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Câd Goddeu, le Combat des Arbres, traduction de D.W. Nash

J’ai revêtu plusieurs aspects,
Avant d’atteindre ma forme naturelle.
J’ai été le fer étroit d’une épée.
(Je le croirais si je le revois)
J’ai été une goutte dans l’air.
J’ai été une étoile scintillante.Dru Wid
J’ai été un mot dans un livre.
J’ai même été un livre au début.
J’ai été une lumière dans une lanterne.
Une année et demie.
J’ai été un pont enjambant
Trois vingtaines de fleuves.
J’ai voyagé tel un aigle.
J’ai été un bateau sur la mer
J’ai été un chef de guerre.
J’ai été le cordon d’un lange d’enfant.
J’ai été une épée dans la main.
J’ai été un bouclier dans la bataille
J’ai été la corde d’une harpe,
Retenue par enchantement pour une année
Au fond de l’eau écumante.
J’ai été un tisonnier dans le feu.
J’ai été un arbre dans un fourré.
Il n’y a rien que je n’ai été.
J’ai combattu, bien que petit,
Dans la bataille de Goddeu Brig,
Devant le maître de la Bretagne,
Aux nombreuses flottes.
D’assez mauvais bardes prétendent,
Ils prétendent que je fus une bête monstrueuse,
A cent têtes,
Capable d’une charge dangereuse
Rien que par la vertu de ma langue
Et d’autres estocades
Avec l’arrière de la tête.
Un crapaud aux cuisses recouvertes
De cent ongles,
Un serpent à la tête tachetée,
Pour punir dans leur chair
Une centaine d’âmes pour leur péchés.
J’étais à Caer Tefynedd,
Quand y accoururent herbes et arbres.
Le voyageur les aperçoit,
Les guerriers sont étonnés
Par ce retour des conflits
Tels que ceux que provoquait Gwydion.
On en appelle au ciel
Et au Christ
Qu’il les délivre,
Le Seigneur tout puissant.
A peine le Seigneur eut-il répondu,
Grâce aux charmes et à la magie,
Prenez la forme des principaux arbres,
Mettez-vous en rang serrés
Contenez les gens
Inexpérimentés au combat.
Lorsque les arbres furent soumis à l’enchantement
Au camp des arbres régna l’espoir,
De frustrer de leurs intentions
Les feux qui les entouraient
Il vaut mieux pour trois d’agir ensemble,
Et de s’amuser dans un cercle
Et l’un deux relatant
L’histoire du déluge,
Et celle de la croix du Christ
Et celle du Jour du Jugement aussi proche que sa main.
Les aunes en première ligne,
S’ébranlèrent.
Les saules en pleine végétation
Étaient lents à se mettre en ordre.
Le prunier est un arbre
Peu aimé des hommes ;
Le néflier, de même nature,
Combat sévèrement.
La fève transporte dans ses gousses
Une armée de fantômes.
La framboise ne passe pas
Pour être la meilleure des nourritures.
Sous le couvert vivent,
Le troène et le chèvrefeuille,
Et le lierre chacun en sa saison.
Magnifique est l’ajonc dans la bataille.
On a blâmé le cerisier.
Le bouleau, quoique d’un grand courage,
Fut le dernier à gagner sa place,
Ce n’était pas qu’il fût lâche,
Mais c’était la faute à sa grande taille.
L’aspect d…
Est celle d’un étranger et d’un sauvage,
Le pin, devant l’armée,
Ferme dans la bataille,
Est chaudement exalté par moi
En présence des rois,
Les armes sont des sujets.
Il ne bronche pas d’un pied
Mais se bat tout droit au centre
Et jusqu’au dernier moment.
Le noisetier est l’arbitre,
Ses fruits sont ta dot.
Béni soit le troène.
Solides chefs de guerre
Sont les… et le mûrier.
Prospère soit le hêtre.
Le houx vert sombre
Fut très courageux :
Il se défendait à coup de griffes de tous côtés,
Déchirant les mains.
Les peupliers souffrirent beaucoup
Et se firent souvent briser dans le combat.
La fougère déplumée ;
Les genêts avec leurs rejetons :
L’ajonc n’admit pas s’être bien conduit
Jusqu’à ce qu’il fût abattu.
La bruyère consolait
Et réconfortait chacun.
Le prunellier se jetait dans la poursuite.
Le chêne se déplaçait rapidement,
Devant lui tremblait le ciel et la terre,
Rempart solide en face de l’ennemi
Son nom est célèbre dans tous les pays
Les nielles des blés serrées l’une près de l’autre,
Furent, dit-on, brûlées.
Les autres furent portées
Sur le registre des pertes dues
A la grande violence
Sue le champ de bataille.
Très emporté le…
Cruel le sombre frêne.
Timide le châtaignier,
Quittant le temps du bonheur.
Là s’étendra une noire mélancolie,
Là tremblera la montagne,
Là s’allume une fournaise purifiante,
Là il y aura d’abord une rande vague,
Et quand on entendra la clameur –
Les frondaisons du hêtre se regarnissent de nouvelles feuilles ;
Flétries, elles reprennent forme, toutes rajeunies ;
Enchevêtrées sont les frondaisons du chêne.
Depuis le Gorchan de Maelderw.
Souriant à côté du rocher
Demeurait le poirier de nature peu ardente.
Ni de mère, ni de père,
Lorsque je fus conçu
Provint mon sang ou mon corps ;
De neuf sortes de facultés,
Du fruit des fruits,
De ce fruit Dieu me fit,
De la fleur de la primevère de montagne,
Des bourgeons des arbres et des arbustes,
De terre bien terreuse.
Lorsque je fus fait,
D’inflorescences d’orties,
De l’eau de la neuvième vague,
Math me lia par un charme
Avant que je ne devinsse immortel.
Je fus enchanté par Gwydion,
Premier enchanteur des Brittoniques,
D’Eurys, d’Eurum,
D’Euron, de Médron,
De myriades de secrets,
Je suis aussi instruit que Math…
Je sais ce qui arriva à l’empereur
Lorsqu’il fut à moitié brûlé.
Je connais la science des étoiles
Des étoiles d’avant la terre,
Cette terre dont je suis issu,
Combien d’univers cela fait-il.
C’est l’habitude des bardes accomplis
De réciter la prière de leur pays.
J’ai joué dans Lloughor,
J’ai donné dans la pourpre.
N’étais-je pas dans l’enceinte
Avec Dylan Ail Mor,
Sur un lit au centre
Entre les deux genoux du prince
Sur deux lances émoussées ?
Lorsque descendirent du ciel
Les torrents vers les profondeurs,
S’élançant avec violence.
(Je connais) quatre-vingt chansons,
pour satisfaire à leur plaisir.
Il n’est ni vieux ni jeune,
Excepté moi quant à leurs poèmes,
Aucun autre chanteur qui connaisse la totalité des neuf cent
Que je connais, moi,
Concernant l’épée tachée de sang.
L’honneur est mon guide.
Profitable l’enseignement que dispense le Seigneur.
(Je sais) comment on égorge le sanglier,
Comment il apparaît, comment il disparaît,
Et comment il connaît les langages.
(Je connais) la lumière dont le nom est Splendeur,
Et le nombre des luminaires qui servent de guides
Ces rayons de feu dispersés
Là-haut au-dessus des profondeurs.
J’ai été un serpent tacheté sur une colline ;
J’ai été une vipère dans un lac ;
J’ai été une mauvaise étoile autrefois.
J’ai été une meule dans un moulin.
Ma soutane est toute rouge.
Je ne prophétise aucun malheur.
Quatre-vingt bouffées de fumée
A chacun de ceux qui les entraînera au loin ;
Et un million d’anges,
Sur la pointe de mon couteau.
Splendide est le cheval jaune,
Mais cent fois meilleur
Est le mien de couleur crème,
Rapide comme la mouette de mer,
Qui ne peut me dépasser
Entre la mer et le rivage.
Ne suis-je pas prééminent au champ du sang ?
J’ai cent part de butin.
Ma couronne est de pierres rouges,
D’or est la bordure de mon bouclier.
Il n’en est jamais né un seul qui me soit comparable,
Ou bien on n’en a jamais connu,
Excepté Goronwy,
Des vallées d’Edrywy.
Longs et blancs sont mes doigts ;
Il s’est passé du temps depuis que j’étais pâtre.
J’ai parcouru la terre
Avant de devenir quelqu’un d’instruit.
J’ai voyagé, j’ai fait tout un circuit,
J’ai dormi dans une centaine d’iles ;
J’ai habité dans une centaine de cités.
J’ai étudié auprès des druides,
Discourez-vous sur Arthur ?
Ou est-ce moi qu’ils célèbrent,
Et la crucifixion du Christ,
Et le jour du Jugement, proche comme la main,
Et quelqu’un le relatant
L’histoire du déluge ?
D’un brillant assortiment de joyaux en or
Je suis devenu riche ;
Et je m’abandonne au plaisir
Loin du labeur oppressif de l’orfèvre.

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Traduction de D.W. Nash, cité par Robert Graves dans “Les mythes celtes”, pages 33-38.
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Robert Graves, avec beaucoup de patience a séparé bon nombre de lignes du poème du combat des arbres, avec quatre ou cinq autre poèmes auxquels ils sont mêlés. Voir une tentative de restauration des parties faciles, par ici.

« Au-delà des 28 arbres jetés dans le conflit, des sept fruits vénéneux et des treize fruits savoureux, des neuf essences florales de la connaissance, Le Combat des arbres avoue recéler d’autres trésors, plus difficile encore à décrypter. Il faut faire appel à d’autres morceaux de la poésie celtique pour éclairer sous un jour nouveau cette énigmatique compilation. » (Myriam Philibert, l’Alphabet des arbres).

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Lire la version du Câd Godeu traduite par C.J. Guyonvarc’h, c’est ici.

Catégories :Celtes
  1. 27 février 2009 à 14:00

    “Malgré les apparences, il ne s’agit pas réellement d’un combat entre les arbres d’une forêt, ni même d’une lutte de guerriers transformés en arbres par la magie des druides. D’autres poèmes ont pourtant vanté ces enchantements. A aucun moment, il ne faut se fier aux apparences, tout est jeu de mots ou de “brindilles” ! Le propos est ailleurs, dans un secret sans âge, qu’il fallait impérativement cacher aux hommes d’Église, sous peine d’attirer leur vindicte.
    La solution de l’énigme est tellement énorme que personne n’ose y croire, et l’auditoire préfère se laisser bercer doucement par la musique des paroles sans queues ni tête.”

    “L’objet du conflit apparait dans un vanneau, un chevreuil et un chiot, d’où le qualificatif de “frivole” employé. Il oppose Arawn, le roi d’Annwn, c’est-à-dire de l’abime où séjournent les morts, et les deux fils de Dôn, Gwydion et Amathaon. Il oppose, aussi en apparence, deux cultures ou deux régions, à propos de suprématie religieuse et/ou politique. Dans l’un des camps se trouve une femme qui perd tout pouvoir si quelqu’un parvient à découvrir son nom caché. Dans l’autre, c’est un Dieu fameux, dont nul ne doit découvrir l’identité, sous peine qu’il devienne impuissant à défendre son peuple. Verbale, la joute consiste à deviner, à l’aide d’indices, le nom de l’autre. La plupart des religions se réclament d’un dieu caché, dont le nom doit rester à jamais imprononçable, ou que l’on énonce à l’envers, ce qui est le cas ici. Pourtant dès le départ, l’un des deux adversaires est, semble-t-il démasqué.
    Le conteur nous égare dans ses multiples métamorphoses :
    “J’ai été un arbre dans un fourré”
    Ce vers reste énigmatique. On attendrait un petit animal craintif. L’arbre se cacherait-il dans une forêt ? On ne sait pas trop s’il fait partie des identités diverses qu’a revêtues Taliesin, dans ses vies successives, la treizième en l’occurrence, ou s’il est le premier indice du Combat des arbres. Ce dernier, parfois, prend valeur cosmique. Il faut en effet, passer une quarantaine de lignes, pour en arriver à l’annonce du fameux conflit :
    “J’étais à Caer Tefynedd,
    Quand y accoururent herbes et arbres.”

    “Puis le poète continue à distraire son petit monde, prétendant que les arbres sont des combattants et qu’ils ont été enchantés. Dieu lui-même (christianisme oblige) a usé de magie pour transformer les belligérants en arbres. C’est au vers 68 que le combat commence et, dès le début, le nom du dieu Bran est découvert. Suivent environ vingt-huit noms d’arbres ou de plantes, et certains sont répétés. Mais le barde est adroit et il tient à tromper quelque ennemi juré, car il glisse des noms de fleurs ou de fruits dans son inventaire, nous entrainant sur la piste de Blodeuwedd, de l’homme-fruit ou d’un mystérieux inconnu….”

    Myriam Philibert, l’Alphabet des Arbres.

  2. 27 février 2009 à 15:48

    On pourrait passer des heures à faire rouler ces vers dans sa tête, avec toujours plus de profondeur de sens !

    Merci Krapo…

  3. 27 février 2009 à 18:58

    Avec plaisir Lucie !

  1. 9 juin 2010 à 14:11
  2. 10 juin 2010 à 00:47
  3. 22 septembre 2010 à 15:16
  4. 20 octobre 2010 à 18:31

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