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La princesse Parizade

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Il y avait une fois, dans un royaume de l’Orient dont j’ai oublié le nom, une princesse jeune, belle, aimable qu’on appelait Parizade, et qui composait avec ses trois frères une petite cour charmante, où régnait l’union, l’aisance et les plaisirs. Rien ne manquait dans leur palais, rien n’était plus beau que leurs jardins. On jouissait dans ce petit royaume de toutes les commodités de la vie et de tous les agréments d la société rassemblée. D’un côté, la mer leur apportait les richesses de tous les royaumes voisins ; de l’autre, une belle rivière, de riants coteaux, des plaines fertiles, une ombreuse et verdoyante forêt, les mettaient à portée de goûter les plaisirs de la pêche et de la chasse.

Des dames et des demoiselles avenantes et gracieuses tenaient compagnie à la princesse. Des hommes aimables, doux et polis formaient la société des trois princes, ses frères. Et le soir, ces deux compagnies se réunissant, passaient ensemble des après-soupées charmantes, que la galanterie, mêlée à la décence, rendait vraiment délicieux. Souvent, on y donnait des concerts, des spectacles, des bals. Enfin, la princesse Parizade menait la vie la plus heureuse dans le plus beau pays du monde.

II
Un jour que les trois princes étaient à la chasse, la belle Parizade, restée seule au palais, vit s’arrêter devant la porte un char fort simple, attelé de deux petits chevaux assez bons, conduits par un cocher vêtu sans magnificence. Le char était suivi d’un seul esclave, et il en descend bientôt une vieille bonne femme tenant en main une petite cane et vêtue d’une robe brune et d’une coiffure toute unie, laquelle demanda la permission de visiter le palais et les jardins. On alla faire part à la princesse Parizade de l’arrivée de cette bonne vieille et de l’objet de sa visite. La princesse Parizade était extrêmement honnête : elle ordonna en conséquence à ses officiers d’introduire l’étrangère et de lui montrer tout ce qu’elle désirait voir.
L’ordre fut exécuté de point en point. Après deux ou trois heures de promenade, la bonne vieille voulu remercier la princesse de son hospitalité, et on l’emmena devant Parizade, à qui elle fit sa révérence et qui, après l’avoir fait asseoir, s’informa gracieusement de son nom et de son état dans le monde.
– Qui je suis ? Vraiment, vous êtes curieuse de le savoir ? demanda la vieille. Vous le saurez dans un instant. En attendant, je puis vous dire princesse Parizade, que je vous trouve fort jolie, fort aimable, fort bien élevée, et que je me suis promenée dans votre palais et dans vos jardins avec un plaisir infini. J’ai beaucoup voyagé, certes ; et, en vérité, il faut que je le confesse, je n’en ai point encore vu d’aussi agréables, si l’on excepte pourtant ceux auxquels nous mettons la main, nous autres Fées…

III
– Quoi ! madame ! vous êtes une fée ? s’écria la princesse Parizade.
– Eh ! vraiment, oui mon enfant, et je trouve qu’il ne vous manque que trois choses, à vous et à votre palais : si vous les possédiez, vous n’auriez plus rien à souhaiter.
– Quelles sont ces trois choses ? demanda la princesse à la fée. De grâce, apprenez-les moi ! Mes frères sont riches et puissants, et il y aura bien du malheur s’ils ne peuvent me les procurer…
– Ce qu’il vous faudrait donc, reprit la fée, serait l’Arbre qui chante, l’Eau d’or qui danse et l’Oiseau qui dit tout…
– L’Arbre qui chante ! L’Eau d’or qui danse ! L’Oiseau qui dit tout ! … Ah ! que voilà trois étranges et merveilleuses choses ? s’écria la princesse Parizade. Et, ajouta-t-elle, quels sont donc les avantages de ces trois bijoux ?
– Les voici, mon enfant, répondit la Fée. L’Arbre qui chante sait tous les airs nouveaux qui se font dans le monde, en France et en Italie. Il exécute toutes les symphonies avec une précision admirable ; il est d’ailleurs d’une intelligence particulière, telle qu’en lui disant un mot, il vous donne un concert dans le goût que vous souhaitez… Rien, comme vous voyez, n’est si commode pour une fête.
– Oh ! la ravissante chose que cette chose-là ! s’écria la princesse avec admiration.

– L’Eau d’or qui danse, reprit la Fée, est le fard le plus parfait et le moins malfaisant qui existe. Elle conserve la fraîcheur et la beauté des jeunes personnes ; et si elle ne peut rendre leurs attraits à celles qui les ont perdus, elle préserve du moins de tout accident les charmes de celles qui en ont encore. Dès qu’on en a versé sur soi quelques gouttes, elle court et se promène, comme en dansant, sur toute la personne d’une jolie femme ; elle la baigne, la nettoie, la rafraîchit, en lui faisant éprouver des sensations délicieuses.
– Et l’Oiseau qui dit tout ? demanda la princesse de plus en plus émerveillée.
– L’Oiseau qui dit tout, répondit la Fée, répète tout ce qui se dit d’agréable et de joli dans le monde et dans toutes les langues ; il l’exprime dans un langage universel que lui seul possède et qui rend parfaitement le sens de toutes les phrases, dans quelque langue qu’elles aient été composées, soit en vers, soit en prose. En outre, cet oiseau répond juste à tout ce qu’on lui demande sur ce qui s’est passé ou se passe dans le monde, quoiqu’il ne prédise pas l’avenir…

IV
La princesse Parizade fut enchanté au récit des vertus de ces trois bijoux, qui lui semblaient tous trois aussi merveilleux et qu’elle brûlait de l’envie de les posséder.
– Madame, demanda-t-elle à la Fée, ne pourriez-vous me dire comment il faut s’y prendre pour acquérir ces trois choses rares ?
– Y tenez-vous beaucoup mon enfant ?
– Beaucoup, certes, madame !
-Leur conquête est assez malaisée…
– Mais encore…?
– Vous m’avez dit que vous avez trois frères, n’est-ce pas ?
– Oui, madame…
– Tous trois, s’ils sont aussi bien doués que vous l’êtes vous-même, mon enfant, doivent être vaillants, hardis et patients ?
– Ils sont, en effet, patients, hardis et courageux.
– Alors, je peux leur donner les moyens d’enlever l’Oiseau qui dit tout, l’Eau d’or qui danse et l’Arbre qui chante.
– Oh ! faites cela madame, je vous en conjure ! dit la belle princesse Parizade en joignant les mains devant la Fée qui souriait malignement à la dérobée.
– J’y consens, mignonne, puisque vous le souhaitez si fort, répondit la bonne vieille.
En même temps, elle remit à la princesse Parizade un mémoire instructif sur le chemin qu’il fallait prendre pour faire ces trois difficiles conquêtes. Il y avait mille périls à essuyer, mille obstacles à vaincre ; mais enfin on en pouvait venir à bout à force de soins et de peines. Après avoir donné ces éclaircissements, la Fée, qui était pressée, repartit bien vite.

V
Les princes étant revenus de la chasse, Parizade ne manqua pas de leur faire part de la visite de la bonne vieille Fée, et elle ne négligea rien pour les engager à voler à la recherche de trésors annoncé. Ce ne fut pas sans quelque peine qu’ils y consentirent ; mais ils ne pouvaient rien refuser à une soeur qu’ils aimaient tendrement. D’ailleurs, ils comptaient partager avec elle les agréments résultant de la possession de ces trois bijoux.
Ils partirent donc, chacun avec une suite convenable à sa dignité, et bien résolus à mener à bonne fin les aventures dont ils étaient menacés. Ils en vinrent effectivement à bout, mais ce ne fut qu’après bien du temps et des peines dont je supprimerais habilement le détail pour ne pas vous affliger, pour peu que vous vous soyez intéressé jusqu’ici aux trois frères de la belle princesse Parizade. Qu’il vous suffise de savoir que la conquête des trois bijoux leur demanda quelques années.

VI
Pendant leur absence, la belle princesse Parizade comprit de jour en jour, et de plus en plus, qu’elle avait fait une très grande faute, et qu’une mauvaise Fée l’avait trompée en lui donnant le désir de posséder trois bijoux dont elle pouvait très bien se passer.
Car, enfin, puisqu’elle était jeune et jolie, qu’avait-elle besoin de l’Eau d’or qui danse ? Puisqu’elle avait d’excellente musique chez elle, qu’avait-elle donc besoin de connaître, par l’Arbre qui chante, celle qu’on faisait ailleurs ? Quant à l’Oiseau qui dit tout, son intermédiaire ne pouvait lui être agréable que pour lui apprendre ce qu’ils étaient devenus, puisqu’elle n’en avait pas de nouvelles, et que c’était la seule chose qui l’intéressait au monde.
Ces tristes réflexions, et l’absence prolongée des princes se frères, altérèrent profondément la santé de la princesse Parizade. Elle devint mélancolique. Elle maigrit. Elle perdit sa fraîcheur en perdant son engouement.
D’ailleurs la cour était devenue elle-même triste et déserte depuis que les trois princes l’avaient quittée pour aller à la conquête des trois bijoux chimériques, suivis des meilleurs et plus élégants seigneurs du royaume.

VII

Enfin, les trois frères de la princesse Parizade revinrent après plusieurs années, rapportant les trois bijoux précieux et funestes.
Hélas ! L’Eau d’or qui dansait eut beau danser, elle ne put rendre à la princesse Parizade la fraicheur qu’elle avait perdue, ni l’embonpoint que ses inquiétudes lui avaient ravi ! Il est vrai qu’elle lui conserva une peau assez belle et blanche ; mais les méchantes langues de la cour disaient qu’elle mettait du blanc.
La musique de l’Arbre qui chantait ne réussit point. On trouva baroque les airs étrangers, et ceux du pays étaient connus de tout le monde.
Quant à l’Oiseau qui disait tout, il n’apprit rien dont on fit grand cas, peut-être parce qu’on était mal disposé.
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Moralité
On convint, à la cour de la princesse Parizade, qu’elle avait eu grand tort de se créer des désirs dont elle pouvait fort bien se passer, et que les trois princes, ses frères, avaient été bien sots de se mettre si fort en frais pour satisfaire un ridicule caprice.
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Alfred Delvau, collection des romans de chevalerie, tome I. (Ce conte est tiré des Mille et une nuit, où l’aventure des trois frères est relatée dans le détail).

La première illustration est une calligraphie d’Hassan Massoudy extraite de “Le Jardin Perdu” d’Andrée Chedid, éditions Alternatives. La deuxième “La princesse Parizade montrant l”’arbre qui chante” provient d’une vieille édition des Mille et une nuits.

Catégories :Des contes
  1. 26 avril 2009 à 16:54

    Bon ce n’est pas un conte sur les arbres, mais cette histoire d’arbre qui chante fait partie du folklore de l’Asie centrale depuis des temps très anciens… Je voulais l’inclure dans le blog…

  2. gilougarou
    26 avril 2009 à 20:01

    Tu as bien fait !
    Un bon conte avec une morale bien sage, a fait du bien.

  1. 9 juin 2010 à 15:34

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