L’arbre Waq Waq

L’arbre Waq Waq est un arbre mythique persan, d’origine indienne, dont les branches ou les fruits se transforment en têtes d’hommes, de femmes ou d’animaux monstrueux qui hurlent « waq-waq » (« glapissement » en persan).

« Le Livre des Curiosités » contient des cartes célestes et terrestres uniques. Manuscrit arabe, composé en Égypte à la première moitié du XIè siècle, dont l’illustrateur est inconnu, les références géographiques sont basées, en grande partie, sur le travail du premier siècle de Claudius Ptolemaeus d’Alexandrie, dit Ptolémée.

Medieval Views of the Cosmos_1

Mais si l’ouvrage contient de précieuses caractéristiques cartographiques précédemment inconnues, il décrit, entre autre, une contrée bien étrange, l’étonnant pays Waq Waq.  Michael Jan de Goeje (1836-1909), néerlandais orientaliste, qui connaissait ce texte, était convaincu que Waq Waq était le Japon, il a essayé sans succès de trouver la preuve historique d’un assaut naval japonais sur l’Afrique orientale vers 945.

Al-Biruni (973-1048) qui a écrit le « Livre de l’Inde »  basé en grande partie sur des sources sanscrites, mentionne un pays associé aux arbres portant des fruits humanoïdes. Cette représentation de l’arbre, perdure dans l’art depuis le XIIè siècle. Elle illustre des “témoignages” extraits d’un texte hindou Sanscrit, le tenant d’un représentant chinois par un marin arabe et rapporté en Europe par le frère franciscain Odoric Mattiussi.
En Iran, l’histoire d’Alexandre (appelé Iskandar en persan) est abondamment reprise dans le Livre des Rois de Ferdowsi, qui s’est très largement inspiré de l’Iskandar Nâmâ du pseudo-Callisthène. C’est un passage très développé, qui présente peu de points communs avec l’histoire réelle. Alexandre est présenté comme un sage, qui a notamment dépassé le bout du monde, conversé avec l’arbre waq waq.

D’autres illustrations de cet arbre étrange, lié au mystère de la régénération et à la vie ; il évoque l’énergie vitale libérée par l’arbre et ses grands pouvoirs divinatoires.

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On peut se demander si cette île Wak-Wak « Djazirat al-Wakwak » existait vraiment ou si elle était totalement légendaire. Les Arabes, en essayant de rationaliser le mythe, les remplaceront parfois par l’« île des femmes », en abandonnant toute référence à l’arbre merveilleux

Selon Al-Mas’udi (vers 871-956 ou 893-956), qui est le seul géographe arabe à s’être rendu à Zanzibar, l’ile Wak-wak se trouverait au large de Sofala (ville située en Afrique de l’est). Ibn Khaldun et Ibn al-Wardi pensaient de même. Quand à Ya’kubi, il la plaçait dans le mer de Larwi, située entre l’inde et l’Afrique. Cependant, en 909, Ibn al-Fakih parlait de l’existence de deux îles Wak-wak : « Wakwak al-Sin », située au large de la Chine, et « Wakwak al-Yaman », située au large du Yémen.

On pense que l’île Wak-Wak n’est autre que Madagascar et que la légende vient des Malais. Madagascar a en effet été colonisée jadis par des Malais venus de Sumatra, cela a été démontré en comparant la langue malgache avec les langues de Malaisie et d’Indonésie. Madagascar serait donc l’île « Wakwak al-Yaman » et Sumatra serait alors l’île « Wakwak al-Sin ».
En 945, l’Arabe Ibn Lakis a d’ailleurs décrit la venue de Wak-wak, avec une flotte de 1000 bateaux, sur la côte orientale de l’Afrique afin de commercer avec les Arabes.
Chez les Malais, le mot Wakwak peut se rapporter aux gibbons qui vivent dans les arbres. Certains pensent que ce nom aurait pu être donné par les Malais aux femmes Bochimanes stéatopyges qu’ils ont rencontré dans le sud-est de l’Afrique. Pour les Malais des Philippines, cependant, le mot Wakwak sert plutôt à désigner une sorte de vampire volant.
Il est plus intéressant de se rapporter à la langue des Malais installés à Madagascar : Chez eux le mot Wakwak pourrait bien dériver de Vahwak qui signifie « peuple » ou « tribu ».  Et chez les Malais de Sumatra on trouvait également une tribu portant le nom de Pakpak.

Le fruit de l’Arbre Wakwak pourrait être, selon certains, la noix de coco. En effet, avec ces trois trous celle-ci peut ressembler un peu à un visage. Et d’ailleurs, son nom de « coco » signifiait « face grimaçante » en portugais. Cependant il existe aussi un arbre appelé Vakwa (Pandanus) à Madagascar… mais il serait vain de chercher dans ses fruits une forme ressemblant à un corps de femme. Cependant on notera que chez les Malais des Philippines, on trouve plusieurs légendes parlant de femmes nées à partir d’un fruit.

Dans son livre L’Histoire véritable, l’écrivain grec Lucien de Samosate (120-200) avait déjà raconté une histoire qui semble être le prototype du mythe des femmes de l’Arbre Waq Waq :

« … Après avoir traversé le fleuve à un endroit guéable, nous trouvons une espèce de vignes tout à fait merveilleuses : le tronc, dans sa partie voisine de la terre, était épais et élancé ; de sa partie supérieure sortaient des femmes, dont le corps, à partir de la ceinture, était d’une beauté parfaite. telles que l’on nous représente Daphné, changée en laurier, au moment où Apollon va l’atteindre. A l’extrémité de leurs doigts poussaient des branches chargées de grappes ; leurs têtes, au lieu de cheveux, étaient couvertes de boucles, qui formaient les pampres et les raisins. Nous nous approchons ; elles nous saluent, nous tendent la main, nous adressent la parole, les unes en langue lydienne, les autres en indien, presque toutes en grec, et nous donnent des baisers sur la bouche ; mais ceux qui les reçoivent deviennent aussitôt ivres et insensés. Cependant elles ne nous permirent pas de cueillir de leurs fruits, et, si quelqu’un en arrachait, elles jetaient des cris de douleur. Quelques-unes nous invitaient à une étreinte amoureuse ; mais deux de nos compagnons s’étaient laissé prendre par elles ne purent s’en débarrasser; ils demeurèrent pris par les parties sexuelles, dans ces femmes, et poussant avec elles des racines : en un instant, leurs doigts se changèrent en rameaux, en vrilles, et l’on eût dit qu’ils allaient aussi produire des raisins. Nous les abandonnons, nous fuyons vers notre vaisseau, et nous racontons à ceux que nous y avions laissés la métamorphose de nos compagnons, désormais incorporés à des vigne. »

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« Hors de ce golfe, la mer du Levant, la même que celle des Indes, est très spacieuse : elle a d’un côté pour bornes les côtes de l’Abyssinie et quatre mille cinq cent lieues de longueur jusqu’aux îles de Vak vak. »

Les Mille et Une Nuits – traduction d’Antoine Galland, Premier voyage de Sindbad, pp. 232-233.

39 réflexions sur “L’arbre Waq Waq

  1. Je reste encore espamtée par le nom waq waq… Quel pouvoir d’évocation é mon oreille ! Je l’entend presque caqueter, tous ces visages aux trais tordus me poursuivant de leur cris… Ça me fait penser aux fleurs d’Alice au pays des merveilles, dans la version animée…

  2. Bonjour Lucie,

    cela fait longtemps que cet arbre m’intrigue,
    mais à chaque fois, ce sont juste quelques lignes dans un récit,
    d’une époque ou le vaste monde était encore inexploré, et où,
    les voyageurs au long cours croisaient des créatures fantastiques…

    waq waq ! d’ailleurs je vais fouiller, mais cet arbre apparait dans un film d’animation en N&B de 1926, contant les aventures de Sinbad, ça te plairait !
    http://en.wikipedia.org/wiki/The_Adventures_of_Prince_Achmed

    à bientôt

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  6. Anna Caiozzo, « L’arbre anthropogène du waqwaq, les femmes-fruits et les iles des femmes », Bulletin d’études orientales, Tome LIX | 2010, 147-148.

    Dans ce réjouissant ouvrage Jean-Louis Bacqué-Grammont a réuni pour notre bonheur diverses contributions présentant outre différents mythes relatifs au wāq-wāq – mythes naguère révélés par l’un des grands précurseurs des études géographiques arabes et de l’océan indien, Gabriel Ferrand, pour ne pas le nommer – diverses interprétations de type anthropologique sur la destinée de ce fascinant hybride.

    Le wāq-wāq est un arbre anthropogène, en somme un des multiples rejetons des races monstrueuses qui peuplent l’œkoumène depuis Ctésias et Mégasthène, un de ces hybrides mi-humain mi-végétal que l’on doit à la Chine sous la forme d’une légende : « l’arbre où naissent de petits enfants ». Cette dernière légende, rapportée par les Arabes après la bataille de Talas en 751, infiltra le monde musulman et s’y développa, reconvertie de multiples façons, et trouva une seconde vie comme motif esthétique dans l’art musulman de l’Anatolie à l’Inde du XIVe au XVIIIe siècles. Il prendra des connotations plus sanguinaires dans les légendes turques, du peuplier sanglant (Altan Gokalp) jusqu’au platane des pendus des révoltes ottomanes (Faruk Bilici).

    Dans le premier tiers de l’ouvrage, – une première partie dite « introductive » – Jean-Louis Bacqué-Grammont retrace l’histoire de ce curieux végétal qui d’après la littérature nautique orientale devint un arbre où naissent, s’épanouissant, et meurent de jeunes femmes ! Le wāq-wāq est d’ailleurs représenté de cette façon dans les plus anciens manuscrits arabes. C’est d’ailleurs le principal point faible de ce recueil, l’absence d’une synthèse portant sur l’iconographie de l’arbre et son évolution, les différents aspects qu’il revêtit dans la cosmographie ou l’épopée, aspects pourtant révélateurs de la polysémie d’une « merveille » orientale et sur laquelle nous éclairent la presque totalité des contributions.

    Outre l’arbre des femmes–fruits, le wāq-wāq est également associé à la légende d’une île des femmes gouvernée par une reine – que l’on identifia longtemps avec la reine de Madagascar ou avec celle, dans la mythologie japonaise, de l’île Nyogonoshima située dans l’autre monde, thèse passionnante développée par Simone Mauclaire. Cette île des femmes qui abrite d’ailleurs un autre fantasme des hommes : des femmes émancipées de la reproduction puisque fécondées, comme dans les mythes antiques grecs ou chinois, par les éléments (Adolfo Tamburello).

    L’intérêt du recueil sur ce thème connu réside surtout ans l’analyse des diverses légendes, leurs similarité et le rôle de l’inconscient collectif dans la « fabrique des monstres ». Certes, ne rêvons pas, tout comme la plume de l’oiseau Ruḫḫ, l’origine du wāq-wāq repose de toute évidence sur une essence naturelle, sans doute la noix de coco, hypothèse intéressante proposée par Claude Allibert et analysée par Michele Bernardini.

    Le wāq-wāq est progressivement devenu un arbre polymorphe, arbres à femmes puis arbres à têtes d’humains et d’animaux consacré au XVe siècle, motif ornemental de prédilection des princes timourides (Sylvia Auld, Francis Richard)

    Soulignons parmi les plus anciennes représentations de l’arbres à femmes, celle du Kitāb al-bulhān, un compendium d’astrologie et d’astronomie, et le Livre des curiosités, une encyclopédie du XIe siècle, tous deux conservés à Oxford, et sans doute peints au XIVe siècle, l’un à Bagdad, l’autre dans l’aire syro-mésopotamienne. Les deux miniatures présentent des femmes nues, suspendues par les cheveux, alors que la cosmographie de Ṭūsī Salmānī datant du milieu du XIIe siècle (Paris, B.n.F., ms. sup. persan 332), peinte pourtant dans un atelier jalayride comme le Kitāb al-bulhān, offre une autre version du sujet, sous forme d’arbre de vie cette fois.

    La contribution de Damien Bischoff ou encore de Sima Orsini-Sadjed nous éclairent cette fois sur le wāq-wāq, arbre cosmique dans le soufisme, symbolisant ici un stade de la conscience ou de l’âme parfaite. Et l’on peut se rappeler que l’arbre à têtes est présent dans le Coran comme supplice sous le nom de zaqqūm, représenté comme un arbre de mort cette fois, dans le manuscrit timouride de l’ascension du prophète (Paris, B.n.F., ms. sup. Turc 190, Herat, milieu XVe siècle). Cet arbre infernal qui présente une analogie surprenante avec l’arbre à têtes est d’un grand intérêt visuel car il symbolise l’arbre de vie dans sa continuité « infernale », en somme une version de l’axe du monde selon Ibn ‘Arabī, tout en démontrant le rôle ambigu de l’hybride végétal ou animal dans l’imaginaire musulman. Le wāq-wāq aurait en effet pu également servir d’élément de réflexion sur le statut du « monstre », ou de l’hybride dans le monde oriental médiéval, et ce au-delà de simples fantasmes sexuels (Jean-Claude Chabrier).

    On se souvient en effet, que le wāq-wāq possède aussi la particularité d’émettre des présages selon le bruit fait par la chute de la femme-fruit, en véritable monstrum, dans le sens antique explicité par Jean Céard et analysé par Claire Kappler. Il confirme cette fonction dans le passage du Šāh Nāmeh dédié à l’épopée d’Alexandre de Firdawsî : visitant l’Inde, Alexandre le Grand apprend l’existence d’un arbre de la Lune et du Soleil dont la particularité est de prédire l’avenir. Curiosité et présage, cet arbre est une merveille au sens ‘aǧīb. Mario Casari explore d’ailleurs toutes les pistes de l’arbre à têtes dans le Roman d’Alexandre occidental et oriental

    Deux contributions (Éric Marchandet, Damien Bischoff) ouvrent une réflexion utile sur le mythe des origines car c’est bien de lui dont il s’agit, de cette image de l’île du Wāq-wāq comme microcosme et des mystères de la vie, que seules les femmes sont aptes à connaître.

    https://journals.openedition.org/beo/206

    Cliquer pour accéder à le28099arbre-anthropogc3a8ne-du-waqwaq-les-femmes-fruits-et-les-iles-des-femmes-.pdf

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  8. La reine des waq waq

    Page d’un Livre des Merveilles – ‘Aja’ib al-Makhluqat – d’al-Qazwini A 4239
    Iran, Chiraz (?), XVe siècle – Encre, gouache et or sur papier

    Les cosmographes situent tantôt dans l’océan Indien, tantôt en mer de Chine, cette île merveilleuse dont les habitants vivent nus, tout comme leur souveraine. L’île et sa végétation fantastique sont mentionnées dans Les Mille et Une Nuits.

    Outre l’arbre des femmes–fruits, le wāq-wāq est également associé à la légende d’une île des femmes gouvernée par une reine – que l’on identifia longtemps avec la reine de Madagascar ou avec celle, dans la mythologie japonaise, de l’île Nyogonoshima située dans l’autre monde, thèse passionnante développée par Simone Mauclaire. Cette île des femmes qui abrite d’ailleurs un autre fantasme des hommes : des femmes émancipées de la reproduction puisque fécondées, comme dans les mythes antiques grecs ou chinois, par les éléments

    http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not&idNotice=29160

      1. The inhabitants of island of Al-Ramini and the Enthronement of Queen Waqwaq, Bijapur, Deccan, Central India, c. 1570, an illustration from an Aja’ib al-Makhluqat, gouache heightened with gold with lines of black naskh, one side depicting Queen Waqwaq with attendants, the other with two registers of gallivanting figures from the island of Al-Ramini

        1. La reine de l’île de Waq WAq

          Walters manuscript W.659 is an Ottoman illuminated and illustrated Turkish version of ‘Aja’ib al-makhluqat (Wonders of creation) by Zakariya al-Qazwini (died 692 AH/AH 1293), made at the request of the Vizier Murtaza Pasa (Murtadá Pasha) (active 11th century AH/AD 17th). The codex was completed in 1121 AH/AD 1717 by Muhammad ibn Muhammad Shakir Ruzmah-‘i Nathani

          The Walters Art Museum
          https://art.thewalters.org/detail/84061/queen-of-the-island-of-vaqvaq/

  9. Titre : ‘Ağayib al-maḫlūqāt va ġarayib al-mawğūdāṭ‛ ou [‘Ağāyib-Nāma] Muḥammad b. Maḥmūd b. Aḥmad Ṭūsī Salmānī
    Auteur : Muḥammad b. Maḥmūd b. Aḥmad Ṭūsī Salmānī

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8422994d/f334.image

    « La cosmographie de Ṭūsī Salmānī datant du milieu du XIIe siècle (Paris, B.n.F., ms. sup. persan 332), peinte pourtant dans un atelier jalayride comme le Kitāb al-bulhān, offre une autre version du sujet, sous forme d’arbre de vie cette fois. »

    http://journals.openedition.org/beo/206

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  12. https://www.britishmuseum.org/research/collection_online/collection_object_details.aspx?objectId=231586&partId=1

    Inde du 18ème siècle : deux hommes nus à pied à travers un champ de fleurs à la cueillette de plantes avec des têtes humaines, personnifications du soleil et la lune qui apparaissent entre les nuages ​​noirs au-dessus d’eux – le contexte précis de la scène reste inconnu et il peut provenir d’un ancien conte populaire de l’Inde aujourd’hui perdu. L’artiste a peut-être voulu illustrer une variation sur un conte du Proche-Orient ancien « l’arbre Waq waq ».

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  15. Jean-Charles Ducène, « Une nouvelle source arabe sur l’océan Indien au Xe siècle : le Ṣaḥīḥ min aḫbār al-biḥār wa-‘aǧā‘ibihā d’Abū ‘Imrān Mūsā ibn Rabāḥ al-Awsī al-Sīrāfī », Afriques [En ligne], 06 | 2015, mis en ligne le 21 décembre 2015, consulté le 08 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/afriques/1746 ; DOI : 10.4000/afriques.1746

    Dans le texte d’al-‘Umarī, deux anecdotes évoquent à un endroit l’Afrique de l’Est, nous avons tout d’abord un témoignage qui mentionne Zayla‘ mais en l’associant avec les Wāqwāq et le Yémen.

    Un commerçant établi au Yémen m’a rapporté, dit l’auteur du livre, qu’il avait un voisin qui possédait dans sa maison, après les avoir réunis chez lui, six ou sept jeunes hommes [ġilmān] provenant des Wāqwāq. Il leur avait enseigné des techniques. L’un d’entre eux était forgeron, et sa maîtrise s’était tellement améliorée qu’il faisait des instruments en fer et en cuivre dont la beauté stupéfiait la population de ‘Adan. On finit par connaître la dextérité avec laquelle il fabriquait de grandes choses qui approchaient un prix bien différent de son salaire. Et son maître gagnait beaucoup d’argent grâce à lui. L’esclave lui demanda une femme de condition servile [ǧāriya] chère, mais son maître refusa et l’empêcha [de contracter cette union]. L’esclave pensa alors quitter son maître pour Zayla‘ – qui est à la limite du pays proche de ‘Adan et qui en est séparé d’une courte distance. Il prit avec lui les jeunes hommes originaires des Wāqwāq ; il y avait là des gens venus de cette contrée. Il corrompit ces jeunes esclaves, les emmena et partit. On ne sait rien à leur sujet jusqu’à aujourd’hui [24].

    Comment interpréter l’origine de ces Wāqwāq ? Partout ailleurs, dans Al-ṣaḥīḥ min aḫbār al-biḥār wa-‘aǧā‘ibihā, « Wāqwāq » est le nom d’un peuple qui, à un endroit, est dit ressembler aux Turcs, et surtout le nom désigne une île en face de la Chine [25]. Si les Wāqwāq évoqués dans l’anecdote étaient donc « orientaux », comment comprendre qu’ils puissent chercher une certaine liberté à Zayla‘ [26] sans craindre de retomber en esclavage après leur fuite ? On pourrait penser que l’indépendance du port à la fin du xe siècle par rapport à ‘Adan et la pénétration encore toute relative de l’islam aient permis un tel espoir aux fugitifs. En effet, al-Mas‘ūdī, qui est contemporain de cette anecdote et connaît bien ces parages pour y avoir voyagé, dit expressément que Zayla‘ relève du domaine du négus et que les musulmans qui y résident sont « tributaires des indigènes [27] ». L’islamisation [28] de l’endroit n’a lieu qu’à partir de la fin du xiie siècle ou au début du xiiie siècle. Une autre hypothèse sans doute plus faible est de voir en ces Wāqwāq non des « Orientaux » mais des Africains. Ibn al-Faqīh [29], au début du xe siècle, distingue les Wāqwāq de Chine des Wāqwāq du Yémen. Les mettre en rapport avec Madagascar [30] reste intellectuellement plausible, bien que, pour la fin du xe siècle, l’acception de Wāqwāq pour les habitants de la « Grande Île » ne soit guère généralisée et ne s’accorde de toute manière pas avec les autres occurrences du gentilice chez al-Awfī. Zayla‘ apparaît donc bien ici comme un lieu en rapport avec ‘Adan mais hors de son autorité.

    Notes
    24 Al-‘Umarī, 2006, p. 386 ; Al-‘Umarī, 2003, II, p. 244 ; Al-Awsī, 2006, p. 192.
    25 P.A. Van der Lith, L.M. Devic, 1883-1886, p. 174-175 ; G.R. Tibbetts, 1979, p. 161-164.
    26 A. Rouaud, 2005 ; F.-X. Fauvelle-Aymar, B. Hirsch et al., 2011.
    27 Al-Mas‘ūdī, 1965, p. 331.
    28 F.-X. Fauvelle-Aymar, B. Hirsch et al., 2011, p. 60-61.
    29 Ibn al-Faqīh, 1885, p. 7 ; voir toutefois, M. Tolmacheva, 1986-1987, p. 9-75.
    30 G. Ferrand, 1904.

    Article intégral :

    Cliquer pour accéder à une-nouvelle-source-arabe-sur-le28099occ3a9an-indien-au-xe-sic3a8cle-_-le-e1b9a2ae1b8a5c4abe1b8a5-min-ae1b8abbc481r-al-bie1b8a5c481r-wa-e28098ac7a7c481e28098ibihc481-de28099abc5ab-e28098.pdf

  16. The Vak-Vak tree with two winged creatures, one a harpy, the other a zaghsar or talking crow.
    López de Gómara, Francisco, 1511-1564
    Historia de la Indias – Constantinople 1730

    John Carter Brown Library
    https://jcb.lunaimaging.com/luna/servlet/detail/JCB~1~1~207~230331:-The-vak-vak-tree-#

    notes:
    The Vak-Vak (or Wak Wak) tree is often depicted in Islamic art as having fruit that are the heads of women, men or animals, but never the full body, which grows on a mythical island. Text here describes the tree as growing on the island of Zandj. The tree has lovely women as fruit who are like other women in shape, but if they are broken off of the tree, they die within two days. The John Carter Brown copy has been censored. Ninety percent of the information in this book is from López de Gómara’s Historia de las Indias, and was probably translated and adapted by Emir Mehmet ibn Emir Hasan el-Suudi [?] in 1580. Goodrich identifies this image as the first printed picture in Islam.

  17. Ping : Imaginarul uman: între gnomi și extratereștri - Planu' 9

  18. Un manuscrit avec une illustration rappelant l’arbre Waq Waq :

    Manuscrit MSS Jav 89 folio 164 r / 18th century Title : Serat Damar Wulan
    (Javanese language and script. Dated Jumahat-Manis, 9 Rabingulawal)

    http://www.bl.uk/manuscripts/Viewer.aspx?ref=mss_jav_89_f164r#

    Un-talking heads in a Javanese manuscript (BL MSS Jav 89) of Serat Damar Wulan, late 18th century: Kuda Raringin has been told that if he can collect 40 heads he will meet his brother Damar Wulan, so his servant hangs them on a tree

  19. The Waqwaq Tree
    Deccan School, Golconda, India. Early 17th century
    © Staatliche Museen zu Berlin, Museum für Islamische Kunst / Georg Niedermeiser
    https://www.smb.museum/en/museums-institutions/museum-fuer-islamische-kunst/collection-research/collection-highlights/

    In the Islamic world, there is a legend about a fabulous tree on the island of Waq Waq, which has fruit in the form of human figures, or heads that talk and make prophesies. Alexander the Great is said to have encountered one such talking tree with human fruit.

  20. Ping : Une curiosité de l’enfer musulman : l’arbre Zaqqoum – Krapo arboricole

  21. Extrait de « Les aventures du Prince Ahmed » (Die Abenteuer des Prinzen Achmed)
    Film d’animation allemand réalisé par Lotte Reiniger, sorti en 1926. Réalisé en papier découpé, ce film de 65 minutes est le plus ancien long-métrage d’animation conservé.

    Premier long-métrage d’animation de l’histoire du cinéma, Les Aventures du prince Ahmed cumule de nombreuses prouesses techniques. Entièrement animé en silhouettes de papier découpé, cette merveille du septième art est un trésor d’inventivité, de finesse de formes et transporte petits et grands dans l’univers des contes orientaux, à la rencontre de personnages féeriques et magiques.

    Plus d’infos :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Aventures_du_prince_Ahmed

    Le film a été restauré en 1999, et est proposé en DVD par les éditions Carlotta :
    https://laboutique.carlottafilms.com/products/les-aventures-du-prince-ahmed-de-lotte-reiniger

  22. A floral fantasy of animals and birds (Waq-waq)
    early 1600 – India, Mughal

    Cleveland Museum of Arts
    https://www.clevelandart.org/art/2013.319

    Derived ultimately from a conflation of medieval Persian and Qur’anic sources, including descriptions of the mythical island of Waq-waq inhabited by half-plant/half-animal creatures, this extraordinary painting depicts a plant that brings forth animal life in multiple forms. Playfully rendered with animals both real and mythic and birds that seem to effervesce away as they break free of the stems, this brilliant rendition of a life-giving plant maintains its compositional integrity, even as it sprawls across the page. This painting was made to beguile courtly connoisseurs who would gather to admire the wondrous images in an imperial album.

  23. Persian script with scrolling vines and animal heads
    Safavid Period, probably second half of the 16th century
    Object Place: Iran

    DescriptionFragmentary page containing human and animal heads within vines (waq waq motif) and a line of Persian poetry in a cartouche.
    Inscriptions : « Ai sar-i to, dar sine-yi har sahib raz »
    Translation : « Oh, head of thine, in every mean’s heart is a mystery. »

    Museum of Fine Arts Boston
    https://collections.mfa.org/objects/13837

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