La peur de la nature : au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

La peur de la nature

François Terrasson, 270 pages,
au prix de 20€, lien libraire ici.

Au-delà des causes économiques, politiques, culturelles, sociales, qui rendent ardue la protection de la nature, il en est une, beaucoup plus cachée, insaisissable et sourde qui prévaut sur toutes les autres : l’homme occidental, maître économique actuel de la planète, a peur de la nature… et de sa part d’animalité.
Aimez-vous vraiment la nature ? Toute la nature ? Le gluant, le griffu, le velu, le vaseux, l’organique ? François Terrasson, chercheur atypique, a décrypté nos rapports profonds aux forces originelles. Il nous révèle avec humour nos fonctionnements internes, et explique de manière lumineuse pourquoi notre société s’acharne à détruire la nature.

Il s’agit vraiment d’un livre formidable, je l’ai dévoré en quelques heures et pourtant les mots de Terrasson continuaient d’animer ma pensée… Notamment sur les protecteurs de la nature, qui suivent les mêmes processus mentaux que les destructeurs… Je le cite :

“Les protecteurs sont dangereux pour la nature. Dès qu’ils touchent à un espace naturel, celui-ci est foutu pour la nature. Dénaturé ! Et on le constate : dans une réserve naturelle, entre le parking, les pancartes, les règlements, les animateurs et les chemins balisés, on a perdu un je-ne-sais-quoi d’essentiel : ce sentiment exhaltant d’espace authentique, puissant, sauvage et libre… Et c’est bien cette émotion essentielle qui disparait dans le public. Déjà, beaucoup de gens ne conçoivent plus de nature sans l’homme, sans aménagement, sans guide. En fusillant la nature, on fusille l’émotivité des êtres humains”…

Extrait de “Les derniers mots d’un philosophe” publié par l’hebdomadaire Politis :

“Je voyais évoluer dans les forêts et savanes mes amis naturalistes, semblant baigner dans des paradis. Et aussi la peur de tant de nos contemporains devant les milieux sauvages. Je voulais savoir pourquoi. Pourquoi le positif, pourquoi le négatif, débouchant souvent sur l’agressivité contre le milieu, habilement déguisée en aménagement ou en développement économique. La piste était foisonnante de résultats semblant expliquer toutes sortes d’actions incongrues : arrachage de haies, recalibrage de rivières, assèchement de mares, monocultures et liquidation des sociétés paysannes.”
“Le lien ou l’absence de lien avec la nature, voilà le point crucial ! Ou, comme le diraient les Indiens Cree du Canada, confrontés aux grands barrages de la Baie James : « le rapport spirituel avec le territoire ». L’homme émotionnel perçoit, rêve, symbolise les aspects sensibles de l’Univers. Il accorde arbitrairement des valeurs (en moins ou en plus) à chacun d’eux : océan, ciel, forêt, broussaille, maison, rivière, autoroute, blaireau, automobile, piscine, kalachnikov… En fait, le choix des aspects d’amour est très influencé par tous les agents de conditionnement mental qui pullulent dans nos environnements. C’est ainsi que j’en viens à soupçonner que, si les ambiances de nature touchent nos comportements, celles d’absence de nature n’auraient pas moins d’influence.”
___

Né en 1939 à Saint-Bonnet de Tronçais, petit village en lisière de forêt, François Terrasson a grandi parmi les arbres et les champs. C’est d’abord une connaissance du ressenti et de l’expérience qui l’amène à se passionner pour le milieu naturel. Maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, il s’intéresse d’abord à l’aménagement des surfaces agricoles se heurtant à beaucoup d’idées préconçues et à l’institution. Homme d’action, il intègre dans sa démarche des aspects économiques, sociologiques et psychologiques. Conférencier, journaliste, photographe, il est l’auteur de trois livres et de nombreux articles. Il décède en 2006, nous léguant une démarche originale qui influence de nombreux chercheurs et passionnés de la nature.

10 réflexions sur “La peur de la nature : au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

  1. il a l’air très intéressant ce livre, un homme de talent! ce sont des personnages comme lui qui aide le plus simple quidam à vouloir respecter la nature pour ce quelle doit être un milieu naturel, avec ses bons ou ses mauvais côtés
    d’ailleurs c’est notre survie qui est en jeu, il ne faut plus toucher à la nature
    laissons notre mère la terre se ressourcer tans qu’il est encore temps.
    amitié

  2. Bonsoir Lucie & Booguie,

    un bon ouvrage, le thème est abordé sous plein d’angles différents,
    la forme du récit est sympa, François Terrasson mène une discussion avec le lecteur et d’autres intervenants, dynamique et assez fluide. Je me suis posé plein de questions personnelles, au fur et à mesure que j’avançais dans le livre, des points auxquels je n’avais jamais pensé….

    bonne lecture

  3. Qu’il a raison !
    En cherchant à « protéger » la nature
    ne cherche-t-ils pas à la canaliser, formatiser, dominer…
    détruire la partie spontanée et créatrice d’émotions…
    Très intéressant ton article Krapo !
    Que la fée de Brocélliande t’ apporte des rêves magiques…

  4. Salut Krapoarboricole,

    ça me semble très intéressant ce livre…
    Comme je suis souvent dans la nature, je puis répondre que je n’ai pas peur de la nature surtout la sauvage celle que je préfère le plus 🙂

    @micalement
    ~Bonsai~

  5. Salut Bonsai-des-bois !

    je t’envie, toi qui pénètre nos forêt primaires…
    un jour tu avais laissé en commentaire sous un article, que tu avais croisé une ourse et son petit dans la forêt. Ce côté encore sauvage dans tes forêt doit être un tel régal pour les sens, pour les émotions…

    Salut l’ami

  6. Bonjour,

    Le livre semble très intéressant et quand on y pense, enfin pour ma part, je me demande si j’aime vraiment tous les aspects de la nature…
    C’est étonnant d’ailleurs, de penser la craindre, parfois de l’ignorer, alors que nous sommes, quelque part, une forme de sa descendance. Il me semble que même chez les animaux, la nature soit à craindre et ne soit pas forcément « aimée »
    Je vais noter le titre du livre, cela m’intrigue…
    Amicalement

  7. Bonjour Nathalie,

    « Nous faisons périr le corps de la nature en oubliant que c’est le nôtre »
    (Ibrahim al Koni)

    c’est une citation choisie par Terrasson, elle ouvre le livre…

    merci d’être passé, à bientôt

  8. Ping : Index pour les bouquins « Krapo arboricole

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