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Les métamorphoses d’Ovide : Philémon et Baucis

Philémon et Baucis.

Dans une région montagneuse de la Phrygie, il y avait jadis deux arbres que les paysans se montraient du doigt, de près ou de loin, et pour cause, car l’un était un chêne, l’autre un tilleul et cependant ils n’avaient qu’un seul tronc. Ovide nous conte dans les métamorphoses, comment ce phénomène est arrivé, et surtout pourquoi cette transformation fut accordée par les Dieux à Philémon et Baucis.

***

Parfois, lorsque Jupiter se lassait de goûter au nectar et à l’ambroisie de l’Olympe ou même, un peu, d’écouter la lyre d’Orphée et de regarder danser les Muses, il lui arrivait de descendre sur la terre pour y courir l’aventure, déguisé en simple mortel. Pour ces randonnées, son compagnon favori était Mercure, le plus amusant de tous les dieux, le plus sagace et le plus fertile en ressources. L’excursion qui nous occupe avait un but bien déterminé ; Jupiter voulait savoir jusqu’à quel point le peuple phrygien pratiquait l’hospitalité. Le père des dieux et des hommes s’intéressait très particulièrement à cette vertu puisque tous les hôtes, tous ceux qui cherchent refuge dans un pays étranger se trouvaient sous sa protection personnelle.

Les deux dieux prirent donc l’apparence de pauvres vagabonds coureurs de routes et se promenèrent au hasard à travers le pays, frappant à chaque chaumière basse, à chaque grande maison qu’ils venaient à passer, demandant partout de quoi se restaurer et un coin pour se reposer. Personne ne voulut les recevoir ; toujours, on les congédiait avec insolence et la porte se refermait. Cent fois et davantage, ils répétèrent leur essai ; partout ils furent traités de même. Ils arrivèrent enfin devant une cabane à l’aspect le plus humble ; c’était la plus pauvre de toutes celles qu’ils avaient vues jusqu’ici et couverte d’un simple toit de roseaux. Mais là, quand ils frappèrent, la porte s’ouvrit toute grande et une voix aimable les pria d’entrer. Ils durent se courber pour passer le seuil tant la porte était basse, mais quand ils eurent pénétré à l’intérieur, ils se trouvèrent dans une pièce chaude et accueillante et surtout très propre, où un vieil homme et une vieille femme aux bons visages leur souhaitèrent la bienvenue de la façon la plus amicale et s’affairèrent à les mettre à l’aise.

Philemon und Baucis

Le vieil homme poussa un banc devant l’âtre et les pria de s’y étendre pour reposer leurs membres fatigués et la vieille femme y jeta une couverture. Elle se nommait Baucis, dit-elle aux étrangers, son mari s’appelait Philémon. Ils vivaient depuis leur mariage dans cette chaumière et ils y avaient toujours été heureux.
“Nous sommes de pauvres gens, mais la pauvreté n’est pas un si grand malheur quand on est prêt à l’accepter, et un esprit accommodant peut être lui aussi d’un grand secours”, conclut-elle.
Tout en parlant, elle vaquait à de menues tâches et se préoccupait de leur bien-être. Elle souffla sur les braises du foyer jusqu’à ce qu’un bon feu y reprît vie ; au-dessus des flammes, elle suspendit une petite marmite pleine d’eau; comme celle-ci commençait à bouillir, le mari rentra, portant un beau chou qu’il était allé cueillir dans le jardin. Le chou alla dans la marmite, avec une grande tranche du lard qui pendait à une poutre. De ses vieilles mains tremblantes, Baucis prépara la table qui était bien un peu boiteuse, mais elle y remédia en glissant un éclat de poterie cassée sous un pied. Sur la table elle déposa des olives, des radis et quelques œufs cuits sous la cendre. Le chou et le lard étaient maintenant à point ; le vieil homme approcha deux couches délabrées de la table et pria ses hôtes d’y prendre place et de faire honneur au repas.

Un instant plus tard il posait devant eux des coupes en bois de hêtre, et une jarre en terre cuite contenant un vin qui avait un goût prononcé de vinaigre et largement coupé d’eau. Mais Philémon semblait heureux et fier de pouvoir joindre cet appoint à leur souper et il prenait grand soin de remplir chaque coupe à peine vidée. Les deux vieillards étaient si contents et tellement surexcités par le succès de leur hospitalité, qu’il leur fallut tout un temps pour s’apercevoir d’un étrange phénomène. La jarre restait toujours pleine; quel que fût le nombre de coupes versées le niveau du vin ne baissait pas. Quand enfin ils se rendirent compte du prodige, ils échangèrent un regard terrifié et ensuite, baissant les yeux, ils prièrent en silence. Puis, tout tremblants et d’une voix mal assurée, ils implorèrent leurs hôtes de leur pardonner la pauvreté des mets offerts. “Nous avons une oie”, dit le vieil homme. “Nous aurions dû la donner à vos Seigneuries. Mais si vous consentez à patienter un peu, nous allons la préparer pour vous.” Mais la capture de l’oie s’avéra une entreprise qui dépassait leurs maigres forces. Ils s’y essayèrent en vain et s’y épuisèrent, tandis que Jupiter et Mercure, grandement divertis, observaient leurs efforts. Et quand Philémon et Baucis, haletants et exténués, durent enfin abandonner leur chasse, les dieux sentirent que le moment d’agir était venu pour eux. Ils se montrèrent, en vérité, très bienveillants. “Ce sont des dieux que vous avez hébergés et vous en serez récompensés”, dirent-ils. “Quant à ce pays inhospitalier qui méprise le pauvre étranger, il sera châtié, mais pas vous.” Ils prièrent les deux vieillards de sortir avec eux de la chaumière et de regarder autour d’eux. Stupéfaits, Philémon et Baucis ne virent plus que de l’eau partout. La région tout entière était submergée, un grand lac les entourait. Les voisins ne s’étaient jamais montrés bien aimables pour le vieux couple, qui néanmoins pleura sur eux. Mais une autre merveille sécha les larmes des bons vieillards. La cabane qui depuis si longtemps était leur demeure se transformait sous leurs yeux en un temple majestueux, au toit d’or soutenu par des colonnes du plus beau marbre.

“Bonnes gens”, dit Jupiter, “exprimez un vœux et nous vous l’accorderons aussitôt”. Les deux vieillards chuchotèrent un instant, puis Philémon parla : “Qu’il nous soit permis d’être vos ministres et les gardiens de ce temple – Oh, et puisque nous avons si longtemps vécu ensemble – ne laissez aucun de nous demeurer seul, un jour; accordez-nous de mourir ensemble.”

Émus, les deux dieux acquiescèrent. Longtemps le vieux couple servit dans le grand édifice, et l’histoire ne dit pas s’il leur arriva parfois de regretter leur chaumière douillette et les flammes joyeuses de son âtre. Mais un jour qu’ils se tenaient l’un près de l’autre devant la magnificence dorée du temple, ils se mirent à parler de leur vie ancienne, si dure et cependant si heureuse. Ils étaient maintenant parvenus à un âge très avancé, et soudain, comme ils échangeaient leurs souvenirs, chacun s’aperçut que l’autre se couvrait de feuilles. Puis une écorce les entoura. Ils n’eurent que le temps de s’écrier tendrement : “Adieu, cher compagnon” ; les mots avaient à peine passé leurs lèvres qu’ils étaient transformés en arbres. Mais ils étaient toujours ensemble ; le chêne et le tilleul n’avaient qu’un seul tronc.

De partout on venait admirer le prodige et des guirlandes de fleurs garnissaient toujours les branches pour honorer ce couple pieux et fidèle.

Jupiter chez Philémon (Métamorphose Lyon 1557) - Bernard Salomon

– Philémon et Baucis, illustration de Oudry, Fable de La Fontaine ;
– Philemon und Baucis (Zeus and Hermes with Philemon and Baucis), 1625, Paul Rubens ;
– Jupiter chez Philémon (Métamorphose Lyon 1557) – Bernard Salomon.

Catégories :Métamorphoses
  1. 25 février 2009 à 14:46

    Très beau site, au nom amusant, où j’apprécie le lien aux mythes et le goût des Muses, des arbres et de la forêt. J’ai vu que vous étiez venu me voir sur mon blog, Bric-à-brac baroque. ne vous privez pas de revenir dans mon jardin, de lire mon roman, moi-même je reviendrai lire Ovide, que j’affectionne particulièrement et tous vos articles. A bientôt.

  2. maamary
    7 mars 2009 à 19:48

    j’aime beaucoup ce site il me sert a mieux comprendre le livre métamorphoses ! Mais je préfèrerais si il y avait pour chaque histoire un résumé.

    merci joanne !

  3. 10 mars 2009 à 10:19

    Bonjour Maamary,

    bien content que le blog t’aide dans tes recherches,
    je comprend que tu aimerais des résumés pour ces histoires,
    mais je préfère laisser à chacun, le soin de découvrir soi-même ces textes,
    et ainsi se faire ses propres interprétations… J’ai recopié une interprétation qu’en donne Jacques-Antoine Dulaure, cela peut aider…

    https://krapooarboricole.wordpress.com/2008/06/22/metamorphoses-dovide-daphne-et-le-laurier/

    D’après moi, les métamorphoses nous renseignent sur les anciens cultes que comptaient la Grèce pré-historique et le pourtour méditerranéen ; cela n’a pas dû se faire sans heurts de remplacer les anciennes croyances végétales par les nouveaux Dieux.

    à bientôt

  4. caut
    13 mai 2010 à 16:02

    Ce site est très intéressant et instructif pour des jeunes qui font des exposés. Merci pour ce site.

    Maty

  5. 17 mai 2010 à 17:52

    Bonsoir maty,

    si mon p’tit blog aide les jeunes dans leurs recherches,
    alors un des buts a été atteint, tu m’en vois ravi !

    à bientôt dans la forêt

    • Maria 1D
      9 juin 2013 à 11:14

      Tu pourrai mettre les date de quand on été écrit les métamorphose comme Philémon et Baucis pcq j’trouve pas

  6. 8 février 2011 à 21:14

    J’adore ce site Je travaille la dessus a l’école ..

  7. 9 mai 2011 à 18:52

    ce site est bien mais il aurai falut qu’il es un petit résumer de chaque métamorphose pour que se soit plus simple a comprendre pour les éxposer

  8. 9 mai 2011 à 19:23

    Salut Miss,

    pourquoi devrais-je résumer ces textes ?
    C’est à toi de les lire, de les interpréter et d’en faire la synthèse.

    bonne continuation pour tes études.

  9. 14 avril 2012 à 20:34

    bonjour ,
    je suis en 6e je travaille dessus
    merci pour ce site

  10. dubois
    3 mai 2012 à 19:01

    Ce site est tres instructif pour un grand nombre d’enfant qui s’interesse particuliérement
    à la mythologie d’OVIDE

  11. Maria 1D
    9 juin 2013 à 11:11

    Hello,
    Sue tout les site que j’ai regarder ya jammais écrit quand la Métamorphose Philémon et Baucis a été écrit j’en ai marre!!!!😡

  12. 28 février 2014 à 18:29

    bien!!!!!!

  13. 9 mars 2014 à 12:02

    c nul j’ai un un expo a faire

  14. 9 juin 2014 à 19:08

    j’adore ce site0 il m’aide pour mon devoir sur les métamorphose mais j’aimerais qu’il ai beaucoup d’autres textes pour que je réussisse dans mon travail!!!!!!

  15. 9 juin 2014 à 19:11

    j’adore ce site il m’aide beaucoup pour faire mon devoir mais j’attends plus de textes sur les métamorphoses.

  16. 19 janvier 2015 à 09:53

    Il faut faire des résumé

  17. elisa bourdin
    19 janvier 2015 à 18:45

    c très bien expliqués

  1. 9 juin 2010 à 14:00

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