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Culte d’adoration des arbres, Lituanie

Voici quelques éléments de mythologie slave lituanienne, pays où le christianisme ne fit son apparition que vers le 13è siècle. Dans ce pays où le paganisme régnait, les hommes vouaient une adoration aux forces de la nature, et rendaient un culte aux arbres.

« Le peuple lituanien avec quelques autres peuples, peu nombreux (les Ossètes du Caucase du Nord, quelques slaves, les Albanais, les Basques), appartient à cette catégorie des peuples d’Europe dont les origines restent couvertes de mystère, mais qui sont incontestablement les plus vieux peuples de notre partie du monde. Le fait est que la langue lituanienne est, parmi tous les dialectes européens, la plus proche du parler sanscrit dont les livres sacrés de l’Hindoustan nous ont transmis les idiomes. »

« L’État lituanien actuel ne donne, au point de vue du territoire et de la population, qu’une faible idée des anciens pays lituaniens qui s’étendaient beaucoup plus loin, au Nord-Ouest sur le territoire de la Prusse, au Nord sur celui de la Courlande, à l’Est et au Sud sur les territoires actuellement peuplés par des Slaves Russes et Polonais. Peuples rustiques, les Lituaniens subirent des invasions et des expéditions militaires de la part des tribus scandinaves et germaniques. Dans ces luttes constantes et lourdes, se formaient, au sein de la population rustique des pays Salves lituaniens, des éléments dirigeants et guerriers dont la mentalité prenait un autre caractère que celui de la grande masse de la population. »

« Le paganisme a duré chez les Lituaniens et Salves de ces zones beaucoup plus longtemps qu’en Gaules ou chez les Slaves plus a l’Est. Le christianisme n’y fit sa première apparition qu’au milieu du XIII siècle. Mais, pendant le XIV siècle tout entier, la vieille religion lituanienne reste non ébranlée par le christianisme et intacte. A l’ancienne époque, la religion (païenne), avec la langue commune, était la seule manifestation de l’unité nationale des Lituaniens qui vivaient en tribus isolées, dispersées et sans aucune liaison politique entre elles… La simple vie de l’ancien village lituanien se développant en agglomérations peu considérables, le lien religieux s’enracinait naturellement dans cette vie. »

« Dans certaines régions, le paganisme résistait encore au catholicisme à l’époque de la Réforme. Malheureusement, les monuments de cette période ont été anéantis, néanmoins on peut en découvrir les traces de façon déguisé, notamment à travers les formes chrétiennes qui leur ont été données par la suite. »

Adoration de la Nature

« La base fondamentale des croyances religieuses anciennes, notament des Slaves et Lituaniens païens fut l’adoration des forces de la nature. Le premier auteur qui nous en parle est Petrus de Duisburg, dont la chronique se rapporte à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. »
«Prutheni noticiam Dei non habuerunt – écrit-il. – Et quia sic Deum non cognoverunt, ideo con rigit, quod errando omnem creaturam pro deo coluerunt, silicet solem, lunam et stellas, lonit rus, volatiles, quadrupedia etiam usque ad bufonem. Habuerunt etiam lucos, campos et aquas sacras, sic quod secare aut agros colere vel piscari ausi non fuerant in eisdem. » « Les Prusses (Lituaniens païens, habitants de l’ancienne Prusse) ne possédaient la notion de Dieu des Chrétien. Et comme ils ne connaissaient ce Dieu, ils vénéraient comme Dieu toute créature et Élément naturel : le soleil, la lune, les étoiles, le tonnerre, les oiseaux, les animaux, jusqu’au crapaud. Ils avaient des forêts, des champs et des eaux sacrées; on ne pouvait pas couper ces forêts, ni labourer ces champs, ni pêcher dans ces eaux. »

Forêts sacrées

« La zone géographique de la Lituanie actuelle ainsi qu’a l’Est et au Sud des territoires actuellement peuplés par des Slaves (Russes et Polonais, etc) , sont encore des pays de forêts par excellence, et encore plus boisée à l’époque du paganisme. Peut-on donc s’étonner que l’adoration des forêts ait été la principale partie de la foi de ces populations païennes? La sainteté des forêts sacrées allait si loin, écrit T. Narbutz, que non seulement on ne devait pas y chasser ni capturer d’une manière quelconque des animaux et des oiseaux, mais elles servaient aussi de lieu d’asile pout des hommes traqués qui, en se cachant dans ces endroits sacrés devenaient bons et étaient sauvés de toutes persécutions. »

Culte d’adoration des arbres

« Pour un Lituanien, écrit M. P. Klimas, l’arbre était quelque chose d’intime et de moralement familier, à tel point que la vie et le sort d’un homme étaient liés à la vie d’un arbre. Si, après la mort d’un homme, l’arbre qu’il avait aimé ne se desséchait pas, cela signifiait que l’âme du défunt était passée dans cet arbre… Dans certaines régions, le bruit de la forêt et le murmure des branches étaient considérés comme un signe que les âmes des morts et des esprits divins y séjournaient. »

« Aussi les arbres étaient-ils vénérés. Il était défendu de les arracher du sol, de leur casser les branches et surtout les cimes. Quand les chrétiens arrachaient ou coupaient les arbres, les Lituaniens païens voyaient le sang couler du tronc meurtri ou des racines déchirées. »

« Entre 1351 et 1355, sur la demande de l’évêque Jean 1er, le grand maître des moines chevaliers de la Croix ordonna de scier des chênes à Romuva ou Romové. Sous chênes lequel la population ne cessait pas de se réunir pour faire des prières. Les chroniqueurs, comme Simon Grunau, affirment que ce chêne gardait son feuillage vert, hiver comme été, et attribuent cette puissance mystérieuse à l’influence des démons qui y recevaient les honneurs sous l’aspect de dieux païens. En 1258, l’évêque Anselme, à Sventamiestis, donna l’ordre de couper un autre chêne sacré. La hache blessa et tua l’homme qui était chargé de cette besogne; quelque temps plus tard l’évêque reprit lui-même les opérations, mais en vain, et il dut faire bruler l’arbre que le fer n’entamait pas. »
« Les vestiges de cette vénération des chênes se retrouvent dans les images pieuses qui ornent encore beaucoup de ces arbres en 1937, parfois en adaptation chrétienne d’anciens rites païens. »

« Le gui poussant sur un chêne avait une puissance particulière ; l’homme qui en avait une branche sur lui, non seulement ne pouvait pas être blessé, mais était sûr d’atteindre et de blesser celui sur qui il lancerait sa flèche. »

« L’adoration du saule était répandue encore à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. D’après un témoignage contemporain, au village de Kalnénai, sur la rive droite du Niémen, en 1805, on voyait des paysannes qui priaient, « pour le bonheur et la multiplication des enfants », devant un saule, orné de couronnes de fleurs. Les prêtres catholiques de la région, désespérés de convaincre leurs paroissiennes de cesser ce rite païen, finirent par placer un crucifix sur le saule. A la vénération du saule est liée la légende de Blinda (Blinda, en lituanien, veut dire saule). Blinda était une femme qui possédait une capacité miraculeuse : elle pouvait accoucher des enfants non seulement de la façon naturelle et ordinaire, mais aussi « par ses mains, ses pieds, sa tête et toutes les autres parties de son corps ». La Terre envia la fécondité miraculeuse de Blinda et, un jour que cette dernière marchait dans une prairie humide, ses pieds s’enfoncèrent dans la terre. Cette dernière emprisonna tellement les pieds de Blinda que celle-ci ne put plus se bouger et se changea en arbre. »
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G. Alinsky et F. Durand, Larousse Mythes et mythologies, pp.362-364.

Catégories :Culte des arbres
  1. Sisley
    29 septembre 2008 à 14:05

    Très jolie comme croyance !
    Certains pays devraient s’en inspirer.

  2. 29 septembre 2008 à 14:52

    Bonjour Sisley,

    comment va depuis 2~3 semaines ?
    un amour « naturel » pour les arbres…
    une reconnaissance des forces de la Nature,
    comprendre que l’homme fait partie de ce cycle…
    moi aussi j’ai apprécié ces croyances « païennes »

    à bientôt pour de nouvelles aventures

  3. Yanick
    3 novembre 2010 à 15:47

    Pas facile de trouver les arbres de Lituanie mais j’ai au moins celui là, le
    Chêne de Stelmužė? circonférence 9,35m:

  4. 4 novembre 2010 à 14:57

    Merci pour les photos de ce chêne antique Yanick !

  1. 9 juin 2010 à 14:00
  2. 6 août 2010 à 09:42

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