naissance etc …
    Certains en rient, moi j’en ai un profond respect et souhaite apprendre à leurs côtés … avant qu’ils ne disparaissent avec leur savoir.

    Bonne semaine.
    Amicalement.
    Rain

  2. 3 juin 2009 à 10:40

    Bonjour rain,

    Une belle légende que les archéologues ont confirmé…

    Je serais très intéressé de découvrir les mythes et légendes de vos iles qui façonnent votre ‘folklore’ lié à la végétation. Peut-être connais-tu quelques personnes qui voudraient partager avec nous un peu de votre tradition ?

    De métropole, il n’est pas aisé d’apprendre sur la Polynésie.

  3. alain cottet
    2 décembre 2015 à 17:22

    bonjour, petite erreur d’orthographie je pense….pour la référence sur l’art grec, vous avez dû vouloir écrire Papaioannou
    bien cordialement

  1. 6 juin 2010 à 22:59
  2. 9 juin 2010 à 14:19
  3. 10 juin 2010 à 00:36
  4. 22 juin 2010 à 21:03
  5. 3 avril 2014 à 22:57

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